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CHATEAU DU BRUGET A JAUJAC ( ARDECHE )

Note sur l’Architecture du Bruget
par Monsieur Raymond Collier,
spécialiste de l’Art Roman de Haute Provence

Ce document a été rédigé par Monsieur Raymond Collier, Archiviste des Alpes de haute Provence, à la suite d’une visite du Château du Bruget dans les années 1980, à l’invitation de sa belle sœur Madame Jean-Pierre Chevalier, qui dispose du manuscrit.

Les titres gras ont été rajoutés.

« Le château du Bruget (commune de Jaujac) dresse sa belle masse de pierres uniformément brunies par le temps au sommet d’un contrefort verdoyant de la ligne de collines qui domine vers le nord de la vallée de Jaujac.

Il forme en gros un rectangle flanqué de deux tours rondes, et, au nord-est, d’une avancée rectangulaire qu’on peut considérer comme une tour. L’une des tours se situe au nord-ouest, l’autre, partiellement engagée à l’intérieur du bâtiment, est accolée à la façade sud, qu’elle divise en deux parties inégales, celle de gauche (en regardant vers le château) étant plus longue que celle de droite. La « tour » rectangulaire forme saillie sur les murs nord et ouest (est ?) ; ce dernier offre un ressaut, étant renforcé sur une partie de sa longueur.

Les différences d’appareil qu’on distingue dans les murs du château indiquent qu’il est composite et, comme cela arrive fréquemment, qu’il appartient à différentes époques. 

Façade ouest et tour nord ouest

La façade ouest et la tour d’angle nord-ouest paraissent les parties les plus anciennes du château. L’appareil se compose de moellons et de galets coupés, d’une taille assez grossière mais rangés par lits à peu près réguliers ; le module est varié, mais plutôt petit, se rapprochant du carré, avec angles arrondis. Il s’agit, semble-t-il, de l’appareil de fin du XI e ou début du XIIe s.
Le mur est à peu près aveugle (une fenêtre rectangulaire sous le toit doit être récente)
La tour est percée de huit ouvertures dont peu semblent vraiment ancien. Sous le toit, à droite, une petite fenêtre rectangulaire à mouluration latérale à bases prismatiques, du XV e siècle ; à gauche, près de la façade nord, deux meurtrières étroites ont l’aspect du XI e s., avec des petits linteaux formés de pierres échancrées.

La tour sud

La tour sud est en pierres de tailles de dimensions moyennes, à léger bossage, indiquant le XIV e siècle. Cet appareil, en même temps que la pénétration de la tour à l’intérieur de la partie rectangulaire du château, indiquent bien qu’elle est antérieure à cette dernière. La position des meurtrières ou fenêtres latérales (deux du côté droit, trois du côté gauche) presque à la jointure de la tour et de la façade confirment cette ancienneté. Certaines de ces meurtrières, semblables à celles de la tour nord-ouest, ont pu être remployées.
La partie antérieure de la tour est percée d’une porte et de trois fenêtres d’axe. La fenêtre supérieure est divisée transversalement par deux meneaux.
Intérieurement, la tour est occupée par un escalier à vis. Elle est couverte par une sorte de coupole en pierres de taille partant sur une colonnette à chapiteau orné d’oves et de spires. Le socle rectangulaire de la colonnette est orné sur une face d’entrelacs, sur une autre d’une sorte d’étoile formée de triangles enchevêtrés. Ce motif, saisi que les chapiteaux, se retrouvent sur les cheminées du château.

La façade sud

Les deux portions de la façade sud, déterminées par la tour, ont un appareil semblable, si leurs ouvertures diffèrent nettement. C’est un appareil inégal : mélange de moellons, d’une taille assez grossière, et de pierres de taille proprement dites, de dimensions moyennes, particulièrement utilisées pour les encadrements de fenêtres et leurs appuis, ainsi que pour les chaînages d’angles.  

Le côté droit de la façade sud

Le côté droit de la façade est percé de trois fenêtres superposées, correspondant aux deux étages et à ce qui est un rez-de-chaussée vu du sud mais un sous-sol par rapport au nord.  La fenêtre du rez-de-chaussée ou soupirail est divisé en trois parties par deux meneaux verticaux, celle du premier étage est cintrée, celle du second rectangulaire.
 Le rez-de-chaussée de cette partie droite est occupé par une salle qui a pu être à usage de cuisine. Elle est éclairée par deux soupiraux, voûtée de voûtes d’arêtes basses qui semblent assez peu anciennes. L’un des côtés de la pièce est presque entièrement accaparé par une grande cheminée, dont le manteau en arc surbaissé repose sur deux massifs pieds droits en pierres de taille ; il est mouluré de trois plates-bandes en retraits l’une sur l’autre, de l’intrados à l’extrados ( mouluration de 1550 à 1650 environ)

Le côté gauche de la façade sud

La partie gauche de la façade, nettement du XVI e siècle, est percée à chacun des deux étages, d’une grande fenêtre à meneaux en croix, et, à côté, d’une plus petite, coupée par un meneau transversal. Les meneaux sont en biseau à méplat.

Le rez-de-chaussée de cette partie gauche est une pièce voûtée en berceau de pierres de taille, remontant au Moyen Age.

La façade Renaissance a dû être plaquée sur une construction préexistante ainsi que cela apparaît dans la coupe du mur du rez-de-chaussée, vu sur le tableau de la porte : une nette coupure sépare deux parements.

On peut penser que cette façade Renaissance remonte à 1594, date inscrite sur la partie supérieure de la tour et qui doit aussi indiquer une réfection de cette dernière. Chacun des deux côtés de la façade sud présente sous le toit une rangée de cinq corbeaux formés chacun de trois quarts de rond à méplat, superposés.

Le côté gauche est flanqué d’une échauguette, contre la tour ; son socle st formé de quatre boudins incurvés superposés. Une échauguette symétrique devait exister à l’angle, il n’en subsiste que la base ( deux boudins incurvés superposés)
A noter de petites ouvertures dans les combles, sous le toit qui a dû être surélevé. 

La façade nord et est

Le reste de la construction, c’est-à-dire la façade nord, la « tour » nord-est, la façade est est, dans l’ensemble, en appareil de moellons assez irréguliers, aux joints épais de ciment. Cependant, on voit des traces d’appareil régulier semblable à celui de la tour sud, ainsi dans le soubassement du mur nord, contre la tour nord est, et dans le soubassement de la tour rectangulaire.

Les baies de la façade nord (deux portes au rez-de-chaussée, des fenêtres aux étages) sont récentes dans l’ensemble, sauf trois petites baies rectangulaires sous le toit, dont deux ont des meneaux transversaux. Les fenêtres latérales de la tour sont étroites, avec des encadrements en pierres de taille.
La partie supérieure de la façade nord porte quatre consoles, groupées par deux et formées de deux pierres superposées, dont l’inférieure est en quart-de-rond.
Enfin, à la jointure de la tour nord-ouest et de la façade nord, sous le toit, se trouve une latrine en saillie, en pierres de taille, portant sur corbeaux taillés en quart-de-rond et en talons.

L’intérieur

Intérieurement, le rez-de-chaussée du corps de logis rectangulaire est en grande partie occupé par une salle, dont presque tout le côté ouest est formé par une cheminée monumentale. Son manteau consiste en un volumineux entablement de pierre ; son rebord inférieur est mouluré de trois plates-bandes en retrait les unes sur les autres du haut vers le bas ; il est couronné par une corniche moulurée en quart-de-rond, soutenue par de modillons, et en mauvais états. Au milieu de l’entablement s’allonge une corniche semblable à la précédente, mais en meilleur état et apparemment plus récente ; comme elle ne se justifie pas au point de vue ornementale, on peut se demander si l’on a pas voulu copier la supérieure. Cet entablement ou manteau repose sur quatre colonnettes au chapiteau de style Renaissance, décoré d’oves, de spires, et de volutes latérales. La base des colonnettes est formée de deux tores séparés par une gorge. Un four à pain ouvre au fond de la cheminée.

Le reste du rez-de-chaussée est occupé, du côté est, par une salle plus petite que la précédente, ainsi que par une petite pièce. Un puissant mur de refends sépare ces deux parties de la grande salle. On peut se demander si primitivement le château ne s’arrêtait pas là, ce mur étant alors un mur extérieur. Ce qui confirmerait cette hypothèse, c’est qu’il se trouve juste contre la tour sud, qui, alors aurait été une tour d’angle, ce qui est habituel.

Dans la plus vaste des deux pièces est se trouve une cheminée, de grandes dimensions, mais moins monumentale que celle de la grande salle. De chaque côté, le manteau repose sur une colonnette au chapiteau semblable aux précédents. Le manteau est mouluré de trois plates-bandes superposées, à sa partie inférieure, puis d’un renflement longitudinal. Au-dessus, une corniche en quart-de-rond, supportée par des modillons. La hotte, en pierres de taille, présente des armoiries martelées.

La salle est dallée de grosses pierres plates d’origine, qu’on appelle « bards » en Provence.

 

Au premier étage du corps rectangulaire de logis, une chambre est pourvue d’une grande cheminée occupant presque tout un côté. Le manteau est formé d’un entablement mouluré à sa base de deux plates-bandes superposées, puis d’une frise de triglyphes, enfin, en haut, d’un quart-de-rond.

La base des colonnes est formée de deux tores séparés par une gorge. Le socle, rectangulaire, est formé d’une sorte d’étoile.

 

Les communs

En avant de la façade sud se trouve deux communs. A droite, une petite tour ronde en appareil assez régulier qui peut remonter au Moyen Age. A gauche, un bâtiment rectangulaire ouvrant à l’extrémité par une porte cochère en arc surbaissé portant la date de 1676. Ce bâtiment doit remonter à cette date, sauf le mur nord en appareil assez régulier, qui peut-être du Moyen Age ou avoir été reconstruit avec des matériaux anciens.

 

 

Au total, il semblerait que le mur ouest et la tour nord ouest du château remontent à la fin du XI e siècle ou au début du XII e. Au XIV e s., il y aurait eu une reconstruction partielle, notamment avec la tour sud et une partie du mur nord. Peut-être à cette époque là, des constructions auraient été ajoutées à l’est.

Les façades sud datent du XVI e s. Au XVII e, on a reconstruit ou construit les murs nord, est, et la tour nord-est.

 Les cheminées datent de la fin du XVI e s ou du début du XVII e. »

 

 

 

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