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II -
Introduction
ienne,
Autriche, printemps 2008. On donne
Le
parterre est des plus élégants : Dante Alighieri est en compagnie de
Béatrice et de Virgile, Sarah Bernhardt donne le bras à Eschyle, on a installé
Homère derrière un pilier : il est en grande conversation avec Diderot à
propos des aveugles. Au troisième rang, deux hommes sont assis côte à côte.
L’un porte fièrement une barbe bien soignée sur une fraise de dentelle, le
buste légèrement penché en avant, le regard perçant, décoré de l’ordre de
Saint-Michel, il laisse reposer ses bras sur ses jambes croisées : c’est Michel Eyquem de Montaigne. L’autre, bien calé dans son fauteuil,
grassouillet, l’œil vif, bien qu’attentif à la scène, ne cesse pas de marmonner
silencieusement ; parfois il note quelque chose sur un calepin ;
c’est Frigyes Karinthy. L’autre voisin de Karinthy est Jérôme Bosch. Il
crayonne de son côté sur un carnet.
Juste
à la fin du premier acte, avant l’entracte, Karinthy veut chercher quelque
chose dans sa poche, mais par distraction il fourre sa main dans la poche du
pourpoint de Montaigne. Celui-ci le regarde sans s’offusquer, avec un fin
sourire : il comprend que le geste n’est pas intentionnel. Karinthy se
confond en excuses, mais son regard pétille d’amusement réprimé, il invite
Montaigne ainsi que Bosch au bar pour se faire pardonner : Karinthy boira
un café, Bosch une bière et Montaigne un verre de Bordeaux. Au deuxième verre
ils sympathisent, s’appellent par leur prénom et prennent rendez-vous sur ce
site Internet pour échanger leurs idées.