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Hommes et femmes
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
Être une
femme ne peut bien sûr pas avoir le même sens au XVIe et au XXe siècle, et
pourtant quand Montaigne donne des conseils
Dans la
"passion au quotidien", ils se rencontrent étrangement puisque
Montaigne évoque les relations de Thalès avec un femme de Milet : [Elle
l’avertit] « qu'il seroit temps d’amuser [occuper] son pensement aux
choses qui étaient dans les nues quand il aurait pourvu à celles qui étaient à
ses pieds. » tandis que Karinthy évoque celle de Képler pris de
passion pour une Borbala qui lui répond « Johannes, n'oublie
pas l'argent pour demain matin. ».
L’attirance
que la beauté inspire trouve ses limites chez l’un comme chez l’autre dans
l’excès : « "Car parmi
toutes les belles, c'est le scintillement humide de ton pancréas qui
miroite dans la nuit de mon désir comme là-haut Alcyon quand la Lune se
lève." - J'ai flanqué le livre par
terre et je me suis réveillé avec dégoût. » ("Radioscopia", où il imagine un pays où l’on voit les
organes internes du corps). Il n’est pas surprenant de trouver le même sujet chez Montaigne
(qui l’avait pris chez Ovide) : « Les
maîtres du métier ordonnent
pour remède aux passions amoureuses l’entière vue et libre du corps qu’on
recherche. »
Pour ce qui
est du mariage, là encore, pour
Quant aux
méfaits de l’abondance : « Quel appétit ne
se rebuterait à voir trois cents femmes à sa merci, comme les a le Grand Seigneur [Grand Turc]
en son sérail ? » écrit
l’un ; « [Le] Padischah Aladár,
cinquante fois mari sans jamais porter la culotte. » écrit l’autre…
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation (en ancien français), aux œuvres de
Karinthy, ou aux peintures de Jérôme Bosch)
(les n° de pages renvoient à l’emplacement des citations dans le
livre des éditions arléa (2002) selon l’adaptation de Claude pinganaud.)
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Être une
femme ? |
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[…] Le corps d’une
femme lui appartient. La femme dispose librement de son corps, d’un corps
comme ça. Les femmes, aujourd’hui, pensent librement à l’amour. Et [l’hédoniste de
la plage] poursuit son libre exposé en hennissant et en bégayant – il se
laisse emporter par l’idéal de la libération de l’amour de la femme : à
ses yeux de l’esprit apparaît La brave
bourgeoise pouffe de rire – puis saute coquettement de sa place – que vous
êtes gentil, vous êtes un artiste de la vie ! En tout cas l’hédoniste de
la plage a au moins atteint un résultat : […] serais-je allé faire
carrément la cocotte, comme le suggérait ce type, j’aurais plus d’ennuis sur
la plage. Ça vaut mieux comme ça. […] Les femmes, elles, trouveront bien d’elles-mêmes,
sans l’aide de Lucifer et compagnie, ce qu’elles peuvent faire avec leur
corps et avec leur âme dans
cet été hellène éblouissant, dans cette douce mélancolie d’automne. |
C’est qu’elles ne se
connaissent point assez : le monde n’a rien de plus beau. C’est à elles d’honorer les arts et de
farder le fard. Que leur faut-il que vivre aimées et honorées ? Elles n’ont
et ne savent que trop pour cela. Il ne faut qu’éveiller un peu et réchauffer
les facultés qui sont en elles. Quand je les vois attachées à la rhétorique,
à la judiciaire, à la logique et semblables drogueries si vaines et inutiles
à leur besoin, j’entre en crainte que les hommes qui le leur conseillent le
fassent pour avoir loi de les régenter sous ce titre. Car quelle autre excuse
leur trouverais-je ? Baste [il suffit] qu’elles peuvent, sans nous,
ranger la grâce de leurs yeux à la gaieté, à la sévérité et à la douceur,
assaisonner un nenni de rudesse, de doute et de faveur, et qu’elles ne
cherchent point d’interprète aux discours qu’on fait pour leur service. Avec
cette science, elles commandent à baguette et régentent les régents et
l’école. Si toutefois il leur fâche de nous céder en quoi que ce soit, et
veulent par curiosité avoir part aux livres, la poésie est un amusement
propre à leur besoin; c’est un art folâtre et subtil, déguisé, parlier, tout
en plaisir, tout en montre, comme elles. Elles tireront aussi diverses
commodités de l’histoire. En la philosophie, de la part qui sert à la vie,
elles prendront les discours qui les dressent à juger de nos humeurs et
conditions, à se défendre de nos trahisons, à régler la témérité de leurs
propres désirs, à ménager leur liberté, allonger les plaisirs de la vie, et à
porter humainement l’inconstance d’un serviteur, la rudesse d’un mari et
l’importunité des ans et des rides ; et choses semblables. Voilà, pour
le plus, la part que je leur assignerais aux sciences. (p. 598) |
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Beauté,
amour, passion |
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- Non… ce
n'est pas possible… Borbala… Borbala Müller… - C'est bien
moi, Maître. Cela vous étonne-t-il tant ? Mais le maître ne
fait que trembler et bégayer, on a du mal à le comprendre. - Oui… Car
miracle… miracle… Parce qu'alors… je dois dire… que moi… que moi… justement
je voulais… chez toi… aller aussi… vers toi… descendre… madone… devant ta
fenêtre… je n'en peux plus… je deviens fou… je ne comprends pas… ce qui
m'arrive… à moi… cela ne m'est jamais… arrivé… cette nuit… je regardais… pour
la millième fois… la Lune… dans ma lunette… et à la place de la Lune… je n'ai
vu que toi… constamment toi… tes épaules nues… tes seins nus… entre les
brocards… brocards chuchotant des nuages… je n'en peux plus… j'ai perdu la
raison… je voulais aller t'épier… sous ta fenêtre… pardonne-moi… je n'en peux
plus… |
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Comme dit Socrate en Platon,
qu’à quiconque se mêle de la philosophie on peut faire le reproche que fait
cette femme à Thalès, qu’il ne voit rien de ce qui est devant lui.
(p. 394) |
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Un
homme à monocle, grand, blond que j'ai croisé sur le trottoir faisait des
signes vers l'autre côté de la rue. - Je
baise la circonvolution de votre cerveau, chère Madame. - Bonjour,
Feri - a répondu en souriant sous son ombrelle une charmante jeune femme à
fossettes. - Qu'est-ce qui vous amène par ici ? On ne vous a pas vu
hier au bridge. Qu'est qui vous arrive à l'anneau d'œsophage ? Pourquoi
êtes-vous si rouge ? Vous avez encore bu ? - Mais
pas du tout, chère Madame ! On s'est couché sagement de bonne heure !… - À
d'autres !… Vous avez presque fini de digérer votre croissant du matin,
alors qu'on voit encore par dessus les traces de champagne ! C'est
par cette dernière phrase qu'un déclic s'est produit en moi. Comme sur un
coup de tonnerre j'ai compris dans quel pays singulier et merveilleux j'avais
débarqué. Il est devenu évident que la nudité des habitants n'était nullement
le signe d'un manque de culture et encore moins d'impudeur. Dans ce pays il
est tout simplement inutile de porter des vêtements parce que les gens voient
les uns à travers les autres comme à travers le verre, ou plutôt à travers
une bouteille remplie d'un liquide rouge et délicat dans lequel flottent à la
manière d'objets transparents, multicolores, nos organes intérieurs, notre
squelette, nos reins, nos intestins, notre cœur. Au
même instant où j'en ai pris conscience j'ai été rempli d'une joie et d'un
enthousiasme infinis. Quoi, Radioscopia, me suis-je dit, c'est le pays de la
vérité, le pays de la Cognition de la Réalité habité par la clairvoyante
sagesse ! où les coulisses barbouillées d'un extérieur mensonger sont
enfin tombées et où l'Homme, Ici
on connaît Un
éclair illumine mon esprit. La bibliothèque ! la bibliothèque de
Radioscopia, source de toutes les Sagesses ! je vais m'y rendre sans
tarder. Sur
les indications de mon guide, quelques minutes plus tard j'étais assis dans
la salle de lecture de l'immeuble immense. Je me suis jeté sur le
catalogue ; peu importe l'auteur ou le sujet du livre, tout est
instructif pour moi. J'ai
demandé au hasard l'œuvre la plus grandiose d'un poète nommé Abradabra, selon
le catalogue le livre de toutes les fiertés de Radioscopia que ses
contemporains et la postérité ont placé au-dessus de Gœthe ou de Dante. Le
magnifique livre renfermait une multitude de poèmes. Tant mieux, ai-je pensé,
ici enfin je recevrai la déclaration prophétique dont notre cœur et notre
raison sont assoiffées de la part d'un poète. D'un poète qui n'a pas besoin
du conseil de János Arany (János Arany, poète hongrois (1817-1882)) :
"mens, poète !", parce qu'il ne voit pas l'apparence mais
l'essentiel. Un
joli petit poème a attiré mon attention sur la page de droite du livre
ouvert. Il parlait d'une certaine Lélia à qui, comme on le comprend à la fin,
le poète mendiait un baiser. Pour appuyer sa demande, il décrit la belle et
tout les charmes corporels qui ont "troublé et subjugué" le cœur du
poète. "Car ton foie est plus beau que le bourgeon tumescent du
rosier", écrit le poète, "et je donnerais le monde entier pour la
courbure jaune pâle de ton côlon… ô, si une seule fois je pouvais épingler la
turquoise de ta vésicule biliaire… ô, s'il m'était permis de toucher tes
roses amygdales… ô, si je pouvais reposer ma tête sur ton diaphragme… Car parmi toutes
les belles, c'est le
scintillement humide de ton pancréas qui miroite dans la nuit de mon désir
comme là-haut Alcyon quand la Lune se lève." J'ai flanqué le livre par terre et je me suis réveillé avec dégoût. |
Quant à la beauté du corps, avant passer outre, il
me faudrait savoir si nous sommes d’accord de sa description. Il est
vraisemblable que nous ne savons guère que c’est [ce que c’est] que beauté en
nature et général, puisqu’à l’humaine et nôtre beauté nous donnons tant de
formes diverses : de laquelle, s’il y avait quelque prescription
naturelle, nous la reconnaîtrions en commun, comme la chaleur du feu. Nous en
fantasions les formes à notre poste [nous en imaginons les canons à notre
guise]. (p. 353) […] Certes, quand j’imagine l’homme tout nu
(oui [même] en ce sexe qui semble avoir plus de part à la beauté), ses tares,
sa sujétion naturelle et ses imperfections, je trouve que nous avons eu plus
de raison que nul autre animal de nous couvrir. Nous avons été excusables
d’emprunter ceux que nature avait favorisés en cela plus qu’à nous, pour nous
parer de leur beauté et nous cacher sous leur dépouille, laine, plume, poil,
soie. Remarquons, au demeurant, que nous sommes
le seul animal duquel le défaut [imperfection physique] offense nos propres
compagnons, et seuls qui avons à nous dérober, en nos actions naturelles, de
notre espèce. Vraiment c’est aussi un effet digne de considération, que les maîtres
du métier ordonnent
pour remède aux passions amoureuses l’entière vue et libre du corps qu’on
recherche; que, pour refroidir l’amitié, il ne faille que voir
librement ce qu’on aime, Comme celui qui, découvrant au grand jour Les parties secrètes du corps de son aimée,
A vu sa passion s’éteindre au milieu des
transports. (Ovide, Remèdes à l’amour, 429) Et, encore que cette recette [façon de
faire] puisse à l’aventure partir d’une humeur un peu délicate et refroidie,
si est-ce [c’est pourtant] un merveilleux signe de notre défaillance que
l’usage et la connaissance nous dégoûtent les uns des autres. Ce n’est pas
tant pudeur qu’art et prudence qui rendent nos dames si circonspectes à nous
refuser l’entrée de leurs cabinets avant qu’elles soient peintes et parées
pour la montre publique. (p. 355) La beauté est une pièce de grande recommandation au commerce des hommes : C'est le premier moyen de conciliation des uns aux autres, et n’est homme si barbare et si rechigné qui ne se sente aucunement frappé de sa douceur. Le corps ‘a une grande part à notre être; il y tient un grand rang; ainsi sa structure et composition sont de bien juste considération. (p. 467) Qui peut dire comment il brûle d’un feu léger, (Pétrarque, Sonnet CXXXVII) disent les amoureux,
qui veulent représenter une passion insupportable : Bonheur qui vole ma pauvre
âme L ‘usage de tous mes
sens : À peine t’ai-je aperçue,
Lesbie, Que ma voix se meurt en ma
bouche, Ma langue est percluse, un
feu brûle en mes membres, Un bourdonnement subtil
résonne à mes oreilles Et une double nuit recouvre
mes yeux. (Catulle, 111, 5) Aussi n’est-ce pas en la vive et plus cuisante chaleur de l’accès que nous sommes propres à déployer nos plaintes et nos persuasions ; l’âme est alors aggravée [alourdie] de profondes pensées, et le corps abattu et languissant d’amour. (p. 21) Mais au sujet de l'amour,
sujet qui principalement se rapporte à la vue et à l’attouchement, on fait quelque chose sans
les grâces de l’esprit, rien sans les grâces corporelles. C’est le vrai
avantage des dames que |
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Le mariage |
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Ceux qui pensent faire
honneur au mariage pour y joindre l’amour font, ce me semble, de même ceux
qui, pour faire faveur à la vertu, tiennent que la noblesse n’est autre chose
que vertu. Ce sont choses qui ont quelque cousinage, mais il y a beaucoup de
diversité : on n’a que faire de troubler [mêler] leurs noms et leurs
titres ; on fait tort à l’une ou à l’autre de les confondre. (p. 617) […] |
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Comme on peut le constater, cette punition
se base sur la jurisprudence archaïque et naturelle en vertu de laquelle, si
moi, quelqu’un me frappe avec sa canne, alors je lui prends sa canne et je
lui rends Le code pénal reconnaît
également l’absolue légitimité et la pertinence judiciaire de cette
procédure, en octroyant a posteriori sa bénédiction distinguée à la sentence
de mort exécutée par le mari. D’éminents juristes sont en train de plancher
sur un projet de loi qui, dans le but de raccourcir cette procédure
actuellement un peu laborieuse, se baserait sur une inversion de la procédure
présente pour lui assurer un déroulement plus rapide. En effet, en vertu du
nouveau code du mariage le tribunal commencera par acquitter les maris, au
cas où ; ensuite le mari, en tant qu’exécuteur, la sentence
d’acquittement du tribunal à la main, remplissant tout à la fois la fonction
d’autorisation de port d’arme, d’attestation de la police, de laissez-passer
militaire, de carte d’accès gratuit au tramway et d’abonnement demi-tarif au
cinéma, rentre tranquillement chez lui et, faisant appel à une intervention
éventuelle de l’armée, exécute la sentence sur la personne de l’amant ;
après tout cela la femme pourra s’adonner à l’adultère, et la procédure
légale en sera achevée. 2. D’une manière
générale on distingue deux types de mariage, à savoir, le mariage simple et
le mariage mixte. Ce dernier s’entend par l’union entre un homme et une
femme. Dans de tels mariages l’adultère est également mixte dans la mesure où
la femme trompe son mari dans J'ai
pris le rapide du soir pour l'Europe. Je n'ai jamais raconté à personne mon
aventure dans le harem du Padischah Aladár, cinquante fois mari sans jamais porter la culotte.
(du « Harem du Padischah
Aladár ») |
J'ay veu de mon temps en quelque bon lieu,
guérir honteusement et déshonnêtement l’amour par le mariage; les
considérations sont trop autres. Nous aimons, sans nous empêcher, deux choses
diverses et qui se contrarient. Isocrate disait que la ville d’Athènes
plaisait à la mode que font les dames qu’on sert par amour. Chacun aimait à
s’y venir promener et y passer son temps ; nul ne l’aimait pour l’épouser,
c’est-à-dire pour s’y habituer et domicilier. J’ai avec dépit vu des maris
haïr leurs femmes de ce seulement qu’ils leur font tort ; au moins ne les
faut-il pas moins aimer de notre faute; par repentance et compassion au
moins, elles nous en devraient être plus chères. Ce sont fins différentes et pourtant
compatibles, dit-il [Virgile], en quelque façon. Le mariage a pour sa part
l’utilité, la justice, l’honneur et la constance : un plaisir plat, mais
plus universel. L’amour se fonde au seul plaisir, et l’a, de vrai, plus
chatouillant, plus vif et plus aigu; un plaisir attisé par Les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de
vie qui sont introduites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les
ont faites sans elles. Il y a naturellement de la brigue et riotte [dispute]
entre elles et nous le plus étroit consentement que nous ayons avec elles
encore est-il tumultuaire et tempétueux. À l’avis de notre auteur, nous les
traitons inconsidérément en ceci : après que nous avons connu qu’elles
sont, sans comparaison, plus capables et ardentes aux effets de l’amour que
nous. (P. 620) […] Et que sur le différend advenu à
Catalogne, entre une femme se plaignant des efforts trop assidus
de son mari - non tant, à mon avis, qu’elle en fût incommodée (car je ne
crois les miracles qu’en foi), comme pour retrancher sous ce prétexte et
brider, en cela même qui est l’action fondamentale du mariage, l’autorité des
maris envers leurs femmes, et pour montrer que leurs hargnes et leur
malignité passent outre la couche nuptiale et foulent aux pieds les grâces et
douceurs mêmes de Vénus, à laquelle plainte le mari répondait, homme vraiment
brutal et dénaturé, qu’aux jours mêmes de jeûne il ne s’en saurait passer à
moins de dix —, intervint ce notable arrêt de la reine d’Aragon par lequel,
après mûre délibération de conseil, cette bonne reine, pour donner règle et
exemple à tout temps de la modération et modestie requises en un juste
mariage, ordonna pour bornes légitimes et nécessaires le nombre de six par
jour. […] (p. 621) Qu'elles se dispensent un peu de la
cérémonie, qu’elles entrent en liberté de discours, nous ne sommes
qu’enfants au prix d’elles en cette science. Écoutez-les représenter nos
poursuites et nos entretiens, elles vous font bien connaître que nous ne leur
apportons rien qu’elles n’aient su et digéré sans nous. Serait-ce ce que dit
Platon : qu’elles aient été garçons débauchés autrefois ? Mon
oreille se rencontra un jour en lieu où elle pouvait dérober certains des
discours faits entre elles sans soupçon : que ne puis-je le dire ?
« Notre-Dame! (fis-je) allons à cette heure étudier des phrases d’Amadis
et des registres [recueils] de Boccace et de l’Arétin pour faire les habiles;
nous employons vraiment bien notre temps ! Il n’est ni parole, ni
exemple, ni démarche qu’elles ne sachent mieux que nos livres c’est une
discipline qui naît dans leurs veines ». […] (p. 622) Je sais cent honnêtes hommes cocus,
honnêtement et peu indécemment. Un galant homme en est plaint, non pas
désestimé. Faites que votre vertu étouffe votre malheur, que les gens de bien
en maudissent l’occasion, que celui qui vous offense tremble seulement à le
penser. Et puis, de qui ne parle-t-on en ce sens, depuis le petit jusqu’au
plus grand ? Jusqu ‘à celui qui commanda à tant de
légions... Et qui valait mieux que toi, vaurien. (Lucrèce, La Nature des choses, III, 1028
et 1026) Vois-tu qu’on engage en ce reproche tant
d’honnêtes hommes en ta présence ? Pense qu’on ne t’épargne non plus
ailleurs. « Mais jusqu’aux dames, elles s’en moqueront ! » Et
de quoi se moquent-elles en ce temps plus volontiers que d’un mariage
paisible et bien composé ? Chacun de vous a fait quelqu’un cocu :
or nature est toute en pareilles, en compensation et vicissitude. La
fréquence de cet accident en doit désormais avoir modéré l’aigreur ; le voilà
tantôt passé en coutume. (p. 631) Il n'est rien si empêchant, si dégoûté que
l'abondance. Quel appétit ne se rebuterait, à
voir trois cents femmes à sa merci, comme les a le Grand Seigneur [Grand
Turc] en son sérail ? (p. 199) |
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