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langage et expression
Les liens dans les commentaires renvoient aux citations ci-dessous
dans leur contexte
Où l’humour
rencontre la sagesse.
Dans
l’apologie de Raimond de Sebonde, Montaigne se devait de citer le mythe de la
Tour de Babel pour fustiger la vanité et l’orgueil des discours : « Toutes choses produites
par nostre propre discours et suffisance, autant vrayes que fauces, sont
subjectes à incertitude et débat. […] Quelque train que l'homme
prenne de soy, Dieu permet qu'il arrive tousjours à ceste mesme
confusion, de laquelle il nous represente si vivement l'image par le juste
chastiement, dequoy il batit l'outrecuidance de Nemroth, et aneantit les vaines
entreprinses du bastiment de sa pyramide. »
Karinthy,
dans sa nouvelle "Halandja" imagine un farceur : « Sache que cet homme-là
a inventé le langage "Halandja". Il mélange dans la phrase des mots
qui n'on pas de sens, et quand son interlocuteur devient demi fou, il lui
extorque cinq couronnes. ». Il a ainsi fait entrer la Tour de Babel au
café du Commerce et l’a portée au plan de la politique internationale d’où elle
était partie : « Je
déclare donc par la présente […] que le Halandja a bel et bien un
sens, je dirai même que c'est la langue de l'avenir. [… ] - Jeunesse
studieuse ! – hurlai-je sur les épaules du peuple. – La
tyrannie madouméssiférera partout ! En avant, en avant, pour une commune
quissédura mora patriotique ! […] J'apprends que la Sublime
Porte a été effarée et probablement nous échapperons à la
mobilisation générale. Je dois reconnaître en toute modestie que c'est grâce à
moi, tout cela. Ainsi, cher lecteur, je vous demande de vidiava saborer
fulidarement la prochaine fois si moi aussi mivasukarbel. Vous y penserez,
n'est-ce pas ? ».
(Les liens des citations ici et dans les
chapitres successifs renvoient au chapitre des essais de
Montaigne qui contient la citation, aux œuvres de Karinthy, ou aux peintures de
Jérôme Bosch)
(On retrouve l’emplacement exact des citations en en
sélectionnant, puis copiant une partie.
Puis, dans la nouvelle page affichée, taper « CTRL+F »,
puis coller (CTRL+V) l’extrait dans la
mire de recherche.)
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La Tour de Babel |
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- Excusez-moi, dit-il modestement, à
vous aussi, le garçon a remini baté sibore, comme à moi ? - Pardon, dis-je en me penchant plus
près de lui, je ne comprends pas. Il répète poliment : - Je demande si le garçon vous a
remini baté volu toujours. Je rougis légèrement. Zut, qu'arrive-t-il à
mes oreilles pour que je n'entende pas ce que dit ce type ? Pourtant il
prononce bien manifestement. Après une minute de pause je lui dis
donc : - Je vous prie de m'excuser, il y a
beaucoup de bruit dans ce café. Je suis désolé, mais je n'ai toujours pas
compris ce que vous avez dit. Mon voisin semble contrarié. Il lève
d'abord sur moi un regard interrogateur, comme s'il se demandait si je le
faisais marcher. Ensuite il répète encore, gêné, un peu plus fort. - Je voulais simplement savoir si dans
ce café aussi le garçon vous remini baté gotibout, si possible. Que m'arrive-t-il ? Est-ce que mes
oreilles bourdonnent ? […] Je suis accroché par un ami. - De quoi a tu discuté avec ce
halandjaseur, là-haut ? - Avec qui ? Mon Dieu ! - Avec ce halandjaseur ! Alors
toi aussi tu t'es fait avoir ? Il me regarde, il comprend tout, il rigole. |
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Un medecin vantoit à Nicoclés, son art estre de
grande auctorité. […] Au
demeurant, si j'eusse esté Toutes
choses produites
par nostre propre discours
et suffisance, autant vrayes que fauces, sont subjectes à incertitude et debat.
C'est pour le chastiment de nostre fierté, et instruction de nostre misere et
incapacité, que Dieu produisit le trouble, et la confusion de l'ancienne tour
de Babel. Tout ce que nous entreprenons sans son assistance, tout ce que nous
voyons sans la lampe de sa grace, ce n'est que vanité et folie :
L'essence mesme de la verité, qui est uniforme et constante, quand la fortune
nous en donne la possession, nous la corrompons et abastardissons par nostre foiblesse. Quelque train que l'homme
prenne de soy, Dieu
permet qu'il arrive tousjours à ceste mesme confusion, de laquelle il nous
represente si vivement l'image par le juste chastiement, dequoy il batit
l'outrecuidance de Nemroth, et aneantit les vaines entreprinses du bastiment
de sa Pyramide. |
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- J'aurais dû m'en douter. Sache que cet homme-là a inventé le langage
"Halandja". Il mélange dans la phrase des mots qui n'on pas de sens,
et quand son interlocuteur devient demi fou, il lui extorque cinq couronnes. Une chose est sûre, pour une
fois dans ma vie je me trouve projeté au premier plan – et que je ne
sois pas celui qui jette sa chance au fonds d'un puits. Je déclare donc par la
présente […] que le
Halandja a bel et bien un sens, je dirai même que c'est la langue de l'avenir
qui balaiera l'espéranto, le volapuk et autres vieux rogatons. […] Bientôt je défilais sur - Vivat ! Vivat ! - hurlait
la foule avec enthousiasme. L'effet fut indescriptible. Tel un héros du
peuple, on m'a arraché de l'estrade pour me hisser sur les épaules et […]
nous avons entrepris une marche triomphale vers l'université. - Jeunesse studieuse ! – hurlai-je sur les épaules du
peuple. – La tyrannie madouméssiférera partout ! En avant, en avant,
pour une commune quissédura mora patriotique ! La jeunesse enflammée tonna : - En avant, en avant ! C'est lui,
c'est notre homme ! Toute la ville bouillonnait. Personne ne
savait pourquoi, mais ils bouillonnaient. Même l'armée, il était impossible
de l'appeler parce que personne ne savait pour qui et contre qui il faudrait
envoyer les soldats et pour quelle raison. Moi, dans l'après-midi j'ai été convoqué au
ministère des affaires étrangères. J'y étais attendu par des diplomates
anglais, russes et allemands d'humeur sombre qui m'accueillirent en
disant : - Vous êtes l'unique personne qui
pourrait remettre l'ordre. Dites-nous, Majesté, quel message envoyer à - Faites-lui dire, dis-je avec une
belle fermeté, que conformément au dernier savadiaure nous sommes tout à fait
prêts à mipella nivassa. - Bravo, bravo. L'ultimatum partit. J'apprends
que Je dois
reconnaître en toute modestie que c'est grâce à moi, tout cela. Ainsi, cher
lecteur, je vous demande de vidiava saborer fulidarement la prochaine fois si
moi aussi mivasukarbel. Vous y penserez, n'est-ce pas ? |
La diversité d'idiomes et de langues,
dequoy il troubla cest ouvrage, qu'est-ce autre chose, que ceste infinie et perpetuelle altercation et discordance d'opinions et
de raisons, qui accompaigne et embrouille le vain bastiment de l'humaine
science ? Et l'embrouille utilement. Qui nous tiendroit, si nous avions
un grain de connoissance ? Jusques à quel poinct de presomption et
d'insolence, ne portons nous nostre aveuglement et nostre bestise ? |
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