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la vieillesse
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
« On n’est vieux qu’une fois ! »
a écrit Karinthy ; il a bien jugé
à quel point la vieillesse n’est pas acceptée. Le texte dialogué, ci-dessous,
en est une illustration humoristique (« J'sais bien que je suis un vieillard, j'ai
pas besoin de toi pour le savoir, mais c'est pas une raison pour me le rappeler
à chaque instant. »). Montaigne a
abondamment traité le sujet et a formulé les mêmes conclusions : « Nos désirs rajeunissent sans
cesse. Nous recommençons toujours à vivre. Notre étude et notre
envie devraient quelquefois sentir
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation (en ancien français), aux œuvres de
Karinthy, ou aux peintures de Jérôme Bosch)
(les n° de pages renvoient à l’emplacement des citations dans le
livre des éditions arléa (2002) selon l’adaptation de Claude pinganaud.)
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« Surtout les vieillards sont
dangereux, à qui la souvenance des choses passées demeure » |
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Ma modeste personne : Bien le bonjour, Père Gyula. Père Gyula : Père ! Manquerait plus que ça,
Père ! J'sais
bien que je suis un vieillard, j'ai pas besoin de toi pour le savoir, mais c'est pas une raison pour
me le rappeler à chaque instant. Ma modeste personne : Mais non, Père Gyula, vous n'êtes
pas du tout vieux. Vous êtes beaucoup plus jeune, Père Gyula, que bien des
jeunes gens, Père Gyula. Père Gyula : Ben, pour sûr. Je me conserve, tant
bien que mal. Ma modeste personne : Bien sûr. Et, écrivez-vous
toujours, Père Gyula ? Père Gyula : Halte là ! Parce que tu as
l'idée évidemment qu'un vieux croulant comme moi a peut-être du mal à tenir
sa plume. Hein ? |
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Il me souvient que me rencontrant un jour à
Toulouse chez un riche vieillard pulmonique, et traitant avec lui
des moyens de sa guérison, il lui dit que c’en était l’un de me donner
occasion de me plaire en sa compagnie, et que, fichant ses yeux sur 1a
fraîcheur de mon visage, et sa pensée sur cette allégresse et vigueur qui
regorgeaient de mon adolescence, et remplissant tous ses sens de cet état
florissant en quoi j’étais, son habitude [état] s’en pourrait amender. Mais
il oubliait dire que la mienne s’en pourrait empirer aussi. (p. 82) |
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Ma modeste personne : Mais non, Père Gyula, vous n'avez
rien d'un vieux croulant, Père Gyula, vous avez le teint d'une jeune fille de
vingt ans, Père Gyula. Père Gyula : Ben, quant au teint et à la santé,
je me plains pas, ça irait encore, mieux en tout cas que les jeunes
d'aujourd'hui. Ma modeste personne : Pour sûr. Heu, que dites-vous de ce
bel automne, Père Gyula ? Père Gyula : Il est beau, il est beau… beau pour
les jeunes. Mais que doit faire une vieille rosse poussive comme moi… je me
traîne, tant que ma vieille carcasse veut bien me porter. Ma modeste personne : Mais non, Père Gyula, vous n'avez
rien d'une vieille rosse poussive, Père Gyula. Vous êtes un fringant jeune
homme de belle prestance, Père Gyula. Père Gyula : C'est ce que tu crois, mon
petit ?… Ma modeste personne : Absolument, Père Gyula. Que
pensez-vous, Père Gyula, de ces aviateurs ? Père Gyula : Je n'en crois pas un mot, mon
petit. Je sais bien ce que tu penses maintenant dans ta tête, mon petit, tu
penses : "Évidemment tu n'en crois pas un mot, vieux paralytique,
vieux crétin, toi qui es vieux comme Mathusalem." C'est ce que tu crois
dans ta tête, je le vois bien dans tes yeux, même si tu n'avoues pas que tu
le penses. Ma modeste personne désespérée :
Père Gyula, Père Gyula, Père Gyula, comment vous pouvez dire une chose
pareille, Père Gyula, que je penserais ça de vous, alors que vous êtes aussi
jeune qu'un jeune poulain fougueux, Père Gyula, vos yeux brillent comme ceux
d'une jeune danseuse nubienne ; vos muscles, Père Gyula, gambadent de
force vitale ; vous devez être enchanté de vous-même, Père Gyula. Père Gyula : Hé, hé… Et cette longue barbe
blanche… ? Ma modeste personne : Oh, vous avez dû la teindre en
blanc, Père Gyula, en réalité elle doit être bien noire, Père Gyula… Que
pensez-vous de ces partis de l'opposition qui ont envie de se fédérer ? Père Gyula : Opposition… opposition… à quoi ça
sert ? à rien, personne
n'en a besoin. Un vieil âne comme moi a besoin de café et d'une brique chaude
sur le ventre. Tu as beau prétendre, mon petit, que ma barbe est simplement
teinte en blanc, si j'étais jeune comme tu le prétends, ma barbe ne serait
pas aussi longue, même en noir. Ma modeste personne attristée :
Je ne crois pas du tout que c'est une vraie barbe, Père Gyula. – Au
demeurant, que pensez-vous, Père Gyula, de… Père Gyula : Comment dis-tu, mon petit, tu crois
que ce n'est pas ma barbe ? Ma modeste personne : Bien sûr. Rêveusement. Elle doit être collée… Père Gyula : Holà !… Tu dois pas penser ça
sérieusement… Ma modeste personne : Mais, ma fois, je le pense très
sérieusement. Père Gyula : Mais je n'ai pas l'air si jeune que
ça… Je suis vieux, un vieux bouc, je ne suis qu'une vieille carne… Ma modeste personne : Mais, Père Gyula… Père Gyula : Tu ne m'appellerais pas Père Gyula
si je n'étais pas un vieux birbe… Ma modeste personne fatiguée :
C'est pour rire que je vous appelais Père Gyula… Moi, appeler Père Gyula un
jeune homme comme vous… Père Gyula grommelle :
Ouais, ouais… Ma modeste personne : Un gamin comme vous… Fâché. Un jeunot… un… un petit
morveux… comme toi… Je donne une
chiquenaude à sa barbe. Une gamine… Je
lui tiraille l'oreille. Un baveux comme toi… une môme… une petite
pipelette comme toi… Je lui tapote Père Gyula heureux,
il s'en va rassuré. |
Quant à moi je tiens pour certain que depuis cet
âge, et mon esprit et mon corps ont plus diminué, qu'augmenté, et
plus reculé qu’avancé. Il est possible qu’à ceux qui emploient bien le temps
la science et l’expérience croissent avec la vie; mais la vivacité, la
promptitude, la fermeté, et autres parties bien plus nôtres, plus importantes
et essentielles se fanent et s’alanguissent. Un peu plus tard, avec
l’affaiblissement du corps Malmené par la vigoureuse
attaque du temps, Quand nos forces s ‘émoussent
et que nos membres chancellent, L ‘intelligence, elle aussi,
devient boiteuse, Le langage délirant, la
pensée fuyante. (Lucrèce, La Nature des
choses, III, 451) Tantôt c’est le corps qui se rend le
premier à la vieillesse ; parfois, c’est aussi l’âme; et en ai assez vu qui
ont eu la cervelle affaiblie avant l’estomac et les jambes ; et d’autant que
c’est un mal peu sensible à qui le souffre, et d’une obscure montre
[manifestation cachée], d’autant est-il plus dangereux. Pour ce coup, je me
plains des lois non pas de quoi elles nous laissent trop tard à la besogne,
mais de quoi elles nous y emploient trop tard. Il me semble que, considérant
la faiblesse de notre vie, et à combien d’écueils ordinaires et naturels elle
est exposée, on n’en devrait pas faire si grande part à la naissance, à
l’oisiveté et à l’apprentissage. (p. 244) Les incommodités de la vieillesse, qui ont besoin
de quelque appui et rafraîchissement, pourraient m’engendrer avec
raison désir de cette faculté; car c’est quasi le dernier plaisir que le
cours des ans nous dérobe. La chaleur naturelle, disent les bons compagnons,
se prend premièrement aux pieds ; celle-là touche l’enfance. De là elle monte
à la moyenne région, où elle se plante longtemps et y produit, selon moi, les
seuls vrais plaisirs de la vie corporelle ; les autres voluptés dorment au
prix. Sur la fin, à la mode d’une vapeur qui va montant et s’exhalant, elle
arrive au gosier, où elle fait sa dernière pose. Je ne puis pourtant entendre comment on
vienne à allonger le plaisir de boire outre la soif, et se forger en
l’imagination un appétit artificiel et contre nature. Mon estomac n’irait pas
jusque-là; il est assez empêché à venir à bout de ce qu’il prend pour son
besoin. Ma constitution est de ne faire cas du boire que pour la suite du
manger; et bois à cette cause le dernier coup quasi toujours le plus grand.
Et par ce qu'en la vieillesse, nous apportons le palais encrassé de rhume, ou
altéré par quelque autre mauvaise constitution, le vin nous semble meilleur,
à même que nous avons ouvert et lavé nos pores. (255) Qui vit jamais vieillesse qui ne louât le temps
passé, et ne blâmât le présent, chargeant le monde et les moeurs
des hommes, de sa misère et de son chagrin ? (p. 442) Le jeune doit faire ses apprêts, le vieux en jouir,
disent les sages. Et le plus grand vice qu’ils remarquent en notre
nature, c’est que nos désirs rajeunissent sans cesse. Nous recommençons toujours à vivre. Notre étude et
notre envie devraient quelquefois sentir Mais il me semble qu'en la vieillesse, nos âmes
sont sujettes à des maladies et imperfections plus importunes,
qu’en Platon ordonne aux vieillards d'assister aux
exercices, danses, et jeux de la jeunesse, pour se réjouir en
autrui de la souplesse et beauté du corps qui n’est plus en eux, et rappeler
en leur souvenance la grâce et faveur de cet âge fleurissant, et veut qu’en
ces ébats ils attribuent l’honneur de la victoire au jeune homme qui aura le
plus ébaudi et réjoui, et plus grand nombre d’entre eux. (p. 612) Je suis envieilli de nombre d'ans, depuis mes
premiers publications, qui furent l'an mille cinq cent quatre
vingt. Mais
je fais doute que je
sois assagi d'un pouce. Moi à cette heure, et moi tantôt, sommes bien deux.
Quand meilleur, je n'en puis rien dire. Il ferait beau être vieux, si nous ne
marchions que vers l’amendement. C’est un mouvement d’ivrogne titubant,
vertigineux, informe, ou des jonchets [joncs] que l’air manie casuellement
selon soi. (p.696) |
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