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la guerre
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
Ils ont tous
les deux abondamment traité de la guerre en général et des guerres de leur temps.
Mais pour Montaigne, la guerre faisait partie, pour ainsi dire, du paysage.
Elle était dans la substance de la condition humaine. (Et d’ailleurs Jérôme
Bosch confirme amplement cette vision
dans sa peinture). Il la déplore donc, mais avec une sorte de froideur, prenant
une distance en décrivant les guerres de
l’histoire ou celles qui sont lointaines (aux Amériques). Karinthy est effaré
de la barbarie de la guerre : les guerres de Napoléon, puis les horreurs
de la guerre de 14. La plupart du temps il échappe à son angoisse par l’humour,
la dérision ou l’absurde.
On trouvera
ici quelques citations qui ont une certaine parenté selon ces deux
approches :
« La science de nous
entre-défaire et entretuer, de ruiner et perdre notre propre espèce,
il semble qu’elle n’a pas beaucoup de quoi se faire désirer aux bêtes qui ne
l’ont pas. »
« L’homme se distingue
de toute autre espèce animale et végétale par sa bêtise sans limite. »
Moyennant quoi
Karinthy complète sa pensée : « Il est
simplement trop tôt pour déterminer si l’homme est intelligent ou
stupide. C’est une espèce qui n’est pas encore mûre ! »
Montaigne, à
propos de la conquête des Amériques par Cortes : « Ils disent qu’il
nourrissait la guerre avec certains grands peuples voisins non seulement pour
l’exercice de la jeunesse du pays, mais principalement pour avoir de quoi
fournir ses sacrifices par des prisonniers de guerre. ».
Karinthy :
« Pose tes petites mitrailleuses,
mont petit garçon, et pose la jeep grise et les soldats et le canon de
quarante-deux – fais attention de ne pas t'accrocher dans les chevaux de frise
que tu as placé partout dans ta chambre, viens ici, papa va te raconter une
histoire. »
Montaigne
est admiratif des constructions militaires qu’elles soient d’Archimède ou de
César ici : « Il fit dresser un pont
afin qu’il passât à pied ferme. Ce fut là qu’il bâtit ce pont admirable de quoi
il déchiffre [décrit] particulièrement la fabrique : car il ne s’arrête si
volontiers en nul endroit de ses faits, qu’à nous représenter la subtilité de
ses inventions en telle sorte d’ouvrages de main. »
Karinthy a
aussi pris prétexte des actions du génie militaire, mais en fait pour
ridiculiser les slogans mobilisateurs : « Des
écluses s’ouvrant vers l’intérieur, qui font mouvoir l’eau dans un
seul sens. C’est en béton armé et en ciment, calculé pour une pression
gigantesque. […] N’avez-vous pas lu que D’Annunzio a déclaré à Milan qu’aussi
longtemps que l’Etsch et l’Isonzo ne couleront pas vers l’amont sur la
montagne, la guerre ne finira pas ? »
Et enfin le
parler guerrier :
Montaigne :
« On pourrait aussi
considérer, que cette obéissance si contrainte, n'appartient qu'aux
commandements précis et préfixés. »
Karinthy : « À mon sens il est carrément impudique de communiquer à la troupe
l'ordre d'exécution d'opérations sous forme d'invitations discourtoises et
grossières. Je souhaiterais une réforme des ordres dans le sens
suivant : couché !
(deviendra) dorénavant : "je demanderais à ces messieurs de bien vouloir
prendre leurs aises en position allongée dans la flaque qui s'étale à leurs
pieds, s'ils n'y voient pas d'objection !" »
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation (en ancien français), aux œuvres de
Karinthy, ou aux peintures de Jérôme Bosch)
(les n° de pages renvoient à l’emplacement des citations dans le
livre des éditions arléa (2002) selon l’adaptation de Claude pinganaud.)
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La
guerre, l’homme et l’animal |
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Il
démontre que jamais et nulle
part aucune espèce animale ou végétale ne juge aussi mal les
conditions et ne commet en conséquence autant de bêtises que l’homme. Il est certain, dit-il, que ni avec un
chien, ni même avec un rat on ne pourrait plaisanter en présentant sous son
nez tantôt un bout de pain tantôt une allumette enflammée sans qu’il trouve
immédiatement l’attitude adéquate. Il serait impensable de faire croire à un
troupeau de bovins ou même à un essaim de guêpes que suite à certaines
réflexions de principe, pour fuir les dangers des prairies, il vaut mieux
chercher refuge dans les étables incendiées. Il est bizarre aussi que les
gens pensent souvent aux bêtes pour établir certaines notions, alors que les
animaux ne pensent jamais à l’homme jusqu’à l’instant où elles se trouvent
confrontées à lui un jour de malchance. L’idéal du courage ou de la lâcheté
par exemple, nous ne les comprenons qu’en pensant au lion et au lapin – et
comme, tout à fait à tort, nous qualifions toujours le courage de beau et
vertueux, nous nous efforçons d’imiter le lion même quand il serait justement
plus beau et préférable de ressembler au lapin. Un lion ne prétendrait jamais
être aussi courageux que Mussolini. Un lion est courageux tout simplement parce
que vu ses conditions et ses particularités c’est pour lui l’attitude la plus
adéquate – il est courageux suivant une réflexion aussi juste et aussi
pertinente que le lapin est poltron. Je soupçonne que si le lion a un idéal
qu’il respecte, ce n’est pas Mussolini, c’est plutôt le lapin qui ose être
suffisamment courageux pour le fuir lui. À l’exception des cas où l’animal est
encore très jeune. Celui qui a jamais joué avec un lionceau ou
un chaton ou un lapereau ou un bébé hirondelle, il a pu découvrir en ce petit
un trait qui apparemment disparaît au cours de l’évolution :
l’imagination. Le chaton griffe et mord comme un lion – le
lionceau gesticule pour attraper la pelote comme un chat. Ils oublient ce qu’ils sont. Tout à l’heure j’ai dit : les animaux
n’imitent ni l’un l’autre ni l’homme. Un seul animal fait exception : le
singe. Ce n’est peut-être pas la ressemblance extérieure, mais plutôt la ressemblance intérieure qui nous a
fait supposer qu’il s’agit d’un possible parent. L’homme est un enfant du singe – et de tous
les autres animaux. […} Il
est simplement trop tôt pour déterminer si l’homme est
intelligent ou stupide. C’est une espèce qui n’est pas encore mûre ! C’est une espèce qui vit son enfance. Il
est trop tôt pour savoir ce qu’elle deviendra. Il n’a pas encore de
propriété, depuis six mille ans il ne fait qu’imaginer, jouer. Son
partenaire, la nature, lui chuchote : oh toi, petit singe !
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quand un lion plus vaillant a-t-il ôté la vie à un autre lion ? Dans quel hallier un sanglier est-il tombé Sous les défenses d’un
sanglier plus fort ? (Juvénal, Satires, XV, 160) Mais elles n’en sont pas universellement exemptes pourtant, témoins
les furieuses rencontres des mouches à miel et les entreprises des princes
des deux armées contraires : souvent,
entre deux « reines », éclate une querelle Qui
cause une grande agitation : Qu’on
s’imagine alors l’acharnement Et
la fureur guerrière qui animent le peuple ! (Virgile,
Géorgiques, IV, 67) Je ne vois jamais cette divine description qu’il ne m’y semble lire
peinte l’ineptie et vanité humaines. Car ces mouvements guerriers qui nous
ravissent de leur horreur et épouvantement, cette tempête de sons et de cris, L ‘éclat [des armes] rejaillit jusqu ‘au ciel, La terre alentour resplendit des reflets du bronze. Le pas cadencé des sold4ts ébranle le sol de ses puissantes
résonances; Les collines, toutes vibrantes de cris, en renvoient l’écho jusqu
‘aux astres. (Lucrèce, La Nature des choses, II, 325) cette effroyable ordonnance de tant de milliers d’hommes armés, tant
de fureur, d’ardeur et de courage, il est plaisant à considérer par combien
vaines occasions elle est agitée et par combien légères occasions
éteinte : On
dit que c’est à cause de l’amour de Pâris que la Grèce Se
jeta dans une guerre funeste contre les barbares. (Horace,
Épîtres, I, 2, 64) toute l’Asie se perdit et se consuma en
guerres pour le maquerellage [concubinage] de Pâris. L’envie d’un seul homme,
un dépit, un plaisir, une jalousie domestique, causes qui ne devraient pas
émouvoir deux harengères à s’égratigner, c’est l’âme et le mouvement [point
de départ] de tout ce grand trouble. Voulons-nous en croire ceux mêmes qui en
sont les principaux auteurs et motifs ? Écoutons le plus grand, le plus
victorieux empereur et le plus puissant qui fut jamais, se jouant, et mettant
en risée, très plaisamment et très ingénieusement, plusieurs batailles
hasardées [risquées et par mer et par terre, le sang et la vie de cinq cent
mille hommes qui suivirent sa fortune, et les forces et richesses des deux
parties du monde épuisées pour le service de ses entreprises. (p. 347) […] Quant à la fidélité, il n'est animal au monde
traître au prix de l'homme. (p. 349) |
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Les horreurs de la guerre |
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Dans cette ville vivaient des gens très bizarres, fantastiques, du
genre de ceux dont je t'ai déjà parlé dans les voyages de Gulliver. Que tu le croies ou non – mais je t'interdis de te moquer de papa –
j'ai vu par exemple un Serbe qui n'étais pas conspirateur et ne voulait pas
assassiner les monarques d'autres pays. J'ai vu en outre un Anglais qui n'était pas perfide et ne voulait pas
dépecer l'Allemagne. J'ai aussi vu un Russe qui n'a pas attisé sa haine de la Monarchie
depuis des années et ne creusait pas de sapes pour mieux l'attaquer. J'ai vu aussi un Roumain qui ne complotait pas avec ses ennemis
anciens et naturels sous la pression de l'Angleterre, permettant à l'Amérique
de détruire l'Allemagne. Et – écoute celle-là ! – j'ai même vu un Italien qui n'a pas
trahi l'alliance et n'a pas envahi des états candides. Bref, ce pays regorgeait d’une faune et
d’une flore les plus fantastiques. Comment te dire, dans ce pays on pouvait
carrément confondre un Russe et un Hongrois, car il y a avait des Hongrois
vêtus comme des Russes et inversement. Un jour par exemple – n'est-ce pas
étrange ? – j'ai vu un Français et un Allemand habillés pareils – je
m'en souviens fort bien, c'était un Allemand grand et blond et un Français
petit et brun. |
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Constructions guerrières |
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- Je ne suis pas totalement inculte et de plus j’ai suivi un
semestre d’études techniques. Je sais grosso modo de quoi il retourne… Il
s’agit d’une sorte de… euh… de truc d’eau… d’hydraulique… une sorte de
boulon… - Oui, disons, quelque chose comme ça. Vous voudriez donc
visiter les structures ? - Oui, oui. Cette grande tour en fait
partie ? |
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[…] |
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- C’est le bâtiment des pompes. Elles travaillent sans cesse, de
jour comme de nuit avec des machines doubles, une énergie d’une trentaine de
milliers de chevaux-vapeur. Vous voyez ces gros tuyaux ? Ils descendent
jusqu’à la rivière, ils remplissent toute la largeur du lit et elles
actionnent la masse d’eau avec une force régulière. […] - Oui, bien sûr. Tous ces soldats sur la rive, qu’est-ce qu’il
font ? - Ils construisent les écluses. C’est l’invention d’un célèbre
ingénieur italien : des écluses s’ouvrant vers l’intérieur, qui font mouvoir l’eau dans
un seul sens. C’est en béton armé et en ciment, calculé pour une pression
gigantesque. Un système de couvre-joint. Vous voyez ces trucs rouges,
là-bas ? Ce sont des plongeurs. Ils sont reliés aux pompes. - Et là-bas sur la pente ? - Trois cents petites tours alignées avec des pompes aspirantes,
elles vont jusqu’à la surface de la rivière. Également une nouvelle
invention, exclusivement à cette fin. […] - Parce que, par exemple, il y là les barrages sur deux
kilomètres de longueur… Il faut veiller à ce que la masse poussée par les
pompes et les pompes aspirantes ne puisse pas refouler… Ici, sur la prairie
plate, c’est facile, mais deux kilomètres plus loin, vous voyez, là où les
pompes se succèdent plus densément, au pied de la montée – imaginez la
quantité d’énergie qu’il faut pour faire monter sur la pente la masse de
l’eau dont nous avons retourné le cours. […] - Cher Monsieur l’Ingénieur, de quoi il s’agit ici ?
Qu’est-ce que vous faites en réalité ? L’ingénieur me toisa une nouvelle fois avant de répondre. - Qu’en matière de génie vous soyez
d’une grande ignorance, ce n’est pas grave. Mais en tant que journaliste,
vous devriez au moins être au courant de ce qui a paru dans les journaux. N’avez-vous
pas lu que D’Annunzio
a déclaré à Milan qu’aussi longtemps que l’Etsch et l’Isonzo ne couleront pas
vers l’amont sur la montagne, la guerre ne finira pas ? |
Parlant du siège d'Avaricum, il
dit, que c'était sa coutume de se tenir nuit et jour près des ouvriers qu’il avait en besogne. En
toutes entreprises de conséquence il faisait toujours la découverte lui-même,
et ne passa jamais son armée en lieu qu’il n’eût premièrement reconnu. Et, si nous croyons Suétone,
quand il fit l’entreprise de trajeter [passer] en Angleterre, il fut le
premier à sonder le gué [reconnaître le passage]. Il avait accoutumé de dire qu’il aimait mieux la victoire qui se
conduisait par conseil [résolution] que par force. Et, en la guerre contre
Pétréius et Afranius, la fortune lui présentant une bien apparente occasion
d’avantage, il la refusa, dit-il, espérant, avec un peu plus de longueur mais
moins de hasard [risque], venir à bout de ses ennemis. Il fit aussi là
un merveilleux trait, de commander à tout son ost, de passer à nage la
rivière sans aucune nécessité. (p. 539) […] Quand les anciens Grecs voulaient accuser
d’extrême insuffisance, ils
disaient en commun proverbe qu’il ne savait ni lire ni nager. Il avait cette
même opinion, que la science de nager était très utile à la guerre, et en
tira plusieurs commodités : s’il avait à faire diligence, il
franchissait ordinairement à nage les rivières qu’il rencontrait, car il
aimait à voyager à pied comme le grand Alexandre. (p. 541) |
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Le parler guerrier |
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Le bœuf nonchalant aspire à
la selle le cheval à labourer. (Horace, Epîtres, 1, 14, 43) Par ce train vous ne faites jamais rien qui
vaille.
Ainsi, il faut rejeter toujours
l’architecte, le peintre, le cordonnier, et ainsi du reste, chacun à son
gibier. |
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Il est inutile de crier si fort !
à mon
sens il est carrément impudique de communiquer à la troupe l'ordre d'exécution d'opérations sous
forme d'invitations discourtoises et grossières. Je souhaiterais une réforme
des ordres dans le sens suivant : 1. couché ! dorénavant : "je demanderais à ces
messieurs de bien vouloir prendre leurs aises en position allongée dans la
flaque qui s'étale à leurs pieds, s'ils n'y voient pas d'objection !" 2. arme sur
l'épaule ! Droite ! dorénavant : "ne serait-il pas plus plaisant à l'œil, messieurs, de vous voir
lever à une allure renforcée vos armes au niveau de votre épaule
droite ?" 3. à genoux ! dorénavant : "si ces messieurs voulaient bien s'agenouiller, votre profil
élégamment sculpté y gagnerait dans l'éclairage venu du haut." 4. et pour finir, à la place du brutal marche ! dorénavant : "et maintenant je préconise une petite promenade,
messieurs." Au sein d'une armée civilisée les ordres évolueraient
dans ce sens. Il va de soi que les autres expressions d'ordres changeraient
aussi dans le même esprit. Dans une éventuelle guerre future cela permettrait
à notre ennemi de laisser tomber ses armes de honte et de stupéfaction, quand
il entendrait l'appel de notre commandant d'une voix douce et suave :
"je vous en prie, messieurs, après vous. Les règles de la courtoisie
exigent de donner la primeur du tir à la partie adverse. Trompettes : la
Valse enchanteresse !!!…" |
Et, à ce propos, à la lecture des
histoires, qui est le sujet de toutes gens, j’ai accoutumé de considérer qui
en sont les écrivains : si ce sont
personnes qui ne fassent
autre profession que de lettres, j’en apprends principalement le style
et le langage; si ce sont médecins, je les crois plus volontiers en ce qu’ils
nous disent de la température de l’air, de la santé et complexion des
princes, des blessures et maladies; si jurisconsultes, il en faut prendre les
controverses des droits, les lois, l’établissement des polices et choses
pareilles; si théologiens, les affaires de l’Église, censures
ecclésiastiques, dispenses et mariages; si courtisans, les mœurs et les
cérémonies; si gens de guerre, ce qui est de leur charge, et principalement
les déductions [récits] des exploits où ils se sont trouvés en personne; si
ambassadeurs, les menées, intelligences et pratiques, et manière de les
conduire. (p. 363) C'est sans doubte une belle harmonie, quand le
faire, et le dire vont ensemble : et je ne veux pas nier que
le dire, lorsque les actions suivent, ne soit de plus d’autorité et efficace.
Comme disait Eudamidas entendant un philosophe discourir de la guerre :
« Ces propos sont beaux, mais celui qui les dit n’en est pas croyable,
car il n’a pas les oreilles accoutumées au son de la trompette. » Et
Cléomène, entendant un rhétoricien haranguer de la vaillance, s’en prit fort
à rire; et l’autre s’en scandalisant, il lui dit : « J’en ferais de
même, si c’était une hirondelle qui en parlât; mais si c’était un aigle, je
l’écouterais volontiers. » j’aperçois, ce me semble, dans les écrits des
anciens, que celui qui dit ce qu’il pense l’assène bien plus vivement que
celui qui se contrefait. (p. 523) On corrompt l'office du commander, quand on y obéit
par discrétion [en jugeant], non par sujétion. […] D'autre part pourtant on pourrait aussi considérer, que cette
obéissance si contrainte, n'appartient qu'aux commandements précis et
préfixés. (p. 64) |
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