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art et littÉrature
Les liens dans es commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
Là encore
Montaigne et Karinthy se rencontrent pour aborder le sujet de l’originalité ou
de l’honneur de l’écrivain : Montaigne ne fait pas confiance à sa première
impression : « Que nous n'ayons
prins instruction de quelque sçavant, si cette piece leur est propre, ou si
elle est estrangere. » et Karinthy souhaite confier cette tâche
à un bon critique ou à défaut « préserver
son honneur d’artiste. ».
Quoi qu’il
en soit, Montaigne, pour sa part, craint de déplaire « aux esprits communs et vulgaires, ny guere
aux singuliers et excellens : ceux-là n'y entendroient pas assez, ceux-cy
y entendroient trop. » ; Karinthy lui répond en se
demandant si « notre grande "simplicité",
notre "naturel", notre dégoût maladif des banalités ne deviendront
pas un jour lieux communs. »
L’important
c’est de dire, si on a quelque chose à dire, quelle que soit la forme de
l’expression : « Qui a dans l’esprit
une vive imagination et claire, il la produira, soit en bergamasque, soit par
mimes, s'il est muet. » et « Une pensée digne de ce nom survivra aussi bien sans
décorum. ».
Prenant
comme exemple les biographies, les personnages antiques pour Montaigne,
Napoléon pour Karinthy, ils s’accordent sur la nécessité qu’ont les écrivains de
faire vivre les personnages en les servant avec discrétion : « [Ils font] honneur à Cicero, à
Galien, à Ulpian, et à sainct Hierosme, pour se rendre eux ridicules. » ; « Le Napoléon de Tolstoï vit, le Napoléon
d’Emil Ludwig (un biographe à succès des années 30) ne vit pas. ».
En fait l’un
comme l’autre manifeste sa prédilection pour un ou deux auteurs : pour
Karinthy c’est en effet Tolstoï : « Il
n’y a pas de doute, c’est la perfection de l’écriture de romans au
sens classique : impossible de faire mieux. », pour
Montaigne : « Je n'ay dressé commerce
avec aucun livre solide, sinon Plutarche et Seneque, ou je puyse comme les
Danaïdes, remplissant et versant sans cesse. »
Ils se
rencontrent enfin sur les représentations (les représentations plastiques
prises pour chacun comme exemple) qui doivent se tenir au plus près de vérités
essentielles : « Si j'estois du mestier,
je naturaliserois l'art, autant comme ils artialisent la nature. » et « En quoi
est-elle caractéristique de Hindenburg cette statue équestre
énorme ? »
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation, aux œuvres de Karinthy, ou aux peintures de
Jérôme Bosch)
(On retrouve l’emplacement exact des citations en en
sélectionnant, puis copiant une partie.
Puis, dans la nouvelle page affichée, taper « CTRL+F »,
puis coller (CTRL+V) l’extrait dans la
mire de recherche.)
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L’écrivain et sa plume |
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{…] |
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Le subject selon qu'il est,
peut faire trouver un homme sçavant et memorieux : mais pour
juger en luy les parties plus siennes, et plus dignes, la force et beauté de
son ame : il faut sçavoir ce qui est sien, et ce qui ne l'est point :
et en ce qui n'est pas sien, combien on luy doibt en consideration du
choix, disposition, ornement, et langage qu'il a forny. |
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Si l’écrivain, l’élu de l’esprit, doit se contenter de n’être qu’un objet de plaisir amusant de la société, tel une jolie femme ou son harem pour le sultan, au lieu de lui faire une place parmi les hommes qui dirigent et qui gouvernent la société – soyons là au moins conséquents. Si, compte tenu des conditions misérables, vous êtes souvent obligés de lui refuser son amour-propre d’homme, son honneur d’homme, - donnez-lui au moins un honneur d’artiste à part et défendez-le, tout comme une loi à part défend et protège l’honneur des femmes. Cette loi à part selon laquelle, quand il s’agit de l’honneur d’une femme, on ne permet aucune instruction, mais on condamne tout simplement le calomniateur, cette loi est nécessaire car la femme a besoin d’être protégée, la femme est enceinte, elle met au monde un enfant, et l’enfant est plus important que tout le reste, il est peut-être plus important que l’honneur de la femme. Nous devions tous sourire, pourtant la chose était tragique : apparemment le brave artisan a bel et bien commis son « acte fatal » qu’il avait préalablement annoncé à la gouvernante. Mais il fallait bien sourire. Évidemment, quand il commence sa lettre d’adieu ainsi : « Quand tu liras ces lignes je ne serai plus parmi les vivants ». Donc il se pourrait bien que depuis, le pauvre bougre « ait rendu l’âme », « mange les pissenlits pas la racine », autrement dit « ait cassé sa pipe », après « avoir éteint sa lampe ». […] Je n’ai réalisé que plus tard que, bien que j’aie souri comme les autres, de cette scène j’ai finalement gardé un arrière-goût désagréable – mais pas aux dépens du pauvre artisan, mais à ceux de la souriante compagnie. […] Voici l’école de la vie tel qu’il est écrit dans le livre du destin. Autant de lieux communs. Autant de belles et parfaites vérités, fruits de réflexions bien senties, vérifiées et attestées, et qui plus est exprimées avec une perfection artistique. Dans la bouche d’un homme vivant je veux entendre des mots qui vivent – le seul, l’unique mot exigé par la concomitance qui ne reviendra jamais, une constellation de circonstances fortuites quand l’homme de cet instant s’est trouvé côte à côte avec ce vécu. […] Est-ce que notre grande « simplicité », notre « naturel », notre dégoût maladif des banalités ne deviendront pas un jour lieu commun ? |
Quoy, s'il y a emprunté la matiere, et empiré la forme ? comme il advient souvent. Nous autres qui avons peu de practique avec les livres, sommes en cette peine : que quand nous voyons quelque belle invention en un poëte nouveau, quelque fort argument en un prescheur, nous n'osons pourtant les en louer, que nous n'ayons prins instruction de quelque sçavant, si cette piece leur est propre, ou si elle est estrangere. Jusques lors je me tiens tousjours sur mes gardes. Les païsants simples, sont honnestes gents : et honnestes gents les Philosophes : ou, selon que nostre temps les nomme, des natures fortes et claires, enrichies d'une large instruction de sciences utiles. Les mestis, qui ont dedaigné le premier siege de l'ignorance des lettres, et n'ont peu joindre l'autre (le cul entre deux selles : desquels je suis, et tant d'autres) sont dangereux, ineptes, importuns : ceux-cy troublent le monde. Pourtant de ma part, je me recule tant que je puis, dans le premier et naturel siege, d'où je me suis pour neant essayé de partir. La poësie populaire et purement naturelle, a des naïvetés et graces, par où elle se compare à la principale beauté de la poësie parfaitte selon l'art : comme il se void és villanelles de Gascongne et aux chansons, qu'on nous rapporte des nations qui n'ont cognoissance d'aucune science, ny mesme d'escriture. La poësie mediocre, qui s'arreste entre deux, est desdaignée, sans honneur, et sans prix. Mais par ce qu'apres que le pas a esté ouvert à l'esprit, j'ay trouvé, comme il advient ordinairement, que nous avions pris pour un exercice malaisé et d'un rare subject, ce qui ne l'est aucunement : et qu'apres que nostre invention a esté eschauffée, elle descouvre un nombre infiny de pareils exemples, je n'en adjousteray que cettuy-cy : que si ces Essays estoient dignes, qu'on en jugeast, il en pourroit advenir à mon advis, qu'ils ne plairoient guere aux esprits communs et vulgaires, ny guere aux singuliers et excellens : ceux-là n'y entendroient pas assez, ceux-cy y entendroient trop : ils pourroient vivoter en la moyenne region. |
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Bonne ou mauvaise littérature |
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On demandoit à Socrates d'où
il estoit, il ne respondit pas, d'Athenes, mais, du monde. Luy qui avoit
imagination plus plaine et plus estanduë, embrassoit l'univers, comme sa
ville, jettoit ses cognoissances, sa societé et ses affections à tout le
genre humain : non pas comme nous, qui ne regardons que sous nous. |
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On a vendu quelques deux cent mille exemplaires de (la) biographie de Napoléon en Allemagne et ailleurs, principalement en Amérique. […] Tant d’exemplaires, c’est trop pour un seul homme – depuis le commencement du monde et apparemment jusqu’à sa fin (bien que les jeunes de la décennie passée aiment bien parler d’une sorte « d’âme collective ») ce certain phénomène que l’on a coutume d’appeler le succès et que l’on mesure en général par des nombres comme, disons, Emil Ludwig est lu en deux cent mille exemplaires, ou Napoléon a capturé ou vaincu ici ou là quatre cent mille hommes, le nombre a été et sera une référence plus importante de toute évaluation que l’essentiel. […] Bien que tout ce livre ne parle que de Napoléon, de l’école qu’il a fréquentée, des personnes qu’il a contactées, des maîtresses qu’il s’est conquises, des phrases qu’il a prononcées à des occasions où il savait pertinemment que les personnes à qui il les adressait notaient ses paroles directement et expressément dans le but que cent ans plus tard Emil Ludwig puisse les reproduire afin de prouver que Napoléon était un homme suffisamment grand pour qu’Emil Ludwig se donne la peine d’écrire un livre sur lui – mais ce Napoléon-là ne fait rien d’autre que produire des données pour les biographes. On lit dans ce livre des phrases comme : « En ce temps-là Napoléon sent déjà qu’il est un homme du destin. », « Et Napoléon reconnaît l’instant historique. » […] Cette scène, on peut la lire dans le roman Guerre et Paix de Tolstoï, de façon presque aussi détaillée. Pas mot pour mot, bien sûr. Mais justement tout est là. Le Napoléon de Tolstoï vit, le Napoléon d’Emil Ludwig ne vit pas. En soi ce ne serait pas choquant, puisqu’il est bien connu que l’artiste voit mieux que l’historien le passé en tant que chose ayant existé, de même qu’il voit également mieux que l’homme politique ce qui existe. Ce qui est étrange – et cela dépasse les arts, cela appartient déjà au monde des jugements, est que dans le roman de Tolstoï Napoléon est un personnage secondaire, un personnage épisodique insignifiant de l’histoire des héros qui font le sujet du roman : des gens simples de tous les jours, Jean et Jeannette. […] Il paraît
qu’il y a dix ans en Roumanie vivait un homme de plus de cent vingt ans dont
on prétendait qu’il avait personnellement rencontré Napoléon ! Un
journaliste allemand avait rendu visite à cette homme et tout palpitant il
s’était mis à l’interroger : comment était l’empereur en tant
qu’homme ? Le brave vieillard caressa sa barbe, cligna fortement des
yeux comme qui trie parmi la multitude de ses souvenirs (mon Dieu, il a connu
tant de gens), puis ses yeux s’illuminèrent. […] - Ja… Sie meinen Napoleon ? Ja, ja… ich hab’ihn gekannt… ja… ja… Nina, also… er war halt a’ herzenguter Mensch… aba’ dumm !!! (Ah… vous voulez parler de Napoléon ? Oui, oui… je l’ai connu… oui… oui… Eh ben… c’était un homme au grand cœur… mais stupide !!!) |
Dequoy traitte Socrates plus largement que de soy ? A quoy achemine il plus souvent les propos de ses disciples, qu'à parler d'eux, non pas de la leçon de leur livre, mais de l'estre et branle de leur ame ? J'auroy trop beau jeu, si je vouloy considerer l'homme en sa commune façon et en gros : et le pourroy faire pourtant par sa regle propre ; qui juge la verité non par le poids des voix, mais par le nombre. Mais il y devroit avoir quelque
coërction des loix, contre les escrivains ineptes et inutiles,
comme il y a contre les vagabons et faineants : On banniroit des mains
de nostre peuple, et moy, et cent autres. Ce n'est pas moquerie :
L'escrivallerie semble estre quelque symptome d'un siecle desbordé :
Quand escrivismes nous tant, que depuis que nous sommes en trouble ? Or ce livre, dequoy je
parle, pour venir à son but, fait une description de Seneque tres-injurieuse,
ayant emprunté ces reproches de Dion l'historien, duquel je ne crois
aucunement le tesmoignage. Car outre qu'il est inconstant, qui apres avoir
appellé Seneque tres-sage tantost, et tantost ennemy mortel des vices de
Neron, le fait ailleurs, avaritieux, usurier, ambitieux, lasche, voluptueux,
et contrefaisant le philosophe à fauces enseignes : sa vertu paroist si
vive et vigoureuse en ses escrits, et la defence y est si claire à aucunes de
ces imputations, comme de sa richesse et despence excessive, que je n'en
croiroy aucun tesmoignage au contraire. Mais je ne sçay comment il
advient, et si advient sans doubte, qu'il se trouve autant de
vanité et de foiblesse d'entendement, en ceux qui font profession d'avoir
plus de suffisance, qui se meslent de vacations lettrées, et de charges qui
despendent des livres, qu'en nulle autre sorte de gens : Ou bien par ce
que lon requiert et attend plus d'eux, et qu'on ne peut excuser en eux les
fautes communes : ou bien que l'opinion du sçavoir leur donne plus de
hardiesse de se produire, et de se descouvrir trop avant, par où ils se
perdent, et se trahissent. Comme un artisan tesmoigne bien mieux sa bestise,
en une riche matiere, qu'il ait entre mains, s'il l'acommode et mesle
sottement, et contre les regles de son ouvrage, qu'en une matiere vile :
et s'offence lon plus du defaut, en une statue d'or, qu'en celle qui est de
plastre. Ceux cy en font autant, lors qu'ils mettent en avant des choses qui
d'elles mesmes, et en leur lieu, seroyent bonnes : car ils s'en servent
sans discretion, faisans honneur à leur memoire, aux despens de leur
entendement : et faisans honneur à Cicero, à Galien, à Ulpian, et à sainct Hierosme, pour se
rendre eux ridicules. Il y a des sciences steriles
et épineuses, et la plus part forgées pour la presse : il les
faut laisser à ceux qui sont au service du monde. Je n'ayme pour moy, que des
livres ou plaisans et faciles ; qui me chatouillent ; ou ceux qui
me consolent, et conseillent à regler ma vie et ma mort. Hegesias le prioit de luy lire quelque livre : Vous estes plaisant, luy respondit-il : vous choisissés les figues vrayes et naturelles, non peintes : que ne choisissez vous aussi les exercitations naturelles vrayes, et non escrites ? |
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Les bons auteurs |
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Il n’y a pas de doute, c’est la perfection de l’écriture de romans au sens classique : impossible de faire mieux. D’une part le reflet large, plastique, coloré de la réalité extérieure, du mouvement, de l’action et des situations par rapport auxquels la vie réelle vue par nos propres yeux dans l’ambiance quotidienne semble obscure et inconsistante. […] |
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L'Histoire c'est mon
gibier en matiere de livres, ou la poësie, que j'ayme d'une particuliere
inclination : car, comme disoit Cleanthes, tout ainsi que la voix
contrainte dans l'étroit canal d'une trompette sort plus aigue et plus
forte : ainsi me semble il que la sentence pressee aux pieds nombreux de
la poësie, s'eslance bien plus brusquement, et me fiert d'une plus vive
secousse. |
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Lorsqu’il
s’agit de la « force évocatrice » d’un écrivain, étant donné que l’effet
de l’évocation est avant tout quelque chose d’imagé, nous avons pris
l’habitude d’emprunter nos comparaisons […]Pendant la description du vécu fictif, intérieur de leur héros, les romanciers russes ont souvent recours à ce qu’on appelle des « libres associations d’idées » : cela leur permet de rendre les descriptions naturelles, directes, réalistes et vraisemblables, puisque chaque lecteur les connaît spontanément bien. Ces associations d’idées sont aussi illogiques et incontrôlables dans le livre que dans la réalité, puisqu’elles n’ont pas pour but de découvrir une vérité ou une loi, elles ont seulement vocation à faire allusion aux divagations de l’imagination. |
Quant aux
facultez naturelles qui sont en moy, dequoy c'est icy l'essay, je les sens
flechir sous la charge : mes conceptions et mon jugement ne marche qu'à tastons,
chancelant, bronchant et chopant : et quand je suis allé le plus avant
que je puis, si ne me suis-je aucunement satisfaict : Je voy encore du
païs au delà : mais d'une veüe trouble, et en nuage, que je ne puis
demesler : Et entreprenant de parler indifferemment de tout ce qui se
presente à ma fantasie, et n'y employant que mes propres et naturels moyens, s'il m'advient,
comme il faict souvent, de rencontrer de fortune dans les bons autheurs ces
mesmes lieux, que j'ay entrepris de traiter, comme je vien […] J'ay leu en Tite Live cent choses que tel n'y a pas leu. Plutarche y en a leu cent ; outre ce que j'y ay sçeu lire : et à l'adventure outre ce que l'autheur y avoit mis. A d'aucuns c'est un pur estude grammairien : à d'autres, l'anatomie de la Philosophie, par laquelle les plus abstruses parties de nostre nature se penetrent. Il y a dans Plutarque beaucoup de discours estendus tres-dignes d'estre sçeus : car à mon gré c'est le maistre ouvrier de telle besongne : mais il y en a mille qu'il n'a que touché simplement : il guigne seulement du doigt par où nous irons, s'il nous plaist, et se contente quelquefois de ne donner qu'une atteinte dans le plus vif d'un propos. Il les faut arracher de là, et mettre en place marchande. |
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Art et représentation |
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Ces statues ne claironnent pas l’immortalité de sept hommes, mais celle de sept chevaux. Mais les sculpteurs s’entêtent de ce genre de quadrupèdes géants dès qu’il s’agit d’édifier un monument à nos héroïques patriotes. |
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[…] En quoi est-elle caractéristique de Hindenburg cette statue équestre énorme, oppressante (les proportions massiques du chef de guerre et du cheval sont de un à cinq) qui enlaidit la place principale de Berlin ? […] Au demeurant, en ce qui concerne les symboles… Eux aussi ne sont qu’une pure habitude, sans aucun rapport avec les lois externes ou internes, avec ce qu’on appelle « la loi éternelle »… Bon d’accord, je descends du cheval, je l’ai assez chevauché comme ça. Après tout les arts plastiques ne sont pas les seuls à travailler avec des « symboles » - la poésie avec ses métaphores et ses métonymies donne suffisamment de matériau pour étudier le culte du « symbole ». Par hasard il se trouve que la poésie aussi évoque volontiers le cheval dans ses comparaisons – elle est même allée plus loin : elle s’est faite cheval elle-même sous la forme d’un pégase ailé féerique. Mais j’ai donc promis de descendre de cheval. Je n’en ai plus besoin puisque je compte partir de l’idée que « symbole » et « comparaison » ne sont pas toujours des phénomènes de la nature, ils sont souvent création de la main de l’homme. |
Les sciences traictent les
choses trop finement, d'une mode artificielle, et differente à la
commune et naturelle. Mon page fait l'amour, et l'entend : lisez luy
Leon Hebreu, et Ficin : on parle de luy, de ses pensees, et de ses
actions, et si n'y entend rien. Je ne recognois chez Aristote, la plus part
de mes mouvemens ordinaires. On les a couverts et revestus d'une autre robbe,
pour l'usage de l'eschole. Dieu leur doint bien faire : si j'estois du mestier, je naturaliserois l'art, autant
comme ils artialisent la nature. Pourquoy estimant un homme
l'estimez vous tout enveloppé et empacqueté ? Il ne nous
faict montre que des parties, qui ne sont aucunement siennes : et nous
cache celles, par lesquelles seules on peut vrayement juger de son
estimation. C'est le prix de l'espée que vous cerchez, non de la
guaine : vous n'en donnerez à l'adventure pas un quatrain, si vous
l'avez despouillée. Il le faut juger par luy mesme, non par ses atours. Et
comme dit tres-plaisamment un ancien : Sçavez vous pourquoy vous
l'estimez grand ? vous y comptez la hauteur de ses patins : La base
n'est pas de |
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