Les erreurs du télex de la NASA
(09/03/2003, mis à jour le 15/05/2003)


Comme pour ajouter un peu à la confusion causée par la rentrée atmosphérique du 5 novembre 1990, la NASA avait elle-même commis deux erreurs dans son télex envoyé au SEPRA. On peut remettre les choses dans l'ordre en expliquant ces erreurs.

Rappelons le contenu de ce télex :

1. 20925/1990-094C / GORIZONT 21 PLATFORM  /USSR
2. 03 NOV 1990
3. REV 36 / DESCENDING /05 NOV 1806Z
4. 49.0 DEG NORTH/ 7.3 DEG EAST
5. DECAY WINDOW IS PLUS OR MINUS 1 MINUTE
6. INCLINATION 51.7 DEG.
TRAJECTORY PRIOR TO DECAY (DEG)
D/TIME 309/1651Z 309/1706Z 309/1721Z 309/1736Z 309/1751Z
LAT. 30.0 -17.8 -51.5 -25.2 22.8
E LONG 115.9 153.7 217.7 289.7 327.0
7. FINAL REPORT

Comparons avec les communiqués envoyés de nos jours par la NASA concernant les rentrées atmosphériques, ici celui faisant référence à la rentrée d'un étage de fusée Soyouz le 1er novembre 2002 (rentrée ayant fait l'objet d'observations).

Ces communiqués sont reproduits sur le site de Aerospace corporation, une entreprise américaine de recherche en aérospatiale, avec les derniers éléments orbitaux de l'objet.

PREPARATION DATE TIME:  010422ZNOV02
1. 27553/2002-050B /SL-04 R/B /ROCKET BODY/ CIS
2. 30 OCT 2002
3. REV 34/ASCENDING /01 NOV 0341Z
4. 38.0 DEG N 26.0 DEG E
5. DECAY WINDOW IS PLUS OR MINUS 07 MINUTES.
6. INCLINATION 051.6 DEGREES.
7. FINAL REPORT.

La présentation est pratiquement identique, hormis le fait que le télex de novembre 90 précisait aussi les positions de cinq points de passage avant la rentrée. Ces positions ne contenaient aucune erreur, puisque j'ai montré que l'on pouvait à partir de ces seules données reconstituer une trajectoire pratiquement identique à celle obtenue par les éléments orbitaux. Le 5 novembre 1990 était bien le 309e jour de l'année, et les heures étaient en TU.

Étudions maintenant les six premières lignes du télex, numérotées et similaires dans les communiqués actuels :

Ligne 1 : identification de l'objet, avec une première erreur concernant l'objet mentionné («platform»), laquelle a beaucoup inspiré les ufologues pinailleurs; elle mérite un long développement, j'y reviendrai à la fin.

Ligne 2 : date du lancement, n'appelle aucun commentaire.

Ligne 3 : date de la rentrée et numéro de l'orbite (pas toujours rigoureusement exact, mais dans ce cas il s'agissait bien de la 36e orbite). Je croyais que le terme «descending» avait un rapport avec la chute, mais on voit que pour la rentrée du premier novembre 2002 et bon nombre d'autres (à peu près une sur deux), il est mentionné «ascending», ce qui ne signifie sûrement pas que l'objet remonte dans l'espace ! Ce terme indique en fait si l'on se trouve sur la partie de l'orbite «ascendante» ou «descendante» en latitude... Cela a son importance, puisque dans son survol de la France, l'étage de fusée ayant lancé Gorizont 21 était sur une trajectoire ascendante (il se déplaçait plutôt vers le nord), et non descendante comme indiqué sur ce télex ! Et d'autre part, l'objet avait quitté le territoire à 19 h 02, et se trouvait à 19 h 06 au-dessus de la Pologne... sur une trajectoire descendante !

Or, on sait que la rentrée s'est achevée bien au-delà de la France, sûrement dans ce coin-là (Pierre Neirinck  m'a indiqué dans un courrier personnel qu'il avait eu connaissance d'observations en Tchécoslovaquie, et estimait que la rentrée s'était achevée entre 30 km au sud de Prague et 140 km au nord de Kiev; la Pologne est entre ces deux positions). Et c'est bien sûr le lieu de fin de la rentrée, celui où l'on a des chances de retrouver des débris, qui intéresse la NASA. Donc, les indications de cette troisième ligne sont correctes.

Ligne 4 : par contre, la position indiquée ici, correspondant à un point du territoire français proche de l'Allemagne, est fausse : elle s'écarte d'une cinquantaine de kilomètres du passage de l'étage de fusée dans cette région, lequel a eu lieu à 19 h 01 et non 19 h 06... Et franchement, je ne vois pas ce qui a pu causer cette erreur... Peut-être que celui qui a rédigé le télex pour le SEPRA a modifié le point de retombée trouvé par le programme en croyant d'après la demande du SEPRA que la rentrée s'était achevée au niveau de la frontière entre la France et l'Allemagne, sans prendre la peine de reconstituer la trajectoire de façon précise. Quoi qu'il en soit, la NASA n'est pas payée pour «expertiser» des rentrées atmosphériques se produisant en France (le SEPRA, oui), et ses informations générales concernant l'étage de fusée étaient exactes (trajectoire avant la rentrée, éléments orbitaux).

Ligne 5 : l'intervalle d'erreur d'une minute (de temps) est tout à fait compatible avec celui que nous donne Pierre Neirinck sur le lieu précis de fin la rentrée (les deux points limites qu'il nous donne sont espacés d'environ 1300 km, parcourus en trois à quatre minutes à la vitesse finale d'une rentrée).

Ligne 6 : cette inclinaison d'orbite de 51,7 degrés est typique des lancements de satellites géostationnaires depuis Baïkonour, et très proche de l'indication précise des derniers paramètres orbitaux (51,6587°).


Venons-en maintenant à la deuxième erreur, portant sur l'identification de l'objet, qui a causé beaucoup de discussions chez les ufologues pinailleurs.

Jean Sider a en effet obtenu du directeur du service de relations publiques de la NASA un courrier disant que l'objet retombé était une «plate-forme de connexion, partie séparant le dernier étage de la fusée et le satellite».

Notons tout d'abord qu'il est tout à fait impossible qu'un objet faisant la liaison entre le dernier étage et un satellite retombe dans le cas d'un lancement géostationnaire par une fusée Proton, puisque ce dernier étage amène le satellite sur son orbite finale, à 36000 km d'altitude : il ne retombe donc jamais, tout comme le satellite et tout ce qui pourrait se trouver entre les deux. Le quatrième étage de la fusée, portant la référence 20926/90-094D, se trouve toujours en orbite, ainsi que le satellite (20923/90-094A) !

Une «plate-forme» désigne normalement l'ensemble de l'équipement qui maintient le satellite, et reste attaché à celui-ci, mais ce terme semble avoir une autre définition pour la NASA.

J'ai déjà indiqué ailleurs que sur la liste des objets satellisés donnée par Jonathan McDowell (un astrophysicien américain passionné de satellites), le même objet est référencé sous son appellation russe «sredniy perekhodnik»... J'ai depuis trouvé la traduction de ce terme dans le Dictionnaire de l'astronautique édité par le CNES : «Cavalier de jonction». Il s'agirait donc d'un élément faisant la jonction entre le troisième et le quatrième étage, et non entre le quatrième étage et le satellite !

En fait, on trouve dans les communiqués d'Alan Pickup, un spécialiste des satellites et des rentrées atmosphériques, une autre appellation beaucoup plus claire : enveloppe (casing) du quatrième étage; et aussi les dimensions et la masse : 3,7 m de diamètre sur 4 de longueur, et 800 kg (à titre de comparaison, le troisième étage fait 4,2 m de diamètre sur 6,5 de longueur, pour une masse de 4200 kg à vide). Il s'agit en quelque sorte de la «carrosserie» du quatrième étage, un cylindre de métal qui n'a aucune utilité et consitute un poids inutile hors de l'atmosphère; il est donc abandonné avant la mise à feu du quatrième étage, qui poursuit sa route «nu».

Mais alors, Jean Sider aurait raison, ça ne serait pas un étage de fusée ?

Pierre Neirinck, qui a pour sa part toujours mentionné un troisième étage de fusée, précise qu'il s'agit d'une «erreur récurrente de la NASA»; et il a reproduit dans la revue Ufo-log n° 10 les tables du Royal Aircraft Establishment (organisme britannique d'astronautique), où l'objet 1990-94C (20925) est bien catalogué comme «troisième étage Gorizont 21», avec le commentaire suivant (je traduis intégralement) : «Rentrée observée depuis le vol British Midland Airways BD991 à l'approche de la côte belge et depuis la Tchécoslovaquie, la France et d'autres pays européens. L'U.S. Space Command catalogue cet objet comme le lanceur et 1990-94B comme le troisième étage.» Toutefois, comme pour compliquer encore un peu les choses, la deuxième phrase a disparu des tables de la RAE plus récentes, diffusées sur Internet, où l'objet est désigné comme 4th stage casing conformément aux indications de la NASA !

Pour en avoir le cœur net et clore définitivement le débat (si l'on peut parler de débat avec un Sider !), examinons les autres lancements de satellites Gorizont, sur lesquels on peut trouver beaucoup d'informations sur des sites Internet. À chaque lancement, il y a le satellite (objet «A») et le quatrième étage (D) qui sont comme nous l'avons vu placés en orbite géostationnaire, deux objets (E et F) référencés comme «moteurs auxiliaires» qui restent sur une orbite de transfert très elliptique et retombent après quelques mois, et deux autres (B et C) qui restent sur une orbite basse et retombent dans les jours qui suivent : le troisième étage est un de ceux-là (et l'autre n'est pas comme je le pensais la coiffe, celle-ci étant lâchée comme les étages inférieurs dès que la fusée quitte l'atmosphère, avant qu'elle atteigne la vitesse de satellisation). L'autre est donc cet élément que la NASA appelle «plate-forme» et les Russes «cavalier de jonction», et qui est plus précisément l'enveloppe du quatrième étage.

Intéressons-nous donc aux éléments «B» et «C» de tous les lancements de satellites Gorizont. La NASA diffuse sur Internet la liste de tous les objets ayant effectué leur rentrée, avec très peu de renseignements sinon la date de cette rentrée (mais pas l'heure). Voici ces indications pour les objets qui nous intéressent :

Nom
Lancement
Rentrée de «B»
Rentrée de «C»
Gorizont 1
19/12/78
21/12/78
Inconnue
Gorizont 2
05/07/79
07/07/79
07/07/79
Gorizont 3
28/12/79
30/12/79
15/04/82
référencé
AUX.MOTOR
Gorizont 4
14/06/80
15/06/80
14/06/80
Gorizont 5
15/03/82
16/03/82
16/03/82
Gorizont 6
20/10/82
22/10/82
21/10/82
Gorizont 7
30/06/83
03/07/83
01/07/83
Gorizont 8
30/11/83
02/12/83
01/12/83
Gorizont 9
22/04/84
24/04/84
22/04/84
Gorizont 10
01/08/84
03/08/84
02/08/84
Gorizont 11
18/01/85
20/01/85
19/01/85
Gorizont 12
10/06/86
12/06/86
11/06/86
Gorizont 13
18/11/86
21/11/86
19/11/86
Gorizont 14
11/05/87
14/05/87
12/05/87
Gorizont 15
31/03/88
02/04/88
31/03/88
Gorizont 16
18/08/88
21/08/88
19/08/88
Gorizont 17
26/01/89
28/01/89
27/01/89
Gorizont 18
05/07/89
07/07/89
06/07/89
Gorizont 19
28/09/89
30/09/89
29/09/89
Gorizont 20
20/06/90
22/06/90
21/06/90
Gorizont 21
03/11/90
04/11/90
05/11/90
Gorizont 22
23/11/90
25/11/90
24/11/90
Gorizont 23
01/07/91
04/07/91
02/07/91
Gorizont 24
23/10/91
25/10/91
24/10/91
Gorizont 25
02/04/92
04/04/92
02/04/92
Gorizont 26
14/07/92
17/07/92
15/07/92
Gorizont 27
27/11/92
30/11/92
28/11/92
Gorizont 28
28/10/93
31/10/93
29/10/93
Gorizont 29
18/11/93
21/11/93
19/11/93
Gorizont 30
20/05/94
23/05/94
20/05/94
Gorizont 31
25/01/96
29/01/96
26/01/96
Gorizont 32
25/05/96
28/05/96
26/05/96

Il y a eu enfin un satellite Gorizont 33 lancé le 6 juin 2000, mais la configuration du lanceur était différente et aucun débris n'était laissé en orbite basse.

On constate que dans presque tous les cas, l'élément B retombe après l'élément C : la règle générale est que C retombe après un jour, et B après deux jours. Il y a quelques cas où les deux sont rentrés le même jour si bien qu'on ne sait pas lequel est retombé le premier, et seulement deux exceptions certaines : Gorizont 3 où l'élément C désigne clairement le moteur auxiliaire, sans doute parce que l'objet qui porte normalement cette lettre est retombé avant d'avoir été repéré par le Norad, et notre Gorizont 21 pour lequel c'est B qui est retombé le lendemain du lancement, et C le surlendemain ! Il semble donc bien que pour ce lancement, il y ait eu simplement inversion entre les éléments B et C !

Il est du reste naturel qu'un étage de fusée pesant quatre tonnes à vide soit moins sensible au freinage atmosphérique qu'une simple «enveloppe», cinq fois plus légère mais présentant une surface presque aussi importante.

On peut encore essayer de préciser les choses en recherchant les derniers éléments orbitaux disponibles pour tous ces objets, que l'on trouve encore sur le site de Jonathan McDowell. Je les ai regroupés dans un fichier que vous pouvez copier au format texte si vous voulez vérifier mes dires avec un quelconque logiciel d'orbitographie.

Généralement, ces paramètres ont été enregistrés peu avant la rentrée, et permettent donc de calculer assez précisément le moment de cette rentrée. J'ai pour cela utilisé le logiciel SatEvo d'Alan Wingar, diffusé gratuitement sur son site. Ce n'est pas le plus précis, mais il est très simple à utiliser puisqu'il ne fait que cela ! Notons que pour l'objet rentré le 5 novembre 90, ce logiciel donnait 16 h 10 pour la rentrée à partir des éléments de 11 h 55, se trompant de presque deux heures. Les résultats complets sont sur cet autre fichier. On trouve aussi l'heure précise de tous les lancements encore dans le site de Jonathan McDowell. J'ai indiqué toutes ces données dans le tableau suivant, avec le temps après lequel l'objet est rentré dans l'atmosphère. Dans les rares cas où SatEvo donnait une date différente de celle indiquée par la NASA, j'ai conservé cette dernière et considéré que la rentrée avait eu lieu tout à la fin ou au début de la journée pour se rapprocher le plus de l'heure calculée. Pour les objets dont aucun ensemble d'éléments orbitaux n'a été conservé, j'ai gardé la date de rentrée indiquée par la NASA en lui attribuant une heure moyenne (midi).

Nom du
satellite
Lancement: Référence
NORAD
Désignation
internationale
Enregistrement: Rentrée: Durée en
orbite
Date Heure Date Heure Date Heure
Gorizont 1
19/12/78
12h15
11159
1978-118B
pas de C
20/12
13h02
22/12
06h15
60 h
Gorizont 2
05/07/79
23h19
11441
11442
1979-062B
1979-062C
07/07
14h39
08/07
07/07
01h51
?
49 h
38 h
Gorizont 3
28/12/79
11h51
11651
1979-105B
C=aux.motor
30/12
14h48
30/12
07h21
43 h
Gorizont 4
14/06/80
00h50
11842
11843
1980-049B
1980-049C
15/06
14/06
04h30
12h23
15/06
14/06
23h56
23h48
47 h
23 h
Gorizont 5
15/03/82
04h39
13093
13094
1982-020B
1982-020C
15/03
16/03
23h31
05h24
16/03
16/03
17h50
21h14
37 h
41 h
Gorizont 6
20/10/82
16h26
13625
13626
1982-103B
1982-103C


22/10
21/10
?
?
44 h
20 h
Gorizont 7
30/06/83
23h56
14161
14162
1983-066B
1983-066C
03/07
01/07
01h32
14h26
03/07
01/07
03h31
15h53
52 h
16 h
Gorizont 8
30/11/83
13h51
14533
14534
1983-118B
1983-118C
02/12
01/12
12h35
02h54
02/12
01/12
20h21
08h02
55 h
18 h
Gorizont 9
22/04/84
04h21
14941
14942
1984-041B
1984-041C
23/04
22/04
21h12
17h23
24/04
22/04
02h45
18h29
46 h
14 h
Gorizont 10
01/08/84
21h37
15145
15146
1984-078B
1984-078C


03/08
02/08
?
?
38 h
14 h
Gorizont 11
18/01/85
10h25
15585
15586
1985-007B
1885-007C
20/01
18/01
13h32
19h04
20/01
19/01
19h08
08h33
57 h
22 h
Gorizont 12
10/06/86
00h49
16770
16771
1986-044B
1986-044C
12/06
10/06
14h14
21h14
13/06
11/06
01h02
05h47
47 h
29 h
Gorizont 13
18/11/86
14h08
17084
17085
1986-090B
1986-090C
21/11
19/11
03h28
10h32
21/11
19/11
05h18
11h11
63 h
21 h
Gorizont 14
11/05/87
14h45
17970
17971
1987-040B
1987-040C
13/05
12/05
23h43
08h11
14/05
12/05
06h11
09h37
63 h
19 h
Gorizont 15
31/03/88
04h18
19018
19019
1988-028B
1988-028C
01/04
31/03
13h51
17h21
02/04
31/03
00h02
18h54
44 h
15 h
Gorizont 16
18/08/88
19h52
19398
19399
1988-071B
1988-071C
21/08
19/08
03h22
10h23
21/08
19/08
05h14
12h05
57 h
16 h
Gorizont 17
26/01/89
09h16
19766
19767
1989-004B
1989-004C
27/01
21h46
28/01
27/01
09h26
?
48 h
21 h
Gorizont 18
05/07/89
22h45
20108
20109
1989-052B
1989-052C
07/07
06/07
17h04
11h47
07/07
06/07
18h48
13h26
44 h
15 h
Gorizont 19 28/09/89
17h05
20264
20265
1989-081B
1989-081C
29/09
29/09
06h08
06h08
30/09
29/09
17h42
12h46
49 h
20 h
Gorizont 20
20/06/90
23h36
20660
20661
1990-054B
1990-054C
22/06
21/06
14h58
06h46
22/06
23/06
18h02
23h45
42 h
24 h
Gorizont 21
03/11/90
14h40
20924
20925
1990-094B
1990-094C
04/11
05/11
06h39
11h56
04/11
05/11
10h40
16h10
20 h
51 h
Gorizont 22
23/11/90
13h22
20954
20955
1990-102B
1990-102C
25/11
24/11
19h25
12h41
25/11
24/11
22h10
16h23
57 h
27 h
Gorizont 23
01/07/91
21h53
21534
21535
1991-046B
1991-046C
03/07
02/07
23h04
08h59
04/07
02/07
02h18
14h51
52 h
17 h
Gorizont 24
23/10/91
15h25
21760
21761
1991-074B
1991-074C
25/10
24/10
06h48
13h16
25/10
25/10
11h10
12h29
44 h
33 h
Gorizont 25
02/04/92
01h50
21923
21924
1992-017B
1992-017C
04/04
02/04
00h32
14h51
04/04
02/04
04h25
16h21
51 h
15 h
Gorizont 26
14/07/92
22h02
22042
22043
1992-043B
1992-043C
17/07
15/07
09h56
15h28
17/07
15/07
12h52
19h47
63 h
22 h
Gorizont 27
27/11/92
13h10
22246
22247
1992-082B
1992-082C
29/11
28/11
19h13
05h07
29/11
28/11
22h47
05h59
59 h
17 h
Gorizont 28
28/10/93
15h17
22881
22882
1993-069B
1993-069C
31/10
29/10
01h41
08h42
31/10
29/10
04h08
13h31
61 h
22 h
Gorizont 29
18/11/93
13h55
22908
22909
1993-072B
1993-072C
21/11
19/11
01h49
01h57
21/11
20/11
07h51
03h18
66 h
34 h
Gorizont 30
20/05/94
02h01
23109
23110
1994-030B
1994-030C
22/05
20/05
07h10
19h27
23/05
21/05
00h59
00h21
71 h
22 h
Gorizont 31
25/01/96
09h56
23776
23777
1996-005B
1996-005C
29/01
26/01
00h13
03h23
29/01
26/01
04h19
09h23
90 h
23 h
Gorizont 32
25/05/96
02h05
23881
23882
1996-034B
1996-034C
28/05
25/05
09h00
22h28
28/05
26/05
13h06
02h58
83 h
25 h

On constate que dans pratiquement tous les cas, l'objet B reste beaucoup plus longtemps en orbite, de l'ordre de deux à trois fois plus, que l'objet C. Les seules exceptions sont pour Gorizont 5, où le C est supposé être resté quelques heures de plus que le B, mais les éléments orbitaux datant de presque un jour avant la rentrée les calculs ne sont pas fiables; et bien sûr Gorizont 21, où c'est à l'inverse l'élément B qui est rentré beaucoup plus vite que le C.

Si l'on fait la moyenne des durées en orbite des éléments B, hors l'exception de Gorizont 21, on trouve 54 heures. Avec les éléments C, on trouve une moyenne de 22 heures. Dans le cas de Gorizont 21, avec 20 heures pour l'élément B et 51 heures pour le C, c'est presque exactement l'inverse !

Il existe enfin une dernière indication permettant de connaître l'effet du freinage atmosphérique sur les satellites : le «BSTAR» qui figure dans les éléments orbitaux. Il s'agit d'une évaluation de la résistance qu'opposerait une atmosphère de densité constante, et il ne doit normalement pas varier avec l'altitude. En réalité, cette évaluation dépend de modèles atmosphériques jamais très précis pour les hautes altitudes, mais elle aura une bonne valeur indicative. Nous ne parlerons pas des unités dans lesquelles la valeur est exprimée, parce que c'est très complexe, mais le fait est que plus la valeur est élevée, et plus le satellite est sensible au freinage atmosphérique.

Voici donc ce que l'on trouve. J'ai également indiqué l'altitude moyenne du satellite déduite des éléments orbitaux, puisqu'une altitude élevée rend la valeur peu fiable :

Satellite
Élément
BSTAR
Altitude
Gorizont 1
B
C
8,068.10-6
?
170 km

Gorizont 2
B
C
0,4941.10-6
?
146 km

Gorizont 3
B
C
0,4941.10-6
?
140 km

Gorizont 4
B
C
0,8294.10-6
5,764.10-6
164 km
173 km
Gorizont 5
B
C
168,56.10-6
387,17.10-6
163 km
167 km
Gorizont 6
B
C
?
?


Gorizont 7
B
C
142,94.10-6
924,90.10-6
129 km
148 km
Gorizont 8
B
C
204,04.10-6
1365,4.10-6
149 km
169 km
Gorizont 9
B
C
223,66.10-6
1071,8.10-6
148 km
146 km
Gorizont 10
B
C
?
?


Gorizont 11
B
C
330,26.10-6
1456,2.10-6
151 km
190 km
Gorizont 12
B
C
233,27.10-6
1048,9.10-6
154 km
174 km
Gorizont 13
B
C
179,25.10-6
597,29.10-6
131 km
133 km
Gorizont 14
B
C
158,20.10-6
617,38.10-6
146 km
143 km
Gorizont 15
B
C
432,36.10-6
665,25.10-6
161 km
145 km
Gorizont 16
B
C
150,63.10-6
1654,6.10-6
129 km
156 km
Gorizont 17
B
C
417,96.10-6
?
163 km

Gorizont 18
B
C
202,16.10-6
625,14.10-6
75 km
146 km
Gorizont 19
B
C
499,01.10-6
1236,2.10-6
188 km
172 km
Gorizont 20
B
C
200,31.10-6
377,84.10-6
139 km
188 km
Gorizont 21
B
C
1222,4.10-6
324,86.10-6
163 km
148 km
Gorizont 22
B
C
162,94.10-6
751,78.10-6
135 km
156 km
Gorizont 23
B
C
176,08.10-6
1395,1.10-6
139 km
172 km
Gorizont 24
B
C
213,63.10-6
449,86.10-6
144 km
177 km
Gorizont 25
B
C
691,91.10-6
555,35.10-6
130 km
144 km
Gorizont 26
B
C
140,97.10-6
697,10.10-6
134 km
156 km
Gorizont 27
B
C
140,23.10-6
411,08.10-6
137 km
132 km
Gorizont 28
B
C
133,40.10-6
504,78.10-6
131 km
154 km
Gorizont 29
B
C
131,39.10-6
277,78.10-6
142 km
169 km
Gorizont 30
B
C
331,50.10-6
597,43.10-6
166 km
156 km
Gorizont 31
B
C
88,259.10-6
1151,2.10-6
132 km
169 km
Gorizont 32
B
C
84,098.10-6
594,33.10-6
132 km
155 km

Il semble que la définition du BSTAR ait changé entre Gorizont 4 et Gorizont 5, puisque sa valeur n'est vraiment pas comparable; notons tout de même que dans le cas de Gorizont 4, c'est bien l'élément C qui est de loin le plus sensible au freinage atmosphérique.

Et cela se retrouve pour tous les autres lancements, à l'exception de Gorizont 25 où le BSTAR de l'élément B est un peu plus élevé que celui de l'élément C, et bien sûr pour Gorizont 21 où il est encore une fois tout à fait clair que les deux valeurs sont inversées. Si on fait la moyenne des BSTAR des éléments B à partir de Gorizont 5 et en excluant Gorizont 21, on trouve 233,48.10-6; et pour l'élément C, 808,92.10-6, soit plus du triple ! Et dans le cas de Gorizont 21, on a respectivement 1222,4.10-6 et 324,86.10-6.

Tout confirme donc que les éléments B et C ont été inversés par le NORAD dans le cas de Gorizont 21, et que l'élément le plus lourd, l'étage de fusée, était bien dans ce cas particulier l'élément C, dont la rentrée atmosphérique a été observée au-dessus de la France.

Pierre Neirinck nous indique d'ailleurs qu'il s'agit d'une «erreur récurrente» de la NASA, et elle n'a au fond rien de très étonnant ni de très dommageable. Il faut savoir que les satellites sont repérés par des radars, et que ceux-ci sont sensibles à la surface de l'objet et non à sa masse (la capacité d'un objet à renvoyer les ondes radar, déterminant la force de l'écho, est désignée par le terme de RCS ou radar cross section : il s'agit de la surface que devrait avoir un objet métallique de référence pour renvoyer le même écho). Et nous avons vu que cette enveloppe du quatrième étage présente des dimensions très proches de celles du troisième étage. Sous une certaine perspective, il se peut fort bien que les deux objets aient des signatures radar identiques, et si cela se produit juste après la séparation le NORAD aura bien du mal à les différencier. Bien évidemment, lors des repérages suivants et en fonction de l'évolution de ces objets, l'ambiguïté doit être levée (nous avons vu justement combien il était facile de différencier l'objet B de l'objet C d'après leur sensibilité à l'atmosphère), mais à quoi bon faire la correction dans le catalogue alors que ces deux objets seront retombés deux jours plus tard et que tout le monde se fiche éperdument de savoir où ? Seuls les passionnés de satellites peuvent s'intéresser à ces détails (et ils ont d'ailleurs une longue liste d'erreurs d'identification du NORAD), et eux ont fait la correction, comme nous l'a bien montré Neirinck.

Il est du reste tout à fait sûr que c'est un étage de fusée qui a survolé la France le 5 novembre 90, puisque cette rentrée s'est manifestée au début par une explosion au-dessus du golfe de Gascogne, rapportée par de nombreux témoins. L'enveloppe du quatrième étage ne contient pas de carburant, et ne peut donc pas exploser. Mais bien sûr, les «ufologues» les plus bornés pourront toujours imaginer qu'une armada de soucoupes volantes a imité la rentrée d'un étage de fusée, avec son explosion caractéristique, au moment où la rentrée attendue était celle d'une simple enveloppe (laquelle, avec ses 800 kg, ne passe tout de même pas inaperçue lorsqu'elle effectue sa rentrée) !

Robert Alessandri




Rubrique rentrées atmosphériques

Retour au sommaire

Écrire à l'auteur

Ce texte a été lu

fois depuis le 09/03/2003