L'OVNI du 14 décembre 2001 au Pérou :
une rentrée atmosphérique très particulière
(28/12/2003)

Dans son numéro hors-série OVNI de juin 2002, VSD révélait (p. 22) une «stupéfiante observation au-dessus du Pérou» depuis un avion, reprise dans le livre récent Objets Volants Non Identifiés (éditions Michel Lafon) de Bernard Thouanel (p. 204), rédacteur en chef de ces numéros hors-série. Ce cas faisait l'objet d'une enquête par le CEFAA (Comité de estudios de fenomenos aéreos anomales), l'équivalent chilien de notre SEPRA, et avait entraîné la création d'un bureau d'enquête officiel de la Force aérienne (il serait intéressant de connaître les conclusions de ces organismes, pour savoir si la «recherche officielle» est plus performante au Chili qu'en France !)

Il faut dire que l'avion, un Cessna Citation VI appartenant à la Direction générale de l'aéronautique civile du Chili, ramenait d'un voyage officiel en Colombie les principaux responsables de l'aviation militaire et civile chiliennes, qui ont tous observé longuement le phénomène !

Voici le contenu du rapport officiel contresigné par les deux pilotes et les quatre passagers à l'arrivée de l'avion, et sa traduction (assez approximative; si vous voyez des erreurs n'hésitez pas à me les signaler) :

Antecedentes sucesos 14. diciembre.2001

UPPER LIMA 302
NIVEL 370
HORA 03:15 A.M. hora local Chile
150 millas náuticas al sur de intersección "Ilmar" aproximadamente a la cuadra de Arequipa, 300 km. hacia el Weste encima del mar.
Citation VI a nivel de vuelo 370
Velocidad terrestre 500 nudos
Cielos despejados con estratos hacia el mar (Weste)
Avistamiento Sur Weste
Trayectoria Sur Weste - Noreste
Tiempo visualización 15 minutos
Velocidad aparente de OVNI, inferior a 100 nudos, lenta con respecto al avión, sobre capa estrato.
Posición entre ellos, relativa a la formación, sin alteración, manteniendo su trayectoria.
Sin alteración en equipos del avión el cual se visualizó el suceso.



Événements survenus le 14 décembre 2001

Vol 302 au-dessus de Lima
Niveau 370
Heure 03:15 A.M. heure locale du Chili
150 milles nautiques au sud de l'intersection "Ilmar" approximativement dans la zone d'Arequipa à 300 km vers l'ouest sur la mer.
Citation VI au niveau de vol 370 (11 300 m).
Vitesse 500 noeuds (930 km/h).
Ciel dégagé avec des stratus vers la mer (ouest)
Apparition au sud-ouest.
Trajectoire Sud-ouest/nord-est.
Temps d'observation 15 minutes.
Vitesse apparente de l'OVNI inférieure à 100 noeuds (185 km/h), lente par rapport à l'avion, au-dessus de la couche nuageuse.
Position relative de la formation de lumières sans modification, sur une trajectoire régulière.
Pas de perturbations aux équipements de l'avion depuis lequel a été vu le phénomène.



L'avion se déplaçait donc vers le sud (Bernard Thouanel dit dans son article qu'il se déplaçait vers l'ouest, mais c'est sans doute une erreur de traduction et on voit mal pourquoi un avion allant de la Colombie à Santiago du Chili — plein sud — irait vers l'ouest !) à 300 km à l'ouest d'Arequipa, à 3 h 15 locales (8 h 15 TU), lorsque le pilote a vu vers le sud-ouest trois lumières rectangulaires vertes se déplaçant du sud-ouest vers le nord-est.

Ces lumières se sont déplacées à vitesse régulière, apparemment lente (mais la distance n'étant pas connue l'estimation de la vitesse n'a aucune valeur) pendant une quinzaine de minutes. Peu avant la disparition, un passager a eu la présence d'esprit de prendre deux photos, reproduites ci-dessous :

Feu de position et 3 lumières vertes, puis une seule

La grosse lumière est le feu de position de l'aile droite... Notons que ces photos sont extraites de VSD... Dans le livre de Bernard Thouanel, en raison d'un mauvais cadrage et d'un retournement des photographies, on ne voit que le feu de position...

La hauteur angulaire n'est pas précisée, mais c'est sûrement par erreur qu'il est écrit dans VSD que les photos ont été prises «avant que les lumières ne disparaissent définitivement, une fois passées à la verticale...» : le rapport précise que l'objet était vu au-dessus de la couche de nuages situés à l'ouest (VSD précise même que ces nuages situés «plusieurs kilomètres plus bas» étaient éclairés par l'objet, mais ça ne figure pas non plus dans le rapport).

Bref, il semble que le phénomène soit apparu au sud-ouest, ait culminé vers l'ouest et ait disparu vers le nord.

A priori, même si la durée d'observation alléguée est trop longue, ça fait penser à une rentrée atmosphérique. La couleur verte est assez courante, typique d'une ionisation de la haute atmosphère, il est simplement curieux que les trois lumières paraissent identiques.

Il faut donc dans un premier temps rechercher s'il y a eu une rentrée atmosphérique le 14 décembre 2001... Réponse : oui, celle du satellite de communication Molniya 3-35, pesant 1600 kg, lancé en 1989 et portant la référence 89043A (numéro NORAD 20052).

Les paramètres orbitaux suivants, relatifs à cet objet, sont datés du 14 décembre 2001 à 8 h 10, soit pratiquement au moment de l'observation :

Molniya 3-35 8h
1 20052U 89043A 01348.34227806 .99999999 64727-5 79650-3 0 4652
2 20052 61.9531 136.9960 0659899 267.0271 85.9125 15.12790762 93991

Et voici la trajectoire déduite à 8 h 04 :

Trajectoire SW/NE à l'ouest du Pérou

La croix bleue correspond à la position approximative de l'avion (300 km à l'ouest d'Arequipa) : ça colle plutôt bien, avec une trajectoire sud-sud-ouest/nord-nord-est, et un passage au plus près à l'ouest à 8 h 08... Seul le temps d'observation serait nettement exagéré, une rentrée ne durant pas plus de cinq minutes, mais il est difficile même pour des pilotes chevronnés d'estimer correctement le temps lorsqu'on est absorbé par l'observation d'un phénomène étrange, et on ne pense pas forcément à regarder l'heure avant la fin. D'ailleurs, si l'on veut croire à la durée alléguée, ce qui est surprenant c'est qu'il ait fallu un quart d'heure pour qu'un des six passagers de l'avion pense à prendre des photos, juste avant que le phénomène ne disparaisse !

Le seul problème... c'est que ce satellite est en fait rentré nettement plus tard !

Précisément à 12 h 22 TU plus ou moins 7 minutes, soit plus de quatre heures après l'observation, et au sud de l'Australie d'après le bulletin de la NASA :

PREPARATION DATE TIME:  141236ZDEC01
1. 20052/1989-043A /MOLNIYA 3-35 /PAYLOAD  / CIS
2. 08 JUN 1989
3. REV   9401/DESCENDING/14 DEC 1222Z
4. 59.0 DEG S 108.0 DEG E
5. DECAY WINDOW IS PLUS OR MINUS 07 MINUTES.
6. INCLINATION 061.9 DEGREES.
7.  FINAL REPORT.

Et il ne peut pas s'agir d'une erreur d'appréciation, puisque le satellite a été repéré plusieurs fois après l'observation, les derniers éléments orbitaux étant datés de 11 h 20 :

MOLNIYA 3-35
1 20052U 89043A 01348.47196986 .99999999 82264-5 52514-3 0 4689
2 20052 61.9147 136.4597 0391390 269.9991 85.2589 15.80141472 94018

De plus, l'altitude du satellite près du Pérou était supérieure à 300 km, bien trop élevée pour correspondre à une rentrée atmosphérique.

Bref, quelque chose cloche, et pourtant le passage de ce satellite en phase de rentrée juste sur la bonne trajectoire n'est sûrement pas une coïncidence !

Reprenons donc les éléments orbitaux de 8 h 10 : on en déduit un périgée à seulement 99 km du sol où le satellite serait passé à 7 h 50, quelques minutes avant l'observation à l'ouest du Pérou, et un apogée beaucoup plus haut, à plus de 1000 km du sol.

Le satellite se trouvait donc sur une trajectoire très elliptique, et était passé quelques minutes avant l'observation à une altitude suffisamment basse pour que certains éléments fragiles se détachent et effectuent leur rentrée :

Trajectoire au périgée

Et il est facile de comprendre de quels éléments il peut s'agir en voyant comment se présentent les satellites Molniya 3 :

Satellite avec six panneaux composés de trois éléments chacun

Ce qui peut se détacher, ce sont à l'évidence les panneaux solaires... Peut-être que trois panneaux différents se sont détachés au cours de cette «pré-rentrée», ou encore plus vraisemblablement un seul panneau qui se serait rapidement scindé en ses trois éléments constitutifs, qui ne sont liés entre eux que par deux charnières fragiles et les conducteurs électriques.

D'un rapport masse/surface très inférieur au satellite lui-même, ces panneaux ont trop ralenti pour regagner l'espace contrairement au satellite, et sont tombés quelques minutes plus tard... Voilà qui explique très bien l'aspect très similaire des trois «rectangles» verts, puisqu'il s'agit de la rentrée de trois objets identiques et de même composition (essentiellement sans doute du silicium).

La trajectoire suivie par l'objet était pratiquement identique à celle du satellite lui-même, mais à une altitude moindre, de l'ordre de 120 km, impliquant un passage au plus près à une hauteur angulaire d'environ 30° (sous réserve que la position de l'avion soit exacte). Cette fois, tout semble correct si ce n'est la durée d'observation qui n'a pas dû dépasser trois minutes, les trois objets ayant achevé de se consumer peu après le passage au plus près.

Bien sûr, des panneaux solaires de quelques kilogrammes (la dimension de chaque élément est de l'ordre d'un mètre cinquante sur soixante-dix centimètres) ne provoquent pas une rentrée très spectaculaire, mais justement elle ne l'était pas : c'est l'aspect insolite de ces lumières qui a intrigué les témoins, plutôt que leur luminosité. On peut estimer que pour un objet de ce type, la luminosité atteinte lors de la rentrée est de l'ordre de celle de l'étoile la plus brillante, Sirius, ce qui se remarque tout de même.

Notons qu'un tel événement est assez exceptionnel, mais pas unique... J'ai trouvé dans l'Orbital debris quaterly news d'avril 1998, un bulletin de la NASA consacré aux problème posés par les débris spatiaux et diffusé sur le site du Johnson Space Center, un article signalant une fragmentation de certains satellites suivant une orbite de «type Molniya» (il s'agit d'orbites très elliptiques et excentriques, avec un périgée proche du sol, parcourues exactement deux fois par jour), dont je donne la traduction :

Une nouvelle catégorie de fragmentation de satellite

En mars 1995, un second étage de fusée H-II
[fusée chinoise «Longue marche»] (1994-056B, numéro NORAD 23231), qui avait placé avec succès le satellite ETS-VI sur une orbite de transfert géostationnaire [orbite de transition très elliptique, dont le périgée passe près du sol et l'apogée au niveau de l'orbite géostationnaire, à 36 000 km du sol] neuf mois plus tôt, était vu se fragmenter peu avant sa rentrée sur une orbite elliptique en diminution rapide. Cet événement a été considéré dans les enregistrements officiels de la NASA comme une fragmentation de satellite, bien que la cause soit entièrement imputable aux forces aérodynamiques rencontrées par l'étage lorsque son périgée est passé au-dessous de 100 km. Les débris générés avaient, en conséquence, une très courte durée de vie.

Durant la période de deux mois commençant à la fin décembre 1997, trois autres incidents similaires impliquant des véhicules en descente brutale depuis des orbites très elliptiques ont été observés par le réseau de surveillance spatiale des États-Unis (SSN). Le premier objet était Cosmos 1172 (1980-028A, numéro NORAD 11758), qui descendait le 26 décembre 1997 depuis une orbite de type Molniya. Peu avant sa fin, le véhicule générait au moins un fragment qui était officiellement catalogué (1980-028F, numéro NORAD 25130) avant sa propre rentrée le 24 décembre.

En février deux autres satellites soviétiques connaissaient un sort semblable. Molniya 3-16 (1981-054A, numéro NORAD 12512) rentrait le 10 février, mais cinq jours plus tôt pas moins de 18 nouveaux objets
[soit précisément le nombre total d'éléments des panneaux solaires !] étaient observés dans son sillage par la barrière électronique du Naval Space Command. Aucun des débris n'était catalogué avant la rentrée. À la même période, un dernier étage de fusée Vostok vieux de 34 ans (1964-006D, numéro NORAD 751) subissait une chute très brutale, descendant d'une orbite de 110 km de périgée et 69 075 km d'apogée le 6 février avant de rentrer le 15 février. Durant les 48 h précédant la rentrée le véhicule s'est scindé en au moins 26 morceaux.

Tous les incidents ci-dessus sont considérés comme des fragmentations dues au frottement de l'air et seront ainsi notés dans les futurs comptes-rendus de fragmentations de satellites par la NASA. De telles fragmentations sont probablement inévitables et déjà courantes pour des objets en descente sur des orbites très elliptiques. Heureusement, les conséquences sont extrêmement bénignes et passagères. Un possible avantage de ces fragmentations de pré-rentrée est la réduction de la quantité de matériaux qui peuvent survivre à la rentrée et atteindre la surface de la Terre.


Une autre conséquence mineure pourrait être la multiplication d'«ovnis» dans VSD, puisque les explications astronomiques, même évidentes,  y sont systématiquement ignorées !

Deux autres fragmentations de ce type, touchant justement des satellites Molniya, sont signalés dans l'ODQN d'avril 2001 :

Fragmentation de Molniya

Le second cas de fragmentation de l'année 2001 a été celui du véhicule Molniya 3-26, 1985-091A, 16112, lancé depuis le cosmodrome de Plesetsk le 3 octobre 1985 à 7 h 26 TU à bord d'un lanceur SL-6 (Molniya). Ce cas de fragmentation s'est produit le 21 février après approximativement 5620 jours en orbite. Deux paramètres orbitaux séparés ont été créés.

Les satellites de la série Molniya 3 sont des satellites de communication, dont la particularité est le type d'orbite qu'ils emploient et ont inauguré. Cet événement est le second de ce type depuis qu'ils existent
[la NASA a apparemment oublié son bulletin ODQN de 1998 !] Le véhicule Molniya 3-36 (1989-094A, 20338) s'est fragmenté dans des circonstances similaires le 19 mai 2000. Les deux subissaient une chute brutale à ce moment (c'est-à-dire que l'altitude du périgée était suffisamment faible pour que des forces aérodynamiques importantes se fassent sentir) provoquant probablement une ablation par la chaleur et en conséquence une fragmentation.

Robert Alessandri



Rubrique rentrées atmosphériques

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Ce texte a été lu fois depuis le 28/12/2003