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Hommes et femmes

 

Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous dans leur contexte

Être une femme ne peut bien sûr pas avoir le même sens au XVIe et au XXe siècle, et pourtant quand Montaigne donne des conseils de comportement aux femmes (peut-être pas condescendants, mais encore…), et quand Karinthy donne des conseils de comportement plutôt aux hommes, ils se rejoignent dans ce qu’on peut voir comme un "éternel féminin". « C'est qu'elles ne se cognoissent point assez : le monde n'a rien de plus beau. » écrit l’un dans les années 1580, et l’autre en 1928 : « Les femmes, elles, trouveront bien d’elles-mêmes, sans l’aide de Lucifer et compagnie, ce qu’elles peuvent faire avec leur corps et avec leur âme ».

Dans la "passion au quotidien", ils se rencontrent étrangement puisque Montaigne évoque les relations de Thalès avec un femme de Milet : [Elle l’avertit] « qu'il seroit temps d'amuser son pensement aux choses qui estoient dans les nues, quand il auroit pourveu à celles qui estoient à ses pieds. » tandis que Karinthy évoque celle de Képler pris de passion pour une Borbala qui lui répond « Johannes, n'oublie pas l'argent pour demain matin. ».

L’attirance que la beauté inspire trouve ses limites chez l’un comme chez l’autre dans l’excès : « "Car parmi toutes les belles, c'est le scintillement humide de ton pancréas qui miroite dans la nuit de mon désir comme là-haut Alcyon quand la Lune se lève." -  J'ai flanqué le livre par terre et je me suis réveillé avec dégoût. » ("Radioscopia", où il imagine un pays où l’on voit les organes internes du corps). Il n’est pas surprenant de trouver le même sujet chez Montaigne (qui l’avait pris chez Ovide) : « les maistres du mestier ordonnent pour remede aux passions amoureuses, l'entiere veuë et libre du corps qu'on recherche. »

Pour ce qui est du mariage, là encore, pour Karinthy par un humour cynique, pour Montaigne par une analyse des besoins de la société, ils convergent vers la constatation que le mariage d’amour ne vaut pas grand-chose : « Je ne voy point de mariages qui faillent plustost, et se troublent, que ceux qui s'acheminent par la beauté, et desirs amoureux  ;.[…] cette boüillante allegresse n’y vaut rien. » et « [Le mariage est un] contrat réciproque entre un homme et une femme par lequel ils se mettent réciproquement d’accord qu’à compter de la signature du contrat ils ne s’informeront plus sur les liaisons qu’ils auront. »

Quant aux méfaits de l’abondance : « Quel appetit ne se rebuteroit, à veoir trois cents femmes à sa merci, comme les a le grand Seigneur en son serrail ? » écrit l’un ; « [Le] Padischah Aladár, cinquante fois mari sans jamais porter la culotte » écrit l’autre…

 

(Les liens des citations ici et dans les chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation, aux œuvres de Karinthy, ou aux peintures de Jérôme Bosch)

(On retrouve l’emplacement exact des citations en en sélectionnant, puis copiant une partie.

Puis, dans la nouvelle page affichée, taper « CTRL+F », puis  coller (CTRL+V) l’extrait dans la mire de recherche.)

 

Être une femme ?

 Le Moyen-Âge a placé la femme sur un piédestal. Situation suspecte et ambiguë du point de vue de l’homme, compte tenu du caractère particulier de l’habillement féminin, si j’admets que l’homme fixe vers le haut son regard plein de recueillement en direction de ce piédestal. On dirait que toute la chose est devenue plus pudique du fait que la femme en soit descendue.

[…]

 

 Si les bien-nees me croient, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses : Elles cachent et couvrent leurs beautez, soubs des beautez estrangeres : c'est grande simplesse, d'estouffer sa clarté pour luire d'une lumiere empruntee : Elles sont enterrees et ensevelies soubs l'art. C'est qu'elles ne se cognoissent point assez : le monde n'a rien de plus beau : c'est à  elles  d'honnorer les arts, et de farder le fard.

Le corps d’une femme lui appartient. La femme dispose librement de son corps, d’un corps comme ça. Les femmes, aujourd’hui, pensent librement à l’amour.

Et [l’hédoniste de la plage] poursuit son libre exposé en hennissant et en bégayant – il se laisse emporter par l’idéal de la libération de l’amour de la femme : à ses yeux de l’esprit apparaît la Femme Libérée, il s’emporte avec des yeux dangereusement exorbités, un sourire ironique, en gigotant dans sa nudité, chevauchant vers les étoiles un manche à balai harnaché de rênes de diamant, dans le faisceau des projecteurs terrestres.

La brave bourgeoise pouffe de rire – puis saute coquettement de sa place – que vous êtes gentil, vous êtes un artiste de la vie ! En tout cas l’hédoniste de la plage a au moins atteint un résultat : […] serais-je allé faire carrément la cocotte, comme le suggérait ce type, j’aurais plus d’ennuis sur la plage. Ça vaut mieux comme ça.

[…] Les femmes, elles, trouveront bien d’elles-mêmes, sans l’aide de Lucifer et compagnie, ce qu’elles peuvent faire avec leur corps et avec leur âme dans cet été hellène éblouissant, dans cette douce mélancolie d’automne.

 

Que leur faut-il, que vivre aymees et honnorees ? Elles n'ont, et ne sçavent que trop, pour cela. Il ne faut qu'esveiller un  peu, et  reschauffer les  facultez qui sont en elles. Quand je les voy attachees à la rhetorique, à la judiciaire, à la logique, et semblables drogueries, si vaines et inutiles à leur besoing : j'entre en crainte, que les hommes qui le leur conseillent, le facent pour avoir loy de les regenter soubs ce tiltre. Car quelle autre excuse leur trouverois-je ? Baste, qu'elles peuvent sans nous, renger la grace de leurs yeux, à la gayeté, à la severité, et à la douceur : assaisonner un nenny, de rudesse, de doubte, et de faveur : et qu'elles ne cherchent point d'interprete aux discours qu'on faict pour leur service. Avec cette science, elles commandent à baguette, et regentent les regents et l'escole. Si toutesfois il, leur fasche de nous ceder en quoy que ce soit, et veulent par curiosité avoir part aux livres : la poësie est un amusement propre à leur besoin : c'est un art follastre, et subtil, desguisé, parlier, tout en plaisir, tout en montre, comme elles. Elles tireront aussi diverses commoditez de l'histoire. En la philosophie, de la part qui sert à la vie, elles prendront les discours qui les dressent à juger de nos humeurs et conditions, à se deffendre de nos trahisons : à regler la temerité de leurs propres desirs : à mesnager leur liberté : allonger les plaisirs de la vie, et à porter humainement l'inconstance d'un serviteur, la rudesse d'un mary, et l'importunité des ans, et des rides, et choses semblables. Voyla pour le plus, la part que je leur assignerois aux sciences. 

 

 

 

 

 

 

Beauté, amour, passion

 Il la croise en descendant, il a dû sortir la minute précédente. Tous deux s'arrêtent figés. L'astronome [Kepler] retrouve le premier la parole. Sa voix tremble.

- Non… ce n'est pas possible… Borbala… Borbala Müller…

- C'est bien moi, Maître. Cela vous étonne-t-il tant ?

Mais le maître ne fait que trembler et bégayer, on a du mal à le comprendre.

- Oui… Car miracle… miracle… Parce qu'alors… je dois dire… que moi… que moi… justement je voulais… chez toi… aller aussi… vers toi… descendre… madonne… devant ta fenêtre… je n'en peux plus… je deviens fou… je ne comprends pas… ce qui m'arrive… à moi… cela ne m'est jamais… arrivé… cette nuit… je regardais… pour la millième fois… la Lune… dans ma lunette… et à la place de la Lune… je n'ai vu que toi… constamment toi… tes épaules nues… tes seins nus… entre les brocards… brocards chuchotant des nuages… je n'en peux plus… j'ai perdu la raison… je voulais aller t'épier… sous ta fenêtre… pardonne-moi… je n'en peux plus…

- « Johannes, n'oublie pas l'argent pour demain matin. » 

 

 

 

 Je sçay bon gré à la garce Milesienne, qui voyant le philosophe Thales s'amuser continuellement à la contemplation de la voute celeste, et tenir tousjours les yeux eslevez contre-mont, luy mit en son passage quelque chose à le faire broncher, pour l'advertir qu'il seroit temps d'amuser son pensement aux choses qui estoient dans les nues, quand il auroit pourveu à celles qui estoient à ses pieds. Elle luy conseilloit certes bien, de regarder plustost à soy qu'au ciel. Mais nostre condition porte, que la cognoissance de ce que nous avons entre mains, est aussi esloignée de nous, et aussi bien au dessus des nuës, que celle des astres […] Comme dit Socrates en Platon, qu'à quiconque se mesle de la philosophie, on peut faire le reproche que fait cette femme à Thales, qu'il ne void rien de ce qui est devant luy. 

 

Un homme à monocle, grand, blond que j'ai croisé sur le trottoir faisait des signes vers l'autre côté de la rue.

- Je baise la circonvolution de votre cerveau, chère Madame.

- Bonjour, Feri - a répondu en souriant sous son ombrelle une charmante jeune femme à fossettes. - Qu'est-ce qui vous amène par ici ? On ne vous a pas vu hier au bridge. Qu'est qui vous arrive à l'anneau d'œsophage ? Pourquoi êtes-vous si rouge ? Vous avez encore bu ?

- Mais pas du tout, chère Madame ! On s'est couché sagement de bonne heure !…

- À d'autres !… Vous avez presque fini de digérer votre croissant du matin, alors qu'on voit encore par dessus les traces de champagne !

C'est par cette dernière phrase qu'un déclic s'est produit en moi. Comme sur un coup de tonnerre j'ai compris dans quel pays singulier et merveilleux j'avais débarqué. Il est devenu évident que la nudité des habitants n'était nullement le signe d'un manque de culture et encore moins d'impudeur. Dans ce pays il est tout simplement inutile de porter des vêtements parce que les gens voient les uns à travers les autres comme à travers le verre, ou plutôt à travers une bouteille remplie d'un liquide rouge et délicat dans lequel flottent à la manière d'objets transparents, multicolores, nos organes intérieurs, notre squelette, nos reins, nos intestins, notre cœur.

Au même instant où j'en ai pris conscience j'ai été rempli d'une joie et d'un enthousiasme infinis. Quoi, Radioscopia, me suis-je dit, c'est le pays de la vérité, le pays de la Cognition de la Réalité habité par la clairvoyante sagesse ! où les coulisses barbouillées d'un extérieur mensonger sont enfin tombées et où l'Homme, la Raison Pure, se tient devant son congénère dans son authenticité, c'est ici le monde de l'Imperativus Categoricus qui a su secouer le vernis abject dont l'avait habillé le regard bigleux, embrouillé de sottes illusions, de notre vie de misère. Ici un homme n'a aucune chance de tromper son semblable avec un sourire feint, un maquillage sale, une apparence trompeuse. Ici on n'a pas besoin de mentir pour embellir la réalité, parce que toute beauté devient grise et insignifiante par rapport à la source et au but de toute beauté : la lueur éblouissante du soleil de la Vérité !

Ici on connaît la vérité. Ici enfin je peux apprendre moi-même ce à quoi je m'efforce péniblement depuis l'éveil de ma conscience : à qui m'adresser, où aller ? car je dois savoir cela sur le champ, j'ai attendu suffisamment longtemps !

Un éclair illumine mon esprit. La bibliothèque ! la bibliothèque de Radioscopia, source de toutes les Sagesses ! je vais m'y rendre sans tarder.

Sur les indications de mon guide, quelques minutes plus tard j'étais assis dans la salle de lecture de l'immeuble immense. Je me suis jeté sur le catalogue ; peu importe l'auteur ou le sujet du livre, tout est instructif pour moi.

J'ai demandé au hasard l'œuvre la plus grandiose d'un poète nommé Abradabra, selon le catalogue le livre de toutes les fiertés de Radioscopia que ses contemporains et la postérité ont placé au-dessus de Gœthe ou de Dante.

Le magnifique livre renfermait une multitude de poèmes. Tant mieux, ai-je pensé, ici enfin je recevrai la déclaration prophétique dont notre cœur et notre raison sont assoiffées de la part d'un poète. D'un poète qui n'a pas besoin du conseil de János Arany (János Arany, poète hongrois (1817-1882)) : "mens, poète !", parce qu'il ne voit pas l'apparence mais l'essentiel.

Un joli petit poème a attiré mon attention sur la page de droite du livre ouvert. Il parlait d'une certaine Lélia à qui, comme on le comprend à la fin, le poète mendiait un baiser. Pour appuyer sa demande, il décrit la belle et tout les charmes corporels qui ont "troublé et subjugué" le cœur du poète. "Car ton foie est plus beau que le bourgeon tumescent du rosier", écrit le poète, "et je donnerais le monde entier pour la courbure jaune pâle de ton côlon… ô, si une seule fois je pouvais épingler la turquoise de ta vésicule biliaire… ô, s'il m'était permis de toucher tes roses amygdales… ô, si je pouvais reposer ma tête sur ton diaphragme… Car parmi toutes les belles, c'est le scintillement humide de ton pancréas qui miroite dans la nuit de mon désir comme là-haut Alcyon quand la Lune se lève."

J'ai flanqué le livre par terre et je me suis réveillé avec dégoût.

 

 

Quant à la beauté du corps, avant passer outre, il me faudroit sçavoir si nous sommes d'accord de sa description : Il est vraysemblable que nous ne sçavons guere, que c'est que beauté en nature et en general, puisque à l'humaine et nostre beauté nous donnons tant de formes diverses, de laquelle, s'il y avoit quelque prescription naturelle, nous la recognoistrions en commun, comme la chaleur du feu. Nous en fantasions les formes à nostre poste.

[…]

Certes quand j'imagine l'homme tout nud (ouy en ce sexe qui semble avoir plus de part à la beauté) ses tares, sa subjection naturelle, et ses imperfections, je trouve que nous avons eu plus de raison que nul autre animal, de nous couvrir. Nous avons esté excusables d'emprunter ceux que nature avoit favorisé en cela plus que nous, pour nous parer de leur beauté, et nous cacher soubs leur despouille, de laine, plume, poil, soye.

Remerquons au demeurant, que nous sommes le seul animal, duquel le defaut offence nos propres compagnons, et seuls qui avons à nous desrober en nos actions naturelles, de nostre espece. Vrayement c'est aussi un effect digne de consideration, que les maistres du mestier ordonnent pour remede aux passions amoureuses, l'entiere veuë et libre du corps qu'on recherche : que pour refroidir l'amitié, il ne faille que voir librement ce qu'on ayme.

Et encore que ceste recepte puisse à l'aventure partir d'une humeur un peu delicate et refroidie : si est-ce un merveilleux signe de nostre defaillance, que l'usage et la cognoissance nous dégoute les uns des autres. Ce n'est pas tant pudeur, qu'art et prudence, qui rend nos dames si circonspectes, à nous refuser l'entrée de leurs cabinets, avant qu'elles soyent peintes et parées pour la montre publique.

 

La beauté est une piece de grande recommendation au commerce des hommes : C'est le premier moyen de conciliation des uns aux autres ; et n'est homme si barbare et si rechigné, qui ne se sente aucunement frappé de sa douceur. Le corps a une grand' part à nostre estre, il y tient un grand rang : ainsi sa structure et composition sont de bien juste consideration.

 

Chi puo dir com'egli arde

è in picciol fuoco,

Feu que l’on peut dire

est un bien maigre feu’

disent les amoureux, qui veulent representer une passion insupportable :

misero quod omnes

Lesbia aspexi, nihil est super mi

Lingua sed torpet, tenuis sub artus

Tinniunt aures, gemina teguntur

Eripit sensus mihi. Nam simul te

Quod loquar amens.

Flamma dimanat, sonitu suopte

Lumina nocte.

Pauvre de moi !

Mes sens me sont ravis. Je vois Lesbie : âme, parole, fuient,

un feu subtil s’insinue dans mes veines ; tout le dedans de mes oreilles tinte ; l

a double nuit s’étend sur mes deux yeux

Aussi n'est ce pas en la vive, et plus cuysante chaleur de l'accés, que nous sommes propres à desployer nos plaintes et nos persuasions : l'ame est lors aggravee de profondes pensees, et le corps abbatu et languissant d'amour.

 

Mais au subject de l'amour, subject qui principallement se rapporte à la veuë et à l'atouchement, on faict quelque chose sans les graces de l'esprit, rien sans les graces corporelles. C'est le vray advantage des dames que la beauté : elle est si leur, que la nostre, quoy qu'elle desire des traicts un peu autres, n'est en son point, que confuse avec la leur, puerile et imberbe. 

 

 

 

Le mariage

 [Le mariage est un] contrat réciproque entre un homme et une femme par lequel ils se mettent réciproquement d’accord qu’à compter de la signature du contrat ils ne s’informeront plus sur les liaisons qu’ils auront. Celui ou celle qui transgresse cette clause, soit en rapportant à l’autre une liaison qu’il entretiendrait avec un tel ou une telle, soit en le lui faisant savoir par une voie détournée, soit encore qu’il ne veille pas suffisamment à ce que l’autre cesse de l’ignorer ; celui-là ou celle-là commet l’adultère que le code pénal réprime d’un châtiment singulier, appelé sacrifice humain. La femme surprise dans l’adultère est punie par le mari lui-même.  Dès qu’il surprend  sa femme, il saisit un bâton et avec celui-ci il transperce le séducteur, le canapé et le trou de la serrure à travers lequel il a été témoin de cet adultère. (Extrait de « Dictionnaire simplet »)

 

 

 Je ne voy point de mariages qui faillent plustost, et se troublent, que ceux qui s'acheminent par la beauté, et desirs amoureux : Il y faut des fondemens plus solides, et plus constans, et y marcher d'aguet : cette boüillante allegresse n'y vaut rien.

Ceux qui pensent faire honneur au mariage, pour y joindre l'amour, font, ce me semble, de mesme ceux, qui pour faire faveur à la vertu, tiennent, que la noblesse n'est autre chose que vertu. Ce sont choses qui ont quelque cousinage : mais il y a beaucoup de diversité : on n'a que faire de troubler leurs noms et leurs tiltres : On fait tort à l'une ou à l'autre de les confondre.

[…]

Comme on peut le constater, cette punition se base sur la jurisprudence archaïque et naturelle en vertu de laquelle, si moi, quelqu’un me frappe avec sa canne, alors je lui prends sa canne et je lui rends la pareille. Ou encore un autre exemple : mettons que j’aie une tumeur sur le ventre, alors je sépare mon ventre de la tumeur, et alors la tumeur peut aller se cacher de honte, elle n’aura plus rien sur quoi faire mal. Ou bien, si c’est ma dent qui me fait mal, j’arrache ma bouche de ma dent. Ou encore, si quelqu’un me vole ma montre en or et l’emporte au mont de piété, moi, je vais gifler le mont de piété en tous sens, j’en casse les cheminées, j’en brise les carreaux, je le provoque en duel, je le tue d’une balle, je le poignarde. Cette procédure est très vieille et très juste ; dans le cadre de la vie conjugale on la retrouve jusqu’à nos jours dans sa forme archaïque ; si par exemple un petit garçon vole une prune par gourmandise, sa maman le prend par la main et lui dit : « Gosse dépravé, c’est avec cette main que tu as pêché par gourmandise ? Hein ? » Elle lui frappe la main par punition. Ou si l’enfant fourre son doigt dans son nez, sa mère attrapera le doigt et dira ces mots : « C’est ce doigt que tu t’es fourré dans le nez ? Hein ? » Elle lui frappe le doigt par punition. Le mari trompé procède de la même façon avec un sens juridique que l’on n’admire pas suffisamment lorsque, après que sa femme lui ai planté des cornes, il attrape l’amant et dit à sa femme : « Femme dépravée, c’est avec celui-là que tu m’as trompé, hein ? » Et il poignarde l’amant par punition.

Le code pénal reconnaît également l’absolue légitimité et la pertinence judiciaire de cette procédure, en octroyant a posteriori sa bénédiction distinguée à la sentence de mort exécutée par le mari. D’éminents juristes sont en train de plancher sur un projet de loi qui, dans le but de raccourcir cette procédure actuellement un peu laborieuse, se baserait sur une inversion de la procédure présente pour lui assurer un déroulement plus rapide. En effet, en vertu du nouveau code du mariage le tribunal commencera par acquitter les maris, au cas où ; ensuite le mari, en tant qu’exécuteur, la sentence d’acquittement du tribunal à la main, remplissant tout à la fois la fonction d’autorisation de port d’arme, d’attestation de la police, de laissez-passer militaire, de carte d’accès gratuit au tramway et d’abonnement demi-tarif au cinéma, rentre tranquillement chez lui et, faisant appel à une intervention éventuelle de l’armée, exécute la sentence sur la personne de l’amant ; après tout cela la femme pourra s’adonner à l’adultère, et la procédure légale en sera achevée.

2. D’une manière générale on distingue deux types de mariage, à savoir, le mariage simple et le mariage mixte. Ce dernier s’entend par l’union entre un homme et une femme. Dans de tels mariages l’adultère est également mixte dans la mesure où la femme trompe son mari dans la mixité. Le mariage est précédé par des fiançailles, procédure au cours de laquelle le fiancé présente un anneau ayant une signification symbolique : Dieu me torde tel cet anneau si je suis indigne. Une maladie caractéristique des gens mariés est l’éruption nommée enfant, qui se manifeste à un moment donné à la surface de l’épiderme et qu’il est très difficile d’éliminer. C’est une maladie contagieuse que les mariés attrapent l’un de l’autre en période de forte chaleur.

 

 

 

 

J'ai pris le rapide du soir pour l'Europe. Je n'ai jamais raconté à personne mon aventure dans le harem du Padischah Aladár, cinquante fois mari sans jamais porter la culotte. (du « Harem du Padischah Aladár »)

J'ay veu de mon temps en quelque bon lieu, guerir honteusement et deshonnestement, l'amour, par le mariage : les considerations sont trop autres. Nous aymons, sans nous empescher, deux choses diverses, et qui se contrarient. Isocrates disoit, que la ville d'Athenes plaisoit à la mode que font les dames qu'on sert par amour ; chacun aymoit à s'y venir promener, et y passer son temps : nul ne l'aymoit pour l'espouser : c'est à dire, pour s'y habituer et domicilier J'ay avec despit, veu des maris hayr leurs femmes, de ce seulement, qu'ils leur font tort : Aumoins ne les faut il pas moins aymer, de nostre faute : par repentance et compassion aumoins, elles nous en devroient estre plus cheres.

Ce sont fins differentes, et pourtant compatibles, dit-il, en quelque façon. Le mariage a pour sa part, l'utilité, la justice, l'honneur, et la constance : un plaisir plat, mais plus universel. L'amour se fonde au seul plaisir : et l'a de vray plus chatouilleux, plus vif, et plus aigu : un plaisir attizé par la difficulté : il y faut de la piqueure et de la cuison : Ce n'est plus amour, s'il est sans fleches et sans feu. La liberalité des dames est trop profuse au mariage, et esmousse la poincte de l'affection et du desir. Pour fuïr à cet inconvenient, voyez la peine qu'y prennent en leurs loix Lycurgus et Platon.

Les femmes n'ont pas tort du tout, quand elles refusent les reigles de vie, qui sont introduites au monde : d'autant que ce sont les hommes qui les ont faictes sans elles. Il y a naturellement de la brigue et riotte entre elles et nous. Le plus estroit consentement que nous ayons avec elles, encores est-il tumultuaire et tempestueux. A l'advis de nostre autheur, nous les traictons inconsiderément en cecy. Apres que nous avons cogneu, qu'elles sont sans comparaison plus capables et ardentes aux effects de l'amour que nous.

[…]

Et que sur le different advenu à Cateloigne, entre une femme, se plaignant des efforts trop assiduelz de son mary (Non tant à mon advis qu'elle en fust incommodee, car je ne crois les miracles qu'en foy, comme pour retrancher soubs ce pretexte, et brider en ce mesme, qui est l'action fondamentale du mariage, l'authorité des maris envers leurs femmes : Et pour montrer que leurs hergnes, et leur malignité passent outre la couche nuptiale, et foulent aux pieds les graces et douceurs mesmes de Venus) à laquelle plainte, le mary respondoit, homme vrayement brutal et desnaturé, qu'aux jours mesme de jeusne il ne s'en sçauroit passer à moins de dix : Intervint ce notable arrest de la Royne d'Aragon : par lequel, apres meure deliberation de conseil, cette bonne Royne, pour donner reigle et exemple à tout temps, de la moderation et modestie requise en un juste mariage : ordonna pour bornes legitimes et necessaires, le nombre de six par jour.[…]

Qu'elles se dispensent un peu de la ceremonie, qu'elles entrent en liberté de discours, nous ne sommes qu'enfans au prix d'elles, en cette science. Oyez leur representer nos poursuittes et nos entretiens : elles vous font bien cognoistre que nous ne leur apportons rien, qu'elles n'ayent sçeu et digeré sans nous. Seroit-ce ce que dit Platon, qu'elles ayent esté garçons desbauchez autresfois ? Mon oreille se rencontra un jour en lieu, où elle pouvoit desrober aucun des discours faicts entre elles sans souspçon : que ne puis-je le dire ? Nostredame (fis-je,) allons à cette heure estudier des frases d'Amadis, et des registres de Boccace et de l'Aretin, pour faire les habiles : nous employons vrayement bien nostre temps : il n'est ny parole, ny exemple, ny démarche, qu'elles ne sçachent mieux que nos livres : C'est une discipline qui naist dans leurs veines. […]

Je sçay cent honnestes hommes coquus, honnestement et peu indecemment : Un galant homme en est pleint, non pas desestimé. Faites que vostre vertu estouffe vostre malheur : que les gens de bien en maudissent l'occasion : que celuy qui vous offence, tremble seulement à le penser. Et puis, de qui ne parle on en ce sens, depuis le petit jusques au plus grand ? Voys tu qu'on engage en ce reproche tant d'honnestes hommes en ta presence, pense qu'on ne t'espargne non plus ailleurs. Mais jusques aux dames elles s'en moqueront : Et dequoy se moquent elles en ce temps plus volontiers, que d'un mariage paisible et bien composé ? Chacun de vous a fait quelqu'un coqu : or nature est toute en pareilles, en compensation et vicissitude. La frequence de cet accident, en doibt meshuy avoir moderé l'aigreur : le voyla tantost passé en coustume. 

 

Il n'est rien si empeschant, si desgouté que l'abondance. Quel appetit ne se rebuteroit, à veoir trois cents femmes à sa merci, comme les a le grand Seigneur en son serrail ?

 

 

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