Copinage au CNES pour sauver le SEPRA
(12/03/2004)

Depuis quelque temps, allez savoir pourquoi, certains scientifiques se posent des questions sur le sérieux du SEPRA (et de son directeur Jean-Jacques Velasco, ce qui revient un peu au même puisque le SEPRA est réduit depuis longtemps à son directeur) dans les domaines qu'il est censé expertiser : les rentrées atmosphériques et les «phénomènes rares atmosphériques».

Pour répondre à ces interrogations, l'ancien directeur général du CNES, Gérard Brachet, avait demandé en 2001 un audit sur les activités de ce service. C'est ce que le Figaro avait révélé le 20 novembre 2002... Selon cet article, l'audit avait été demandé «face à des pressions internes au CNES pour supprimer le SEPRA». Je ne serais d'ailleurs pas étonné que les suites du procès que m'a intenté M. Velasco pour avoir dénoncé sa totale incompétence en matière de rentrées atmosphériques y soit pour quelque chose...

Si on consulte le Petit Larousse, un audit est une «procédure de contrôle de la comptabilité et de la gestion d'une entreprise, et de l'exécution de ses objectifs». En clair, il s'agit de vérifier si une entreprise ou un service accomplit correctement sa mission.

En matière scientifique, il est courant qu'un service ou un chercheur sur lequel des doutes sont émis fasse l'objet d'un audit visant à évaluer son travail. Jean-Pierre Petit, par exemple, a fait l'objet d'un audit lorsqu'il a révélé avoir trouvé l'inspiration de presque toutes ses recherches dans des textes revendiquant une origine extraterrestre... En fait, il avait demandé lui-même cet audit pour mettre fin à la campagne de discrédit qui le touchait (l'audit dirigé par son directeur de section ayant été plutôt favorable, le discrédit s'était un peu calmé, mais les crédits n'étaient pas arrivés pour autant !) Il raconte cet épisode dans le Mystère des Ummites, annexe 2.

Bien évidemment, lorsqu'un audit est demandé sur un chercheur ou un service, on en confie la direction à une personne indépendante, spécialiste des problèmes étudiés mais pas directement impliquée dans les activités du service et ne faisant pas partie de l'entourage du chercheur... C'est une règle évidente de déontologie, qui semble aller de soi.

Mais quand il s'agit du SEPRA, le CNES semble oublier les règles de déontologie les plus évidentes... On a donc confié la direction de cet audit sur le Sepra, le service dirigé par Jean-Jacques Velasco, à François Louange...

François Louange est un expert en photographie, notamment en imagerie par satellite, directeur de la société Fleximage... Il n'y a rien à redire sur ses qualités professionnelles, mais pour la neutralité c'est autre chose... Louange a collaboré très tôt avec le GEPAN, l'ancêtre du SEPRA, puisqu'il a rédigé en mars 1983 sa note technique n°18 portant sur l'utilisation d'un réseau de diffraction pour la restitution des spectres photographiques des ovnis. L'idée d'équiper ainsi les appareils photo de tous les gendarmes avait été proposée dès 1976, à la création du GEPAN, par Claude Poher... On peut supposer que Jean-Jacques Velasco, qui était entré au GEPAN comme technicien supérieur en optique, y a aussi apporté sa contribution, et a donc très vite collaboré avec François Louange !

Une collaboration qui n'a jamais cessé : en 1997, Velasco et Louange étaient tous deux invités à présenter (ou plutôt à vanter) les travaux du SEPRA au congrès de Pocantico... En 1998, ils ont participé à un déjeuner-débat organisé au Fouquet's par le magazine VSD, dont on peut lire le compte-rendu dans son premier numéro hors-série Ovni (OVNI, les preuves scientifiques), sous le titre «Des scientifiques brisent le mur du silence» (le débat est abrégé; une version plus complète se trouve dans le livre de Bernard Thouanel Objets volants non identifiés; les autres participants étaient pour la plupart des membres ou des proches du groupe Cometa).

Les deux compères

Jean-Jacques velasco et François louange.
Photo (extrait) D.R., © G.S. Presse Communication


Voici comment Louange résume dans ce débat le congrès de Pocantico, organisé par Peter Sturrock :

«Il y a actuellement une réflexion menée par des scientifiques américains de très haut niveau. Ils ont fait la constatation très claire que le GEPAN et le SEPRA étaient des exemples, qualitativement, de ce qu'il aurait fallu faire et de ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire.» Évidemment, sur le papier, les cas étudiés par les «scientifiques du CNES», tels qu'ils étaient présentés aux Américains, étaient des modèles... Pourvu qu'on ne puisse pas vérifier les sources pour constater que la présentation de ces cas et des enquêtes était très enjolivée !

Le 29 mars 1999, j'avais moi-même écrit à François Louange pour lui demander d'expertiser dans le cadre du procès qui m'opposait à Velasco la photo que ce dernier présentait à la presse depuis des années comme un exemple de rentrée atmosphérique, avec des explications du plus haut ridicule, alors qu'il s'agissait à l'évidence des lumières clignotantes d'un avion :

Séries de points lumineux

Je connaissais pertinemment les liens que Louange entretenait avec Velasco et cette demande relevait presque de la provocation, mais il m'avait tout de même répondu... Après avoir rejeté ma demande en prétextant la réquisition presque totale de son équipe et de son matériel pour étudier les images satellites durant le conflit du Kosovo, il écrivait :

«Je regrette beaucoup qu'un conflit d'une telle importance ait pu surgir entre vous-même et Monsieur Velasco, que je connais bien depuis longtemps, et qui se bat avec un charisme extrême pour faire avancer la connaissance sur un sujet controversé, sous une pression permanente venant autant de l'intérieur de son agence que de l'extérieur».

Voilà donc à quelle personne neutre et indépendante le CNES  a confié l'audit sur le SEPRA : celui qui collabore depuis très longtemps avec son directeur, qui l'accompagne fidèlement dans toutes ses actions pour la promotion du SEPRA, et qui lui trouve «un charisme extrême» !

L'audit n'a pas été publié, mais il est dit dans le Figaro que parmi la trentaine de personnalités interrogées par François Louange, «pratiquement toutes ces personnalités estiment qu'il faut poursuivre l'activité du SEPRA», et lui donner plus de moyens. On ne dit presque rien de cette «trentaine de personnalités», si ce n'est qu'il s'agit de «scientifiques (parmi lesquelles Gérard Mégie, le président du CNRS, ou René Pellat, le haut-commissaire à l'énergie atomique [et ancien membre du comité scientifique du GEPAN !]), militaires de haut rang, députés et journalistes».

Gageons que parmi les scientifiques, on trouve aussi Jean-Claude Ribes, l'astronome très impliqué dans la recherche extraterrestre que l'on a vu souvent sur les plateaux de télévision en compagnie de Velasco, et dont ce dernier a largement vanté les idées... Mais pas Jean-Claude Pecker, astrophysicien membre de l'Académie des sciences qui a prévenu Gérard Brachet du manque de sérieux dont faisait preuve le SEPRA, ni bien sûr Jean-Pierre Petit qui a bien connu les rouages du GEPAN puis du SEPRA en raison de ses centres d'intérêt communs avec cet organisme.

Gageons aussi que parmi les «militaires de haut rang», on trouve essentiellement (sinon uniquement), les membres du groupe Cometa (auquel on doit le fameux «rapport confidentiel» publié par VSD «remis au Président de la république et au Premier Ministre» sans que l'un ou l'autre ne l'ait demandé, cette autre trouvaille de la bonne fée du SEPRA pour assurer sa promotion en ces temps difficiles.

Et gageons enfin que parmi les journalistes, on trouve Jean-Claude Bourret, qui a aimablement (mais sûrement pas gracieusement) servi de prête-nom pour assurer le succès commercial du livre de Jean-Jacques Velasco, et Bernard Thouanel, rédacteur en chef des numéros hors-série de VSD consacrés aux ovnis, pour qui le Sepra et sa caution scientifique officielle est une véritable vache à lait... Mais pas Robert Roussel, auteur du livre le plus complet et le plus objectif sur le GEPAN/SEPRA (OVNI, les vérités cachées de l'enquête officielle), ni Marie-Thérèse de Brosses, qui s'est aussi beaucoup impliquée dans l'étude des ovnis et a notamment été à l'origine des principales révélations sur la «vague belge»...

Bref, cet «audit» dans lequel François Louange demande que les moyens du SEPRA soient augmentés relève de la farce, et décrédibilise totalement le CNES... Il est vrai qu'il est d'après le Figaro «tombé aux oubliettes» après le changement de direction du CNES... Mais il n'empêche que ce «rapport Louange» a été transmis au CNRS, à l'Académie des sciences, à la gendarmerie ou encore à l'aviation civile, toujours pour faire la promotion de ce service de plus en plus contesté, et que la nouvelle direction ne l'a pas renié...

Monsieur Velasco a beaucoup de chance :

— il a un employeur très compréhensif qui lui permet de se présenter pendant quinze ans comme expert de stature internationale dans un domaine (les rentrées atmosphériques) auquel il ne connaît strictement rien;

— il jouit d'un titre d'ingénieur obtenu par «promotion interne» au CNES après une «thèse d'ingénieur-docteur» que personne n'a jamais vue (encore une violation caractérisée de la déontologie scientifique), et auquel il accorde lui-même si peu de considération qu'il préfère se prétendre diplômé d'une «école d'optique de Paris»... qui n'existe pas !

— lorsque des scientifiques commencent à se douter de quelque chose et demandent à ce qu'on fasse un audit sur les activités de son service, on confie sa direction à son plus proche collaborateur, celui qui l'accompagne dans toutes ses entreprises de promotion du SEPRA et lui trouve «un charisme extrême»;

— quand il est confronté à la justice, il trouve un allié pour le moins surprenant en la personne de l'avocat censé défendre les intérêts de son adversaire (je ne peux pas affirmer que c'est le cas à chaque fois, mais ça l'a été dans les deux seules affaires dont j'ai eu connaissance, et tout particulièrement la mienne);

— il est généralement bien considéré dans le monde de l'astronomie, en se présentant comme garant d'un minimum de sérieux dans l'étude des ovnis, alors même qu'il a écrit les pires âneries que l'on puisse imaginer en matière de rentrées atmosphériques et plus généralement d'astronomie;

— la plupart de ses «concurrents», les ufologues «amateurs», ne cessent de le défendre alors que lui-même ne cesse de les discréditer et les accusant de «polluer les traces», de «gêner le travail des scientifiques du CNES» et de «semer la confusion».

Oui, Monsieur Velasco a vraiment beaucoup de chance... Et moi, je n'ai vraiment pas de chance d'avoir découvert le manque total de connaissances de ce personnage dans le domaine dont il se prétend expert, et de ne pas avoir voulu me taire comme tous ces «ufologues» pour qui l'important est «qu'on fasse une bonne promotion des ovnis»... Et j'ai été naïf de croire que la justice pouvait être rendue honnêtement dans une affaire opposant un simple amateur sans le sou au représentant d'une institution prestigieuse telle que le CNES, jouissant de tout le soutien de celle-ci...

Robert Alessandri



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