Quinze ans d'âneries sur les rentrées atmosphériques


Je suis accusé, et pour l'instant condamné par un jugement qui viole de façon flagrante les articles de loi concernés, pour avoir écrit que M. Velasco, directeur du Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques au CNES, était une nullité absolue précisément dans le domaine des rentrées atmosphériques...

Il ne s'agissait aucunement d'une exagération, puisque CHACUNE de ses interventions dans ce domaine a révélé chez lui une totale ignorance des notions les plus élémentaires... Et si quelqu'un peut montrer que je me trompe en une seule occasion, que M. Velasco a fait preuve de la moindre connaissance dans le domaine dont il se présente comme expert depuis maintenant quinze ans, alors je reconnaîtrai que le terme de «nullité absolue» était exagéré et que je mérite d'être condamné (du moins s'il s'agit d'une intervention antérieure à 1997, date de parution de l'article qui me vaut ces poursuites... Je n'ai pas l'impression que Velasco ait fait beaucoup de progrès depuis, mais si c'était le cas j'y serais sans doute pour quelque chose) !

Voici donc une liste chronologique de toutes les déclarations publiques de M. Velasco en matière de rentrées atmosphériques, avec la mise en évidence de toutes ses erreurs... Cette liste se veut exhaustive, et j'ai recherché dans les archives de notre association I.N.H. Évidence tout ce que j'ai trouvé sur le sujet... Mais nous n'avons forcément pas tout, surtout s'agissant d'un personnage qui consacre un tiers de son temps de «travail» «à ses interventions publiques et médiatiques» (et autant à l'étude des rentrées atmosphériques, c'est ce qu'il a dit en 1998). Donc, si vous trouvez des documents qui me manquent (interviews, articles de presse, passages à la radio ou à la télévision...) dans lesquels le chef du SEPRA s'est exprimé au sujet de rentrées atmosphériques ou de météores, merci de me les faire parvenir, je mettrai à jour cet article en mentionnant la date des ajouts et la personne qui me les aura signalés... Et pardon si tout ça est quelquefois un peu répétitif, mais ça n'est pas ma faute si Velasco répète imperturbablement les mêmes erreurs pendant des années !

25 novembre 1988 : Annonce de la création du SEPRA
5 novembre 1990 : Première rentrée atmosphérique... Déjà une de trop !
10 novembre 1990 : Le SEPRA identifie la rentrée atmosphérique
21 novembre 1990 : Photos exclusives de la rentrée
27 novembre 1990 : LE rapport d'expertise du SEPRA
Juillet 1991 : Interview dans Phénomèna
11 mars 1992 : Cette fois, c'était un météore !
Avril 1992 : La plaquette d'information du SEPRA
Avril 1992 : Le SEPRA dans Ciel & Espace
Mai 1992 : Et dans la Revue du Palais de la Découverte
Septembre 92 : Et dans Sciences & Avenir
31 mars 1993 : La rentrée du premier avril ?
Mai 1993 : Le livre censé faire avancer la science
Décembre 1993 : Interview dans Ovni-Présence
Décembre 1993 : On en parle dans Mystères
5 novembre 1996 : Vu sur Arte
13 février 1997 : Encore les photos dans Paris-Match
Mars 1998 : Lettre ouverte dans Science Frontières
1998 : Interview dans Facteur X
Mai 1998 : Article dans Inforespace
Juin 1998 : Interview dans Phénomèna
19 juillet 1998 : Interview dans Nord-Éclair
Juillet 1998 : Le numéro spécial de VSD
8 octobre 1998 : Velasco répond au Cercle zététique
Janvier 1999 : À la maison dans CNES Magazine
8 février 2003 : Un morceau de navette à Tibiran-Jaunac ?


25 novembre 1988 : Annonce de la création du SEPRA


C'est ce jour-là que le CNES a émis un communiqué annonçant la création du Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques, lequel serait chargé :

— du suivi des objets satellisés rentrant dans l'atmosphère;

— du recueil et du pré-traitement des informations concernant les phénomènes aérospatiaux non identifiés.

Le SEPRA reprenait donc en grande partie les activités du GEPAN (Groupe d'étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés) concernant les ovnis, en y ajoutant l'expertise des rentrées atmosphériques, dont l'importance était prioritaire comme le nom du nouvel organisme l'indiquait bien...

Dans ce dernier domaine, les activités du SEPRA devaient être :

— Sélection des objets satellisés et suivi en fonction des critères définis par la Direction du Centre Spatial de Toulouse pour la détermination du créneau de rentrée de ces objets.

— Mise en place de procédures de coordination et des moyens lors de rentrées particulières (type SKYLAB, COSMOS 1900, etc).

J'ignore comment le SEPRA a pu s'acquitter de ces tâches alors que nous verrons qu'il s'est toujours montré incapable de calculer une trajectoire de satellite !


5 novembre 1990 : Première rentrée atmosphérique... Déjà une de trop !


Le soir du 5 novembre 1990, c'était la tuile pour le SEPRA : une rentrée atmosphérique très spectaculaire ! Les rares passionnés de ce phénomène reconnaissaient immédiatement le phénomène comme tel, notamment le spécialiste français incontesté Pierre Neirinck qui faxait la nuit-même à ses correspondants, aux journaux et au SEPRA le communiqué suivant :

L'intrigante procession de lumières multicolores observée à 19h au-dessus de l'Europe occidentale était caractéristique de la désintégration d'un satellite artificiel.

[...] la vitesse angulaire était voisine de celle que j'ai observée lors de la dizaine de désintégrations suivies depuis 1960, soit 5 degrés par seconde.

Il est facile de différencier un satellite en désintégration d'un bolide : Le satellite traverse le ciel en un peu plus d'une minute, le bolide ne met que 2 à 20 sec et a rarement une trajectoire complète.

Les diverses couleurs observées par le public s'expliquent par la variété des matériaux dont est composé le satellite.

Le lendemain dans Le Soir, le journaliste Jean-Claude Bourret déclarait, sans doute après avoir lu le communiqué de Neirinck :

J'ai eu de nombreux témoignages ce matin. Le phénomène a été observé par des milliers de gens à travers l'Europe, en France, en Italie, en Grande-Bretagne...

D'après ce que nous savons il ne fait aucun doute qu'il s'agit des retombées d'un satellite. Nous avons établi une trajectoire très précise, la vitesse était uniforme, pas de virage, pas d'arrêt brusque, autant de constatations qui correspondent en tout point à l'arrivée dans l'atmosphère d'un satellite ce qui ne peut être décelé par les radars. C'est spectaculaire et cela frappe l'imagination des gens.

Qu'allait donc dire, de son côté, l'expert officiel du CNES en matière de rentrées atmosphériques, lui qui bénéficie d'informations privilégiées puiqu'il reçoit tous les procès-verbaux de gendarmerie relatifs à des phénomènes aériens (et en interdit l'accès aux ufologues aussi bien qu'aux experts en rentrées atmosphériques tels que Pierre Neirinck) et a accès en temps réel aux éléments orbitaux des satellites diffusés par le NORAD (Neirinck les recevait pour sa part par la poste) ?

Le 6 novembre, il annonçait dans un communiqué repris par de nombreux journaux du lendemain :

Au stade actuel des premières investigations, il n'est pas possible de se prononcer sur l'origine exacte de cet événement. Des vérifications seront effectuées par l'intermédiaire de la NASA sur les rentrées éventuelles de satellites dans l'atmosphère ainsi que les retombées naturelles ou autres objets divers, comme les ballons lancés par le CNES ou météorologiques.

Et il invitait les témoins à lui fournir des indications sur leurs observations par l'intermédiaire des organismes publics (gendarmerie nationale, police nationale, services de météorologie, aviations civile et militaire), afin d'évaluer la nature de ce phénomène.

Il donnait beaucoup plus d'explications dans le journal de sa région, La Dépêche du Midi :

Jamais nous n'avions recueilli autant de témoignages depuis que je suis ce type de dossiers.

[...]

Les informations nous parviennent de toute la France, sauf de la région marseillaise. Dans notre secteur, ils sont essentiellement localisés au nord de la Garonne
[à se rappeler].

[...]

En général, les témoignages concordent bien sur la durée : plusieurs minutes, ce qui est étonnamment long, en tout cas très inhabituel. Par contre, il nous est plus difficile d'établir la trajectoire de l'objet, un élément d'enquête essentiel.

Au sujet de l'hypothèse d'une météorite avancée par l'observatoire de Munich, il déclarait :

À l'heure actuelle, nous ne pouvons privilégier aucune hypothèse. Mais le trajet parallèle au sol décrit par les pilotes me paraît bizarre, il ressemble plutôt à celui d'un ou plusieurs avions ou engins propulsés [la trajectoire d'une rentrée atmosphérique est pratiquement parallèle au sol, puisque la perte d'altitude de 100 km se fait en plusieurs milliers de kilomètres; en ce qui concerne les météores, cela dépend de l'angle d'incidence de la rentrée dans l'atmosphère, qui peut avoir n'importe quelle valeur; il est donc rare que la trajectoire soit parallèle au sol, mais cela arrive et on parle alors de «météore lent»)].

Nos confrères allemands disposent d'un réseau de caméras spécial et je regrette encore une fois que la France n'en soit pas équipée alors qu'elle possède les meilleurs spécialistes mondiaux des météorites
[de tels réseaux de caméras n'ont pas pour but d'étudier les météorites, les pierres tombées du ciel qui parviennent au sol, mais les météores, les traces de celles qui se consument dans l'atmosphère et qui sont souvent des débris de comètes]. En tout cas, j'engage tous ceux qui ont vu quelque chose, lundi, à 19 h 02, à se manifester auprès de leur gendarmerie ou de leur commissariat.

Leurs observations seront prises en considération.


Le magazine Libération du même jour rapportait de son côté :

Jean-Jacques Velasco n'élimine pour l'instant aucune des hypothèses habituelles, après ce renre d'observations : «Rentrée atmosphérique naturelle (une météorite) ou artificielle (un satellite), traversée par l'espace aérien d'aéronefs, phénomènes naturels (par exemple atmosphériques) spécifiques [il faudra que Velasco nous explique à quel «phénomène naturel atmosphérique spécifique» il pensait, puisqu'il est maintenant expert en «phénomènes rares atmosphériques»]...» Pour cet organisme, le seul du genre en France, l'analyse ne fait que commencer.

Dans un quotidien dont je n'ai pas la référence, on trouvait aussi :

Les spécialistes excluent l'hypothèse d'une hallucination collective. Sans pour autant expliquer le phénomène, «tout à fait exceptionnel», souligne M. Jean-Jacques Velasco, directeur du service d'expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique (SEPRA) du Centre national d'études spatiales (CNES). Exceptionnel par sa durée — plusieurs minutes, alors que les rentrées de corps dans l'atmosphère n'excèdent jamais quelques dizaines de secondes [c'est faux, nous en reparlerons], — mais aussi par sa nature : les témoignages concordent à décrire une boule incandescente située à l'intérieur, voire à l'arrière d'un triangle lumineux, alors que la chute d'objets célestes se traduit généralement par des points lumineux situés à l'arrière de la traînée de feu [l'aspect d'une rentrée est en fait très variable, et l'ensemble de débris peut s'étendre assez largement en hauteur, et pas seulement en longueur; dans ce cas particulier, il s'était aussi étendu en largeur en raison d'une explosion initiale, ce que Velasco n'a jamais compris]. Débris de satellites brûlant ? Ballons stratosphériques ? Explosion d'une météorite ? «A l'heure actuelle, il n'est pas possible de se prononcer», affirment les spécialistes français [Pierre Neirinck s'était prononcé 24 h plus tôt, et il avait trouvé que cette rentrée était tout à fait caractéristique !].

Mais c'est dans Le Figaro que Velasco s'est le plus exprimé :

Le très sérieux Service d'expertise pour les retombées atmosphériques (SEPRA) [ne vous moquez pas de cette traduction fantaisiste par Le Figaro, le quotidien ne l'ayant pas inventée : on retrouve exactement la même sous la signature de Jack Muller, directeur de l'établissement de Toulouse, dans la lettre qui sera adressée plus tard aux témoins... Il semble qu'au CNES, on n'ait jamais vraiment su la signification exacte du sigle, et ça a encore empiré depuis qu'elle a été changée !] du Centre national d'études spatiales, basé à Toulouse, a donc été chargé d'élucider cette affaire, considérée, par les spécialistes des phénomènes aérospatiaux inexpliqués, comme une des plus spectaculaires survenues ces dernières années chez nous : «Aussi bien en raison de l'ampleur des observations que par la qualité des personnes, pilotes, gendarmes, militaires, qui ont vu ces objets, et que par la concordance des descriptions, c'est sans doute l'affaire la plus troublante à laquelle on n'a jamais été confrontés» [mais lors de l'audience de mon procès en Appel, son avocat n'a pas hésité à dire au juge que le phénomène du 5 novembre 1990 n'était qu'un vieux cas noyé parmi les 2500 étudiés par le SEPRA (Velasco aurait donc étudié 2500 rentrées atmosphériques en douze ans ?), que je voulais monter en épingle pour provoquer la disparition du SEPRA !], n'hésite pas à déclarer Jean-Jacques Velasco, responsable des enquêtes du SEPRA [il était responsable des enquêtes au GEPAN avant d'en devenir le directeur, et il a toujours été directeur et surtout unique porte-parole du SEPRA], qui souligne que cette mystérieuse visite ne s'est pas limitée à la France lundi soir : des ovni ont également été vus à Londres, ainsi que dans le nord de l'Italie, où les pilotes d'avions appartenant à plusieurs compagnies aériennes (Alitalia, Swissair et Lufthansa) ont affirmé avoir vu vers 20 heures, soit peu après les phénomènes observés chez nous [en fait pratiquement en même temps, et je ne sais pas où Velasco est allé pêcher ces «20 h»...], d'étranges lumières sillonnant le ciel d'ouest en est, alors qu'ils étaient en vol.

De là à conclure formellement qu'une étrange et peut-être inquiétante formation d'aéronefs a survolé l'Europe occidentale du nord-ouest au sud-est ce soir-là
[on trouve ici l'origine de ses déclarations un peu plus bas concernant une «inversion de trajectoire» : puisque le phénomène a été observé en Angleterre et en Italie (et censément une heure plus tard !), c'est qu'il se déplaçait du nord-ouest au sud-est !], il n'y a qu'un pas, que Jean-Jacques Velasco, avec une prudence et une rigueur toute scientifique, se refuse toutefois à franchir hâtivement [il s'agissait plutôt d'une méconnaissance totale des phénomènes dont il est censé être expert, puisque celui du 5 novembre 90 en était un représentant tout à fait typique reconnu immédiatement comme tel par les véritables experts qui disposaient pourtant de moins d'informations que lui]. Pour lui, avant d'admettre sinon l'existence des extra-terrestres mais du moins d'une manifestation véritablement inexplicable par les moyens scientifiques actuels, la procédure d'expertise qui a démarré hier va prendre du temps : extrêmement minutieuse, elle demandera sans doute des semaines de travail [à comparer aux quelques heures qui ont suffi à Pierre Neirinck pour conclure !].

Dans un premier temps, le Sepra va collecter l'ensemble des témoignages, et les faire passer à la «moulinette» constituée par un ordinateur qui en dégagera infailliblement tous les points communs que les enquêteurs auraient pu laisser passer. Le «portrait-robot» ainsi obtenu de l'apparition de lundi soir sera ensuite confronté aux précédentes affaires dont les données ont été engrangées dans ce que les spécialistes appellent un «système expert»
[il faut croire que le niveau d'expertise de ce système est à la hauteur de celui du directeur du SEPRA !] : fruit du travail de compilation mené depuis maintenant plus de dix ans sous l'égide du Cnes [ils n'ont pas dû travailler beaucoup !], il s'agit d'un système informatisé qui comparera automatiquement les grands traits dégagés de cette affaire à ceux des précédentes apparitions, pour tenter de dégager une quelconque similitude qui permettrait d'expliquer de quoi il s'agissait, ou au moins d'orienter l'enquête [notons que le trait principal de cette affaire était la multitude de témoignages simultanés répartis sur une part étendue du territoire... Un phénomène semblable étudié par le GEPAN s'était produit le 25 décembre 1980 vers 22 h, il y avait effectivement beaucoup de similitudes avec celui du 5 novembre 1990, et il s'agissait aussi d'une rentrée atmosphérique, celle de l'étage de fusée 75-62B... Le GEPAN d'avant Velasco avait alors communiqué 53 témoignages reçus par les gendarmeries à Pierre Neirinck aussi bien qu'à des ufologues].

Avant même le début de ce grand brassage informatique, Jean-Jacques Velasco se montre circonspect : «L'hypothèse la plus plausible, qui serait d'attribuer cette affaire à la rentrée d'un satellite dans l'atmosphère, ou à la chute d'un météorite sera sans doute difficile à confirmer», annonce-t-il, soulignant que l'inversion de la trajectoire, d'abord du sud-ouest vers le nord-est, puis brutalement, du nord-ouest vers le sud-est, ne se prête pas à ce genre de phénomène
[...].

On ne trouve pas trace d'une telle «inversion de trajectoire» parmi les centaines de témoignages recueillis par les ufologues : la grande majorité des témoins indiquent un «cap» compris entre nord-est et est, avec bien sûr quelques cas «anormaux» s'expliquant pour la plupart par des erreurs, de moins en moins nombreux à mesure qu'ils s'éloignent de ce cap moyen : voici une statistique que j'ai établie à partir de 430 cas recueillis par Franck Marie :

Courbe en cloche

Continuons ce long article du Figaro :

Les experts attendent maintenant les informations que devraient fournir d'ici à quelques jours les services de l'US-Spacecom, la commission militaire américaine dont les services suivent en permanence les satellites évoluant autour de la Terre, et auxquels la chute de l'un d'eux n'aurait pas pu échapper.

Des avions «invisibles» ?


Une autre possibilité va être prioritairement examinée par les équipes du Sepra, même si elle ne paraît pas non plus satisfaisante. Les ovnis de lundi soir pourraient traduire le passage d'une patrouille aérienne secrète, du genre de celle qui, selon certains, aurait déjà été à l'origine de la vague d'ovnis observés à plusieurs reprises depuis un an en Belgique : des patrouilles de l'US-Air Force s'entraînant dans le cadre de l'Otan aux missions de nuit avec des F 117, les fameux chasseurs «invisibles» conçus pour ne pas réfléchir les ondes radars.

Là encore, toutefois, le Sepra reste prudent : d'une part, les spécialistes estiment difficile de croire que l'US-Air Force fasse ainsi voler ses appareils sur des territoires où elle n'a rien à faire. «En outre, même invisible, un chasseur furtif fait du bruit. Or comme cela avait déjà été le cas en Belgique, les témoignages recueillis lundi soir ne signalent aucune manifestation sonore accomagnant les lumières observées», assure Jean-Jacques Velasco
[l'absence de bruit n'était certainement pas l'élément le plus convaincant contre cette hypothèse : il s'agissait plutôt de l'étendue du territoire couvert pas les témoignages, indiquant un phénomène à très haute altitude, et leur quasi-simultanéité (même un avion supersonique volant à Mach 3, quatre fois plus vite que les F-117, mettrait vingt minutes pour traverser la France)].

De son côté, le journaliste scientifique bien connu Pierre Kohler écrivait dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, après avoir interrogé Velasco :

Ce phénomène lumineux n'est pas aussi simple qu'on a pu le penser à première vue. Trois points déroutent les enquêteurs du CNES :

1) La durée des observations atteint plusieurs minutes et souvent plus de deux minutes. Or une rentrée atmosphérique (satellite ou météorite) dure toujours moins d'une minute
[c'est totalement faux, la rentrée d'un satellite traverse le ciel d'un horizon à l'autre en plus de quatre minutes, et même les météores peuvent dans des cas très exceptionnels être observés pendant plus de deux minutes].

2) Les témoignages précis des pilotes professionnels indiquent une trajectoire non pas descendante, mais montante
[ils indiquaient en fait généralement une trajectoire pratiquement parallèle au sol, parfaitement typique d'une rentrée de satellite].

3) Le portrait-robot du phénomène se ramène à des triangles sombres avec un point lumineux au centre, ou positionné vers l'arrière, ce qui n'est pas sans rappeler les mystérieuses observations effectuées en Belgique voici un an
[la similitude était en fait très vague pour la grande majorité des témoignages].

Le 7 novembre, Velasco hésitait encore, comme on pouvait lire dans Le Progrès du 8 :

Pour l'heure, au SEPRA, on indique «ne pas avoir le droit de livrer des conclusions en l'état actuel des investigations». Et deux axes de travail ont été définis. L'un consistera à obtenir «un signalement toujours plus précis» de l'OVNI (?) distingué dans la nuit du 5 novembre; à déterminer aussi sa trajectoire. Seconde piste d'investigations, on procédera à la confrontation de tous les éléments recueillis avec les informations en possession de l'ensemble des Observatoires internationaux. En attendant, les scientifiques ne cessaient, hier encore, de souligner «la cohérence» et «l'homogénéité» de la noria de témoignages enregistrés jusqu'à présent [l'«inversion de trajectoire» était donc pure invention ?].

Le matin du 8 novembre, Velasco recevait de deux sources différentes (un télex de la NASA et un fax de Pierre Neirinck) l'identification de l'étage de fusée responsable du phénomène, avec des indications permettant à n'importe quel amateur de satellites de calculer la trajectoire au-dessus de la France (vérifiez-le par vous-même).

Mais à 13 h, il était invité au journal télévisé de TF1, où il allait déjà démontrer sa méconnaissance TOTALE des rentrées atmosphériques... Voici la transcription précise de son interview :

TF1 : C'est une véritable marée de témoignages qui arrive au CNES ! Témoignages très sérieux et qui tous concordent ?

JJV : La véritable difficulté, dans ce genre de témoignage qui nous est rapporté sur des phénomènes de cette nature, c'est de pouvoir préciser la trajectoire et l'amplitude de ce phénomène. Un axe semble ressortir ouest-est [en fait, comme vous l'avez vu dans notre statistique, et comme la trajectoire du phénomène incriminé le confirme, c'était plutôt ouest-sud-ouest/est-nord-est, si bien que l'on avait à peu près autant de témoignages indiquant un cap vers l'est que vers le nord-est]; il s'agirait d'un axe qui partirait de la région de Nantes à peu près jusqu'à l'Alsace [notez bien cette mention de Nantes qui serait suggérée par les témoignages : Nantes se trouvant à quelque 180 km au nord de la trajectoire réelle de l'étage de fusée, l'erreur était pardonnable pour un constat fait moins de deux jours après la mise en place de l'étude... Mais ça nous éclairera sur les prochaines indications concernant la trajectoire]. Mais ce phénomène a aussi été observé dans le sud-ouest, direction nord-nord-ouest et cela peut vouloir dire aussi que le phénomène était en très haute altitude et qu'il était en conséquence, relativement de très grande dimension [cela ne PEUT PAS VOULOIR DIRE, cela VEUT DIRE ! L'étendue du territoire d'où provenaient les témoignages, et sa division très nette en deux parties d'où les témoins voyaient respectivement l'objet passer au nord et au sud, indiquaient sans l'ombre d'un doute qu'il s'agissait d'un phénomène passant à très haute altitude, et donc de très grande dimension].

TF1 : Impossible pour l'instant d'avancer des explications, mais l'ampleur du phénomène semble écarter une météorite. Quant à une rentrée de satellite, un télex de la Nasa est arrivé ce matin ?

JJV : Il semblerait qu'il y ait un satellite qui soit en phase de rentrée, donc, dans la période qui concerne le temps d'observation, mais nous ne pouvons pas pour l'instant affirmer quoi que ce soit à ce sujet.

TF1 : Mais un satellite ne suffirait pas à lui tout seul à expliquer le phénomène ?

JJV : Non, il ne pourrait pas à lui seul expliquer le phénomène, il pourrait tout au plus expliquer pendant quelques secondes, donc, expliquer une forte lueur, mais il ne pourrait pas expliquer la longue durée de l'observation, qui a duré plusieurs minutes [c'est donc l'expert officiel du CNES en matière de rentrées atmosphériques qui nous dit qu'un tel phénomène ne dure que quelques secondes, alors que tous ceux qui connaissent un peu ces phénomènes savent qu'il traverse le ciel en plus de quatre minutes (pour les témoins qui ont la chance de bénéficier d'un horizon dégagé des deux côtés) et que cela se calcule de façon élémentaire (voir notre texte sur la durée des rentrées atmosphériques)... Rappelons que Pierre Neirinck précisait dans son télex adressé notamment à Velasco que la durée d'observation typique d'un tel phénomène était d'un peu plus d'une minute. Il est évident qu'il s'agit là d'une des notions les plus basiques en matière de rentrées atmosphériques, et elle était totalement ignorée de «l'expert» du CNES !].


10 novembre 1990 : Le SEPRA identifie la rentrée atmosphérique


Malgré ce rejet de l'explication par une rentrée atmosphérique le 8 novembre, le SEPRA annonçait dès le lendemain que le phénomène était expliqué, dans une dépêche AFP qui allait être reprise par tous les journaux du 10 novembre :

Les phénomènes lumineux observés dans la soirée du 5 novembre en france ont été identifiés comme la désintégration de morceaux d'une fusée soviétique lors de sa rentrée dans l'atmosphère, à partir de données fournies par l'U.S. Space Com. américain. Les morceaux de cette fusée, qui avait servi au lancement d'un satellite de télécommunication Gorizont 21 le 3 octobre [c'était en fait le 3 novembre, et l'erreur était copiée sur le fax de Pierre Neirinck, qui s'en était rendu compte après avoir envoyé les premiers exemplaires et l'avait corrigée immédiatement... Velasco avait donc bien reçu ce fax !] et qui portait le numéro 20925.1990094C [ne connaissant rien à la classification des objets satellisés, il additionne les deux systèmes qui font double emploi, et qui étaient tous deux signalés dans le télex de la NASA : le numéro de classification par le NORAD (20925e satellite répertorié par cet organisme), et la désignation internationale (objet "C" du 94e lancement réussi de l'année 1990)], sont entrés dans l'atmosphère à 18h00 T.U., soit 19h00 heure de Paris [c'était aussi indiqué en clair dans le fax de Pierre Neirinck], selon une trajectoire allant de Pau à Strasbourg, a indiqué le SEPRA.

Rappelons que dans un premier temps Velasco avait indiqué que les témoignages suggéraient une trajectoire passant approximativement par Nantes, à plus de 400 km au nord de Pau ! Et il avait aussi indiqué que depuis sa région, la plupart des témoignages provenaient du nord de la Garonne, alors que Pau se trouve très au sud ! Enfin, Pierre Neirinck avait indiqué dans son télex que l'engin avait suvolé le Golfe de Gascogne, ce qui est incompatible avec une trajectoire Pau-Strasbourg... Velasco avait donc bien des raisons de douter de la trajectoire qu'il annonçait, mais il faut croire qu'il était parfaitement sûr de son calcul ! Les méthodes permettant de reconstituer la trajectoire, soit à partir des données du télex de la NASA, soit à partir de celles du fax de Pierre Neirinck, sont nombreuses comme je l'ai montré... Et vous pouvez aussi vous essayer au calcul à partir des éléments orbitaux de l'objet, dont Velasco aurait pu disposer le jour-même de la rentrée s'il avait eu quelques connaissances dans le domaine des rentrées atmosphériques. Toutes ces méthodes donnent invariablement une trajectoire approximative Royan/Strasbourg, qui passe à 250 km au nord de Pau ! Neirinck avait d'ailleurs ajouté dans la traduction en anglais de son fax du 8 novembre la trajectoire en clair : Royan-Nuremberg... Il fallait penser à le lire !

Le quotidien la Charente libre se distinguait en apportant d'autres précisions émanant du CNES, et commentait ainsi le communiqué du SEPRA :

Le service arrive à une telle précision grâce à des informations fournies par la Nasa américaine qui concordent avec la trajectoire et l'heure de passage mentionnées par les milliers de témoins [quelle précision dans la «concordance», en effet !]. Le troisième étage est en effet entré dans les couches denses atmosphériques à 19h (heure de Paris) et a suivi un axe sud-ouest nord-est traversant la France entière [ça correspond bien à la trajectoire Pau-Strasbourg annoncée par le SEPRA, et le quotidien le Matin avait d'ailleurs complété quelque peu le communiqué du SEPRA pour écrire : «... selon une trajectoire traversant la France en diagonale, du sud-ouest au nord-est, de Pau à Strasbourg.»].

Puis venaient des précisions apportées non pas par Jean-Jacques Velasco, mais par un certain Thierry Fayard :

«Les rentrées d'objets dans l'atmosphère sont courantes mais il est très rare qu'elles soient si bien observées par tant de monde», remarque Thierry Fayard, scientifique du CNES à Toulouse. «Cela est dû à une météo excellente avec un ciel dégagé et un brusque refroidissement qui a permis d'avoir une meilleure vision du phénomène.» [Cela figurait aussi dans la dépêche du SEPRA.]

Selon le SEPRA, le troisième étage de fusée, constitué d'un moteur et d'un réservoir, d'une hauteur de 10 à 15 m et pesant quelques tonnes [on retrouvera à peu près les mêmes indications dans le rapport final du SEPRA], s'est détruit lentement en une minute environ. La plupart des témoins ont vu la totalité du phénomène [on tretrouve ici le temps maximum d'une minute attribué par Velasco aux rentrées atmosphériques, d'autant plus absurde qu'à la vitesse de satellisation, l'objet devait mettre plus de deux minutes pour traverser la France en diagonale ! La rentrée d'un gros satellite ou étage de fusée dure généralement de cinq à dix minutes, si bien qu'aucun témoin ne peut obserrver la totalité du phénomène].

Et au sujet de l'impression de proximité ressentie par la plupart des témoins, Thierry Fayard indiquait :

«C'est un problème de psychologie de la perception. Certains scientifiques du CNES qui ont vu le phénomène ont également partagé ce sentiment de proximité. Mais la nuit, il est toujours difficile d'évaluer une distance réelle dans le ciel en l'absence de tout repère objectif [en fait, à partir d'une centaine de mètres, c'est toujours impossible, de nuit comme de jour, et il ne s'agit pas d'un «problème de psychologie de la perception» mais d'une limite physiologique de la vision humaine; notons que Velasco dira pratiquement la même phrase plus tard à propos de la rentrée atmosphérique du 31 mars 1993 : «lorsque les gens regardent le ciel, la nuit venue, ils n'ont plus aucune référence. Ils prennent les kilomètres pour des mètres, ou inversement»]. Dans le cas présent, le phénomène a dû se dérouler à plus de 100 km d'altitude. Mais les morceaux du troisième étage du lanceur distants de plusieurs kilomètres les uns des autres ont donné cette impression d'objet proche.» [Velasco parlera lui aussi plus tard de «morceaux distants de plusieurs kilomètres»... Il est en fait courant que les débris s'étendent sur une centaine de kilomètres dans le sens de la trajectoire, et ça devait être à peu près la dimension atteinte par cette rentrée-là.]

Ainsi, Velasco n'est pas le seul au CNES à avoir dit des sottises, mais il en a dit beaucoup plus que ce Thierry Fayard dont on ignore la fonction et le domaine de compétence. On ne sait pas lequel des deux a répété ce que l'autre lui avait dit, si bien que Velasco n'est peut-être pas l'inventeur de toutes les âneries des communiqués du SEPRA... Il se peut aussi qu'il se soit fié aux déclarations d'astronomes pas très au fait des rentrées atmosphériques (phénomènes qui ne concernent pas vraiment l'astronomie)... Mais quoi qu'il en soit, c'était lui qui se présentait comme l'expert «officiel» dans ce domaine particulier, qui se faisait inviter dans tous les médias pour en parler, et qui rédigeait tous les communiqués du SEPRA... C'était donc à lui d'en savoir un minimum et de se renseigner sérieusement auprès de personnes compétentes.


21 novembre 1990 : Photos exclusives de la rentrée


Deux semaines après le phénomène, le magazine Paris-Match publiait ces deux photographies prises à Gennevilliers le soir de la rentrée par un photographe de l'agence Magnum, Philippe Ughetto :

Lumière clignotante d'un hélicoptère

Lumières clignotantes d'un avion

L'heure des prises de vue était indiquée à la seconde près : 18h44'28" pour la première, 18h44'40" pour la seconde (ce qui excluait déjà qu'il s'agisse de la rentrée atmosphérique, laquelle passait plus d'un quart d'heure plus tard !)

Le magazine titrait : «Pour nos savants, ces clichés confirment la thèse de la fusée soviétique», et publiait le commentaire «éclairé» du chef du SEPRA : Sur ces photos, exceptionnel outil d'étude, ajoute Jean-Jacques Velasco, les couleurs correspondent aux différences de densité des métaux et à leur température de fusion. La couleur rouge : 1500 degrés; la blanche : 3000. Les clignotements viennent du fait que l'épave de l'espace tournait sur elle-même.

L'explication est du plus haut ridicule : elle suppose que des morceaux différents de la fusée tournaient à la même vitesse, et s'échauffaient fugitivement à 3000°C au cours de leur rotation pour refroidir instantanément ! Du reste, 3000°C c'est à peine plus que la température du filament des lampes à incandescence, dont la couleur émise, visible sur les fenêtres des immeubles éclairées, est franchement jaunâtre (quelques fenêtres donnent vraiment une lumière blanche, trahissant un un éclairage par des tubes fluorescents, dont la température équivalente est proche de celle du Soleil, soit plus de 5000°C). Les lumières clignotantes blanches apparaissant vraiment blanches sur la deuxième photo, elles correspondraient à une température de l'ordre de 5000°C, plus que ne pourrait en supporter n'importe quel matériau. Quant aux lumières rouges sur la première photo, elles sont trop vives pour correspondre à un rayonnement calorifique, il ne peut s'agir que d'une lumière filtrée.

Voici pour information les couleurs correspondant respectivement à 1500, 3000 et 5000 degrés Celsius :

orange, jaune, blanc

En réalité, tous les astrophotographes amateurs reconnaissaient dans ces traînées des photographies des lumières fixes ou clignotantes d'avions avec une pose de quelques secondes ! Nombreux ont été ceux qui l'ont signalé à Velasco, à commencer par le sociologue passionné d'ovnis Pierre Lagrange... D'après ce dernier, le photographe lui-même lui a déclaré au téléphone avoir toujours été persuadé qu'il s'agissait d'avions, dont un lui avait simplement paru bizarre.

Et nous verrons que Velasco, qui a interrogé le photographe, a toujours maintenu (au moins huit ans plus tard !) que ces photos représentaient bien la rentrée atmosphérique... C'est d'ailleurs lui-même qui a communiqué ces photos à la presse, à plusieurs occasions, comme illustrations du phénomène du 5 novembre 90 !

Pierre Neirinck m'a aimablement fait parvenir cette photo (extrait) de lumières clignotantes d'un avion (à droite, pas très visibles et espacées : l'avion volait haut et vite) qui s'était «invité» alors qu'il photographiait la station spatiale Mir (la traînée à gauche).

Lumières avion + Mir

Le commentaire suivant l'accompagnait, concernant les photos «authentifiées» par Velasco :

«Confondre la traînée photographique d'un avion clignotant avec une fusée qui se désintègre est un peu gros. Ne pas reconnaître cette erreur n'est pas le fait d'un scientifique.»

Voici pour terminer un extrait d'une vidéo de la rentrée atmosphérique prise à Colmar, qui a aussi été envoyée à Velasco et qui montre l'aspect (tout à fait typique) de cette rentrée atmosphérique : il faut avoir beaucoup d'imagination pour penser que les photos parues dans Paris-Match représentaient le même phénomène !

5 lumières dont une avec traînée


27 novembre 1990 : LE rapport d'expertise du SEPRA


Trois semaines après l'événement, Velasco envoyait à la presse et aux témoins son rapport final de cinq pages sur cette rentrée atmosphérique, sous forme de questions/réponses... Il s'agit là du seul document pouvant par sa longueur être qualifié d'«expertise» qu'ait jamais fourni le Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques en douze ans d'«activité»... Et nous allons voir qu'il s'agit aussi du pire tissu d'inepties que Velasco ait jamais écrit ! En voici donc la transcription intégrale, accompagnée du pointage de toutes les erreurs (c'est un peu long... à cause des erreurs !) :


LES RETOMBÉES DU 5 NOVEMBRE 1990


— Pourquoi s'agit-il d'une retombée d'objet satellisé ?

Les caractéristiques de rentrées sont connues par des éléments tels que la vitesse angulaire voisine de 5°/seconde
[c'est le cas lors du passage au zénith et à 90 km d'altitude; en général la vitesse lors du passage au plus près sera un peu inférieure (témoin pouvant être loin de la trajectoire de survol, altitude supérieure sur une grande partie de la trajectoire); Velasco aurait pu indiquer aussi bien 3°/seconde, mais il s'est contenté de recopier Pierre Neirinck, qui avait écrit dans son premier fax : la vitesse angulaire était voisine de celle que j'ai observée lors de la dizaine de désintégrations suivies depuis 1960, soit 5 degrés par seconde].

À titre d'exemple une météorite rentre à des vélocités près de 10 fois supérieures [ça, c'est un ajout de son cru, c'est donc une sottise : la vitesse d'un satellite est de 28 000 km/h, et celle d'un météore est comprise entre 59 000 (voire même un peu moins) et 260 000 km/h (voir pour les explications mon texte sur la durée des rentrées atmosphériques et des météores), soit entre deux et neuf fois plus vite. Et le rapport peut être encore diminué concernant la vitesse angulaire, du fait que les météores deviennent visibles à plus haute altitude et que leur trajectoire peut être très inclinée (si elle est dirigée vers l'observateur, la vitesse angulaire est nulle !)].

La durée du phénomène lumineux qui est très courte pour les bolides, de l'ordre de quelques secondes à 20 secondes au maximum, est plus importante pour les satellites qui traversent le ciel en à peu près une minute [il reprend sa copie du texte de Neirinck : Il est facile de différencier un satellite en désintégration d'un bolide : Le satellite traverse le ciel en un peu plus d'une minute, le bolide ne met que 2 à 20 sec et a rarement une trajectoire complète. Il a juste remplacé pour que le plagiat ne soit pas trop flagrant «un peu plus d'une minute» par «à peu près une minute», introduisant ainsi une nouvelle erreur ! À la vitesse de 28 000 km/h et à une altitude de 100 km, il est facile de calculer qu'une rentrée atmosphérique traverse le ciel d'un horizon à l'autre en plus de quatre minutes, mais du fait que les témoins sont rarement placés dans des conditions idéales le temps moyen d'observation est compris entre une et deux minutes (c'est de cela que parlait Neirinck, qui avait d'ailleurs joint à son deuxième fax un tableau sur lequel on voyait l'heure d'apparition et de disparition du phénomène à l'horizon depuis le site de Wittenheim : respectivement 17h59,0 et 18h03,4 TU, soit une durée possible d'observation de 4'20")... Et après avoir ainsi réduit le temps d'observation pour apporter quelques variations aux indications de Neirinck, Velasco a fini par se persuader qu'il s'agissait de la durée maximale d'observation, comme il l'a dit à Pierre Kohler ! Quant à la durée maximale des météores, fixée à 20 secondes, il ne s'agit pas vraiment d'un temps maximum puisqu'il n'est pas impossible qu'un météore soit observé pendant plus de deux minutes, mais il est rarissime que cette durée de 20 s soit dépassée... Velasco aurait pu aussi bien fixer cette limite générale à 15 ou 30 secondes, mais il s'est encore contenté de recopier le texte de Pierre Neirinck].

Les diverses couleurs observées s'expliquent par le degré d'échauffement et la variété des matériaux qui composent la structure de l'objet satellisé, au moment du frottement [suite du plagiat de Neirinck, qui écrivait : Les diverses couleurs observées par le public s'expliquent par la variété des matériaux dont est composé le satellite]. Un rouge est une couleur d'un corps relativement froid, alors qu'un blanc indiquera une couleur supérieure à 2000 degrés.

Cette dernière phrase a été rajoutée par Velasco, et montre encore son manque de connaissances en matière de «température de couleur»; voici la couleur correspondant à 2000 degrés, qu'il considère comme «blanche» :

Orangeâtre

Ainsi, dans chacune des rares modifications qu'il a introduites aux premières indications de Pierre Neirinck, qu'il avait commencé par rejeter avant de les recopier presque mot pour mot, Velasco s'est débrouillé pour introduire des erreurs !

Continuons :

Les phases de destruction des objets satellisés s'expliquent par un brutal ralentissement de la vitesse de 30.000 km/h à 2.000 km/h entre 120 km et 60 km d'altitude [la vitesse initiale est exacte, mais elle ne diminue pratiquement pas jusqu'à une altitude de 60 km, et c'est au-dessous de 30 km qu'elle descend à 2000 km/h... On peut se référer pour cela au livre Mécanique spatiale en deux volumes édité par... le CNES ! Notons aussi que puisque Velasco sait qu'un satellite en phase de rentrée se déplace à la vitesse de 30 000 km/h, soit 500 km/mn, à une altitude d'environ 100 km, on ne comprend pas qu'il soit incapable de calculer la durée de la rentrée d'un horizon à l'autre : c'est pourtant de la géométrie élémentaire de calculer qu'à 100 km d'altitude, un objet est visible à plus de mille kilomètres; 1000 km d'un côté et 1000 km de l'autre, ça donne un parcours visible de 2000 km pour un témoin privilégié, et pour la durée d'observation il suffit de diviser : 2000 km à la vitesse de 500 km/mn, ça donne bien quatre minutes et non «tout au plus une minute» ou pire «quelques secondes» !]. Cet effet de ralentissement provoque un échauffement puis une explosion des structures qui se dispersent ne laissant au sol que quelques débris de très petites dimensions [les débris peuvent atteindre plusieurs tonnes dans le cas d'un très gros satellite; même dans le cas d'un étage de fusée, les tuyères résistent généralement à la rentrée, et il s'agit de genres de «saladiers» en céramique d'une cinquantaine de centimètres de diamètre : ça n'est pas ce que j'appellerais de «très petites dimensions» !].

Le lancement s'effectue généralement de l'Ouest vers l'Est, ce qui permet de bénéficier de l'effet de vitesse de rotation de la terre, alors que les météores, les phénomènes lumineux des météorites, peuvent rentrer dans n'importe quelle direction
[ça n'est pas tout à fait exact : beaucoup de satellites sont lancés vers le nord ou le sud pour pouvoir survoler la totalité de la surface terrestre, et même un peu vers l'ouest pour que leur orbite reste alignée avec le Soleil... Au niveau de la France, cela se traduit par des survols suivant un cap compris entre nord-ouest et sud-ouest... Il n'y a donc que les trajectoires allant franchement vers l'ouest (à 45° près) qui excluent presque certainement une rentrée de satellite].


— Peut-on reconstituer la trajectoire d'un objet satellisé en phase de rentrée et suivre celui-ci jusqu'au dernier moment ?

Les objets satellisés répondent aux lois de la mécanique spatiale, ils tournent autour de la terre en permanence. S'ils ne sont pas maintenus en altitude, ils vont redescendre plus ou moins rapidement
[si les satellites redescendent plus ou moins rapidement, ça n'est pas en raison des «lois de la mécanique spatiale» (lesquelles les maintiendraient éternellement en orbite), mais en raison du frottement sur l'atmosphère (il n'y a pas de limite franche à l'atmosphère terrestre, dont la densité diminue simplement avec l'altitude pour devenir en pratique négligeable au-delà de quelques centaines de kilomètres)].

Dans le cas des fusées qui comportent plusieurs étages, ceux-ci retombent immédiatement pour les premiers et seconds étages, pour le 3ème voire le 4ème, ceux-ci étant satellisés, ils accompagnent le satellite sur son orbite et ils retombent ensuite quelques jours après
[ça dépend : certains n'accompagnent pas le satellite sur son orbite mais restent sur une orbite intermédiaire, de transfert, et ceux qui accompagnent le satellite sur une orbite haute ne retombent jamais (c'est le cas notamment du quatrième étage de cette même fusée ayant lancé Gorizont 21); et selon le lanceur ça peut être le deuxième étage qui accompagne le satellite sur une orbite basse, nous en verrons un exemple plus loin].

Les satellites sont identifiés et suivis par des système de radar et des télescopes optiques qui les repèrent et déterminent leur position en permanence autour de la terre
[pas en permanence : à intervalles plus ou moins rapprochés, de quelques heures à quelques jours selon notamment le danger qu'ils peuvent représenter pour les autres satellites].

— Dans le cas présent pourquoi ce phénomène de rentrée, est-il devenu un phénomène aussi exceptionnel ?

À l'heure de la rentrée — 19h/heure locale — à la tombée de la nuit, le ciel est très sombre. On aperçoit les astres sans difficulté.

La clarté et la transparence de l'atmosphère sont remarquables sur une grande partie du territoire français
[c'était vrai, Velasco est tout de même capable de consulter la météo] — il n'y a aucun nuage [disons qu'il y en avait peu, il ne faut pas exagérer !] et la température est très froide dans les hautes couches de l'atmosphère.

Le processus de désintégration commencé probablement au-dessus de l'Espagne a suivi une trajectoire qui a traversé le territoire français suivant une ligne allant vraisemblablement du Golfe de Gascogne jusqu'à la frontière allemande
[vrai également, pour la simple raison que c'est copié sur le télex de Pierre Neirinck du 8 novembre : Ceci suppose une altitude de 110 km sur le golfe de Gascogne et des morceaux de céramique à trouver en Allemagne].

L'ensemble du 3ème étage s'est alors complètement désintégré
[c'est peu probable, simplement on n'a pas retrouvé les tuyères en céramique qui ont dû tomber en Pologne ou en Tchécoslovaquie, sans attirer l'attention].

Il n'y avait aucun bruit entendu, ce qui est tout à fait normal compte-tenu de l'altitude élevée de la rentrée proche de 100 km
[c'est vrai au-dessus de la France; le bruit d'une rentrée peut être entendu lorsque l'altitude devient inférieure à 50 km].


— Pourquoi cette géométrie particulière des points qui précédaient une forme allongée blanche ?

Plusieurs objets se sont détachés de la structure principale au moment du décrochage de l'orbite
[à croire qu'un satellite est retenu par une ficelle qui provoque une brusque secousse lorsqu'elle casse ! C'est au cours de la rentrée et en raison de l'échauffement par l'atmosphère que l'objet se fragmente, et dans ce cas particulier il a même explosé au-dessus du golfe de Gascogne du fait qu'il restait des propergols les réservoirs; cet aspect particulier du phénomène, attesté par de nombreux témoins sur la côte atlantique, a complètement échappé à Velasco].

Ils avaient la même vitesse, et par conséquent, ils sont rentrés dans les hautes couches de l'atmosphère selon la même trajectoire. Cependant ces corps secondaires avaient une forme et des matériaux différents, ils tournaient sur eux-mêmes (effets d'éclats), expliquant par là-même les couleurs orangées et rouges aperçues du sol
[très peu de témoins mentionnaient des lumières rouges... Velasco cherche visiblement encore à expliquer les lumières clignotantes des photos de Gennevilliers !].

La traînée blanche aperçue à l'arrière de la grosse boule
[il y avait plusieurs «grosses boules avec une traînée» sur une grande partie du parcours, ça n'est que dans l'est de la France qu'une seule subsistait] était probablement la désintégration des matériaux qui composaient le corps principal de cet étage, faisant penser à l'échappement d'un moteur d'avion.


— Pourquoi des témoins ont-ils observé le phénomène sous les nuages ?

Probablement à cause d'un effet d'optique dû à l'éloignement ainsi qu'à des nuages en basse ou moyenne altitude relativement proches des témoins
[je croyais qu'il n'y avait aucun nuage !].

En effet, les passagers du "Jean Bart", situé dans le golfe de Gascogne, ont fort bien pu observer la rentrée sous les nuages, cet effet étant accentué par la rotondité de la terre.

Petit bateau

[L'explication est sûrement bonne, mais pourquoi Velasco mentionne-t-il 800 km alors que le Jean Bart se trouvait à moins de 300 km de la trajectoire de l'étage de fusée (et à 400 km de la fausse trajectoire annoncée par le SEPRA), donnant aux ufologues une nouvelle raison de douter ?]


Les caractéristiques de l'objet :

Probablement un objet cylindrique de 5 ou 6 mètres de diamètre, d'une longueur supérieure à 10 mètres et pesant plusieurs tonnes à vide
[précisément 4,2 m de diamètre, 6,5 m de longueur et une masse de 4,2 tonnes à vide]. Celui-ci devait être accompagné par des éléments annexes genre jupe inter-étage, équipements divers [il croit encore aux «éléments annexes» qui se sépareraient au «décrochage de l'orbite» ! Soit il y a plusieurs éléments séparés en orbite qui seront catalogués séparément et ne rentreront pas au même moment du fait qu'ils seront plus ou moins sensibles à l'atmosphère (il y avait bien un «élément inter-étages», 90-094B, qui était rentré la veille), soit il y a un seul bloc qui ne sera segmenté qu'au cours de la rentrée dans l'atmosphère]. Cet étage ainsi que la fusée ont été lancés le 3 Novembre 1990. Les 3èmes étages retombent toujours quelques jours après [c'est vrai avec ce type de fusée particulier, pas avec d'autres].

Les dernières données sur les orbites donnaient une fenêtre de rentrée 5 novembre 1990 à 18h06 Z [en bon français on dit T.U.] (19h06 locale). Le point de chute théorique évalué a 49,0 degrés Nord/7.30 degrés Est, au Nord-Est de la France entre Metz et Strasbourg [l'heure et le point de chute sont sensiblement erronés (ou plutôt l'heure est juste mais concerne le point de chute en Pologne ou Tchécoslovaquie; en France l'heure de survol était comprise entre 18h59 et 19h02), mais il s'agit cette fois d'une erreur de la NASA, minime et ne concernant que les données au-dessus de la France... Voir notre texte pour le détail de cette erreur, laquelle n'explique en rien celles, beaucoup plus importantes, de Velasco]. L'inclinaison par rapport à l'équateur était de 51°7 degré [c'est juste, c'était écrit dans le télex de la NASA et dans le fax de Neirinck].


Les radars de poursuite du réseau USSPACECOM ont fourni les données suivantes sur la dernière orbite [ces données étaient exactes, et permettaient de calculer la trajectoire au-dessus de la France, sans aucune difficulté pour quiconque aurait un minimum de connaissances en matière de rentrées atmosphériques ou même simplement de géométrie].

Temps      16h52  17h06  17h21  17h36  17h51
Latitude 30¤.0 -17¤.8 -51¤.5 -25¤.2 22¤.8
Longitude 115¤.9 153¤.7 217¤.2 289¤.7 327¤.0


Par ailleurs des informations communiquées par d'autres sources nous donnent les mêmes indications avec deux éléments supplémentaires, le 3ème étage est rentré à 110 km d'altitude environ sur la France et est ressorti à 83 km d'altitude au-dessus de l'Allemagne [il s'agit précisément les altitudes indiquées par Pierre Neirinck, qui est donc ces «autres sources» pillées mais pas remerciées !] pour probablement se disperser dans la région de Francfort [Neirinck n'a par contre jamais parlé de Francfort, puisqu'il indiquait une trajectoire Royan/Nevers/St-dié/Nuremberg].

Comme vous pouvez le constater sur la carte suivante, Pau n'est pas Royan et Francfort n'est pas Nuremberg !

Vraie et fausse trajectoire

Mais cette mention de Francfort m'a fait comprendre comment Velasco avait «calculé» sa trajectoire : le seul point de la trajectoire au-dessus de la France indiqué dans le télex de la NASA est le «point de chute théorique» (49°N, 7°30'E), sensiblement faux comme nous l'avons vu... Malheureusement, un point ne suffit pas pour retracer une trajectoire... Une autre indication du télex est l'inclinaison de l'orbite : 51,7°. Les deux indications étaient d'ailleurs associées par Velasco un peu plus haut : Le point de chute théorique évalué à 49,0 degrés Nord/7.30 degrés Est, au Nord-Est de la France entre Metz et Strasbourg. L'inclinaison par rapport à l'équateur était de 51°7 degré. Or, en traçant depuis le «point de chute théorique» une droite inclinée de 51,7° par rapport à l'axe ouest-est, on passe après un parcours de 158 km très exactement à 50,107°N et 8,673°E... À moins d'un kilomètre du centre de Francfort (50,1°N et 8,68°E d'après mon atlas)... Il peut difficilement s'agir d'une coïncidence !

Mauvais calcul

Et en prolongeant cette ligne dans l'autre sens, on passe non loin de Pau (pas tout à fait, Velasco ayant sans doute prudemment repoussé vers l'ouest l'origine de sa trajectoire, se rendant compte qu'elle ne passait pas par le golfe de Gascogne comme l'indiquait Neirinck et qu'elle s'accordait bien mal avec les témoignages !)

Voici donc avec quelles notions d'orbitographie Monsieur Velasco exerce sa profession d'expert en rentrées atmosphériques : il considère que si un satellite suit une orbite inclinée à 51,7° par rapport à l'équateur, elle sera inclinée d'autant par rapport à tous les parallèles survolés ! En prolongeant une telle «orbite» (que les marins connaissent bien sous le nom de «loxodromie»), on obtient une spirale décrivant un nombre de tours infini en se rapprochant des pôles !

Si l'on admet une trajectoire équivalente Pau/Strasbourg [vous constatez donc qu'il maintenait dans son rapport d'expertise final sa «trajectoire Pau-Strasbourg» jamais démentie, amplifiant même l'erreur en lui ajoutant Francfort !], cela donne à peu près 1000 km pour une très faible perte d'altitude de près de 30 km soit 1°17' qui explique très bien la trajectoire horizontale observée notamment par les pilotes qui considéraient qu'ils avaient une formation d'aéronefs en face d'eux en post-combustion [la remarque est juste, mais d'après ma calculette une perte d'altitude de 30 km sur un parcours de 1000 ça fait une pente de 1°43'].

La probabilité de récupération au sol en France d'un objet spatial est très faible, celle-ci est d'un objet en 20 ans
[ça doit être à peu près vrai]. Seules les parties denses, c'est à dire de propulsion, moteurs, etc... peuvent parfois être retrouvées [c'est assez fréquent dans le cas d'un étage de fusée, et ç'aurait sûrement été le cas si la rentrée s'était achevée en Allemagne, où le phénomène a été aussi très remarqué].

En conclusion, le caractère exceptionnel de cette affaire de rentrée, a été la perception par plusieurs milliers d'observateurs d'un processus complet de désintégration au-dessus de la France
[non, le processus complet a débuté au-dessus de l'Espagne pour s'achever en Tchécoslovaquie ou plus loin encore, après un parcours d'à peu près 4000 km] par une soirée où les conditions météorologiques étaient très favorables à cette observation.

Voilà qui fait tout de même beaucoup d'erreurs pour l'unique rapport d'expertise présenté par le chef du SEPRA en douze ans d'exercice !


Juillet 1991 : Interview dans Phénomèna


Dans le numéro 4 de cette revue de la défunte association SOS-OVNI, Velasco répondait à quelques questions sur la création du SEPRA :

Je pense que c'était dû au fait que le GEPAN, de par sa vocation, ne correspondait pas totalement aux activités du CNES. Il y avait peut-être un peu une connotation trop liée aux aspects «soucoupe volante» ou à ce que les gens imaginent en général au travers de ces activités, à savoir une imagerie populaire, alors que le travail effectué permettait de mesurer ce qu'étaient les phénomènes aérospatiaux non identifiés dans leur généralité. Mais plus précisément, c'est vrai qu'on avait un accroissement de témoignages ayant trait aux problèmes de rentrées atmosphériques. Le CNES a donc voulu, à travers ça, essayer de comprendre davantage les problèmes de rentrées atmosphériques [quel résultat !].

À la question de savoir s'il était plus facile d'être directeur du SEPRA que du GEPAN, il répondait :

C'est relativement difficile quand vous créez l'organisme [il parle de ses deux prédécesseurs], ça l'est sans doute un peu moins quand vous mettez en place une approche rigoureuse et scientifique [il parle, vous l'aurez compris, de lui !].


11 mars 1992 : Cette fois, c'était un météore !


Le 11 mars 1992 peu après 7 h, de nombreux témoins observaient un objet dans le ciel du sud-ouest, la région de Jean-Jacques Velasco. C'est d'ailleurs son service qui a signalé les premières observations mentionnées dans une dépêche reprise par une bonne partie de la presse du lendemain :

Des phénomènes lumineux ont été aperçus mercredi matin dans le ciel girondin, au dessus de Cestas, près de Bordeaux, par au moins deux témoins dignes de foi.

L'un de ces deux témoins, un retraité de l'armée de l'air, a observé entre 7h05 et 7h10 un phénomène lumineux ressemblant à une étoile filante, mais moins rapide, de couleur jaune orangée.

L'objet avait un foyer lumineux de couleur verte et se dirigeait d'est en ouest à plusieurs fois la vitesse du son. Son altitude n'a cependant pas pu être déterminée avec précision.

Un phénomène semblable a été constaté à la même heure par deux autres témoins en Charente-maritime, à La Rochelle et Vérines. Ces deux personnes ont affirmé à Radio-France La Rochelle avoir vu pendant une trentaine de secondes une boule de feu de la taille d'un ballon de rugby avec un cône de flammes.


Il s'agissait donc d'un objet unique, une boule de feu suivie d'une traînée, se déplaçant d'est en ouest et observé pendant une trentaine de secondes d'après des témoins.

Ces caractéristiques principales étaient confirmées par d'autres témoignages recueillis par la presse :

«M. René Cherprenet a été bien surpris hier matin en ouvrant ses volets ! Cet habitant de Buxerolles dont les fenêtres donnent vers le Sud a vu, face à lui, ce qu'il est convenu d'appeler un objet volant non identifié. «C'était gros comme un ballon de football, très lumineux, avec des couleurs jaunes, vertes, bleues, cela a duré dix à quinze secondes, et c'est parti vers l'Ouest», raconte-t-il. «J'ai aussitôt regardé l'heure : il était 7 h 08. J'ai pensé à une météorite.» (Centre-Presse du 12/03/92)

«Mercredi, à 7 h 07 très exactement, il a été vu au-dessus du bourg de Coulon, une boule de feu dans le ciel. Il faisait presque jour, quand a traversé le ciel d'est en ouest, une boule de feu de couleur bleu-vert suivie par une traînée d'un dégradé de jaune vers le blanc.

L'observation n'a duré environ que cinq secondes, temps largement suffisant pour bien observer un tel phénomène.» (Courrier de l'Ouest du 13/03/92)

«Plusieurs personnes ont observé mercredi matin un phénomène curieux en baie de La Baule. Entre 7 h et 7 h 10 une sorte d'objet lumineux suivi d'une traînée vert pâle a traversé le ciel d'est en ouest avant de mourir à l'horizon. L'un des gardiens du Port de Pornichet a observé cette «boule blanche et sa traînée verte». Le même phénomène a été observé en Vendée ainsi que dans la région bordelaise.» (Presse-Océan du 15/03/92)

Tous les témoins s'accordaient donc sur la trajectoire est-ouest, et les temps d'observation variaient de 5 à 30 secondes.

C'était parfaitement typique d'un météore lent (c'est-à-dire un gros «caillou» venu du ciel et frappant l'atmosphère presque tangentiellement, ce qui explique une durée inhabituelle).

La durée de trente secondes était assez exceptionnelle si elle n'était pas exagérée (mais pas pour autant rarissime puisqu'on a enregistré des météores ayant duré jusqu'à deux minutes), mais elle était trop courte pour décrire une rentrée de satellite (à part pour les petits objets qui peuvent se consumer entièrement en ne donnent pas lieu à une rentrée spectaculaire, la rentrée d'un satellite dure toujours plusieurs minutes, et peut être généralement suivie pendant une à deux minutes par des témoins correctement situés).

Le fait que l'objet ne se soit pas fragmenté exclut aussi presque certainement un satellite.

Et surtout, la trajectoire est-ouest mentionnée unanimement par les témoins excluait totalement cette hypothèse : AUCUN satellite ne survole la France en orbite basse suivant une trajectoire est-ouest, avec une marge de plus de 45°.

Cela n'empêchait pas Velasco d'annoncer fièrement dans la dépêche reprise par toute la presse régionale, au non du «SEPRA (Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques), dépendant du CNES» :

Ces phénomènes ont été observés à haute altitude pendant une durée assez longue, ce qui me fait pencher en faveur de l'hypothèse d'une rentrée atmosphérique d'un objet spatial en excluant l'hypothèse d'une météorite.

Cela n'a jamais été démenti... J'imagine la réaction du responsable du NORAD qui aura reçu du représentant très officiel du CNES en matière de rentrées atmosphériques la demande d'identification du satellite ayant effectué sa rentrée d'est en ouest au-dessus de la France !

Depuis qu'il a lu chez Pierre Neirinck qu'«il est facile de différencier un satellite en désintégration d'un bolide : le satellite traverse le ciel en un peu plus d'une minute, le bolide ne met que 2 à 20 sec et a rarement une trajectoire complète», Velasco va affirmer systématiquement que tout objet traversant le ciel selon une durée estimée à plus de 20 secondes sera la rentrée d'un satellite ! Diable, puisque Neirinck (dont il a fini par comprendre la fiabilité) a dit que c'était le principal moyen de faire la distinction entre météore et satellite, et qu'en plus c'est «facile», il applique la règle sans se poser de questions !


Avril 1992 : La plaquette d'information du SEPRA


Il s'agit plutôt d'une plaquette de promotion, racontant l'histoire du GEPAN puis du SEPRA illustrée par quelques enquêtes choisies. Les rentrées atmosphériques occupent à peu près la moitié de la place, comme elles occupent à peu près la moitié du temps de travail de Velasco selon ses dires. Vous pouvez trouver cette plaquette sur le site de Marc Angee, nous ne nous occuperons que de ce qui a trait aux rentrées atmosphériques.

Page 5, au sujet de la transformation du GEPAN en SEPRA :

L'objectif du SEPRA aujourd'hui n'est plus d'engager lui-même des études scientifiques. En revanche, il prend en compte officiellement le suivi des objets satellisés rentrant dans l'atmosphère. Il continue à collecter et gérer des informations, à les expertiser et à organiser des enquêtes approfondies. Le résultat de ces travaux fait l'objet d'une synthèse transmise au Comité des Programmes Scientifiques du CNES. Ce comité est chargé, entre autres missions, de décider de l'engagement de recherches spécifiques.

Page 12, consacrée aux débris spatiaux et... à la rentrée du 5 novembre 90 :

Près de 11 000 satellites ont été lancés depuis octobre 1957, date de lancement du premier spoutnik soviétique.

On estime à environ 7 000 les objets encore présents dans l'espace.

Les grandes puissances spatiales, Etats-Unis et Union Soviétique, ont mis en oeuvre des moyens considérables pour observer et suivre en permanence les milliers de corps qui se déplacent dans l'espace.

Aux Etats-Unis, un organisme militaire, le US Space Command, est chargé de cette mission et dispose pour cela de plusieurs dizaines de stations de détection radar et optique. Ces stations poursuivent, localisent et mesurent les orbites des objets de taille supérieure à 10 cm situés au-delà de 150 km d'altitude (hormis les corps de fusée)
[Jusque là, ça allait et le NORAD diffuse largement ces indications, mais les corps de fusée ne font pas l'objet d'un traitement particulier !].

Le US Space Command édite un répertoire des données orbitales de chaque débris. Ce répertoire parvient au Centre d'Orbitographie du CNES via la NASA, et est utilisé par le SEPRA pour les prévisions et le suivi des rentrées atmosphériques
[si le SEPRA avait su utiliser ce répertoire, il n'aurait pas dû attendre l'identification des objets ayant effectué leur rentrée au-dessus de la France par la NASA ou par Pierre Neirinck, et surtout il aurait été capable de retracer correctement une trajectoire avec ces données... Comme le fait d'ailleurs Neirinck qui recevait ce répertoire par la poste (maintenant il y accède par Internet, comme tout le monde) !].

Exemples :
COSMOS 1900 (1988)
SOLARMAX (1989)
PROTON (1990)
SALIOUT-7 (1991)

[La fusée Proton de 1990, seul de ces exemples a être rentré au-dessus de la France, est précisément celle du 5 novembre 1990... Comme exemple du suivi des rentrées atmosphériques par le SEPRA, on fait mieux... Ou plutôt non, le problème est justement que le SEPRA n'a rien fait de mieux que cette «expertise» truffée d'erreurs !]

Suit justement un compte-rendu de cette expertise du phénomène du 5 novembre 1990 :

QUAND LES DEBRIS SPATIAUX S'EN MELENT [et quand le SEPRA s'emmêle !]

Le 5 novembre 1990 à 19h00, les services de sécurité du CNES recevaient de nombreux appels téléphoniques en provenance de plusieurs brigades de gendarmerie. Le 6 novembre 1990 au matin, le SEPRA, déclenchait la procédure d'enquête sur un phénomène lumineux triangulaire ayant été observé par des centaines de témoins.

L'enquête

La collecte d'informations débute par une demande d'information à Météo-France (pour déterminer les conditions atmosphériques des régions françaises concernées) et aux services de navigation aérienne civile et militaire (pour vérifier l'hypothèse d'une manoeuvre aérienne d'envergure).

Durant plusieurs jours des centaines de témoignages affluent.

Le jeudi 8 novembre 1990, la NASA communique au SEPRA les coordonnées précises d'un objet satellisé rentré dans l'atmosphère le 5 novembre 1990. Il s'agissait du troisième étage d'une fusée soviétique PROTON, ayant servi à la mise à poste du satellite de télécommunication GORIZON 21.

Le Centre d'Orbitographie Opérationnelle du CNES fournira au SEPRA les paramètres précis de l'orbite de rentrée
[si c'est le Centre d'orbitographie du CNES qui a fourni une trajectoire Pau/Strasbourg pour un objet suivant une orbite inclinée de 52° sur l'équateur, il vaut mieux que le CNES ne s'occupe plus de satellites !].

La trace de l'orbite de rentrée passait à la hauteur du golfe de Gascogne et traversait la France de part en part
[c'est Pierre Neirinck qui avait indiqué fort justement un passage au-dessus du golfe de Gascogne et une entrée au-dessus du territoire Français tout près de Royan... Par, contre, la trajectoire Pau/Strasbourg annoncée et jamais démentie par le SEPRA ne passait pas par le golfe de Gascogne !].

Les Résultats

Il suffisait alors de comparer la trajectoire suivie par l'objet avec la simulation de trajectoire effectuée par le SEPRA, après l'analyse statistique de la répartition géographique des témoignages, pour confirmer l'hypothèse de cette rentrée comme réponse au phénomène du 5 novembre
[il suffisait de faire cela pour se rendre compte que la trajectoire Pau/Strasbourg/Francfort «calculée» et annoncée fièrement à la presse était complètement fausse ! Le SEPRA n'a donc JAMAIS fait ces analyses dont il se vante !].

Conclusion

Ce cas de rentrée dans l'atmosphère d'un objet satellisé a pris une ampleur et des dimensions exceptionnelles. Il est survenu dans des conditions météorologiques favorables à son observation (nébulosité minimum) le soir à 19h00, et toute la désintégration entre 100 et 80 km d'altitude s'est déroulée au-dessus du territoire français sur près de 1000 km. Il a pu ainsi être observé par d'innombrables témoins fascinés par ce spectacle insolite.

La page 13 reproduit un tableau des objets en orbite autour de la Terre recopié sur le NORAD, et pour illustrer les rentrées d'objets naturels un schéma du système solaire comprenant quelques comètes représentées par des sphères enflammées (rappelons que la queue d'une comète est constituée de gaz s'évaporant et de poussières, repoussés par la pression de radiation (la lumière) du Soleil... Ça n'a vraiment rien à voir avec des flammes) !

Page 14 :

PEUT-ON CRAINDRE DES RETOMBEES DE DEBRIS SPATIAUX SUR DES ZONES HABITEES ?

Les zones habitées du globe, recouvrant une dix millième partie de sa surface, les risques de retombée d'un débris sur une zone habitée sont minimes.

Ces risques, aussi faibles soient-ils, sont pris en compte par les autorités.

Le SEPRA, chargé du suivi des rentrées atmosphériques d'objets satellisés, procède systématiquement à une simulation de trajectoire (à l'aide des données orbitales transmises par le Centre d'Orbitographie Opérationnelle du CNES).

En cas de risque de retombée d'un objet au dessus du territoire français, le SEPRA donne l'alerte et une cellule de surveillance quotidienne est mise en place au Centre Spatial de Toulouse.

[Vous pouvez donc dormir tranquilles, le SEPRA veille sur vous, avec ses méthodes exclusives de calcul de trajectoire des objets dangereux !]

Suit un petit graphique sur lequel il est dit que le SEPRA procède à une «étude systématique des objets pouvant rentrer» [pourquoi alors s'avère-t-il incapable d'identifier lui-même un objet qui EST rentré ?] et qu'en cas d'alerte concernant un objet particulier c'est une «Cellule de rentrée atmosphérique» qui prend la relève.

Il prend l'exemple de la rentrée de Saliout-7, avec sa trajectoire retracée sur plusieurs orbites par un logiciel d'orbitographie... Détail amusant, Saliout, comme bon nombre de satellites soviétiques, avait la même inclinaison orbitale que l'étage de fusée du 5 novembre 1990, et il suffisait de décaler en longitude la trajectoire du premier pour obtenir celle du second, à partir d'un seul point de survol (celui donné par la NASA, même s'il était un peu faux, aurait donné un résultat très convenable)...


Avril 1992 : Le SEPRA dans Ciel & Espace


Dans un dossier consacré à «ces astronomes qui croient aux ovnis», Pierre Kohler présentait les travaux de Velasco... Mais bizarrement il n'y avait rien sur les rentrées atmosphériques ! Les rédacteurs de cette revue d'astronomie, sachant reconnaître les lumières clignotantes d'avions qui parasitent régulièrement leurs clichés, ont-il eu des doutes sur les capacités d'expert de Velasco lorsque ce dernier leur a présenté ses «photos de la rentrée du 5 novembre 1990» qu'il essaie de placer partout ?


Mai 1992 : Et dans la Revue du Palais de la Découverte


Velasco y présentait un résumé de ses activités sous le titre Ces OVNI qui nous entourent. Le cas du 5 novembre 1990 y était abordé :

Le 5 novembre 1990, la France entière était témoin du survol de son territoire par un immense et étrange triangle lumineux se déplaçant silencieusement. Aussitôt certains médias comparaient hâtivement cet événement à la vague d'observations de triangles ayant survolé la Belgique depuis quelques mois [on a vu effectivement que ce rapprochement avait été fait dans la Nouvelle République du Centre-Ouest du 7 novembre : «Le portrait-robot du phénomène se ramène à des triangles sombres avec un point lumineux au centre, ou positionné vers l'arrière, ce qui n'est pas sans rappeler les mystérieuses observations effectuées en Belgique voici un an.» L'article était signé par Pierre Kohler, qui mentionnait cela après avoir interrogé Velasco comme un des points qui «déroutent les enquêteurs du CNES» !].

Alerté par les organismes publics (gendarmerie nationale, aviation civile et militaire), le SEPRA engageait une enquête. De nombreux témoignages affluaient de toutes parts du territoire français.

Dans un premier temps, nous avons considéré l'hypothèse d'un phénomène de rentrée atmosphérique
[pour la rejeter parce que la rentrée d'un satellite ne pouvait expliquer «qu'une forte lueur pendant quelques secondes» !]. La question se posait alors de savoir s'il s'agissait d'une grosse météorite ou bien d'un objet satellisé. Le doute subsistait d'autant que l'observatoire de Munich affirmait l'origine naturelle du phénomène.

48 heures après, grâce à des informations en provenance de la NASA, nous avions les éléments techniques nous permettant de restituer la trajectoire et la trace au sol de l'OVNI
[c'est vrai, «ils» avaient les éléments techniques... Mais pas les connaissances pour les exploiter, et après encore 48 heures «ils» tiraient de ces éléments techniques une trajectoire complètement fausse !]. Il s'agissait bien de la rentrée atmosphérique d'un objet satellisé, plus précisément de celle du troisième étage d'une fusée soviétique Proton, qui avait servi au lancement d'un satellite de télécommunication de type GORIZON 21 [le type c'est Gorizon, 21 c'est le rang, et Gorizon 21 c'est le satellite]. Nous pouvions alors donner une réponse aux 875 témoins qui avaient relaté aux autorités leurs observations [précisons, pour ceux qui auraient du mal à comprendre comment il passe de 250 procès-verbaux de gendarmerie et quelques autres sources à 875 témoignages, qu'il compte séparément tous les témoins multiples, même s'ils n'avaient pas tous témoigné... Par exemple, si quelqu'un rapportait à la gendarmerie qu'il était avec sa femme, son fils et trois amis, il comptait pour six témoins].

Le SEPRA avait rempli sa mission et démontrait ainsi l'intérêt d'une structure qui permettait d'éviter les débordements médiatiques sur un thème où le public a des attentes et de fortes croyances
[le SEPRA, par son incompétence, a surtout élargi le fossé entre les ufologues qui constataient que bien des choses clochaient dans l'explication fournie par les «experts du CNES», et les scientifiques qui ont accepté l'explication sans vérifier si les données indiquées, notamment sur la trajectoire, étaient conformes aux témoignages : les premiers étaient confortés dans leur opinion qu'«on» nous cache des choses et que les scientifiques sont tous complices, et les seconds dans celle que les ufologues sont des imbéciles incapables d'accepter les démonstrations scientifiques rigoureuses].


Septembre 92 : Et dans Sciences & Avenir


Et encore un article encenseur sur Jean-Jacques Velasco, qui avait décidément le vent en poupe depuis sa magnifique expertise du 5 novembre 1990 !

Cette rentrée est bien sûr évoquée :

Avec cet expert du ciel, l'impressionnant peut devenir banal. Comme cet énorme triangle lumineux, observé le 5 novembre 1990 et décrit par 875 témoins, qui n'était rien d'autre que la rentrée dans l'atmosphère du troisième étage d'une fusée soviétique Proton. Cette identification a pu se faire grâce aux services permanents de la NASA qui transmet au SEPRA les données sur les 7 000 objets en orbite actuellement répertoriés et numérotés [la NASA a surtout identifié elle-même l'objet et en a informé le SEPRA, qui n'a eu ainsi qu'à recopier la seule indication correcte de son analyse !].

Un peu plus loin, Velasco s'exprime lui-même :

Les gens ont plus besoin de rêve que du troisième étage d'une fusée en désintégration ! On préfère écouter Alain Delon affirmer qu'il croit à des manifestations surnaturelles que nos expertises [notons que l'«expertise» à laquelle il fait allusion est bien celle relative au 5 novembre 1990, dont il a discuté à l'émission «7 sur 7» en présence d'Alain Delon (je n'ai pas l'enregistrement de cette émission et ne peux donc pas en parler ici, mais si quelqu'un le possède je serais heureux de rendre compte de ce que Velasco y disait)].

Et encore plus loin :

Quand on est confronté à quelque chose d'inconnu, il y a comme une surenchère, une escalade des hypothèses. D'abord on cherche coûte que coûte à relier ce que l'on voit à du "déjà vu". Si cette identification bute, c'est l'imaginaire qui prend la relève.

Le journaliste continue, résumant ce que lui a dit Velasco :

Résultat : les gens très formés ne sont pas les meilleurs témoins. On ne s'étonnera pas que Jean-Pierre Haigneré, pilote et doublure de l'astronaute Michel Tognini, ait vu dans la combustion d'un étage de fusée, en novembre 1990, les manoeuvres d'approche d'un Boeing 747 [Nous reparlerons de cette observation de Haigneré, qui met plus en évidence la méconnaissance qu'avait Velasco de l'aspect d'une rentrée atmosphérique que les capacités d'observation d'un futur astronaute du CNES ! (Du reste, Haigneré a vite compris qu'il ne s'agissait pas d'un avion, alors que Velasco lui-même, qui contrairement à Haigneré se déclare expert en rentrées atmosphérique, n'a pas été capable de faire la différence entre un tel phénomène et les lumières clignotantes d'avions photographiés de nuit, et cela pendant au moins huit ans)] !

Et pour conclure ces commentaires sur la perception, le journaliste écrit :

Le SEPRA sert ici les sciences humaines. Des psychologues, comme Manuel Jimenez, du Laboratoire de recherche cognitive et expérimentale de Montpellier, exploitent ces divers témoignages pour tenter de saisir la psychologie de la perception [malheureusement, le psychologue Manuel Jimenez, qui comparait les descriptions des témoins de rentrées atmosphériques aux «caractéristiques des phénomènes connus après expertise», à celles «qu'on aurait dû normalement percevoir», s'appuyait sur les indications totalement fausses que lui donnait le prétendu expert du CNES sur ces phénomènes... C'est dire de quelle manière le SEPRA a «servi les sciences humaines» !].

L'article de Sciences & Avenir était illustré par cette photo où l'on voit Velasco poser fièrement avec un débris de rentrée atmosphérique, avec pour légende : L'objet tenu par J.-J. Velasco est un morceau de tôle calciné provenant d'un réservoir de fusée soviétique retrouvé dans le Berry.

Gros morceau de tôle calcinée

Nous aurons à reparler de ce débris...


31 mars 1993 : La rentrée du premier avril ?


Ce jour-là vers 2 h du matin, une nouvelle rentrée d'un étage de fusée soviétique au-dessus de la France a été largement commentée dans la presse...

Dans Le Soir du premier avril, le SEPRA expliquait :

Il n'y avait aucune prévision de rentrée de gros objets dans l'atmosphère, il s'agit peut-être du troisième étage d'une fusée. Nous attendons des informations de la NASA [Velasco était donc toujours incapable de rechercher lui-même les objets susceptibles d'être entrés dans le catalogue de données satellitaires du NORAD, auquel il a pourtant accès comme il l'a précisé dans la plaquette d'informations du SEPRA et diverses déclarations à la presse; c'est pourtant une chose très élémentaire].

Il s'exprimait beaucoup plus longuement dans Sud-Ouest :

Tant que nous n'avons pas recueilli tous les témoignages, il nous est difficile d'expliquer précisément le phénomène. Compte tenu, toutefois, des éléments dont nous disposons, nous pouvons affirmer que ce n'est pas une météorite. Une météorite n'est visible que quatre-cinq secondes dans le ciel [il est très fréquent qu'un gros météore dure bien plus que cela, et Velasco lui-même avait écrit en recopiant Pierre Neirinck que la durée d'un météore pouvait être visible pendant vingt secondes... Velasco oublie décidément très vite le peu qu'il apprend dans son domaine d'«expertise» !] alors qu'ici, le phénomène a été vu durant trente secondes au moins [ça serait juste exceptionnel pour un météore, mais pas impossible puisque certains ont duré jusqu'à deux minutes]. À partir de là, et toujours si l'on se réfère aux détails donnés par les témoins — un gros cigare, des lumières vives autour ou derrière – il y a tout lieu de croire qu'il s'agit d'un objet satellisé. L'étage d'une fusée, par exemple. Un troisième étage notamment, un étage qui, une fois libéré, se met automatiquement en orbite [une fois libéré, il ne fait plus rien du tout : s'il était en orbite, il reste en orbite; s'il ne l'était pas il retombe tout de suite !] et finit, plus ou moins vite, et en raison de la force de gravité de la Terre [il n'a toujours pas compris que c'est le frottement de l'atmosphère, et non l'attraction terrestre, qui cause les rentrées des satellites] par traverser l'atmosphère à 8-10 kilomètres-seconde [7,8 km/s : c'est la vitesse de satellisation au ras de l'atmosphère et c'est la vitesse initiale de toutes les rentrées non provoquées (les rentrées provoquées peuvent aller un peu plus vite si elles concernent des satellites en orbite haute, mais si on est capable de provoquer la rentrée on s'arrange pour qu'elle se passe au-dessus d'une zone peu habitée)] avant d'exploser [il y a rarement explosion, même si ç'avait été le cas le 5 novembre 1990, mais plutôt dislocation] et de retomber en mini-morceaux [les quelques morceaux qui retombent pèsent tout de même en général quelques kilogrammes].

Velasco termine en expliquant qu'il ne serait pas surpris d'apprendre qu'il s'agit d'une fusée russe :

Les Russes en envoient au moins une par semaine sans rien dire à personne [l'agence Tass avait pourtant annoncé le 30 mars : Le satellite Cosmos-2238 a été lancé ce jour à 16 h 00 heure de Moscou depuis le cosmodrome de Baïkonour par un lanceur "Tsyklon-M"... Et le lendemain matin, une autre dépêche indiquait les caractéristiques orbitales (le NORAD avait bien sûr de son côté enregistré le satellite et l'étage du lanceur et diffusé leurs paramètres orbitaux), ce qui suffisait à calculer que le deuxième étage de la fusée (eh oui, il s'agissait cette fois d'un deuxième étage) passait au-dessus de la France à la bonne heure et dans la bonne direction]. Surtout dans l'axe relevé, un axe où l'on retrouve énormément de satellites d'observation et de télécommunications.

Le 2 avril, le journal Sud-Ouest résumait les indications qu'il avait obtenu du SEPRA :

Les services de la NASA ont beau être en pointe dans le domaine spatial, ils ne semblent pas très pressés de répondre aux questions qu'on leur pose. Hier après-midi, ainsi, ils n'avaient toujours pas donné suite au télex transmis mercredi par le Centre national d'études spatiales de Toulouse, télex leur demandant le recensement de tous les mouvements de fusées, satellites ou objets satellisés et toutes les rentrées dans l'atmosphère ces derniers jours [peut-être que les services de la NASA n'ont pas l'habitude qu'une grande agence spatiale soit incapable d'exploiter elle-même les paramètres orbitaux qu'ils diffusent pour identifier elle-même une rentrée, comme savent le faire tous les amateurs de satellites... Et puis, si le SEPRA a vraiment demandé un «recensement de tous les mouvements de fusées, satellites ou objets satellisés» des derniers jours, la NASA n'a peut-être pas bien compris ce qu'il voulait, parce qu'une telle demande relève de l'absurde !].

Ce recensement est indispensable pour éclaircir le mystère de l'ovni aperçu dans le ciel de France au cours de la nuit de mardi à mercredi (voir «Sud-Ouest» d'hier). «Les Américains sont les seuls au monde à pouvoir détecter tous les mouvements dans l'atmosphère et au-delà
[c'est vrai, mais les paramètres orbitaux qu'ils tirent de ces repérages sont largement diffusées, et disponibles immédiatement au CNES]. Les appareils dont ils disposent leur permettent de repérer le moindre objet qui circule, même des morceaux métalliques de 10 centimètres de diamètre», précisaient hier les spécialistes du CNES [les spécialistes de la recopie des télex de la NASA incapables de rien faire par eux-mêmes ?].

Le document de la NASA confirmera à la seconde près [c'est un peu exagéré] le passage de l'objet remarqué par des dizaines et des dizaines de personnes en France, dans l'axe nord-est/sud-ouest. Ensuite, il apportera des informations précieuses sur tous les mouvements enregistrés avant, pendant et après, ce qui permettra d'identifier et retrouver l'origine de l'ovni [c'est du délire : lorsqu'un étage de fusée retombe, il y a bien longtemps qu'il a été identifié et catalogué et que l'on a mesuré ses paramètres orbitaux, et si on sait qu'un objet satellisé est passé au bon endroit et au bon moment, on sait aussi de quel objet il s'agit... «Les Américains» ne procèdent pas comme a l'air de le croire Velasco en disant «on a repéré un "mouvement" au-dessus de la France à telle heure et suivant telle trajectoire, on va maintenant rechercher ce que c'était», mais «on sait que tel objet que nous avons dans notre catalogue passait au-dessus de la France, en phase de rentrée imminente, à telle heure et suivant telle trajectoire»]. S'il s'agit du troisième étage d'une fusée, par exemple, on saura d'où venait l'engin spatial, le but qu'il avait, le moment où il s'est mis en orbite [tout ça, il suffisait de consulter les annonces de l'agence TASS dans le domaine spatial pour le savoir], l'heure à laquelle il n'a plus réussi à résister à l'attraction terrestre [encore la même ineptie, il n'y a décidément aucun doute sur l'identité du «spécialiste du CNES» interrogé !] et a pénétré dans l'atmosphère et l'endroit où ont chuté les morceaux ou poussières à l'issue de l'explosion finale [il n'y a pas d'explosion finale : s'il y a explosion, c'est au début de la rentrée qu'elle se produit].

Et si ce n'est pas une fusée ou un satellite ? «Le passage de l'objet sera signalé de la même manière», répondent les employés du CNES
[non : le NORAD ne repère que les satellites, pas les météores... Velasco croit vraiment que les militaires américains voient en permanence tout ce qui passe au-dessus de la France et du monde entier, il n'a vraiment rien compris à la façon dont on repère les satellites ! Il lui aurait pourtant suffi de s'intéresser un peu, juste un peu, à l'orbitographie, pour savoir qu'il n'est pas nécessaire d'avoir repéré quoi que ce soit pour être capable d'identifier une rentrée atmosphérique, même avec des données datant de plusieurs jours]. Ces derniers semblent convaincus toutefois qu'il s'agit d'un engin en perdition. «Tous les témoignages que nous avons reçus décrivent la même chose et tendent à le démontrer : une forme allongée avec une lumière rouge ou orangée à l'avant et deux ou plusieurs boules lumineuses à l'arrière». La lumière orangée pourrait être le nez de l'engin en fusion [depuis quand les étages de fusée ont-ils un nez ?] au contact de l'atmosphère, la forme sombre le corps de l'appareil [on ne distingue pas le corps d'un appareil distant d'au moins 100 km ! La forme sombre que certains témoins «croient distinguer» (c'est généralement le genre d'expression qu'ils emploient) entre les différentes lumières est purement imaginaire; du reste, les gendarmes de Vif en Isère qui ont fourni au SEPRA la première description détaillée ne parlaient pas d'une «forme sombre» mais d'un «objet lumineux pratiquement transparent» (voir les premiers articles de presse)] et les jets de lumière arrière, d'autres morceaux en fusion. Des témoins affirment effectivement avoir vu un objet «exploser» dans le ciel avec «plein de lumières autour comme celles d'un feu d'artifice».

Dans les témoignages, une seule chose diffère : la hauteur à laquelle évoluait l'engin. Certains pensent l'avoir vu passer juste au-dessus de leur tête, d'autres très haut. «Normal, dit Jean-Jacques Velasco, du Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques
[c'était donc bien lui, «les spécialistes du CNES» !]. Lorsque les gens regardent le ciel, la nuit venue, ils n'ont plus aucune référence. Ils prennent les kilomètres pour des mètres, ou inversement [ça n'est pas spécifique à la nuit]. Dans le cas présent, l'engin est vraisemblablement passé à une bonne centaine de kilomètres.»

Le 2 avril, le SEPRA recevait enfin le télex de ces fainéants d'Américains, et rédigeait une dépêche qui serait largement reprise par la presse les jours suivants :

L'ovni observé en France et au Portugal dans la nuit du 31 mars au 1er avril [c'était dans la nuit du 30 au 31 mars; cette erreur avait d'ailleurs été corrigée par la plupart des journaux, mais elle figurait bien dans le communiqué original] n'en était pas un. Il a été identifié par le CNES, l'agence spatiale française, comme le 3e étage d'une fusée russe [avec Velasco, les choses sont simples : lors de la seule rentrée atmosphérique qu'il avait étudiée jusqu'alors, c'était un troisième étage qui était retombé, et on lui avait appris que les premier et second n'étaient pas satellisés et retombaient immédiatement... Et donc, maintenant, à chaque fois qu'un étage de fusée retombera, il dira que c'était un troisième étage, sans même imaginer qu'il puisse en être autrement pour d'autres types de lanceurs... En l'occurrence, il s'agissait du deuxième étage !], Cyclone-M, ayant mis sur orbite, la veille, le satellite Cosmos-2238, et qui se désintégrait en brûlant dans les couches denses de l'atmosphère. C'est sur les indications fournies par la NASA et l'organisation de défense américaine (NORAD) que le Service d'expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique (SEPRA) du CNES a pu calculer, par vérification orbitographique, que la trajectoire du lanceur correspondait exactement au phénomène signalé en France par de nombreux témoins (gendarmes, aviation civile, observatoires...) le 1er avril [encore cette erreur de date, ça n'était donc pas un simple lapsus : on avait tellement cru que cet «ovni» annoncé dans la presse le premier avril était un poisson d'avril qu'il a fini par se persuader que le phénomène avait eu lieu le premier avril !] entre 02 h 10 et 02 h 14 [s'il a procédé à une telle «vérification orbitographique», pourquoi ne donne-t-il pas l'heure de passage précise (puisqu'elle est censée être connue à la seconde près !) de l'objet au-dessus de la France ?].

C'est tout ce que le SEPRA a fait concernant cette nouvelle rentrée très spectaculaire : recopier l'identification reçue de la NASA, en se débrouillant tout de même pour y ajouter deux erreurs... Certes, il nous dit que la trajectoire a été calculée «par vérification orbitographique», mais il disait la même chose pour la rentrée du 5 novembre (avec quel résultat !), et cette fois cette fameuse trajectoire n'a jamais été annoncée... C'était pourtant le moins que l'on pouvait attendre de la part d'un service d'expertise !

Il faut dire que cette fois, le pauvre Velasco n'avait pas pu piller le travail de Pierre Neirinck... Ce dernier avait bien identifié l'objet le matin du quatre mars (toujours le temps que la poste lui fasse parvenir le catalogue d'éléments orbitaux distribué par la NASA), et donné sa trajectoire, mais dans son fax adressé à des journalistes il écrivait :

«Lors de la dernière désintégration de ce genre, le SEPRA avait nié mes conclusions avant de les reprendre à son compte en recopiant mon texte, y compris un lapsus. Donc PRIÈRE de ne pas lui communiquer ceci avant un moment. Merci.»

Voilà comment on perd l'assistance désintéressée d'un authentique expert...

Pour les ufologues qui attendraient toujours la trajectoire de l'étage de fusée afin de vérifier si les témoignages qu'ils ont recueillis lui sont conformes, voici cette trajectoire (ça m'a bien demandé une demi-heure de travail, mais il est vrai que je ne suis pas un expert) :

trajectoire Saint-Malo/Narbonne 2h12

Enfin, le 3 avril, le journal Sud-Ouest (je n'ai pas les articles de la Dépêche du Midi, l'autre journal de sa région, mais Velasco y a sûrement dit autant de sottises) faisait part des projets d'étude de Velasco sur les témoignages (c'était juste avant l'identification de l'objet) :

Une collecte si importante que le Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques du CNES de Toulouse nous confiait cette fin de semaine qu'il allait vraisemblablement profiter de cette occasion (rare) pour effectuer une analyse des témoignages : «pour voir comment les gens réagissent, observent et décrivent un phénomène absolument identique». Car il ne fait aucun doute, aujourd'hui, que c'est le même OVNI que les gens ont aperçu à 2 h 10 (jusqu'à 2 h 15 suivant le réglage des montres et réveils) : un objet volant qui allait du nord au sud et qui présentait plusieurs parties très lumineuses.

Un «phénomène absolument identique» : on croirait entendre le psychologue collaborateur du SEPRA, Manuel Jimenez, expliquant par la «psychologie de la perception» les divergences entre des témoignages décrivant un même phénomène de rentrée atmosphérique (celui du 5 novembre 1990), alors que ces divergences reflétaient en fait l'évolution du phénomène au cours de son survol de la France... Le SEPRA aura décidément autant apporté à la psychologie de la perception qu'à l'orbitographie !

Au sujet de témoins qui avaient vu deux objets distincts, Velasco expliquait :

«Lorsque un engin spatial rentre dans l'atmosphère, il se disloque complètement et des morceaux plus ou moins gros se détachent et sont généralement en fusion, donc excessivement lumineux et très visibles» [c'est à peu près juste, si ce n'est que des morceaux qui ne fondent pas, notamment en céramique, sont tout aussi lumineux (simplement, ils ne sont pas suivis d'une traînée)].


Mai 1993 : Le livre censé faire avancer la science


Cette année-là, Velasco a fait paraître son livre, intitulé sans honte Ovnis, la Science avance et écrit en «collaboration» avec Jean-Claude Bourret. En réalité, il s'agissait bien du livre de Velasco, lequel ne le cache pas comme nous le verrons, Bourret étant juste un moteur promotionnel (il en a tout de même écrit l'introduction et le premier chapitre, soit un peu plus de vingt pages).

Velasco, donc, consacre huit pages (40 à 48) à la rentrée du 5 novembre 90.

Après avoir raconté comment les témoignages ont commencé à arriver, il explique pour la journée du 6 novembre :

Nous voulions tenter de reconstituer la trajectoire et les caractéristiques du phénomène. Nous disposions d'innombrables témoignages, des récits et des rapports de nombreux observateurs professionnels (pilotes civils et militaires, astronomes et ingénieurs). Au centre d'essais d'Aire-sur-l'Adour du CNES, des techniciens arrêtèrent une procédure de lancement de ballon pour observer le phénomène. Ces témoins pouvaient par leur professionnalisme nous mettre sur la voie d'une éventuelle identification quelques heures seulement après l'observation. Cette affirmation doit être nuancée.

Et à l'appui de cette dernière phrase mettant en doute les capacités d'observation des «professionnels», il cite deux de ces témoins :

Le premier, un pilote d'Air France (il s'agit du commandant Loiseau) ayant observé le phénomène alors qu'il effectuait un vol à destination de Barcelone, qui expliquait lors d'une émission radio :

«Cet objet était de forme trapézoïdale avec entre dix et quinze lumières très distinctes allant du vert au jaune en passant par l'orange, et surtout une grosse lumière plus importante derrière laquelle il y avait une traînée de condensation très importante. Il est impossible que ce soit un satellite puisque ce phénomène a duré trois à quatre minutes. On a vu distinctement ces lumières, et j'ai déjà eu l'occasion de voir trois ou quatre rentrées d'engins qui brûlent dans l'atmosphère. Ce sont des genres de grosses comètes. [...]»

Le deuxième était le futur astronaute Jean-Pierre Haigneré, dont l'observation est résumée ainsi par Velasco :

Celui-ci nous déclara qu'il avait observé un phénomène dans la région parisienne et qu'il était très étonné par son étrangeté. Il affirma par ailleurs qu'il ne pouvait pas s'agir d'une rentrée atmosphérique.

Et Velasco ajoute :

Or les observateurs, nous allons le voir, commettaient des erreurs. Je dois préciser ici que je ne crois guère, par espérience, à l'infaillibilité des observateurs «qualifiés».

Ainsi donc, d'après Velasco, un astronaute du CNES serait incapable de rapporter de façon fiable une observation ! En réalité, si Jean-Pierre Haigneré et le commandant Loiseau n'ont pas identifié une rentrée atmosphérique, simplement parce qu'ils n'en ont jamais observé et que personne ne leur a expliqué à quoi ça ressemblait (lorsque Loiseau dit en avoir observé trois ou quatre, il confond visiblement avec de gros météores), il ont très bien décrit ce qu'ils ont observé. En particulier, la durée de trois à quatre minutes invoquée par Loiseau pour éliminer l'idée d'une rentrée atmosphérique est parfaitement normale pour un tel phénomène (les témoins au sol l'observent rarement aussi longtemps parce qu'il est rare que leur horizon soit parfaitement dégagé, mais pour un pilote d'avion volant à dix kilomètres d'altitude il en va tout autrement !) De même, les dimensions  apparentes n'avaient rien d'exceptionnel, et l'aspect était tout à fait typique. Là où le «professionnalisme» a fait défaut, c'est lorsque l'expert en rentrées atmosphériques du CNES n'a pas su reconnaître d'après ces descriptions parfaitement correctes une rentrée atmosphérique typique... Et il ne faut pas s'en étonner puisque lui-même était alors persuadé que la rentrée d'un satellite ne pouvait qu'être responsable «d'une forte lueur pendant quelques secondes» ! Et c'est ainsi que le colonel Loiseau continue à croire qu'il a observé un gigantesque vaisseau spatial ce 5 novembre 1990 (il l'a encore dit en 2003 sur la radio Ici et Maintenant), simplement parce que le prétendu expert du CNES qu'il a rencontré ignorait autant que lui-même à quoi ressemblait une rentrée atmosphérique !

Continuons :

Devant l'ampleur que prenaient les événements, nous souhaitions rapidement pouvoir donner des informations au public. C'est alors qu'une dépêche tomba sur le téléscripteur. Elle précisait que l'observatoire de Munich, en Allemagne, affirmait qu'il s'agissait de la rentrée dans l'atmosphère d'un gros bolide (météorite) qui se serait désintégré au-dessus de l'Europe. Nous étions surpris et perplexes, car, d'après l'ensemble des témoignages recueillis, ni la trajectoire ni la durée d'observation et encore moins la dimension apparente des lumières ne semblaient correspondre à la chute d'une très grosse météorite... [C'est vrai pour la durée et la dimension (encore qu'un météore puisse se fragmenter et atteindre ainsi une grande dimension), par contre la trajectoire était tout à fait compatible avec celle d'un météore lent... L'observatoire de Munich a juste eu le tort de faire une annonce un peu précipitée (moins de 24 h après l'événement, quand le SEPRA envisageait encore toutes les hypothèses comme une patrouille d'avions furtifs ou un «phénomène atmosphérique naturel spécifique») alors qu'il ne disposait pas d'autant de témoignages que le SEPRA, et ne mérite pas la critique que lui fait notre «service d'expertise» en disant avec condescendance que cet «observatoire» n'était «qu'une association d'astronomes amateurs» : les astronomes amateurs connaissent souvent leur sujet aussi bien que les professionnels (et bien mieux que Velasco), et le réseau de caméras que cette «association d'amateurs» a mis en place a fourni des informations précieuses sur les météores.]

Nous avions envisagé cette hypothèse, mais nous pensions en priorité à la rentrée dans l'atmosphère d'un objet artificiel [alors, pourquoi avoir déclaré deux jours plus tard en direct à la télévision que la rentrée d'un satellite «ne pouvait pas expliquer la longue durée de l'observation, qui a duré plusieurs minutes» ?] !

Continuons avec la journée du 7 :

L'heure du début de l'observation coïncidait avec les premiers témoignages au sud-ouest, c'est-à-dire aux alentours de 19 h 01, alors que les témoignages issus de la région nord-est étaient centrés autour de 19 h 03. Ces éléments nous permettaient déjà de considérer qu'il pouvait s'agir d'un phénomène unique évoluant à très haute altitude, selon une trajectoire rectiligne qui partait du golfe de Gascogne pour s'achever au-delà de la frontière allemande [en réalité, nous avons vu que le 8, il trouvait encore une trajectoire générale ouest-est (proche de Nantes-Strasbourg) ! Cette «trajectoire allant du golfe de Gascogne jusqu'au-delà de la frontière allemande», il «l'emprunte» à Pierre Neirinck qui, dès le matin du 8, avait calculé et annoncé la trajectoire de l'étage de fusée].

Ensuite, Velasco rend compte de la réception du télex de la NASA, et conclut :

À partir de ces données le centre d'orbitographie opérationnelle du CNES réalisa un tracé au sol de l'orbite reconstituant la trajectoire de la rentrée [ça n'est heureusement pas le Centre d'orbitographie du CNES qui a retracé cette trajectoire délirante, mais Velasco lui-même qui a utilisé une méthode de calcul d'orbite toute personnelle pour exploiter les indications de la NASA !].

Velasco conclut ce résumé très personnel de l'affaire du 5 novembre 1990 en rendant un vibrant hommage à Pierre Neirinck (sans le nommer toutefois), sans doute pour essayer de se faire pardonner ses indélicatesses à son égard :

Ainsi s'achevait officiellement une folle semaine qui avait relancé le débat des ovnis dans notre pays.

Pendant ce temps, dans une modeste maison d'une station balnéaire du nord de la France, un petit homme savoure avec délectation, une nouvelle fois, la confirmation de ses quarante années d'expérience dans le suivi et la prédiction des rentrées de satellite.

Revenons en effet à la date du 5 novembre : notre homme, qui vient d'apprendre la nouvelle concernant l'ovni, s'installe devant l'un de ses micro-ordinateurs dans sa cuisine, et commence alors un travail de recherche.

Il faut savoir qu'il y a plus de 7000 objets satellisés (fusées, satellites, débris), et que ceux-ci sont répertoriés et catalogués par l'USSPACECOM (organisme officiel qui est chargé de la surveillance de l'espace américain). Ces informations sont ensuite transmises à la NASA qui se charge de les redistribuer aux agences nationales comme le CNES.

Le petit homme n'y a évidemment pas accès
[en réalité, il y avait accès, mais par courrier, donc avec quelques jours de retard, et il a juste pu constater ce soir-là que l'objet responsable ne figurait pas encore dans le catalogue datant de quelques jours]. En particulier, il ignore, comme tout le monde, que l'URSS vient de lancer quelques jours auparavant un nouveau satellite. Seul chez lui au milieu de ses livres, de ses cartes du ciel, de ses ordinateurs, cet homme extraordinaire va être plus performant que des organismes employant ingénieurs et techniciens qui poursuivent tous les satellites de jour comme de nuit. Et dès le 5 novembre au soir, il nous communique le résultat exact [en fait tout ce qu'il avait communiqué ce soir-là c'était que le phénomène était une rentrée atmosphérique typique, avec la description très précise d'un de ses amis passionné aussi par les rentrées atmosphériques et des indications sur la façon de différencier une rentrée de satellite d'un météore, que Velasco a rejetées avant de les recopier !].

Velasco explique alors comment ce «génial traqueur de satellites» avait dû s'exiler en Angleterre [recruté «pour cause d'infaillibilité» par le service de suivi des satellites mis en place par la Royal Society, ça lui donnait tout de même une certaine crédibilité en matière de rentrées atmosphériques, et Velasco était sûrement le seul «expert» de ce domaine à ne pas connaître sa réputation !] parce qu'un «mandarin appartenant à un laboratoire d'astronomie [...] ne voulut pas reconnaître ses mérites et refusa qu'il développe sa méthode de poursuite des satellites dans son service [il s'agissait du service satellites de l'observatoire de Meudon, dirigé par Paul Muller]».

Laissons parler Velasco :

Après avoir calculé la prévision de rentrée d'un satellite, il se rend sur les lieux présumés de sa chute pour assister à celle-ci. Il a même récupéré plusieurs débris arrivés au sol. Quand on pense que nous n'avons retrouvé qu'un seul morceau de réservoir de fusée en près de vingt ans... [Il faut dire que Velasco n'a pas fait beaucoup d'efforts pour récupérer ce débris, qui lui est en quelque sorte «tombé du ciel» !]

Velasco nous expose ensuite la façon dont Pierre Neirinck calcule l'altitude des satellites en phase de rentrée avec des moyens rudimentaires (une vielle paire de jumelles, un chronomètre et une batterie d'ordinateurs technologiquement dépassés), en chronométrant précisément la durée et la position de leur parcours entre deux étoiles, dont il connaît un grand nombre par coeur. L'admiration de Velasco est tout à fait justifiée, et personne ne lui demandait d'être aussi performant que Neirinck pour mériter son titre d'expert...

Mais lorsqu'il ajoute que c'est ainsi qu'il procéda en cette fameuse soirée du 5 novembre 1990, il s'égare complètement... C'est ce qu'il en a retenu parce que c'est facile à comprendre (mais pas à mettre en pratique, et ça explique un peu que le «mandarin» de Meudon n'ait pas voulu d'une méthode que seul Neirinck serait capable d'exploiter !), alors que pour ce qui est de l'utilisation des logiciels d'orbitographie il faut quand même avoir quelques notions de mécanique orbitale... Neirinck ne pouvait pas calculer avec ses méthodes d'observation la trajectoire de l'étage de fusée pour la bonne raison qu'il ignorait son existence avant sa retombée, et qu'après il était difficile de le voir passer devant les étoiles ! Pour cette rentrée-là, il a simplement attendu de recevoir (le 8 novembre, par la poste) la liste récente des paramètres orbitaux de satellites diffusés par la NASA, parmi lesquels il a trouvé le satellite incriminé, et il a reconstitué la trajectoire à l'aide de son logiciel d'orbitographie personnel... L'observation extrêmement précise de son ami Daniel Karcher lui permettait alors de connaître l'altitude en Alsace, pour l'extrapoler à l'ouest de la France... Tout ça était à la portée de n'importe quel amateur de satellites disposant des mêmes informations (un autre que Pierre Neirinck aurait juste donné des indications un peu moins exactes), et c'est ce que le SEPRA, qui avait accès à ces informations en ligne, aurait pu faire dès le lendemain de la rentrée s'il avait été dirigé par quelqu'un ayant un minimum de compétence.

Et Velasco écrit pour terminer cet hommage tout à fait mérité à Pierre Neirinck :

Moins d'une heure après cette rentrée il communiquait le résultat de ses calculs aux médias [en fait, les calculs sont venus après plus de deux jours, le temps que les paramètres orbitaux incluant le satellite arrivent par la poste]. Ceux-ci ne voulurent pas le prendre au sérieux [et Velasco non plus, dont les médias attendaient religieusement les conclusions puisque «l'homme de la situation», comme l'a écrit Nicolas Maillard, c'était censé être lui !]. Ils avaient tort [effectivement, ils avaient le tort de compter sur l'expert en rentrées atmosphériques m'as-tu-vu et incompétent du CNES plutôt que sur l'authentique mais trop discret spécialiste passionné].

Page 63, Velasco nous parle d'un autre cas qu'il a soupçonné un temps d'être lié à une rentrée atmosphérique : la chute d'un objet cylindrique d'une cinquantaine de centimètres de long dans un champ de la région de Royan, le 25 février 1985 à 16 h 03. Il écrit :

Autre axe de recherche : la chute d'un objet en provenance de l'espace. Nous avons alors adressé un télex à la NASA, demandant pour la journée du 25 février la liste des rentrées d'objets spatiaux sur le territoire français. La NASA nous répondra quelques jours plus tard. Il y a eu une rentrée du troisième étage du Cosmos 1629 lancé le 21 février 1985 et incliné à 51,6 degrés. L'enquête aurait pu s'arrêter là. Nous avions un bon ensemble d'indices convergeant vers l'hypothèse spatiale :

— plusieurs témoins crédibles observant la chute,
— la récupération d'un fragment,
— la concordance avec les éléments fournis par la NASA.


Vérifions donc cette «concordance»... D'après le catalogue de la NASA, il n'y a eu aucune rentrée atmosphérique le 25 février 1985, et ce troisième étage était rentré le 24 février ! Les derniers paramètres orbitaux, peu avant la rentrée au vu du périgée, indiquent effectivement le 24 février à 18 h 30 TU. Il était tout à fait impossible qu'il survive encore 24 h, et l'eût-il fait, il serait passé au-dessus de la France à 16 h 20 (plus d'un quart d'heure après l'heure précisée à la minute près par les témoins) et à 140 km au nord-est de Royan (mais il est vrai qu'avec ses méthodes exclusives de tracé de trajectoires, Velasco obtenait peut-être un passage au bon endroit !)

Trajectoire 3e étage Cosmos 1629

Continuons le compte-rendu de cette enquête par Velasco :

Mais, en appliquant rigoureusement notre méthode d'enquête, nous allions aboutir à une étonnante vérité...

L'étonnante vérité était que cet engin portait des marques allemandes, et qu'il s'agissait d'un missile fumigène datant de la seconde guerre mondiale, qui s'était autoamorcé ! Si l'on en croit toujours Velasco dans son livre, cette réponse lui a été fournie après un mois par le laboratoire central de l'armement (ETCA), qui précisait :

Les inscriptions d'origine allemande, la marque et le lieu géographique de la récupération permettent de supposer qu'il peut s'agir d'une partie d'élément propulsif ancien qui était encore active avant sa récupération. L'objet, probablement enfoui sous la terre et abandonné pendant la guerre, a pu s'auto-amorcer.

Curieusement, on trouvait aussi un compte-rendu de cette enquête, avec les mêmes conclusions pratiquement mot pour mot (Velasco les a visiblement juste un peu résumées pour son livre), en page 9 de la brochure de présentation du SEPRA :

Certaines inscriptions sont d'origine allemande. Cette remarque et le lieu géographique de la récupération, permettent de supposer qu'il peut s'agir d'une partie d'élément propulsif ou d'une charge propulsive ancienne qui était encore active avant sa récupération. A un instant précis où les conditions d'environnement ont pu être favorables, l'objet, probablement enfoui sous la terre abandonné pendant la guerre, a pu s'autoamorcer.

Mais cette fois, ce rapport d'expertise est attribuée au CREA — Centre de Recherche et d'Études d'Arcueil — et date de mai 89, soit quatre ans après l'observation ! Et il ne s'agit pas d'une erreur de date, puisque cette brochure mentionne aussi un dernier rapport d'expertise reçu en janvier 1990.

Est-ce à dire que pendant ces quatre ans (même un mois, ça serait beaucoup trop !), Velasco a considéré que cet objet était un morceau du lanceur de Cosmos 1629, alors que cette explication pouvait être exclue immédiatement et catégoriquement par une vérification orbitographique élémentaire ?


Décembre 1993 : Interview dans Ovni-Présence


Cette interview était faite justement à l'occasion de la sortie de son livre.

Au sujet de la participation de Jean-Claude Bourret, il était on ne peut plus clair :

Pour sortir ce livre, j'ai demandé l'autorisation et proposé le manuscrit à ma direction, qui a accepté que je sorte cet ouvrage. Cet ouvrage a l'aval de mon établissement et en plus, si certains pensent que J.-C. Bourret s'approprie cet ouvrage, les gens ne sont pas dupes, quant à savoir qui l'a écrit. Ils se rendent bien compte, comme l'a dit un journaliste du Provençal je crois, qu'il est le vecteur médiatique pour le bouquin.

Voilà c'est tout et pas autre chose


[.../...]

J'avais envie d'écrire un bouquin depuis longtemps, je savais aussi que Bourret avait fait toute cette série d'ouvrages qui a quand même été en France, qu'on le veuille ou non, quelque chose qui a marqué son temps. Par ailleurs, si j'avais sorti le bouquin moi-même avec mon nom, je crois qu'il aurait fait comme d'autres livres sur les ovnis : un tout petit tirage !

Voilà pour ceux qui auraient des doutes sur l'auteur des âneries de ce livre et sur le rôle de Jean-Claude Bourret dans l'affaire (nous avons vu d'ailleurs que Bourret, contrairement à Velasco, avait reconnu tout de suite une rentrée de satellite dans le phénomène du 5 novembre 1990; un simple journaliste peut apparemment être plus compétent, ou en tout cas mieux inspiré, qu'un expert du CNES); continuons maintenant l'interview avec ce qui concerne le 5 novembre 1990 :

JJV : [...] Ça [le remplacement du GEPAN par le SEPRA] tombe aussi à une époque où le nombre de phénomènes rapportés par les témoins sont souvent en relation avec les rentrées atmosphériques d'objets naturels ou artificiels. On est sollicité actuellement, je dirais tous les trois ou quatre mois, par une rentrée relativement importante. Donc, ces phénomènes qui sont pour nous très ordinaires au niveau des événements, suscitent quand même des interrogations très vives de la part de la population. Surtout quand il s'agit de rentrée spectaculaire comme celle du 5 novembre 1990. Là, non seulement les gens ont été très surpris de l'ampleur de l'événement, mais cela a suscité de vives polémiques dans le milieu ufologique, ça en suscite d'ailleurs toujours.

OP : En effet ! De l'avis de tous les enquêteurs qui ont traité cette affaire, il semble — pour résumer — qu'il n'y avait pas que la désintégration de la fusée russe porteuse du satellite Gorizon 21. Il s'agissait pour les uns d'une vague d'ovnis, pour les autres du décollage de la chasse. Selon vous, n'y avait-il qu'un seul type de phénomène ?

JJV : Libre aux enquêteurs de penser ce qu'ils veulent sur l'événement du 5 novembre 1990, mais pour le SEPRA il y avait une parfaite cohérence et concordance entre les témoignages (description des faits et circonstances) pour superposer la rentrée atmosphérique de cet étage de fusée avec l'ensemble des centaines d'observations faites en Europe ce soir-là [une parfaite cohérence et concordance entre la trajectoire Pau/Strasbourg/Francfort trouvée par le SEPRA et les témoignages ? C'est soit un délire schizophrénique, soit un mensonge éhonté].

Et plus loin :

Cela me gêne lorsque je vois un certain nombre de gens qui utilisent des affaires comme le 5 novembre 1990 pour essayer d'étaler ça sur la place publique en maintenant un caractère étrange et mystérieux à ces événements alors que l'on a des réponses et qu'elles sont tout à fait rationnelles. C'est ça qui est gênant. N'oubliez pas que je suis dans une établissement public et que, en tant que citoyen, si je n'étais pas à la place que j'occupe, je serais en droit de demander à mon gouvernement comment sont utilisés les fonds publics [c'est bien dit... Velasco reconnaît donc que moi, en tant que citoyen, je suis en droit de demander des comptes sur la façon dont il dépense les fonds publics dans ses expertises de rentrées atmosphériques... Il ne lui reste plus qu'à mettre en application ces belles phrases en répondant aux questions précises que je lui pose dans ma «Lettre ouverte», au lieu de chercher à me mettre sur la paille pour me faire taire avec un procès qu'il truque avec l'appui de ses relations].

Dans cette même interview, Velasco vante ses connaissances en matière de météorites :

Quand je vois par exemple la nuit des étoiles filantes, un objet ayant été récupéré par un témoin, voilà aujourd'hui l'objet en question [il est photographié, c'est une sorte de caillou poreux] ! Évidemment, pour M. Tout-le-Monde, cet objet pourrait très bien être une météorite. Il faut un certain oeil averti pour se rendre compte que ce n'en est pas une [et c'est ce même «oeil averti» qui ne fait pas la différence entre les lumières clignotantes d'un avion et une rentrée atmosphérique !].


Décembre 1993 : On en parle dans Mystères


Ce magazine, sous-produit de l'émission télévisée du même nom, publiait alors un dossier sur la «vague» du 5 novembre 1990. Le journaliste Nicolas Maillard (le principal enquêteur pour cette émission, très sérieux et malheureusement décédé) avait interrogé Velasco à deux reprises :

Lors d'un premier entretien téléphonique, Velasco, ne manquant pas de me préciser que cette affaire était depuis longtemps élucidée, me confirma qu'il disposait d'informations de la NASA, provenant du NORAD (North Americain Aerospace Defense Command).

Lors d'un deuxième entretien, Velasco me dit qu'effectivement
[Maillard fait ici référence à la réponse que le NORAD avait faite à une association française, disant qu'il ne disposait pas de renseignements sur la trajectoire de l'engin... En fait, le NORAD avait répondu qu'il ne conservait pas d'archives sur les rentrées atmosphériques; mais quand une rentrée survient, il est évident qu'il a la trajectoire !], la trajectoire n'avait pas été fournie par les Américains, mais qu'il l'avait calculée [C'est donc bien Velasco lui-même, comme on s'en doutait bien, qui a calculé la trajectoire fantaisiste jamais démentie à partir des données fournies par «les Américains» (lesquelles, à part une erreur minime, étaient correctes et bien suffisantes pour calculer la vraie trajectoire)].


5 novembre 1996 : Vu sur Arte


Cette chaîne avait donc choisi la date anniversaire de la «vague» du 5 novembre 1990 pour diffuser une émission globalement très intéressante sur les ovnis. Pour marquer son caractère culturel, elle n'avait invité que des scientifiques s'intéressant aux ovnis, et pas des «ufologues» sans diplômes mais qui auraient eu des choses intéressantes à dire. Velasco était évidemment invité (malgré son manque de diplômes réels), pour s'y glorifier une fois de plus de sa brillante «expertise» du phénomène :

Nous avons recueilli de façon officielle de l'ordre de 250 procès-verbaux de gendarmerie, et une vingtaine de témoignages de pilotes de l'armée de l'air et civils qui ont observé directement le phénomène, ainsi que deux documents, un document photographique [il s'agit toujours des photos de Gennevilliers; six ans après, il n'avait toujours pas compris qu'il s'agissait de photos d'avions !] et un document vidéo [celui de Colmar], qui nous ont permis de pouvoir valider le contenu de l'information.

Le commentateur ajoute que «cette rentrée se serait effectuée sur un axe  Pau-Strasbourg», et l'illustre par la carte suivante :

Encore Pau-Strasbourg


Il faudra décidément que Velasco entre dans l'histoire de l'orbitographie pour avoir découvert les orbites loxodromiques !


13 février 1997 : Encore les photos dans Paris-Match


Ce magazine consacrait plusieurs pages au SEPRA, et republiait à cette occasion la principale photographie des lumières clignotantes d'un avion que Velasco continuait à faire passer pour celle d'une rentrée atmosphérique :

Le titre était :

ATTENTION, CETTE FUSEE RUSSE QUI SE DESINTEGRE N'EST PAS UN OVNI

Et le texte accompagnant la photo apportait quelques éclaircissements :

Le 5 novembre 1990, Philippe Ughetto photographie un quartier abandonné de Gennevilliers. Soudain, une rampe lumineuse traverse le ciel. Jean-Jacques Velasco, responsable du Service d'expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique (Sepra), rattaché au Cnes, reçoit bientôt la photo prise par Ughetto [C'est donc Velasco qui a reçu cette photo, et qui l'a transmise à Paris-Match en la faisant passer pour la rentrée atmosphérique !]. Quatre jours plus tard, il rend son verdict. L'engin mystérieux est une fusée soviétique qui s'est désagrégée au-dessus de la France... [Suit le commentaire original de Velasco sur cette photo, déjà vu.]


Mars 1998 : Lettre ouverte dans Science Frontières


Cette «Lettre ouverte aux sceptiques», que l'on peut trouver sur plusieurs sites (notamment Les ovnis vus de près), était en grande partie inspirée par la rencontre de Pocantico, à laquelle Velasco venait de participer. Concernant les rentrées atmosphériques, on y trouve ceci :

En 1988 le GEPAN était transformé en SEPRA, car le CNES et le conseil scientifique tout en souhaitant la poursuite de ses activités de collecte de données et d'expertise, arrêtaient celles liées aux études et recherches plus fondamentales qui ne répondaient pas à la vocation de l'établissement. Curieusement durant cette période, peu d'événements se produisirent, les rares phénomènes d'ampleur correspondaient la plupart du temps à des rentrées atmosphériques, à des bolides comme les météorites ou bien aux objets satellisés artificiels, corps de fusées, satellites, ces exemples s'inscrivant tout à fait dans l'activité d'expertise du CNES en matière de surveillance de l'espace et des débris spatiaux. De spectaculaires cas allaient par ailleurs parfaitement justifier le choix de cette transformation [effectivement, on peut dire que le SEPRA a eu son lot de rentrées atmosphériques... Pour ce qui est d'avoir eu raison de prétendre les expertiser, c'est une tout autre histoire !].

Ce qui s'est passé dans la soirée du 5 novembre 1990 restera sans doute à jamais gravé dans la mémoire de ceux ayant assisté à cet insolite et mystérieux événement. Pour les uns ce fut un immense triangle lumineux et silencieux qui traversa durant 2 minutes le ciel de France d'Ouest en Est, pour d'autres un drôle d'avion qui survola la capitale
[il veut sans doute parler du photographe qui a pris les photos publiées dans Paris-Match, et qui était effectivement persuadé d'avoir photographié un «drôle d'avion» là où l'expert du CNES a déduit grâce à ses compétences qu'il s'agissait de la rentrée atmosphérique... Il n'est pourtant pas nécessaire d'être expert pour se rendre compte que le photographe avait raison] ! Bref ce sont des milliers d'observateurs qui restèrent ébahis par cet étrange spectacle. Ce sont plus de 250 procès verbaux de gendarmerie et de police, représentant plusieurs centaines de témoignages ainsi que de nombreux rapports de pilotes civils et militaires en vol, qui assistèrent à la réalité de cet événement. L'enquête immédiatement déclenchée [le lendemain] nous permit quelques heures après [quatre jours], grâce au recoupement effectué entre les témoignages et les données reçues de la NASA [recoupement jamais fait, sans quoi il aurait vu que les témoignages ne s'accordaient pas avec la trajectoire trouvée], de déterminer avec précision [250 km d'erreur, ça c'est de la précision !] qu'il s'agissait, sans aucune équivoque [!], de la rentrée dans l'atmosphère d'un corps de fusée qui avait placé sur orbite quelques temps auparavant un satellite de télécommunication soviétique Gorizon 21.


1998 : Interview dans Facteur X


La date précise ne figure pas sur la couverture, le numéro est 41... Velasco n'y dit rien sur les rentrées atmosphériques, si ce n'est une intéressante indication sur la façon dont le GEPAN est devenu SEPRA :

En 1983, je suis devenu le nouveau responsable de cette structure, après Alain Esterle qui avait succédé à Claude Poher. Lorsque le GEPAN a été transformé en SEPRA, on lui a soustrait les missions d'étude et de recherche. En revanche, il a conservé sa mission de collecte et d'expertise des cas. J'ai proposé que nous prenions en charge une partie qui apparaissait souvent dans les témoignages : les «rentrées atmosphériques», à savoir les météores ou les rentrées d'objets satellisés.

Ainsi donc, c'est lui-même qui a suggéré que le service qu'il dirigeait s'occupe des rentrées atmosphériques... C'est dire qu'il avait confiance dans ses capacités d'expert !


Mai 1998 : Article dans Inforespace


Cette revue de la Sobeps (l'association qui s'est illustrée lors de la «vague belge») consacrait alors un numéro spécial (96) à la vague du 5 novembre 1990, et Velasco y contribuait par un article de 5 pages, dont je cite les extraits les plus représentatifs du travail du SEPRA :

Chaque fois que j'ai parlé du cas du 5 novembre 1990, ce n'était plus que pour évoquer le problème du phénomène unique observé par des témoins multiples et montrer ce que représente un cas remarquable d'étude de la psychologie de la perception [il faut savoir que de son côté, le psychologue Manuel Jimenez, ami de Velasco et collaborateur depuis longtemps du SEPRA, a écrit le livre sur la psychologie de la perception de la collection Dominos dans lequel il se sert des témoignages du 5 novembre 1990, auxquels Velasco lui a permis d'accéder, pour montrer par quels mécanisme les témoins d'un même «stimulus fugace et vague» (la rentrée atmosphérique), en arrivent à des descriptions très variables, «souvent très différentes de celles des phénomènes connus après expertise»... Jimenez s'appuie pour cela sur les caractéristiques que Velasco croyait être celles des rentrées atmosphériques (des phénomènes peu étendus et durant quelques secondes à peine), et Velasco utilise ensuite les explications fumeuses de Jimenez pour expliquer pourquoi les témoins décrivaient autre chose que «ce qu'ils auraient dû normalement percevoir», alors qu'en réalité leur description du phénomène était plutôt bonne !].

[...]

Peut-être cette affaire n'aurait-elle pas eu l'écho qu'elle reçut si certaines associations n'avaient voulu s'en prendre directement au SEPRA — le service officiel — en l'accusant de vouloir dissimuler la vérité [et peut-être que lesdites associations n'auraient rien pensé de tel si le SEPRA n'avait pas accumulé autant de déclarations contradictoires, fourni des indications (notamment sur la trajectoire) totalement incompatibles avec les témoignages, et refusé (par ignorance, on le sait maintenant) de répondre aux questions tout à fait pertinentes qu'on lui posait !].

[...]

Dès les premiers témoignages recueillis, nous pouvions déjà avoir une description assez précise des caractéristiques du phénomène, en particulier sur la trajectoire suivie et la durée d'observation, qui sont deux paramètres essentiels pour la détermination d'un éventuel phénomène naturel ou artificiel se déplaçant dans la haute atmosphère [effectivement, ce sont deux paramètres essentiels, et c'est bien pourquoi le fait que Velasco a commis des erreurs grossières sur CES DEUX PARAMETRES a entraîné une immense confusion, laquelle continue à diviser les ufologues !]. Nous savions en effet que les premières observations concernaient la côte ouest de la France [alors pourquoi avoir annoncé sans sourciller, et sans jamais aucun démenti, une trajectoire Pau/Strasbourg qui NE PASSAIT pas par la côte atlantique ?] et que le phénomène se déplaçait vers le nord-est avant de disparaître au dessus de l'Allemagne. La trajectoire était rectiligne [pas celle annoncée dans le rapport final d'expertise, où elle était censée, après avoir survolé Pau puis Strasbourg, avoir viré à gauche pour passer par Francfort !] et la durée d'observation comprise entre 30 secondes et 1 minute [on voit que Velasco était toujours persuadé en 1998 que la durée d'observation d'une rentrée atmosphérique ne peut pas dépasser une minute, alors qu'elle peut en réalité dépasser quatre minutes pour des observateurs privilégiés. La durée moyenne d'observation établie sur les 435 cas répertoriés par Franck Marie est d'une minute quarante secondes... Comment le SEPRA, disposant d'un échantillon à peu près aussi important, aurait-il pu obtenir une durée moyenne comprise entre 30 s et 1 mn ? Voila bien la preuve que contrairement à ce qu'il prétend, il n'a pas fait la moindre étude statistique des témoignages, pas même pour déterminer une durée moyenne d'observation... En sciences, mentionner ainsi des résultats d'études fictives, cela s'appelle de la fraude... Mais tout le monde se fiche que le CNES soutienne des fraudes scientifiques relatives à des rentrées atmosphériques, puisque ce sujet n'intéresse personne]. [...]

À la lecture de ces premiers témoignages [...] nous pouvions raisonnablement envisager un événement se déroulant dans la haute atmosphère qui semblait en accord soit avec le passage d'avions en formation [jamais des avions volant dans la haute atmosphère, aussi nombreux fussent-ils, n'auraient pu susciter des observations aussi spectaculaires !] ou celle d'une rentrée d'un objet naturel ou artificiel dans l'atmosphère.

48 heures après notre demande d'informations nous recevions de la NASA la confirmation qu'il s'agissait bien de la retombée d'un corps artificiel de l'espace.
[...]

[...] [on trouve ici la recopie des premières indications du télex de la NASA.]

Les indications fournies par ailleurs par les radars de l'USSPACECOM confirment en tout point le passage aux heures indiquées de l'objet [il parle ici des cinq points de passage indiqués dans le télex pour la dernière orbite, dont les coordonnées (qu'il recopie) sont très loin de la France ! Certes, on pouvait à partir de ces indications reconstituer la trajectoire au-dessus de la France, mais Velasco en a été incapable !].

[...]

La question qui se posait alors était de comprendre pourquoi il y avait eu autant de bruit et de polémique autour d'une banale rentrée d'un corps de fusée dans l'atmosphère [la réponse, c'est que cette polémique n'aurait pas eu lieu si le service d'expertise dont tout le monde attendait les explications n'avait pas accumulé les contradictions et les erreurs grossières... Des rentrées atmosphériques tout aussi spectaculaires ne suscitaient pas autant de polémiques au temps où de vrais professionnels de l'observatoire de Meudon (malgré leur refus d'intégrer Pierre Neirinck à leur équipe, ils faisaient un travail plutôt bon) s'occupaient d'en rendre compte au public !] ? [...] l'objet principal — le corps de la fusée — accompagné d'autres éléments distants de quelques kilomètres [en fait j'ai déjà précisé qu'il s'agissait d'un objet unique qui s'était fragmenté, et les dimensions de l'ensemble de débris atteignaient sans doute de l'ordre de 100 km en longueur, sur une quinzaine en hauteur et une vingtaine en largeur peu après l'explosion; on est loin de «quelques kilomètres», et il s'agit de dimensions tout à fait courantes pour une rentrée atmosphérique], se déplaçant à la même vitesse, traversèrent la France à l'instant précis où les effets de frottement et d'échauffement des matériaux sont les plus importants [en fait, c'est vers 60 km d'altitude que ces effets sont les plus importants, et l'objet se trouvait alors au-dessus de l'Allemagne, et si le phénomène était moins spectaculaire c'est parce que l'objet avait perdu la plus grande partie de sa masse auparavant], provoquant ces lueurs vives de couleur jaune et blanche indiquant une température de plus de 10000° centigrade.

Passons sur le fait que l'on apprend à l'école que le terme «degré centigrade» est impropre et qu'aucun scientifique ne l'utilise, mais en outre une température de 10000° Celsius correspond à une lumière franchement bleutée :

Plus bleu que le ciel

Décidément, Velasco, qui se prétend ingénieur en optique, semble avoir aussi des lacunes dans ce domaine ! Notons en outre que la température n'atteint jamais une telle valeur, aucune matière ne pouvant y résister : la température est limitée par la fusion des matériaux.

Continuons :

[...]

Par ailleurs, les agences de presse diffusèrent des communiqués tous plus contradictoires les uns que les autres qui entretinrent le doute sur l'origine du phénomène.

Rappelons ses propres déclarations dans les médias :

— «L'hypothèse la plus plausible, qui serait d'attribuer cette affaire à la rentrée d'un satellite dans l'atmosphère, ou à la chute d'un météorite sera sans doute difficile à confirmer», annonce-t-il, soulignant que l'inversion de la trajectoire [...] ne se prête pas à ce genre de phénomène.

— Le trajet parallèle au sol décrit par les pilotes me paraît bizarre, il ressemble plutôt à celui d'un ou plusieurs avions ou engins propulsés.

— [Un satellite] pourrait tout au plus expliquer une forte lueur pendant quelques secondes, mais il ne pourrait pas expliquer la longue durée de l'observation, qui a duré plusieurs minutes.

— La durée des observations atteint plusieurs minutes et souvent plus de deux minutes. Or une rentrée atmosphérique (satellite ou météorite) dure toujours moins d'une minute.

— Un axe semble ressortir ouest-est; il s'agirait d'un axe qui partirait de la région de Nantes à peu près jusqu'à l'Alsace.

— Les morceaux de cette fusée [...] sont entrés dans l'atmosphère [...] selon une trajectoire allant de Pau à Strasbourg.

Et il se permet de fustiger les «communiqués de presse contradictoires» ? À côté de ça, le communiqué prématuré de l'«observatoire de Munich» assimilant le phénomène à un météore, que Velasco voudrait rendre responsable de la confusion, a été très vite oublié !

Continuons :

[...] De même certaines radios et chaînes de télévision rajoutèrent une confusion supplémentaire en interviewant des pilotes comme Jean GRELE [Jean-Gabriel Greslé] qui affirma que ce qui avait été observé était incompatible avec la trajectoire fournie par la NASA [La NASA n'avait pas fourni de trajectoire, et les témoignages étaient vraiment incompatibles, de loin, avec la trajectoire fantaisiste calculée par Velasco, et annoncée dans toute la presse, à partir des informations de la NASA... Velasco a décidément l'art d'utiliser ses propres erreurs pour discréditer les autres !].

[...]

La polémique s'amplifia encore avec l'attitude de certains groupements ufologiques français qui contestaient la version de la rentrée atmosphérique, ce qui était leur droit de plus élémentaire à condition qu'ils apportent la preuve de leurs affirmations sur l'origine du phénomène incriminé [lesdits groupements avaient apporté bien des preuves que les observations étaient incompatibles avec la version donnée par Velasco, et ils ne pouvaient même pas imaginer que celui que le CNES présentait comme son expert officiel en matière de rentrées atmosphériques ait pu commettre des erreurs aussi grossières précisément dans son domaine d'expertise !].

Un autre facteur supplémentaire a peut-être jeté la confusion : c'est le fait que cet événement coïncidait avec la période de tension internationale précédant la guerre du Golfe. En effet, des manoeuvres militaires étaient en cours un peu partout dans le monde, ce qui a sans doute troublé les esprits, à commencer par les pilotes civils et militaires. Une majorité d'entre eux rapportaient que l'interprétation qu'ils faisaient du phénomène était la formation d'avions de combat en post-combustion
[et l'explication fournie par l'expert du CNES n'a pas mis fin à cette agitation, alors que la trajectoire de l'étage de fusée annoncée était en contradiction totale avec les indications de nombreux militaires en service ayant observé le phénomène (pensons par exemple à ceux de la base d'essais de missiles de Biscarosse, dans les Landes, qui ont vu un phénomène traverser le ciel de gauche à droite et culminer au nord à 60° de hauteur angulaire, à qui l'on expliquait qu'ils avaient observé un étage de fusée qui d'après la trajectoire annoncée avait depuis leur point de vue traversé le ciel de droite à gauche, culminant au sud-est à 45° au-dessus de l'horizon)... Effectivement, les militaires sont restés très agités APRES l'explication du SEPRA, et il me semble que jouer ainsi avec les nerfs des militaires en période de grande tension internationale est assez risqué !].


Juin 1998 : Interview dans Phénomèna


Dans le «Chapeau» de cette interview parue dans le numéro 39, le journaliste (probablement Perry Petrakis) notait : Le chef du SEPRA a beau consacrer 60% de son temps aux ovnis et le reste à la trajectographie «pour laquelle on dépend entièrement des Américains», il n'en ressort rien — ou si peu.

Je note cela parce que cette affirmation qu'«on dépend entièrement des Américains» (déjà rencontrée dans les déclarations à la presse) faisait aussi partie des nombreux mensonges soutenus par l'avocat de Velasco lors de l'audience en appel du procès qu'il me fait... Il voudrait ainsi rejeter sur «les Américains» la débâcle totale du SEPRA dans le domaine des rentrées atmosphériques... Or, s'il est vrai que la France ne dispose pas des moyens de suivi de satellites des Américains, ces derniers diffusent largement les paramètres orbitaux des satellites qu'ils calculent ainsi, et ces données sont fiables, sauf bien sûr lorsqu'elles concernent certains de leurs satellites militaires (lesquels n'ont jamais été responsables d'une rentrée atmosphérique en France). Si le SEPRA est incapable d'exploiter ces données, comme savent le faire tous les amateurs de satellites et tous les radio-amateurs, ça n'est pas la faute des Américains ! Velasco voudrait sans doute que ces «Américains» sur qui il veut rejeter toutes ses fautes ne se contentent pas de diffuser gratuitement toutes les données orbitales qu'ils acquièrent par leurs installations militaires, mais qu'en plus ils fassent gracieusement, et de préférence sans même demander de remerciements, tout le travail d'expertise d'une rentrée atmosphérique au-dessus de la France : calcul de la trajectoire, confrontation aux témoignages... Bref tout le travail qui devait être celui du SEPRA, et que ce dernier n'a jamais fait... Velasco toucherait de son côté son salaire d'expert en rentrées atmosphériques pour recopier les conclusions de ces braves Américains et s'en attribuer tout le mérite, et il serait parfaitement heureux... Ça ne se passe malheureusement pas ainsi, alors il se console en essayant de soutirer de l'argent, par des procès complètement truqués, à ceux qui dénoncent sa totale incompétence et font des efforts bénévoles pour combler les lacunes du SEPRA en matière d'information sur les rentrées atmosphériques.

Il n'y a rien qui concerne les rentrées atmosphériques dans l'interview, mais une intervention intéressante de Velasco, se plaignant du fait que Perry Petrakis, le président de l'association SOS-OVNI qui éditait la revue, ait pu obtenir directement des informations dans une base militaire :

[...] s'il n'y avait pas en France la structure qui existe depuis un peu plus de 20 ans, on serait dans la même situation qu'aux États-Unis. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il n'y aurait plus aucun élément de crédibilité sur le sujet. Nous n'aurions que des gens qui diffuseraient sur toute la France leurs idées sur les EBE et les Petits Gris et tout ce que vous voudrez, tandis que la Défense se replierait sur elle-même et ne communiquerait plus à quiconque aucune observation y compris à une organisme comme le CNES. C'est la raison pour laquelle les militaires se doivent à veiller à ce que l'information circule par le canal que l'on connaît. Ce n'est pas pour interdire à des associations comme SOS OVNI d'avoir ces informations, mais c'est simplement pour éviter de se retrouver un jour dans une situation identique à celle des États-Unis.

Velasco est donc le garant de la crédibilité de l'étude des ovnis... Comme sans doute de celle des rentrées atmosphériques ? Le fait est que Pierre Neirinck, pas mieux traité que les ufologues bien que son sérieux et sa compétence ne puissent être mis en doute, n'a pas non plus eu accès aux sources d'informations de Velasco... Ce dernier a juste daigné lui envoyer une poignée de rapports de gendarmerie sur lesquels ne figuraient ni les noms des témoins, ni les lieux d'observation !


19 juillet 1998 : Interview dans Nord-Éclair


Ce quotidien du Nord donnait la parole à la fois à Joël Duquesnoy, président-fondateur du GERU (Groupement d'études et de recherches ufologiques, dans le Nord), et à l'inévitable Jean-Jacques Velasco...

Rien dans cet article ne concernait les rentrées atmosphériques, si ce n'est la place qu'elles occupent dans son travail :

Je consacre un tiers de mon temps à la surveillance des rentrées atmosphériques, un tiers à faire des interventions publiques et médiatiques et un tiers à l'étude des cas d'OVNI.

Je laisse à chacun le soin d'évaluer ses performances dans les trois domaines !


Juillet 1998 : Le numéro spécial de VSD


Dans ce premier numéro spécial OVNI intitulé «OVNI, les preuves scientifiques», il était évidemment beaucoup question de Velasco. On n'y trouve pas grand-chose sur les rentrées atmosphériques, sinon une savoureuse phrase d'André Lebeau, ancien directeur du CNES (il l'était au moment de la création du SEPRA), répondant au journaliste qui lui demandait si les enquêtes sur les ovnis étaient conduites sérieusement :

«Il ne faut pas oublier que le Sepra fait partie du Cnes et que cet organisme s'est acquis une réputation mondiale dans le domaine des rentrées atmosphériques d'objets spatiaux.»

Il faut croire qu'aucun scientifique n'a cherché à vérifier les «expertises» de Velasco (que ce soit dans le domaine des rentrées atmosphériques ou dans celui des ovnis, d'ailleurs)... On lui a fait confiance aveuglément, parce qu'il était présenté par le CNES.

Ce numéro spécial republiait encore une fois les deux photos de Gennevilliers, toujours présentées comme des photos de la rentrée atmosphérique... Curieusement, une autre photo du même genre (un autre avion ou hélicoptère !) prise le même soir par le même photographe était publiée pour la première fois :

Série de lumières rouges et blanches très pures

Puisque ces photos avaient été reçues initialement par le directeur du SEPRA, c'est sûrement lui qui les a fournies à VSD, avec la nouvelle... Et donc, en 1998, il était encore persuadé qu'il s'agissait de la rentrée atmosphérique !


8 octobre 1998 : Velasco répond au Cercle zététique


La preuve nous viendra de la réaction d'un site de zététique (c'est-à-dire de sceptiques), dans lequel Éric Maillot (zététicien s'intéressant particulièrement aux ovnis... Un peu excessif parfois mais qui a souvent raison) critiquait le numéro spécial de VSD, et se moquait en particulier de l'explication que donnait Velasco de ces photos «de la rentrée atmosphérique».

Et pour une fois, Velasco a répondu, le 8 octobre 1998 :

Sur les photographies du 5 novembre 1990. Sans utiliser de moyen d'analyse ni examen du cliché il [Éric Maillot] affirme qu'il s'agit d'un avion [il n'est vraiment pas besoin d'analyse pour reconnaître ces traces caractéristiques que tous les astrophotographes maudissent ! Mais donc, Velasco laisse entendre qu'il aurait procédé à un examen approfondi du cliché pour conclure qu'il s'agissait de la rentrée atmosphérique !] ! Il n'a même pas pris le soin de vérifier la concordance de l'heure de la rentrée du corps de fusée avec le cliché pris par le photographe [notons qu'outre le fait que, comme le remarque Maillot avec humour, «si l'on voit un bus passer à 21 h 30 et que l'on photographie un avion à 21 h 30, cela ne change rien au fait qu'il y a bien un avion sur la photo et pas un bus», l'heure de prise de la photographie était précisément de 18 h 44 d'après le photographe, alors que la rentrée atmosphérique passait à 19 h 01... Velasco a décidément des tolérances très larges sur les «concordances» !].

Dans la même critique de ce numéro spécial de VSD, Maillot notait aussi, sûrement avec raison, que l'observation d'un «ovni» par un pilote militaire en vol près de Poitiers s'expliquait vraisemblablement par un météore lié à un essaim majeur (la date et la direction concordaient, et la description évoquait vraiment un gros météore). Velasco lui répond :

Je n'ai jamais entendu un pilote confondre un essaim de micro-météorites, car c'est de cela qu'il s'agit, avec le phénomène observé.

Rappelons donc, ou plutôt apprenons, à ce Monsieur qui est censé expertiser «les rentrées de météorites ou de satellites» que les essaims de météores, résultant du passage de la Terre dans l'orbite d'une comète, donnent lieu à des météores de toutes luminosités (par contre, ils ne sont jamais liés aux chutes de météorites, c'est-à-dire de débris atteignant le sol, parce que les comètes sont formées de matériaux très fragiles; il y a peut-être une exception avec l'essaim des Géminides, qui n'est justement pas lié à une comète mais à un astéroïde). Quant aux «micro-météorites», c'est le nom que l'on donne aux poussières météoritiques trop petites pour donner lieu à des étoiles filantes visibles. Apparemment, si Velasco a proposé lui-même que son service prenne en charge une partie qui apparaissait souvent dans les témoignages : les «rentrées atmosphériques», à savoir les météores ou les rentrées d'objets satellisés, il ne connaissait pas mieux les uns que les autres !


Janvier 1999 : À la maison dans CNES Magazine


Dans deux pages (26-27) de ce numéro 4 consacré aux débris spatiaux, Velasco parlait des rentrées atmosphériques à risques, et de la façon dont le CNES et son service s'en occupaient. Il explique :

Il y a deux sortes d'objets satellisés potentiellement dangereux lors d'une rentrée dans l'atmosphère : ceux dont la masse est généralement supérieure à 5 tonnes, qui ne seront que partiellement détruits (moteurs, noeuds de liaison, sphères et réservoirs, etc) [il ne s'agit pas là des objets, mais des parties des objets résistant à la rentrée... Et les moteurs et réservoirs des étages de fusées ne sont pas considérés comme «potentiellement dangereux», sans quoi on serait en alerte permanente !] au moment de la désintégration dans les hautes couches de l'atmosphère, et ceux équipés de générateurs électronucléaires (Cosmos 954) dont les débris arrivant au sol pourront provoquer une contamination radioactive sur Terre. La multiplication du nombre des objets satellisés, l'augmentation de la masse des charges utiles en orbite basse, de celle des étages supérieurs et l'accroissement des incidents ont rendu plus fréquentes les retombées de cette catégorie.

Je le répète, les étages supérieurs des fusées n'ont jamais été considérés comme des objets à risque, même s'ils pourraient occasionner de gros dégâts si par malchance ils tombaient sur une habitation... Il n'y a guère que les stations orbitales et les satellites porteurs de matières radioactives qui ont été considérés comme tels (et aussi quelques rares gros satellites dont on savait que des débris importants atteindraient le sol). Ceci dit, si Velasco tient absolument à prétendre que la rentrée d'un troisième étage de lanceur Proton (un des plus gros qui existe) fait courir un risque à la population, et que le CNES a donc fait preuve d'une dangereuse négligence en se montrant incapable d'avoir prévenu la population concernée AVANT la rentrée d'un tel étage le 5 novembre 1990 (et en se montrant en outre incapable même après trois semaines de retracer correctement sa trajectoire !), je lui laisse la responsabilité de cette affirmation.

Malgré ces quelques réserves, cet article est incontestablement ce que Velasco a écrit de plus professionnel dans le domaine des rentrées atmosphériques (dans la revue du CNES, il ne pouvait pas se permettre d'écrire n'importe quoi)... Il y décrit quelques exemples de ces «rentrées à risque», et les procédures mises en place par le CNES pour les gérer. Par contre, il ne donne aucune information sur les travaux accomplis par le SEPRA dans ce domaine, puisque justement il nous explique que le SEPRA ne s'occupait pas des rentrées atmosphériques à risque :

Pour assurer cette mission, le CNES a mis en place une organisation à deux niveaux : une structure permanente de surveillance des objets et débris spatiaux en phase de routine, le Sepra (Service d'Expertise des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques) ainsi qu'une cellule spécialisée de rentrée atmosphérique pour les objets à risque en phase finale de retombée.

Donc, le SEPRA n'était pas du tout concerné par tous les exemples qu'il nous donne dans son texte le plus sérieux dans le domaine... Et, comble de malchance, on allait même retirer au SEPRA, moins d'un an plus tard, toute activité dans le domaine des rentrées atmosphériques, en renommant le service !

L'article était illustré par une photo sur laquelle Velasco exhibe fièrement «son» débris de rentrée atmosphérique, le même que celui qu'il montrait quelques années plus tôt dans Sciences & Avenir :

Vieux débris

Mais la légende est tout autre : «Débris retombé sur Terre le 13 février 1989 du satellite russe Cosmos 1984 et retrouvé en France», alors que dans Sciences & Avenir le même objet était décrit comme un morceau de réservoir de fusée retombé sur le Berry ! Que penser de cela ?

Vérification faite, Cosmos 1984 est bien rentré le 13 février 1989 (ça figure dans le catalogue des rentrées atmosphérique de la NASA) en fin de journée (il était encore en orbite à 17 h TU, date des dernières données orbitales fournies par la NASA)... Et il était passé au-dessus de la France ce soir-là à 21 h 35 TU (soit 22 h 35), mais pas au-dessus du Berry :

Trajectoire sud-est de la France cap nord-est

De plus, il s'agissait d'un satellite-espion soviétique contenant des films photographiques que l'Union Soviétique était supposée récupérer. La rentrée des satellites de ce type était donc contrôlée pour s'effectuer sur le territoire soviétique, et effectivement ses dernières données orbitales nous indiquent qu'il orbitait à trop haute altitude pour que sa rentrée se produise naturellement... Bref, ce morceau de tôle n'appartient certainement pas au satellite Cosmos 1984... Peut-être au deuxième étage de la fusée Soyouz qui l'a lancé ? C'est bien possible : cet objet passait au-dessus de la France, en phase de rentrée imminente (moins de deux heures après les derniers paramètres orbitaux enregistrés) et au-dessus du Berry, le 21 décembre 1988 à 0 h 52 :

Trajectoire nord-ouest/sud-est au milieu de la France

Mais alors, cette rentrée n'a pas eu lieu le 13 février 1989... On attendrait dans tous les cas que Velasco fasse preuve d'un peu plus de rigueur en rapportant la rentrée de l'unique débris de satellite que son service ait récupéré en douze ans d'exercice (je n'ai trouvé aucune autre relation de l'incident) !


8 février 2003 : Un morceau de navette à Tibiran-Jaunac ?


Je ne résiste pas enfin au plaisir de relater sa dernière, euh, je ne sais pas quel mot employer sans risquer d'être poursuivi pour injure, dans le domaine des rentrées atmosphériques.

Ce jour-là, un morceau de matière ressemblant à de la mousse d'isolation brûlée tombait du ciel sur ce village des Hautes Pyrénées, et puisque c'était sa région Velasco était invité à donner son avis... Ce qu'il a fait le 12 février dans la Dépêche du Midi :

Le responsable du Centre régional d'étude des phénomènes rares aérospatiaux (Cepra au CNES) n'écarte aucune hypothèse. Tout ce qui tombe du ciel peut avoir des origines diverses, y compris à caractère aéronautique (aviation) voire aérospatial (satellite et autres appareils). Évidemment, l'hypothèse de la trouvaille d'un échantillon de la navette Columbia, qui s'est tragiquement désintégrée le 1er février faisant sept morts, est jugée plausible par le scientifique qui espère obtenir de l'objet de nombreuses informations. Le centre d'orbitographie, en liaison avec la NASA, rappelle Jean-Jacques Velasco, sera rapidement consulté. Il n'y a plus qu'à attendre les analyses.

Il n'était pas encore convaincu de l'inanité de cette hypothèse deux semaines plus tard, puis qu'il déclarait le 3 mars, toujours dans la Dépêche du Midi :

«Apparemment, il s'agit d'une sorte de mousse, de polymère, de type cellophane, probablement un matériau qui sert à isoler quelque chose, indique le responsable du Cepra. Maintenant, sur sa provenance, nous ne savons pas encore. On reste sur une interrogation quant à l'origine de cette affaire. Mais les analyses peuvent être davantage poussées par d'autres laboratoires, par exemple le CEAT (centre d'essai aéronautique) ou même par la NASA s'il le faut.» L'hypothèse d'un débris de la navette Columbia, qui s'est tragiquement désintégrée avec sept astronautes à bord, le samedi 1er février, semble toujours plausible aux yeux de Jean-Jacques Vélasco qui ne veut négliger aucune piste.

Imaginer ne serait-ce qu'une seconde qu'un objet en mousse puisse résister à une rentrée atmosphérique, ça dépasse la «prudence scientifique» pour tomber dans l'incompétence... Et pour ce qui est de la navette Columbia, elle suivait une orbite inclinée de 39° sur l'équateur, et il était donc impossible qu'aucun de ses débris tombe à une latitude plus élevée (Tibiran-Jaunac se trouve à 43 degrés de latitude)... Une simple consultation des paramètres orbitaux de la navette, que l'on trouve non seulement dans le catalogue du NORAD mais un peu partout sur Internet, suffisait pour éliminer formellement cette hypothèse.

Mais ça n'est que le 15 mars que Velasco a donné sa conclusion définitive dans Le Figaro.

D'après les dernières analyses, ces mystérieux objets, longtemps non identifiés, dont certains pensaient qu'ils pouvaient provenir de la navette Columbia [qui donc a pu imaginer pareille absurdité ?], ne sont en fait que des blocs de mousse qui se sont envolés d'un feu sous l'effet de la chaleur.

Jean-Jacques Velasco, responsable du Service d'expertise des phénomènes rares aérospatiaux (Sepra) au Centre national d'études spatiales (Cnes) à Toulouse, a constaté que les cinq fragments tombés au sol étaient tous semblables : de même texture, légers, et présentant un aspect brûlé. Leur composition et l'absence de cratère au point d'impact éliminent l'hypothèse de météorites qui se seraient consumées dans l'atmosphère
[son «oeil averti» ne lui suffisait donc plus pour faire cette déduction ? Concernant l'absence de cratère, on n'en trouve que pour les météorites très massives (plusieurs dizaines de kilogrammes au moins); les autres perdent presque toute leur vitesse avant d'atteindre le sol].

«En tombant, les objets étaient relativement mous et chauds, indique Jean-Jacques Velasco, car des brindilles et des petits cailloux sont presque inclus au matériau qui était face au sol. Ils ont dû s'envoler d'un feu. Gorgés d'air chaud comme une montgolfière, ils ont dû monter très haut, permettant ensuite au vent de les pousser sur plus de 25 km de distance.»


Notons qu'ne montgolfière ne fonctionne que parce que son enveloppe a une masse très inférieure à celle de l'air qu'elle contient, et même les mousses d'isolation sont bien loin d'être aussi légères (on a fabriqué tout récemment une mousse presque aussi légère que l'air, qui a d'ailleurs été utilisée sur un satellite pour recueillir les poussières de l'espace, mais elle ne résiste pas du tout au feu)... Aussi, qu'elles soient gorgées d'air chaud ou d'air froid ne changerait pas grand-chose... Si ces morceaux provenaient d'aussi loin que Velasco le dit (ce dont je doute fortement parce qu'ils auraient eu le temps de refroidir), c'est en ayant été portés à haute altitude par les courants ascendants d'un violent incendie, et non par un invraisemblable «effet montgolfière».

Il est vrai que depuis 2000, Velasco ne se présente plus comme responsable du Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques, mais comme on l'a vu du Service d'expertise des phénomènes rares aérospatiaux (ou quelque chose d'approchant, ça varie un peu)... Mais puisque le CNES n'a jamais renié ses douze années d'expertise de rentrées atmosphérique et n'a même pas annoncé publiquement le changement, on doit considérer qu'il est toujours expert dans ce domaine... Il ne s'est par contre jamais présenté comme expert en montgolgières... Encore que les seuls éléments qu'il ait apportés au cours du procès qui nous oppose pour prouver ses compétences en matière de rentrées atmosphériques ont été des articles de presse relatant son enquête portant sur un «ovni» expliqué par un ballon de baudruche (cas bien connu de Voreppe) !

Robert Alessandri



Rubrique SEPRA

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Ce texte a été lu fois depuis le 05/10/2003