Darius Milhaud (1892-1974) et le groupe des six - contexte biographique
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Au piano
Jean Cocteau,
De gauche à droite : Darius Milhaud, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc, Louis Durey. Georges Auric, absent, a été silhouetté par J Cocteau. |
Son centenaire, célébré en 1992 l’a rendu davantage célèbre et a permis à son œuvre d’être connue d’un plus large public. Et, bien sûr, au cours de cette année, on a pu entendre « Scaramouche » de nombreuses fois, que ce soit en concert ou sur disque.
Bien que Milhaud soit à la base violoniste, à l’inverse par exemple de Francis Poulenc, pianiste d’origine, la musique pour piano tient une place importante dans l’ensemble de son œuvre. On remarquera cependant qu’il affectionnera particulièrement la composition pour deux pianos qui lui permettra d’exploiter plus pleinement toutes les possibilités polyphoniques et harmoniques de l’instrument à sa façon qui lui est typiquement personnelle.
A l’âge de 25 ans, il part travailler comme secrétaire de Paul Claudel au Brésil. Ce séjour ne sera bien sûr pas sans conséquences sur son goût prononcé des rythmes exotiques qu’on retrouve entre autre dans la samba de « Scaramouche ».
Dès son retour en France, il rejoint « le groupe des six ». Sous la bannière de Jean Cocteau et d’Eric Satie, ce fameux groupe se compose de Francis Poulenc, D’Arthur Honegger, de Germaine Tailleferre, de Louis Durey, de Georges Auric et bien sûr de Milhaud.
Ces six musiciens recherchaient, chacun à leur façon, avant tout à créer du neuf et de l’originalité en s’opposant au raffinement tout en nuances de Debussy, Fauré, Ravel.
Parmi ce groupe, Darius Milhaud, véritable force de la nature, avait un tempérament très puissant et il n’hésitait pas dans ses œuvres, parfois agressives, à faire un large usage de la polytonalité, c’est à dire de faire entendre plusieurs mélodies simultanément dans des tonalités différentes, sans jamais, pour autant, sombrer dans l’anarchie ou la cacophonie, et de juxtaposer brutalement des tonalités fort différentes. A la différence de Poulenc, plus intimiste, qui aime et exploite avant tout le piano pour sa sonorité, Milhaud considère cet instrument comme un moyen d’expression polyphonique par excellence.
Scaramouche fut composé en 1937 et son succès avait fini par importuner Milhaud !
A cette époque, un théâtre du nom de « Scaramouche » interprétait le « Médecin volant « de Molière. Milhaud avait composé pour cela une musique de scène. C’est alors qu’Ida Jankelevitch le supplia de composer une suite pour deux pianos qu ‘elle interprèterait avec Marcelle Meyer.
Cette commande ennuya beaucoup Milhaud qui, il est vrai, à ce moment, composait moins pour le piano et était fort investi dans d’autres projets.
Lui même expliqua avec humour dans « ses notes sans musiques » : « ….je traitai quelques éléments pris dans deux partitions de musique de scène et j’appelai cet amalgame Scaramouche, Deiss me proposa aussitôt de le faire paraître…je lui déconseillai vivement : « personne ne le jouera », mais mon éditeur avait un caractère très particulier et il n’éditait que ce qu’il aimait. Il se trouvait que Scaramouche lui plaisait et qu’il tint bon. L’avenir lui donna raison… »
Milhaud avait bien sûr emprunter le nom de Scaramouche à la troupe qui jouait la pièce de Molière.
Au final, et malgré ses réserves, il avait réussi à créer une suite pour deux pianos en trois mouvements particulièrement divertissantes et d’une très grande qualité !