Les extraits
des Essais de Montaigne peuvent être lues sur ce site soit en français ancien
(selon l’original), soit en français moderne selon une adaptation réalisée par Claude
pinganaud et éditée aux éditions arléa en 2002.
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l’introduction (site en français moderne)
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I - prologue
Les
liens des extraits ici et dans les chapitres successifs renvoient au chapitre
des essais de Montaigne en français ancien qui contient l’extrait, aux œuvres
de Karinthy (traduction en français : Judith et Pierre Karinthy), ou aux
peintures de Jérôme Bosch Les citations latines ou grecques des Essais
n’apparaissent qu’en français dans la version en français moderne (ou en langue
originale, mais seulement dans les sites des Essais de Montaigne in extenso {http://www.bribes.org/trismegiste/es[1,
2 ou 3]ch[n°].htm}).
Montaigne
est mort depuis à peu près quatre cents ans. Si l’on pense que le temps
disparaît avec la mort car le long et le court n'est point aux choses qui ne sont plus,
on admettra qu’il est mort hier, à l’instant même, tout comme Frigyes Karinthy.
Et je serai bientôt leur contemporain dans l’incontemporanéïté.
J’aimerais donc introduire une conversation entre eux, entre amis. Ils sont des
amis parce que ce qu’ils ont fait savoir d’eux-mêmes et de leurs visions du
monde apparaît si proche et complémentaire que leurs écrits se répondent comme
un dialogue : Montaigne sur un ton généralement sérieux et direct parle de
lui-même, du monde, de la société et de l’être humain ; Karinthy dans un
style ironique où l’on ne démêle jamais s’il parle seulement de lui, seulement
d’autrui ou des deux à la fois ou encore d’autre chose qu’il faut découvrir,
traite les mêmes sujets. Je souhaiterais être un modeste médiateur entre eux
parce que je ressens profondément une communion de pensée avec chacun d’eux. En
même temps je me sens écrasé par ce qu’il faut bien appeler leur génie que
j’ose confronter à ma faiblesse et à mon ignorance. Eux sont des penseurs du
passé : je n’ai d’autre ambition que d’être un passeur de leurs pensées. Y
parviendrai-je ?
Notre
temps de vivants a aussi passé. Que reste-t-il de la société de Montaigne, de
la façon de penser en Europe quand Cervantès, Shakespeare et Montaigne
écrivaient, et qu’est-ce qui a changé ? Ce qui a changé est-il
fondamental ? La société est-elle totalement autre ? On répond assez
fréquemment oui à cette question. L’homme est-il autre et superficiellement le
même ou le même et superficiellement autre ? On répond généralement par
l’affirmative à la deuxième proposition : l’homme resterait identique à
lui-même. Peut-être ; mais l’homme est un être biologique et social :
il façonne la société et la société le façonne ; quand elle change, il
change également ; la biologie est par essence évolutive, l’homme n’y a
pas échappé par le passé ; y échapperait-il aujourd’hui ? Ou le
changement trop lent nous serait-il insensible ? Ainsi je suggère par
exemple, que le « sens moral » qui par chance semble se généraliser
dans les sociétés démocratiques, serait un avantage biologique évolutif :
l’esprit humain aurait « intériorisé » un besoin de respect de règles
morales qui seraient peut-être apparues dans l’antiquité et formalisées dans le
décalogue ; les sociétés humaines pourvues de cet
« avantage » auraient mieux
survécu que les autres. Je laisse au lecteur le souci d’en délibérer.
On
trouvera ici, au fil des chapitres qui peuvent être abordé indépendamment les
uns des autres, la confrontation de leurs points de vue et de leurs opinions
placées en regard, ainsi qu’un résumé synthétique de l’ensemble des chapitres.
Cette confrontation peut être interprétée comme une conversation qu’ils ont
tenue à travers leurs écrits. Des liens hypertexte permettent de replacer les
citations de Montaigne, comme celles de Karinthy, dans leur contexte.
Tout
au long de cette conversation des
détails de peintures de Jérôme Bosch viendront illustrer les propos. (Un lien
permet d’accéder aux tableaux dans leur
totalité).
Les
tableaux et les textes jettent sur le même sujet un regard souvent ironique et
distancié, parfois en se complétant, parfois en se contredisant – pour le
plaisir de la coïncidence des situations.