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Hommes et femmes
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
Être une
femme ne peut bien sûr pas avoir le même sens au XVIe et au XXe siècle, et
pourtant quand Montaigne donne des conseils
Dans la
"passion au quotidien", ils se rencontrent étrangement puisque
Montaigne évoque les relations de Thalès avec un femme de Milet : [Elle
l’avertit] « qu'il seroit temps d'amuser son pensement aux choses qui
estoient dans les nues, quand il auroit pourveu à celles qui estoient à ses
pieds. » tandis que Karinthy évoque celle de Képler pris de
passion pour une Borbala qui lui répond « Johannes, n'oublie
pas l'argent pour demain matin. ».
L’attirance
que la beauté inspire trouve ses limites chez l’un comme chez l’autre dans
l’excès : « "Car parmi
toutes les belles, c'est le scintillement humide de ton pancréas qui
miroite dans la nuit de mon désir comme là-haut Alcyon quand la Lune se
lève." - J'ai flanqué le livre par
terre et je me suis réveillé avec dégoût. » ("Radioscopia", où il imagine un pays où l’on voit les organes internes du corps).
Il n’est pas surprenant de trouver le même sujet chez Montaigne (qui l’avait
pris chez Ovide) : « les
maistres du mestier ordonnent pour remede aux passions amoureuses,
l'entiere veuë et libre du corps qu'on recherche. »
Pour ce qui
est du mariage, là encore, pour
Quant aux
méfaits de l’abondance : « Quel appetit ne se
rebuteroit, à veoir trois cents femmes à sa merci, comme les a le grand
Seigneur en son serrail ? » écrit l’un ; « [Le] Padischah
Aladár, cinquante fois mari sans jamais porter la culotte » écrit l’autre…
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation, aux œuvres de Karinthy, ou aux peintures de
Jérôme Bosch)
(On retrouve l’emplacement exact des citations en en
sélectionnant, puis copiant une partie.
Puis, dans la nouvelle page affichée, taper « CTRL+F »,
puis coller (CTRL+V) l’extrait dans la
mire de recherche.)
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Être une
femme ? |
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[…] |
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Le corps d’une
femme lui appartient. La femme dispose librement de son corps, d’un corps
comme ça. Les femmes, aujourd’hui, pensent librement à l’amour. Et [l’hédoniste
de la plage] poursuit son libre exposé en hennissant et en bégayant – il se
laisse emporter par l’idéal de la libération de l’amour de la femme : à
ses yeux de l’esprit apparaît La brave
bourgeoise pouffe de rire – puis saute coquettement de sa place – que vous
êtes gentil, vous êtes un artiste de la vie ! En tout cas l’hédoniste de
la plage a au moins atteint un résultat : […] serais-je allé faire
carrément la cocotte, comme le suggérait ce type, j’aurais plus d’ennuis sur
la plage. Ça vaut mieux comme ça. […] Les femmes, elles, trouveront bien d’elles-mêmes,
sans l’aide de Lucifer et compagnie, ce qu’elles peuvent faire avec leur
corps et avec leur âme dans
cet été hellène éblouissant, dans cette douce mélancolie d’automne. |
Que leur
faut-il, que vivre aymees et honnorees ? Elles n'ont, et ne sçavent que trop, pour
cela. Il ne faut qu'esveiller un peu, et reschauffer les facultez qui sont en elles.
Quand je les voy attachees à la rhetorique, à la judiciaire, à la logique, et
semblables drogueries, si vaines et inutiles à leur besoing : j'entre en
crainte, que les hommes qui le leur conseillent, le facent pour avoir loy de
les regenter soubs ce tiltre. Car quelle autre excuse leur
trouverois-je ? Baste, qu'elles peuvent sans nous, renger la grace de
leurs yeux, à la gayeté, à la severité, et à la douceur : assaisonner un
nenny, de rudesse, de doubte, et de faveur : et qu'elles ne cherchent
point d'interprete aux discours qu'on faict pour leur service. Avec cette
science, elles commandent à baguette, et regentent les regents et l'escole.
Si toutesfois il, leur fasche de nous ceder en quoy que ce soit, et veulent
par curiosité avoir part aux livres : la poësie est un amusement propre
à leur besoin : c'est un art follastre, et subtil, desguisé, parlier,
tout en plaisir, tout en montre, comme elles. Elles tireront aussi diverses
commoditez de l'histoire. En la philosophie, de la part qui sert à la vie,
elles prendront les discours qui les dressent à juger de nos humeurs et
conditions, à se deffendre de nos trahisons : à regler la temerité de
leurs propres desirs : à mesnager leur liberté : allonger les
plaisirs de la vie, et à porter humainement l'inconstance d'un serviteur, la
rudesse d'un mary, et l'importunité des ans, et des rides, et choses
semblables. Voyla pour le plus, la part que je leur assignerois aux sciences. |
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Beauté,
amour, passion |
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- Non… ce
n'est pas possible… Borbala… Borbala Müller… - C'est bien
moi, Maître. Cela vous étonne-t-il tant ? Mais le maître ne
fait que trembler et bégayer, on a du mal à le comprendre. - Oui… Car
miracle… miracle… Parce qu'alors… je dois dire… que moi… que moi… justement
je voulais… chez toi… aller aussi… vers toi… descendre… madonne… devant ta
fenêtre… je n'en peux plus… je deviens fou… je ne comprends pas… ce qui
m'arrive… à moi… cela ne m'est jamais… arrivé… cette nuit… je regardais… pour
la millième fois… la Lune… dans ma lunette… et à la place de la Lune… je n'ai
vu que toi… constamment toi… tes épaules nues… tes seins nus… entre les
brocards… brocards chuchotant des nuages… je n'en peux plus… j'ai perdu la
raison… je voulais aller t'épier… sous ta fenêtre… pardonne-moi… je n'en peux
plus… |
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Un
homme à monocle, grand, blond que j'ai croisé sur le trottoir faisait des
signes vers l'autre côté de la rue. - Je
baise la circonvolution de votre cerveau, chère Madame. - Bonjour,
Feri - a répondu en souriant sous son ombrelle une charmante jeune femme à
fossettes. - Qu'est-ce qui vous amène par ici ? On ne vous a pas vu
hier au bridge. Qu'est qui vous arrive à l'anneau d'œsophage ? Pourquoi
êtes-vous si rouge ? Vous avez encore bu ? - Mais
pas du tout, chère Madame ! On s'est couché sagement de bonne heure !… - À
d'autres !… Vous avez presque fini de digérer votre croissant du matin,
alors qu'on voit encore par dessus les traces de champagne ! C'est
par cette dernière phrase qu'un déclic s'est produit en moi. Comme sur un
coup de tonnerre j'ai compris dans quel pays singulier et merveilleux j'avais
débarqué. Il est devenu évident que la nudité des habitants n'était nullement
le signe d'un manque de culture et encore moins d'impudeur. Dans ce pays il
est tout simplement inutile de porter des vêtements parce que les gens voient
les uns à travers les autres comme à travers le verre, ou plutôt à travers
une bouteille remplie d'un liquide rouge et délicat dans lequel flottent à la
manière d'objets transparents, multicolores, nos organes intérieurs, notre
squelette, nos reins, nos intestins, notre cœur. Au
même instant où j'en ai pris conscience j'ai été rempli d'une joie et d'un
enthousiasme infinis. Quoi, Radioscopia, me suis-je dit, c'est le pays de la
vérité, le pays de la Cognition de la Réalité habité par la clairvoyante
sagesse ! où les coulisses barbouillées d'un extérieur mensonger sont
enfin tombées et où l'Homme, Ici
on connaît Un
éclair illumine mon esprit. La bibliothèque ! la bibliothèque de
Radioscopia, source de toutes les Sagesses ! je vais m'y rendre sans
tarder. Sur
les indications de mon guide, quelques minutes plus tard j'étais assis dans
la salle de lecture de l'immeuble immense. Je me suis jeté sur le
catalogue ; peu importe l'auteur ou le sujet du livre, tout est
instructif pour moi. J'ai
demandé au hasard l'œuvre la plus grandiose d'un poète nommé Abradabra, selon
le catalogue le livre de toutes les fiertés de Radioscopia que ses
contemporains et la postérité ont placé au-dessus de Gœthe ou de Dante. Le
magnifique livre renfermait une multitude de poèmes. Tant mieux, ai-je pensé,
ici enfin je recevrai la déclaration prophétique dont notre cœur et notre
raison sont assoiffées de la part d'un poète. D'un poète qui n'a pas besoin
du conseil de János Arany (János Arany, poète hongrois (1817-1882)) :
"mens, poète !", parce qu'il ne voit pas l'apparence mais
l'essentiel. Un
joli petit poème a attiré mon attention sur la page de droite du livre
ouvert. Il parlait d'une certaine Lélia à qui, comme on le comprend à la fin,
le poète mendiait un baiser. Pour appuyer sa demande, il décrit la belle et
tout les charmes corporels qui ont "troublé et subjugué" le cœur du
poète. "Car ton foie est plus beau que le bourgeon tumescent du
rosier", écrit le poète, "et je donnerais le monde entier pour la
courbure jaune pâle de ton côlon… ô, si une seule fois je pouvais épingler la
turquoise de ta vésicule biliaire… ô, s'il m'était permis de toucher tes
roses amygdales… ô, si je pouvais reposer ma tête sur ton diaphragme… Car parmi toutes
les belles, c'est le
scintillement humide de ton pancréas qui miroite dans la nuit de mon désir
comme là-haut Alcyon quand la Lune se lève." J'ai flanqué le livre par terre et je me suis réveillé avec dégoût. |
Quant à la beauté du corps, avant passer outre, il
me faudroit sçavoir si nous sommes d'accord de sa
description : Il est vraysemblable que nous ne sçavons guere, que c'est
que beauté en nature et en general, puisque à l'humaine et nostre beauté nous
donnons tant de formes diverses, de laquelle, s'il y avoit quelque
prescription naturelle, nous la recognoistrions en commun, comme la chaleur
du feu. Nous en fantasions les formes à nostre poste. […] Certes quand j'imagine l'homme tout nud
(ouy en ce sexe qui semble avoir plus de part à la beauté) ses tares, sa
subjection naturelle, et ses imperfections, je trouve que nous avons eu plus
de raison que nul autre animal, de nous couvrir. Nous avons esté excusables
d'emprunter ceux que nature avoit favorisé en cela plus que nous, pour nous
parer de leur beauté, et nous cacher soubs leur despouille, de laine, plume,
poil, soye. Remerquons au
demeurant, que nous sommes le seul animal, duquel le defaut offence nos
propres compagnons, et seuls qui avons à nous desrober en nos actions
naturelles, de nostre espece. Vrayement c'est aussi un effect digne de
consideration, que les maistres du mestier ordonnent pour remede aux passions amoureuses, l'entiere
veuë et libre du corps qu'on recherche : que pour refroidir
l'amitié, il ne faille que voir librement ce qu'on ayme. Et
encore que ceste recepte puisse à l'aventure partir d'une humeur un peu delicate
et refroidie : si est-ce un merveilleux signe de nostre defaillance, que
l'usage et la cognoissance nous dégoute les uns des autres. Ce n'est pas tant
pudeur, qu'art et prudence, qui rend nos dames si circonspectes, à nous
refuser l'entrée de leurs cabinets, avant qu'elles soyent peintes et parées
pour la montre publique. La beauté est une piece de grande recommendation au commerce des hommes : C'est le premier moyen de conciliation des uns aux autres ; et n'est homme si barbare et si rechigné, qui ne se sente aucunement frappé de sa douceur. Le corps a une grand' part à nostre estre, il y tient un grand rang : ainsi sa structure et composition sont de bien juste consideration.
disent les
amoureux, qui veulent representer une passion insupportable :
Aussi n'est ce pas en la vive, et plus cuysante chaleur de l'accés, que nous sommes propres à desployer nos plaintes et nos persuasions : l'ame est lors aggravee de profondes pensees, et le corps abbatu et languissant d'amour. Mais au subject de l'amour, subject qui principallement se rapporte à la veuë et à l'atouchement, on faict quelque chose sans les graces de l'esprit, rien sans les graces corporelles. C'est le vray advantage des dames que la beauté : elle est si leur, que la nostre, quoy qu'elle desire des traicts un peu autres, n'est en son point, que confuse avec la leur, puerile et imberbe. |
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Le mariage |
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Ceux qui pensent faire
honneur au mariage, pour y joindre l'amour, font, ce me semble, de mesme
ceux, qui pour faire faveur à la vertu, tiennent, que la noblesse n'est autre
chose que vertu. Ce sont choses qui ont quelque cousinage : mais il y a
beaucoup de diversité : on n'a que faire de troubler leurs noms et leurs
tiltres : On fait tort à l'une ou à l'autre de les confondre. […] |
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Comme on peut le constater, cette punition
se base sur la jurisprudence archaïque et naturelle en vertu de laquelle, si moi,
quelqu’un me frappe avec sa canne, alors je lui prends sa canne et je lui
rends Le code pénal reconnaît
également l’absolue légitimité et la pertinence judiciaire de cette
procédure, en octroyant a posteriori sa bénédiction distinguée à la sentence
de mort exécutée par le mari. D’éminents juristes sont en train de plancher
sur un projet de loi qui, dans le but de raccourcir cette procédure
actuellement un peu laborieuse, se baserait sur une inversion de la procédure
présente pour lui assurer un déroulement plus rapide. En effet, en vertu du
nouveau code du mariage le tribunal commencera par acquitter les maris, au cas
où ; ensuite le mari, en tant qu’exécuteur, la sentence d’acquittement
du tribunal à la main, remplissant tout à la fois la fonction d’autorisation
de port d’arme, d’attestation de la police, de laissez-passer militaire, de
carte d’accès gratuit au tramway et d’abonnement demi-tarif au cinéma, rentre
tranquillement chez lui et, faisant appel à une intervention éventuelle de
l’armée, exécute la sentence sur la personne de l’amant ; après tout
cela la femme pourra s’adonner à l’adultère, et la procédure légale en sera
achevée. 2. D’une manière
générale on distingue deux types de mariage, à savoir, le mariage simple et
le mariage mixte. Ce dernier s’entend par l’union entre un homme et une
femme. Dans de tels mariages l’adultère est également mixte dans la mesure où
la femme trompe son mari dans J'ai pris le rapide du soir pour l'Europe. Je n'ai jamais raconté à
personne mon aventure dans le harem du Padischah Aladár, cinquante fois mari sans jamais
porter la culotte. (du
« Harem du Padischah Aladár ») |
J'ay veu de mon temps en quelque bon lieu,
guerir honteusement et deshonnestement, l'amour, par le mariage : les
considerations sont trop autres. Nous aymons, sans nous empescher, deux
choses diverses, et qui se contrarient. Isocrates disoit, que la ville
d'Athenes plaisoit à la mode que font les dames qu'on sert par amour ;
chacun aymoit à s'y venir promener, et y passer son temps : nul ne
l'aymoit pour l'espouser : c'est à dire, pour s'y habituer et domicilier
J'ay avec despit, veu des maris hayr leurs femmes, de ce seulement, qu'ils
leur font tort : Aumoins ne les faut il pas moins aymer, de nostre
faute : par repentance et compassion aumoins, elles nous en devroient
estre plus cheres. Ce sont fins differentes, et pourtant
compatibles, dit-il, en quelque façon. Le mariage a pour sa part, l'utilité,
la justice, l'honneur, et la constance : un plaisir plat, mais plus
universel. L'amour se fonde au seul plaisir : et l'a de vray plus
chatouilleux, plus vif, et plus aigu : un plaisir attizé par la
difficulté : il y faut de la piqueure et de la cuison : Ce n'est
plus amour, s'il est sans fleches et sans feu. La liberalité des dames est
trop profuse au mariage, et esmousse la poincte de l'affection et du desir.
Pour fuïr à cet inconvenient, voyez la peine qu'y prennent en leurs loix
Lycurgus et Platon. Les femmes n'ont pas tort du
tout, quand elles refusent les reigles de vie, qui sont introduites au
monde : d'autant que ce sont les hommes qui les ont faictes sans elles.
Il y a naturellement de la brigue et riotte entre elles et nous. Le plus
estroit consentement que nous ayons avec elles, encores est-il tumultuaire et
tempestueux. A l'advis de nostre autheur, nous les traictons inconsiderément
en cecy. Apres que nous avons cogneu, qu'elles sont sans comparaison plus
capables et ardentes aux effects de l'amour que nous. […] Et que sur le different advenu à Cateloigne,
entre une femme, se plaignant des efforts trop assiduelz de son mary (Non
tant à mon advis qu'elle en fust incommodee, car je ne crois les miracles
qu'en foy, comme pour retrancher soubs ce pretexte, et brider en ce mesme,
qui est l'action fondamentale du mariage, l'authorité des maris envers leurs
femmes : Et pour montrer que leurs hergnes, et leur malignité passent
outre la couche nuptiale, et foulent aux pieds les graces et douceurs mesmes
de Venus) à laquelle plainte, le mary respondoit, homme vrayement brutal et
desnaturé, qu'aux jours mesme de jeusne il ne s'en sçauroit passer à moins de
dix : Intervint ce notable arrest de la Royne d'Aragon : par
lequel, apres meure deliberation de conseil, cette bonne Royne, pour donner
reigle et exemple à tout temps, de la moderation et modestie requise en un
juste mariage : ordonna pour bornes legitimes et necessaires, le nombre
de six par jour.[…] Qu'elles se dispensent un peu de la ceremonie,
qu'elles entrent en liberté de discours, nous ne sommes qu'enfans au prix
d'elles, en cette science. Oyez leur representer nos poursuittes et nos
entretiens : elles vous font bien cognoistre que nous ne leur apportons
rien, qu'elles n'ayent sçeu et digeré sans nous. Seroit-ce ce que dit Platon,
qu'elles ayent esté garçons desbauchez autresfois ? Mon oreille se
rencontra un jour en lieu, où elle pouvoit desrober aucun des discours faicts
entre elles sans souspçon : que ne puis-je le dire ? Nostredame
(fis-je,) allons à cette heure estudier des frases d'Amadis, et des
registres de Boccace et de l'Aretin, pour faire les habiles : nous
employons vrayement bien nostre temps : il n'est ny parole, ny exemple,
ny démarche, qu'elles ne sçachent mieux que nos livres : C'est une
discipline qui naist dans leurs veines. […] Je sçay cent honnestes hommes coquus,
honnestement et peu indecemment : Un galant homme en est pleint, non pas
desestimé. Faites que vostre vertu estouffe vostre malheur : que les
gens de bien en maudissent l'occasion : que celuy qui vous offence,
tremble seulement à le penser. Et puis, de qui ne parle on en ce sens, depuis
le petit jusques au plus grand ? Voys tu qu'on engage en ce reproche
tant d'honnestes hommes en ta presence, pense qu'on ne t'espargne non plus
ailleurs. Mais jusques aux dames elles s'en moqueront : Et dequoy se
moquent elles en ce temps plus volontiers, que d'un mariage paisible et bien
composé ? Chacun de vous a fait quelqu'un coqu : or nature est
toute en pareilles, en compensation et vicissitude. La frequence de cet
accident, en doibt meshuy avoir moderé l'aigreur : le voyla tantost passé
en coustume. Il n'est rien si empeschant, si desgouté que
l'abondance. Quel appetit ne se rebuteroit, à
veoir trois cents femmes à sa merci, comme les a le grand Seigneur en son
serrail ? |
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