<< si vous voulez tout savoir sur Andy
Warhol, vous n'avez qu'à regarder la surface de mes peintures,
de mes films, de moi. Me voilà. Il n'y a rien dessous
>>.
<< Mon oeuvre n'a aucun avenir. Je le sais. Quelques années.
Évidemment, mes choses ne voudront rien dire >>.
Telle est la singulière manière que Warhol utilisait pour se
présenter.
Un chroniqueur de son époque :
Andy Warhol fut un remarquable observateur des années 1962-1987, un quart de siècle de l'histoire du monde marqué par des événements de tout ordre : assassinat de Kennedy, destitution de Nixon, suicide de Marilyn Monroe , instauration du communisme en Chine aussi bien que violence dans les ghettos américains. Warhol a aussi bien rendu hommage aux personnages publics qu'à des inconnus, il agit comme un observateur de génie à qui rien n'échappe; Warhol est dans ce sens une sorte de documentaliste de ce quart de siècle dans lequel il vécu.
Les styles de warhol :
Andy Warhol ne se contente pas de reproduire fidèlement
les traits d'une société bassement industrielle et commerciale,
comme on l'a trop souvent répété en se référant
à des propos provocateurs. Il a en fait pleinement participé aux
innovations formelles des années 50. L'armature esthétique de la démarche
warholienne insère donc paradoxalement son oeuvre dans l'histoire
de l'art abstrait américain. Il partage avec Jasper
Johns, Lichtenstein,
et Stella, une prédilection pour les compositions bicentrées
: obligeant les spectateurs à regarder simultanément les
deux images identiques ( voir ci-contre), elles révèlent
une attaque décisive contre la prééminence des images
uniques de l'art traditionnel.
C'est l'oeuvre de Rothko, autre grand représentant du <color field
painting> ( peinture par champs colorés ) qui a inspiré la
dématérialisation des boîtes de
Campbell's Soup
flottant sur un fond abstrait,
libérés comme les plans de Rothko des lois de la
pesanteur.
Warhol est en tous les cas au centre de l'art du redoublement au 20éme
siècle pour avoir utiliser avec brio l'art de la duplication. De même,
il s'inscrit dans l'histoire du minimalisme pour avoir crée garce à
une simple technique de duplication et de simplification , une atmosphère
de vénération autour des boîtes Cambell's ou des caisses de
Brillo.
Un authentique " postmoderne " :
Plus tard Warhol recoupera les trajectoires de ses contemporain
Jasper Johns ou Franck Stella en superposant sur les motifs de ses sérigraphies
un travail purement pictural. Celui qui affirmait << vouloir être
une machine >> sut dans les années 70 et 80 inclure dans ses oeuvres
des coups de pinceau tout à fait personnels : en authentique postmoderne,
il se montrait aussi capable de combiner dans la même oeuvre architecturale
ou plastique des références aux avant-gardes historiques et des
formes traditionnelles.
Il n'est pas douteux que l'univers de Warhol, typiquement américain,
est celui de l'argent roi et de la réussite financière comme fin
en soi. Lui même a toujours affirmé ne pas faire de différence
entre l'art et les affaires : réussir commercialement étant déjà
à ses yeux une forme d'art. Dans Ma philosophie de A à B il
n'hésite pas à renchérir en déclarant que : <<
L'art des affaires est bien plus intéressant que l'art de l'art >>
et dénigrant sa propre production artistique : << Je fabrique toujours
des saloperies pour que les gens les mettent dans leurs espaces qui, à
mon avis, devraient rester vides. >>
Mais il se trouve que ses découvertes l'entraînèrent au-delà
de sa philosophie en en faisant, peut-être malgré lui, un des grands
artistes de son temps.
La grandeur de Warhol :
Malgré tout ce qui autoriserait la contestation
la plus radicale de la valeur artistique des oeuvres de Warhol, certains critiques,
comme Lucy Lippard avaient notés que << fort éloigné
d'être le meilleur peintre actuel, si on juge suivant les critères
conventionnels, Warhol et par contre l'un des artistes les plus importants de
notre temps, car il domine la plus intransigeante branche conceptuelle de l'art
abstrait. >>
En effet, Warhol ne hiérarchise pas les informations qu'il retient :
pas plus d'un point de vue politique ou social, qu'esthétique. Il utilise
les images témoins de la consommation de masse jusqu'à saturation.
Et une fois cette saturation atteinte, il change de sujet sans regret. C'est
cette prodigieuse aptitude à la mutation-déstruction des images
symboles de la société américaine par saturation qui fait
la grandeur ambiguë de Warhol.
<< Puritain >>, <<Abstrait>>, disent fort
justement les commentateurs les plus lucides : les figures en effet
ne comptent plus car ce qui est en question, c'est l'univers du
parcellaire, de la division et de la multiplication dont l'oeuvre de
Warhol aura rendu compte comme nulle autre auparavant.
La citation << Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n'avez qu'a regarder la surface de mes peintures>> suggère que l'interprétation des peintures de Warhol ne réside pas dans la nature de l'oeuvre mais plus exactement dans les procédés que l'artiste a employé pour parvenir au résultat final. C'est pour cela que pour comprendre l'oeuvre de Warhol il est nécessaire de comprendre ses méthodes de travail. Nous accorderons ainsi une partie importante à la technique artistique de Warhol. Mais pour l'instant découvrons quelques unes de ses oeuvres. D'autres oeuvres, classées par thème sont également disponibles via le menu de l'index; il suffit à chaque fois de cliquer sur l'image pour l'observer en grand format.

D'autres oeuvres de Warhol sont disponibles sont directement en cliquant sur le lien qui vous intéresse soit via la page d'accueil :
Sa technique :
On compare très souvent les interventions artistiques de Warhol à celles d'un homme machine, passif et indifférent. D'où l'idée que son art reposait sur bien peu d'intervention personnelle. Il a d'ailleurs souvent incité le public à croire que tout le monde pouvait faire la même chose que lui. Toute sa vie il a employé des assistants et il s'est présenté comme un simple intermédiaire. Les peintures à faire soi-même en sont un merveilleux exemple.
Ces commentaires ironiques sur la créativité
personnelle furent parmi les les dernières oeuvres que warhol réalisa
sans avoir recours à la sérigraphie. << J'ai essayé
de les faire à ma main, devait-il déclarer plus tard, mais je
trouve que c'est plus facile avec l'écran de sérigraphie. Comme
ça, je n'est pas du tout besoin de travailler sur les objets que je fais.
Un de mes assistants, ou n'importe qui d'autre, peut reproduire les motifs aussi
bien que moi. >>
On a très souvent pris au premier degrés ce déni de tout
investissement personnel, et on a souvent prêté à ses oeuvres
d'innombrables interprétations ahurissantes, politiques ou social. Peut-être
n'a-t-on pas suffisamment écouté son conseil : << Si vous
voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n'avez qu'a regarder la surface de
mes peintures .>> Ce que l'on a souvent pris pour une revendication provocante
et ambiguë de sa propre superficialité pourrait être le simple
constat d'une réalité : que pour chercher les sens de ses oeuvres
il est inutile d'aller au delà des surfaces. C'est de ces aspects techniques,
et de leurs conséquences pour les thèmes de Warhol, que je voudrais
parler ici.
Depuis les images qu'il réalisait pour
la pub dans les années 50 jusqu'aux dernières oeuvres
sérigraphiées sur toile, Warhol a inventé de
multiples moyens de créer des surfaces qui semblaient à
peines touchées par sa main. L'équivoque voulue entre
ce qui est imprimé et ce qui est dessiné, entre les
opérations réalisées par d'autres et celles que
seul lui pouvait réaliser, entre l'aléatoire et le
prémédité, devient un aspect fondamental de son
art.
Les collaborations jouent un rôle important dans le projet de warhol,
il travailla avec des gens comme Nathan gluck qui l'assista quand il était
graphiste ou Gerard Malanga qui le seconda dans l'exécution des sérigraphies.
Les assistants et collaborateurs de Warhol affirment que l'artiste
n'avait pas seulement besoin d'eux pour maintenir son rythme de
travail, mais aussi pour se rassurer et pour éviter la
solitude de l'atelier.