Drones à propulsion nucléaire
(08/05/2003)


Le nucléaire n'a pas toujours eu la mauvaise réputation qu'on lui connaît aujourd'hui... Il fut un temps où l'eau de Badoit arborait fièrement sur ses étiquettes sa qualité d'«eau radioactive» (rassurez-vous, elle ne l'est pas plus qu'une autre eau minérale), et où un certain Nikola Tesla trouvait très stimulant de placer son cerveau dans un flux de rayons gamma (précisons qu'il est mort d'un cancer au cerveau, dans des accès de démence qui, associées à son génie naturel, inspirent encore les rêveurs croyant à l'«énergie libre»).

Peu après la seconde guerre mondiale, on imaginait volontiers que les avions, les fusées, les navires ou même les automobiles seraient bientôt tous propulsés par cette source d'énergie miraculeuse.

C'est ainsi qu'est né en 1946 le programme NEPA (Nuclear Energy for the Propulsion of Aircraft), placé sous le contrôle de l'armée. Au début des années 50, il aboutissait au prototype d'un bombardier nucléaire, le YB-60.

Prototype du YB-60

Photo du YB-60

Les moteurs fonctionnaient comme des turboréacteurs normaux, avec un compresseur et une turbine, mais l'air était chauffé par le réacteur nucléaire, ne nécessitant donc pas de carburant. L'intérêt était donc une autonomie quasiment illimitée.

Les Soviétiques développaient bien sûr des projets similaires...

Plusieurs types de réacteurs à propulsion nucléaire ont été expérimentés avec succès... Mais tout cela a été abandonné au début des années 60, en raison de la masse des protections nécessaires pour protéger l'équipage des radiations nocives, et aussi parce que des bombardiers à long rayon d'action ont perdu beaucoup de leur intérêt avec l'arrivée des missiles intercontinentaux.

Dans le domaine spatial, on a expérimenté dans les années 50/60, en particulier avec le programme NERVA (Nuclear Engine for Rocket Vehicle Application), des moteurs «nucléothermiques», dans lesquels le réacteur nucléaire était utilisé pour échauffer un «fluide propulsif», en général de l'hydrogène. L'intérêt par rapport aux carburants chimiques est que la vitesse d'éjection, qui détermine le rapport de masse de la fusée (rapport de la masse au décollage sur la masse à vide) peut être nettement plus élevée, et nécessite donc une masse de carburant (ou de fluide propulsif) plus faible.

La température mesurant l'énergie cinétique moyenne des molécules d'un gaz, c'est avec les molécules les plus légères que l'on obtient la vitesse la plus élevée pour une température identique. C'est pour cela que l'hydrogène est le «fluide propulsif» le plus efficace avec des réacteurs thermiques... Avec un autre gaz, il faudrait atteindre une température plus élevée pour obtenir la même vitesse d'éjection, ce qui implique des matériaux plus résistants à la chaleur. La vitesse d'éjection du prototype de réacteur NERVA dépassait 8 km/s, contre 4,5 km/s avec les meilleurs propulseurs chimiques. Le rapport de masse diminuant exponentiellement lorsque la vitesse d'éjection augmente, le gain en masse de carburant aurait été énorme.

Réacteur NERVA

Photo d'un réacteur NERVA

Le programme a été abandonné en 1971, en même temps que les essais d'explosions nucléaires dans l'atmosphère... Pourtant, il est bon de préciser qu'un réacteur nucléaire ne rejette pas de matériaux radioactifs. Il peut émettre des rayonnements ionisants s'il n'est pas convenablement blindé, mais ces rayonnements ne perdurent pas. Ce n'est qu'en cas d'accident qu'il y a un risque de rejets radioactifs dans l'atmosphère, et ce risque a été jugé suffisamment important pour mettre fin aux essais.

On reparle maintenant de propulsion nucléaire, mais utilisée exclusivement dans l'espace, notamment pour les projets de voyage habité vers Mars. Ça semble presque une nécessité, mais on ne sait pas si l'intérêt d'une telle expédition vaincra la forte réticence du public envers tout ce qui touche au nucléaire.

Donc, depuis les années 70 et jusqu'à maintenant, rien ne se fait en matière de propulsion nucléaire dans l'atmosphère... C'est en tout cas la version officielle. Mais on peut se demander si les militaires américains ont pu réellement abandonner une voie aussi prometteuse ! Personne ne doute qu'ils ont continué à expérimenter des armes chimiques et bactériologiques après leur interdiction, il est très vraisemblable qu'ils continuent les essais nucléaires souterrains, entre autres activités inavouables, alors il faut faire preuve d'une grande naïveté pour les croire lorsqu'ils disent avoir abandonné la propulsion nucléaire !

Le gros problème de la propulsion nucléaire n'est pas la masse du réacteur. Il est vrai que la puissance nécessaire pour propulser un avion est de l'ordre de celle d'une centrale électrique, mais on sait faire des réacteurs nucléaires de faible masse, produisant de l'ordre d'un mégawatt par kilogramme. On atteint donc un gigawatt, l'ordre de grandeur de la puissance nécessaire pour propulser un avion, pour un réacteur pesant seulement une tonne.

Mais tout se gâte lorsqu'on doit protéger l'équipage des radiations, et rajouter des sécurités pour limiter les risques de contamination radioactive en cas d'accident. La masse de l'ensemble atteint alors des valeurs déraisonnables pour un appareil destiné à voler. C'est pour cette raison que la propulsion nucléaire n'a été officiellement utilisée que pour des sous-marins, où la masse n'a pas une grande importance.

Mais on sait que les militaires n'ont jamais été très regardants en matière de sécurité, et aucune protection n'est nécessaire pour un drone, un appareil non piloté ! L'armée américaine est bien capable d'avoir fabriqué des drones utilisant un réacteur nucléaire «nu», dépourvu de toute protection. Un drone pesant quelques tonnes, utilisant un réacteur nucléaire délivrant de l'ordre d'un gigawatt, ne présenterait pas de danger à condition qu'il soit maintenu à plusieurs kilomètres des habitations et regagne après chaque mission une enceinte protégée... Aucun danger, sauf bien sûr en cas d'accident.

Cela nous rappelle un épisode «ufologique» relaté dans le numéro 6 de la revue Top Secret : l'affaire Cash/Landrum. Le soir du 29 décembre 1980, Betty Cash, Vicky Landrum et son petit-fils Colby roulaient sur une route du Texas, lorsqu'ils ont vu un drôle d'appareil volant à basse altitude, en forme de «diamant» lumineux, éjectant au-dessous de lui une flamme très vive. L'objet s'étant arrêté au-dessus de la route, à une cinquantaine de mètres des témoins, ces derniers ont stoppé leur voiture et en sont sortis. La chaleur ressentie près de cet objet était si intense que Vicky a vite regagné la voiture avec son petit-fils, alors que Betty Cash restait dehors, fascinée par cet objet. Après une quinzaine de minutes, l'engin s'est éloigné, et Betty est rentrée à son tour, en remarquant que la poignée de l'automobile était devenue brûlante. À l'intérieur, la chaleur était devenue étouffante, à tel point que le tableau de bord en plastique avait partiellement fondu. À ce moment-là, une vingtaine de gros hélicoptères à deux rotors (identifiés plus tard comme des «Chinook CH-45») ont surgi pour escorter l'objet... Betty Cash a voulu suivre cet étrange cortège, mais un des hélicoptères s'est interposé, barrant la route. D'autres témoins ont vu ces hélicoptères et un ballet de lumières.

The Cash-Landrum UFO Incident de John F. Schuessler

Couverture d'un livre consacré à l'affaire

Une demi-heure après l'incident, l'état de Betty Cash a commencé à se détériorer : des cloques sont apparues sur sa peau, comme après un fort coup de soleil, ses paupières et d'autres parties de son visage ont enflé au point de la rendre méconnaissable, et elle a été hospitalisée pendant plus d'un mois. Elle a souffert de diarrhées et de vomissements, et quelque temps après elle a perdu ses cheveux et ses ongles. Plus tard, elle a souffert d'une cataracte et d'une hypersensibilité à la chaleur et au soleil, et contracté un cancer. Vicky Landrum et son petit-fils ont souffert de symptômes semblables, mais moins marqués.

L'affaire a été particulièrement bien étudiée du fait que, encouragées par un avocat passionné par les ovnis, Betty Cash et Vicky Landrum ont porté plainte contre le gouvernement des États-Unis, persuadées qu'elles avaient été victimes d'essais d'un engin militaire secret dangereux pour la population. L'affaire n'a pas abouti, l'U.S. Air Force et la NASA ayant nié posséder un appareil capable de provoquer de tels symptômes, et les victimes n'ayant pas pu fournir la preuve de la responsabilité d'un organisme particulier.

Tout cela évoque irrésistiblement une exposition à des rayonnements ionisants, précisément ceux que peut émettre un réacteur nucléaire non protégé. En fait, des rayonnements ionisants seuls ne peuvent pas expliquer une réaction aussi rapide, sans quoi ils auraient entraîné la mort très rapidement, mais ils ont pu être associés à des brûlures classiques et des rayonnements ultraviolets causés par le jet de gaz brûlant.

Dans la revue Top Secret déjà évoquée, on privilégie plutôt l'hypothèse d'un «lightcraft», un concept inventé par le professeur Myrabo. Un tel engin, qui n'a officiellement fait l'objet que d'essais à petite échelle, évoque irrésistiblement les «aérodynes MHD» chers à Jean-Pierre Petit, mais Myrabo résout le problème de la puissance électrique nécessaire en alimentant l'engin par un faisceau de micro-ondes extérieur. Ce faisceau pourrait être dirigé depuis un bâtiment au sol, auquel cas l'appareil ne pourrait pas dépasser l'horizon de l'émetteur (le principe est envisagé pour réaliser un petit lanceur spatial économique), ou depuis un satellite (cela, il ne faut pas y compter avant longtemps, il sera difficile de le maintenir secret, et compte tenu de la diffusion inévitable du faisceau dans sa traversée de l'atmosphère le principe ne pourra être utilisé que pour des engins de grande dimension). Bref, cette idée apparaît totalement irréaliste, outre que les maux dont a souffert Betty Cash évoquent mal une simple exposition à des micro-ondes.

L'hypothèse d'un réacteur nucléaire me paraît beaucoup plus crédible, même si les ufologues, qui n'aiment pas une idée aussi «raisonnable», imaginent plutôt que l'engin aurait été une épave d'ovni que les militaires auraient essayé tant bien que mal de faire voler !

On peut tenter d'en savoir un peu plus sur le type d'engin qui pourrait être responsable. La flamme intense au-dessous fait bien penser à un simple réacteur nucléothermique, similaire à celui du programme NERVA. La taille réduite de l'engin (grand comme la cuve d'un château d'eau, dira un des témoins, ça ne doit pas dépasser quelques mètres de diamètre et de hauteur) fait penser à un drone plutôt qu'à un véhicule habité. Sa forme de «diamant» avec des facettes multiples, lui donnant le profil d'un losange, rappelle celle du F-117, responsable pour une grande part de sa furtivité radar : si l'objet est constitué de facettes parfaitement lisses orientées vers le bas et vers le haut, il ne produira aucun écho vers un radar situé latéralement, donc à grande distance, et aura peu de chance de réfléchir dans la bonne direction le faisceau d'un radar placé juste à la bonne distance.

La luminosité émanant de la totalité de l'engin évoque plutôt un plasma, comme en posséderait un engin utilisant l'électricité comme propulsion (un «lightcraft» ou un appareil à MHD utilisant un système similaire à l'Aurora). On ne sait pas faire des réacteurs nucléaires produisant directement de l'électricité pour une masse compatible avec le vol, mais un générateur MHD peut être utilisé pour convertir efficacement l'énergie cinétique des gaz de sortie en électricité. Dans ce cas, l'électricité produite peut servir à aspirer l'air à l'avant par un convertisseur MHD, réduisant la signature radar et infrarouge, ainsi que la traînée et l'onde de choc en cas d'utilisation supersonique. Ce système s'apparenterait beaucoup à celui des torpilles à MHD révélées dans le dernier livre de Jean-Pierre Petit, et fabriquées justement à partir de 1980. Il est en fait peu probable qu'un engin aussi performant ait fonctionné dès 1980 dans l'atmosphère, mais il aurait pu s'agir des premiers essais d'un système MHD «minimal». On peut d'ailleurs supposer que c'est ce système qui aurait été défaillant, obligeant l'appareil à être propulsé directement par la sortie du réacteur nucléothermique. Cet appareil destiné normalement à voler à haute altitude aurait alors été contraint d'évoluer au raz du sol, et escorté par des hélicoptères, afin d'éviter tout risque d'écrasement au sol.

Un tel drone nucléaire pourrait aussi bien faire du sur-place que se déplacer à grande vitesse, et jouirait d'une très grande autonomie... Aucun autre système utilisable pour un drone (de type avion, hélicoptère ou dirigeable) ne peut réunir toutes ces qualités. L'utilisation d'un simple moteur nucléothermique le rendrait très visible aux infrarouges, avec son réacteur nécessairement dirigé vers le bas, mais l'ajout d'un système MHD réduit ce problème (les gaz de sortie sont ralentis et refroidis pas le générateur).

On peut maintenant se demander à quoi pourrait ressembler un drone nucléaire plus abouti, construit vingt ans plus tard. Si la MHD en milieu aérien ne pouvait que balbutier en 1980, elle était bien maîtrisée au début des années 90, aussi bien du côté russe qu'américain, comme on peut s'en convaincre en lisant encore le dernier livre de Jean-Pierre Petit. On peut donc supposer que le réacteur nucléaire n'intervient plus du tout pour fournir la poussée, et que l'énergie cinétique des gaz est entièrement convertie en électricité utilisée pour aspirer l'air tout autour de l'appareil. On peut même imaginer dans ce cas que les gaz, presque complètement ralentis par un générateur MHD, seraient éjectés non pas sous l'appareil mais dessus : cela diminuerait encore la signature infrarouge depuis le sol, et pourrait faciliter l'ionisation de l'air par l'apport d'éléments conducteurs de l'électricité.

La MHD permettant de réduire considérablement la traînée, l'échauffement et l'onde de choc à grande vitesse, un tel appareil pourrait certainement voler dans l'atmosphère à vitesse hypersonique.

Quant à la forme d'un tel appareil, Jean-Pierre Petit a bien montré dans diverses publications que la mieux adaptée à ce mode de propulsion par MHD «externe» est celle de «soucoupe». Les «lightcrafts» de Myrabo, si les prototypes actuels évoquent quelque peu l'engin vu par Betty Cash et Vicky Landrum (sans toutefois la flamme caractéristique au-dessous) doivent évoluer vers la forme de soucoupe, comme on peut le voir sur ce dessin futuriste de la société Rensselaer Polytechnic, où travaille Myrabo :

Lightcraft en forme de soucoupe en vol

Le «lightcraft» du futur

Et cela nous emmène à une autre révélation d'un des informateurs de Jean-Pierre Petit, précisément celui qui a conçu la torpille MHD américaine : «Nous avons un drone discoïdal de 5 mètres de diamètre qui vole à mach 10 en air dense» !

Petit y voit la confirmation que les Américains utilisent des propulseurs à antimatière, mais il me semble plus plausible d'admettre que la source d'énergie n'est autre qu'un réacteur nucléaire, et un tel drone serait bien conforme à ce que l'on peut attendre des progrès prévisibles en la matière.

Je suis d'ailleurs étonné que les ufologues fassent si peu mention de la propulsion nucléaire, tant il me semble évident qu'elle n'a pas pu être réellement abandonnée. Ça n'est sans doute pas assez «exotique» pour eux ! Voyons par exemple ce qu'écrivait Pierre Guérin sur le site de l'Ufocom, dans une note à un article consacré à l'antigravitation :

Il est amusant de constater que dans son passionnant ouvrage Révélations, Jacques Vallée (qui vit en Californie, connaît parfaitement le dossier de l'ufologie et a enquêté auprès des principaux représentants de la "Lunatic Fringe" pour dénoncer leur manipulation et leur crédulité), apporte bien malgré lui des arguments (certes non décisifs) à l'appui de la thèse d'une technologie non humaine à l'oeuvre à Groom Lake. Il reconnaît en effet très objectivement qu'on a vu voler au-dessus de cette base des objets qu'il serait "très difficile de différencier de véritables soucoupes" et qui sont à l'origine "d'observations spectaculaires semblables à de vraies évolutions d'Ovnis". Il s'agit bien évidemment, selon lui, d'engins relevant d'une technologie terrestre avancée. Ces drones télécommandés existeraient en plusieurs dimensions, depuis les petites plates-formes mobiles discoïdales quasi silencieuses d'environ 1 m de diamètre, bourrées d'électronique sophistiquée et d'une très grande maniabilité, jusqu'aux engins de reconnaissance aérienne plus  grands atteignant quelques mètres, dotés ou non de projecteurs,  etc. Ce pourrait être un engin de ce dernier type qui aurait  atterri près de Bentwaters (Grande Bretagne) en décembre 1980 sur une base anglo-américaine de l'OTAN. Cet "Ovni" était apparemment attendu par les autorités, qui avaient déployé des soldats de la base sur les lieux avant l'atterrissage, comme pour tester leur réaction - une interprétation plausible que je ne contesterai pas. Mais de la même façon que Vallée, voulant ridiculiser ceux qui croient en  l'existence d'une grande base souterraine peuplée d'Aliens à Groom Lake, rapporte dans son livre qu'il leur posa la question : "Qui ramasse les ordures ?", je renverrai la balle à Vallée en lui posant à mon tour une question peut-être bien plus embarrassante : "Avec quelle source d'énergie et par quel mode de propulsion ces drones silencieux qu'il nous décrit peuvent-ils voler ?" Les moteurs-fusées sont toujours bruyants et exigent un poids élevé de carburant, solide ou non, si le vol doit durer longtemps. La propulsion par turbine rotative (pour la sustentation) peut être presque silencieuse si  la source d'énergie est électrique, et elle rendrait compte du léger bourdonnement des objets. Mais le rapport poids/puissance pour des accumulateurs produisant cette énergie serait rédhibitoire, s'agissant d'un engin volant, et c'est également vrai d'un réacteur nucléaire. La propulsion par MHD, enfin, qui  rendrait compte de la luminosité nocturne des objets et de leurs  performances, exigerait encore plus d'électricité et  supposerait résolu le problème de la fusion contrôlée, qui ne l'est toujours pas en cette fin de siècle, près de 20 années après l'affaire de Bentwaters. Comment peuvent donc voler les  faux Ovnis de Groom Lake et d'ailleurs, s'ils n'utilisent pas une technologie fondée sur une autre physique ? J'attends que Vallée  m'en donne la réponse. Celle-ci existe peut-être, mais j'avoue  que je ne l'ai pas encore trouvée.

Il me semble que Guérin évacuait un peu rapidement les réacteurs nucléaires dans le cas particulier de drones.

Enfin, pour ceux qui ne croiraient pas à la possibilité d'utiliser un réacteur nucléaire sans protection, je les renvoie à l'étude faite récemment par un certain David Froning pour le compte de l'ESA, concernant la faisabilité d'un lanceur spatial automatique à propulsion nucléaire, utilisable en particulier pour ravitailler une station spatiale.

Si l'engin est automatique, c'est justement parce que les réacteurs sont «nus» ! L'idée est que cet engin serait porté à haute altitude (12 km) par des moteurs d'avion conventionnels, pour déclencher son réacteur nucléaire (quatre réacteurs à «lit de particules» totalisant une puissance de 17 gigawatts, dans l'hypothèse d'un lanceur d'environ 500 tonnes au décollage) à une altitude où les nuisances sur l'environnement et les populations au sol seraient négligeables. Il serait ensuite porté à la vitesse de satellisation par son réacteur nucléaire. Et pour que l'équipage de la station spatiale n'ait pas à souffrir d'irradiation à son approche, l'engin serait simplement laissé en orbite, réacteur désactivé, durant plusieurs jours avant de rencontrer la station, le temps que le taux de radiations devienne acceptable ! Après quoi il retournerait au sol en planant, comme une Navette.

Froning estime qu'un tel appareil réduirait de 30 à 40% la masse de carburant nécessaire, comparé à un lanceur chimique conventionnel.

Bien évidemment, le seul problème serait le risque d'accident, qui ne sera jamais accepté. Et rassurez-vous, Froning estime qu'un tel projet ne pourrait pas aboutir avant 18 à 20 ans, et coûterait quelque 1,5 milliards de dollars... Ça n'est pas demain que l'ESA ou une autre agence spatiale civile se lancera dans un tel programme, mais les militaires américains ont d'autres moyens et beaucoup moins de contraintes !

Il est intéressant de noter que Froning fait partie de ceux qui se sont particulièrement intéressés au système MHD du projet d'avion hypersonique soviétique Ajax, en espérant l'utiliser pour un lanceur spatial (cf notre article sur l'avion spatial)... Décidément, il semble que la propulsion MHD et le réacteur nucléaire vont bien ensemble !

Enfin, on trouve dans le texte de Froning des tableaux indiquant la dose de radiation reçue en fonction de la distance du réacteur, que l'on peut extrapoler avec intérêt au cas de Cash/Landrum. À 500 m, la dose serait d'environ 1,5 rem/h; à 50 m, la dose étant inversement proportionnelle au carré de la distance, elle serait de 150 rems/h pour le réacteur envisagé, de 17 GW. Mais pour un drone de quelques tonnes, un réacteur de 1 GW suffirait sans doute, si bien que la dose serait de 8 rems/h, soit 2 rems en un quart d'heure, ou vingt millisieverts (le sievert, valant 100 rems, est l'unité légale). On n'est pas loin de la dose provoquant le syndrome de radiation aiguë, de l'ordre de 100 millisieverts. Compte tenu de toutes les incertitudes (distance, puissance, type de réacteur), et de la possibilité que l'échappement du réacteur ait produit aussi des ultraviolets, on peut dire que ça colle assez bien !

Robert Alessandri



Rubrique armes secrètes

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