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la synthèse résumée)
la nature
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
La notion de
nature s’est imposée de tous temps et tous les philosophes se sont questionnés
sur son sens, son contenu et le sens de notre discours. Là encore Karinthy et
Montaigne se rejoignent en exigeant de l’homme la modestie qui convient face à
cette immensité indéchiffrée :
Selon
Karinthy la Nature se fiche pas mal de nos états d’âme, elle est. Quand, comme
ci-dessous, l’artiste l’invoque comme une déesse mère (« Enfin est arrivé l'instant
suprême, l'instant de l'inspiration divine auquel je T'ai aperçue, ô
suprême nature. »), elle se
débarrasse de cet ennuyeux thuriféraire pour vivre sa vie de Nature sans être
dérangée : « Je vois… là-bas sur le bord du rocher… cette
prurigineuse poussière… elle a roulé par ici… ne crains rien, elle finira bien
par ramper ailleurs. »
Pour Montaigne également la nature "est", elle se passe de
discussions : « Les philosophes, avec grande raison, nous
renvoient aux règles de nature, mais elles n’ont que faire de si sublime
connaissance. ». Mais il renvoie
aussi ses mystères à l’existence de Dieu tout en y incluant l’homme tel qu’il
est : « Il n’y a
pièce indigne de notre soin en ce présent que Dieu nous a
fait ; nous en devons compte jusqu’à un poil. »
(Les liens des
citations ici et dans les chapitres successifs renvoient au chapitre des essais
de
Montaigne qui contient la citation (en ancien français), aux œuvres de
Karinthy, ou aux peintures de Jérôme Bosch)
(les n° de pages renvoient à l’emplacement des citations dans le
livre des éditions arléa (2002) selon l’adaptation de Claude pinganaud.)
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Et
l'artiste écarta les bras, embrassant le monde contre son cœur. Il parla
ainsi : - ô forêt érigée vers le ciel, ô ciel
enveloppant la forêt, je vous ai apporté la douleur, je vous la découvre,
étreignez-la, guérissez-la, bercez-la ; recueillez-moi en votre sein,
dévoilez-moi votre beauté ! Je viens de la cité des hommes, mon cœur en
est rassasié, c'est à toi qu'aspire mon âme, ô Beauté, Pureté, Vigueur !
Car j'ai été traîné dans le sang et dans la boue par la plèbe ; car la
multitude humaine, esclave haletante du corps et du plaisir, du pouvoir et de
la violence, m'est devenue insupportable. Elle danse sa danse macabre autour
de la statue de Mammon qui anéantit qui n'y danse pas. Nul besoin non plus en
moi du faux ami et de la gourgandine de Babylone, nul besoin des tours
tarabiscotées de Babylone, du baiser pantelant de l'amour impudique. Je suis
venu à toi, revenu à toi, encore à toi, à toi en premier, à toi en dernier,
vallée des mystères, cime
altière, douce cloche du firmament sans limites, astre engageant sur la voûte
céleste ! Ô Nature, Source de la Beauté, baume à mon cœur, terre
nourricière ! berce ton fils égaré, égaie-le, remplis à plein bord la
coupe de son âme du breuvage de ta beauté pudique ! |
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Il
n’y a pièce indigne de notre soin en ce
présent que Dieu nous a fait; nous en devons compte jusqu’à un poil. Et n’est pas une commission par acquit, à
l’homme, de conduire l’homme selon sa condition : elle est expresse,
naïve et très principale et nous l’a le créateur donnée sérieusement et
sévèrement. L’autorité peut seule envers les communs entendements, et pèse
plus en langage pérégrin [étranger]. (p. 798) |
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Seulement toi, toi, monticule vert-de-gris
phosphorescent de brumes bleues, ta douce respiration
m'évoque le sein maternel palpitant sur lequel je peux reposer ma tête, seulement
toi, cascade furieusement grondante, fier sommet enneigé, vergogne rouge du
soleil lointain, incandescence apaisée de la planète reculée, vous, seulement
vous comprenez mon âme, ensemble et séparément, c'est vous qui exprimez ce
que je ressens !… Je ne vous abandonnerai jamais, pour mes yeux et mon
cœur, vous êtes plus beaux que la plus belle femme du monde !… Enfin est
arrivé l'instant suprême, l'instant de l'inspiration divine auquel je T'ai aperçue, ô suprême
nature, quand tu as délacé ton linceul virginal afin que je voie, tu
m'as donné voix et parole et pinceau pour que j'entonne ta louange, en
reconnaissance de m'avoir réconcilié avec moi-même ! Je profère la voix,
je trempe le pinceau dans un calice mille fois irisé, je cherche les paroles
pour que tu trouves son et couleur et parole et que tu puisses à travers moi
te révéler aux imbéciles, bien qu'ils ne soient toujours pas capables de te
comprendre et qu'ils te renient ! Que ma voix soit ta cascade, que mon
orgueil soit ton sommet enneigé que le flot de mon amour soit ton firmament,
que l'éternel miracle de mon âme soit ton étoile ! Réponds-moi forêt,
réponds-moi cime divine, réponds cascade assourdissante, réponds soleil
plongeant, réponds verte étoile étincelante ! Réponds, révèle-moi le secret,
dévoile-moi le verbe rédempteur qui fait éclater le sens de ta beauté !
Mon cœur est empli de ta beauté, rédime-moi, qu'il me soit permis de dire aux
humains ce que tu représentes pour moi !… ce que tu es pour moi !… L'artiste défaillit et se répandit au sol,
le visage en avant, anhélant. Et il attendit. Et mortel fut le silence. Mortel fut le silence autour de lui… et lui
tenta de flairer des bruits dans ce silence. Et parla la montagne et héla la
cascade : - D'où ? pour où ? Et la cascade répondit : - De la profondeur vers les hauteurs,
de la hauteur derechef aux profondeurs. Dans la grotte de cristal je fus le
feu, ici je suis l'eau ; demain je franchirai la frontière, je serai le
bleu du ciel ; puis la lueur magnétique. Je me sublime, je me dilate…
vers là-bas !… Et le soleil plongeant dit aux étoiles
lointaines : - Tourne cent milliards de fois,
danse… je viens vers toi, pour m'unir à toi. Et l'étoile répondit : - Hâte-toi ! Et dit la forêt à la montagne : - Nous aussi, nous y allons, nous
allons avec lui, n'est-ce pas ? Et le brin d'herbe dit à la forêt : - Je viens aussi avec vous… je me
hérisserais bien mais quelque chose m'a piétiné de son pied imbécile… Et la cime acquiesça : - Je vois… là-bas sur le bord du rocher… cette prurigineuse poussière…
elle a roulé par ici… ne crains rien, elle finira bien par ramper ailleurs.
En bas, au-delà de la vallée, ordinairement elles gesticulent et
pullulent entassées, là où la terre frissonne de froid. J'avertirai le Feu,
sous mes pieds, d'y lancer quelques rayons pour que cela passe. Ainsi tonnèrent et claironnèrent le ciel et
la terre et le firmament étoilé. Mais autour de l'homme tout était silence
car l'oreille de l'homme n'entend que le parler de l'intérieur. |
Nous sommes incapables d'avoir faict le
monde : il y a donc quelque nature plus excellente, qui y a
mis la main. Ce serait une sotte arrogance de nous estimer la plus parfaite
chose de cet univers ; il y a donc quelque chose de meilleur. (p. 288) Et qu’il n’y a point de plus notable folie au monde
que de les ramener [les bornes de la volonté de Dieu] à la mesure
de notre capacité et suffisance. Si nous appelons monstres ou miracles ce où
notre raison ne peut aller, combien s’en présente-t-il continuellement à
notre vue ? Considérons au travers de quels nuages et comment à tâtons
on nous mène la connaissance de la plupart des choses qui nous sont entre les
mains; certes nous trouverons que c’est plutôt accoutumance que science qui
nous en ôte l’étrangeté. (p. 139) Ai-je pas vu en Platon ce divin mot, que nature
n'est rien qu'une poésie énigmatique ? Comme peut être qui
dirait une peinture voilée et ténébreuse, entreluisant d’une infinie variété
de faux jours à exercer nos conjectures. (p. 393) Ce que considérant, il m'est venu en fantaisie,
comme [que] nature ne se dément point en cela de sa générale
police, car les physiciens tiennent que la naissance, le nourrissement et
l’augmentation de chaque chose sont l’altération et corruption d’une autre.
(p. 89) S'enquiert-on à Zénon que [ce que] c'est que
nature ? « Un feu, dit-il, artiste, propre à engendrer,
procédant réglément. » Archimède, maître de cette science qui s’attribue
la préséance sur toutes les autres en vérité et certitude : « Le
soleil, dit-il, est un dieu de fer enflammé. » Voilà pas une belle
imagination produite de la beauté et inévitable nécessité des démonstrations
géométriques ! (p. 392) Mais ils sont plaisants, quand pour donner quelque
certitude aux lois, ils disent qu'il y en a quelques-unes fermes,
perpétuelles et immuables, qu’ils nomment naturelles, qui sont empreintes en
l’humain genre par la condition de leur propre essence. Et, de celles-là, qui
en fait le nombre de trois, qui de quatre, qui plus, qui moins : signe
que c’est une marque aussi douteuse que le reste. Or ils sont si défortunés
(car comment puis-je autrement nommer cela que défortune, que d’un nombre de
lois si infini il ne s’en rencontre au moins une que la fortune et témérité
du sort aient permis être universellement reçue par le consentement de toutes
les nations ?), ils sont, dis-je, si misérables que, de ces trois ou
quatre lois choisies, il n’y en a une seule qui ne soit contredite et
désavouée, non par une nation, mais par plusieurs. Or c’est la seule enseigne
vraisemblable par laquelle ils puissent argumenter certaines lois naturelles,
que l’universalité de l’approbation. Car ce que nature nous aurait
véritablement ordonné, nous l’ensuivrions sans doute d’un commun
consentement. Et non seulement toute nation, mais tout homme particulier
ressentirait la force et la violence que lui ferait celui qui le voudrait
pousser au contraire de cette loi. Qu’ils m’en montrent, pour voir, une de
cette condition. (p. 424) Les lois de nature nous apprennent ce que
justement, il nous faut. Après que les sages nous ont dit que,
selon elle, personne n’est indigent, et que chacun l’est selon l’opinion, ils
distinguent ainsi subtilement les désirs qui viennent d’elle de ceux qui
viennent du dérèglement de notre fantaisie ; ceux desquels on voit le bout
sont siens, ceux qui fuient devant nous et desquels nous ne pouvons joindre
la fin sont nôtres. La pauvreté des biens est aisée à guérir; la pauvreté de
l’âme impossible. (p. 726) Les inquisitions et contemplations Philosophiques,
ne servent que d'aliment à notre curiosité. Les philosophes, avec grande raison, nous
renvoient aux règles de nature, mais elles n’ont que faire de si sublime
connaissance; ils les falsifient et nous présentent son visage
peint trop haut en couleur et trop sophistiqué, d’où naissent tant de divers
portraits d’un sujet si uniforme. Comme elle nous a fourni de pieds à
marcher, aussi a-t-elle de prudence à nous guider en la vie; prudence non
tant ingénieuse, robuste et pompeuse comme celle de leur invention, mais à
l’avenant facile et salutaire, et qui fait très bien ce que l’autre dit, en
celui qui a l’heur de savoir s’employer naïvement et ordonnément,
c’est-à-dire naturellement. Le plus simplement se commettre à nature, c’est
s’y commettre le plus sagement. O que c’est un doux et mol chevet, et sain,
que l’ignorance et l’incuriosité, à reposer une tête bien faite. (p.770) |
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