Les drones, mal vus au-dessus des centrales nucléaires
(30/10/2017)


La fin de l'année 2014 a été marquée par la multiplication de survols de centrales nucléaires par des drones ou des « aéronefs assimilés »... Toutes les centrales nucléaires françaises ont été concernées, plus quelques installations militaires sensibles... Des associations antinucléaires en ont profité pour dénoncer le manque de sécurité des centrales, et réveiller les craintes d'attentats... Quant aux ufologues, beaucoup ont mis en doute l'implication de drones disponibles dans le commerce, et ont pensé avoir affaire à une nouvelle vague d'ovnis.


La tension monte chez EDF

Le premier survol enregistré a concerné la centrale de Creys-Malville le 5 octobre 2014... EDF a porté plainte le 8, et l'a annoncé le 21 sur son site par ce communiqué laconique :

Le 5 octobre, les équipes de surveillance de la centrale de Creys-Malville ont détecté la présence illégale d'un aéronef assimilable à un drone sur la zone d'interdiction aérienne de la centrale. Conformément à nos procédures, les pouvoirs publics ont immédiatement été prévenus.

Ce survol n'a eu aucune conséquence sur la sûreté et le fonctionnement des installations.

La direction de la centrale a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Morestel le 08/10/14 .


Mais entre-temps, d'autres survols avaient eu lieu, et ce communiqué était accompagné de plusieurs autres, quasi-identiques, concernant des survols des centrales du Blayais le 13 octobre, de Cattenom le 14 octobre, de Nogent-sur-Seine les 13 et 19 octobre, et de Chooz et Gravelines le 19 octobre... Et quelques jours plus tard, le 27, un nouveau communiqué annonçait le survol de la centrale de Bugey les 19 et 20 octobre...

On en était donc à neuf survols annoncés en guère plus de deux semaines avant toute information publique. Ces communiqués, noyés dans les signalements d'incidents mineurs sur les centrales, n'ont pas attiré l'attention jusqu'à ce que l'association Greenpeace s'en mêle, par la voix de Yannick Rousselet, chargé de campagne contre le nucléaire. Selon lui, ces intrusions répétées révélaient un grave manque de sécurité des centrales.

La grande presse a réagi le 29 octobre, avec des déclarations quelquefois contradictoires... Ainsi, un expert cité dans plusieurs journaux indiquait : Ce n'est pas un seul type de drone qui a été identifié, mais plusieurs. Certains faisaient quelques dizaines de centimètres à peine, et avaient un rayon d'action très court, de quelques centaines de mètres tout au plus. Mais d'autres, et c'est plus préoccupant, étaient bien plus gros, peut-être deux mètres de large, donc suffisamment importants pour transporter une charge explosive. Mais le Figaro citait de son côté le colonel Breton qu précisait que les drones évoqués par les témoins sont des mini-drones, en vente dans le commerce.

On se perdait en conjectures sur l'origine de ces drones, soupçonnant aussi bien l'association Greenpeace elle-même, dans la continuité de ses nombreuses intrusions dans les centrales, que des terroristes préparant un attentat...

Par contre, des témoignages, des descriptions de ces drones supposés sur lesquelles se reposaient les « experts », on n'en avait aucun, pas plus que des films ou photographies... De quoi alimenter la complotite aiguë de beaucoup d'ufologues !

D'autant qu'en réponse à cette médiatisation, il y eut deux survols le 30 octobre, et sept le 31 !

Les survols ont perduré tout le mois de novembre, pour s'espacer ensuite peu à peu. Au total, ce sont une quarantaine de survols différents qui ont eu lieu en octobre et novembre 2014.

Les ufologues s'en mêlent

Sans surprise, le forum les Mystères des Ovnis s'est très vite emparé de l'affaire. On se souvient que quatre ans plus tôt, c'est ce forum très orienté vers l'hypothèse extraterrestre qui a révélé une observation d'ovni au-dessus de la centrale de Golfech, par deux témoins travaillant dans la centrale avec une vidéo à l'appui ; il est vite apparu que le « triangle » visible sur la vidéo était formé par trois lampadaires de la centrale, alors que l'objet vu par les témoins était vraisemblablement un avion... Mais des enquêteurs peu scrupuleux avaient profité de l'affaire pour dénoncer un « scandale au Geipan » qui avait beaucoup agité le monde ufologique, avec des critiques largement excessives et mensongères (même si l'enquête originelle du Geipan n'était pas exemplaire).

On trouve aussi sur le forum un fil de discussion de 30 pages intitulé : pourquoi les ovni s'intéressent-ils au nucléaire ? Il n'est pas question de se demander SI les ovnis s'intéressent vraiment au nucléaire, une idée très répandue mais qui ne repose finalement que sur des témoignages douteux et des statistiques discutables... Sur ce forum, tous les intervenants ou presque sont persuadés que la question ne se pose même plus !

Ces drones insaisissables qui multipliaient leurs apparitions au-dessus des centrales ont donc inévitablement attiré l'attention de ce forum et dès le 31 octobre, son fondateur Benjamin Dupuis écrivait sur un fil de discussion créé à cette occasion : On nous parle de drone mais de nuit quelle preuve qu'ils s'agit vraiment de drones ? C'est un peu voir des drones partout quand il n'y a qu'ovnis...

C'est évident ! On imagine sa joie lorsque plus tard, en janvier 2015, le directeur de la centrale du Blayais a semblé lui donner raison... Il a déclaré, en cherchant à minimiser l'importance du survol qui avait eu lieu le 13 octobre 2014 : Ici, on n'a pas vu de drone. On a vu un ovni et il n'y a eu aucun impact sur la sûreté de nos sites. Notre position est claire, lorsqu'il y a survol du site nous portons plainte et on communique. Et le journal Sud-Ouest qui rapportait ses dires titrait en gros : « C'est un ovni, pas un drone » qui a survolé la centrale nucléaire du Blayais ! Rappelons qu'au sens strict, le terme OVNI s'applique à n'importe quel objet volant qu'on n'aurait pas identifié avec certitude ; c'est sûrement le sens que ce responsable lui donnait, alors que pour Benjamin il est clair que ça évoque quelque chose de bien plus exotique !

Et bien évidemment, le témoin et les enquêteurs de l'affaire de « l'ovni » de la centrale de Golfech ont profité de cette vague de survols pour reparler de leur « scandale ». Et ils ont pu se réjouir lorsque la Dépêche a annoncé le 31 octobre un survol de la centrale de Golfech, épargnée jusque là, ayant eu lieu la veille :

Ce sont deux gendarmes du peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG) de Golfech — une unité spécialisée dans la surveillance des sites nucléaires français et composée en Tarn-et-Garonne de 37 militaires qui protègent en permanence la centrale — qui ont aperçu, ce jeudi vers 21 heures, ledit objet : en l'occurrence un drone. « Ce n'est pas un jouet d'enfant mais un drone de pro à quatre hélices et d'une envergure de 60 centimètres qui a survolé la zone entre la centrale hydroélectrique et le canal de rejet de la centrale nucléaire » assure-t-on du côté de la compagnie de gendarmerie de Castelsarrasin. Les militaires du PSPG qui ont pu suivre les deux passages de l'engin ont eu le temps de prendre des clichés. Le drone ne menaçant pas le site, les gendarmes qui avaient autorité pour tirer sur l'engin, ont préféré le laisser partir. « Ne sachant pas où l'objet volant pourrait s'écraser sur ce site sensible, nous avons choisi de ne pas le neutraliser » certifiait le colonel Christophe Daniel. Des militaires qui préféraient en tout état de cause laisser le drone reprendre sa course en vue de privilégier sa poursuite et surtout de localiser son pilote. C'est en direction de l'ouest vers Lamagistère que l'engin s'échappait après son survol de la centrale. Durant près de 9 km l'engin ayant ses propres lumières visibles de loin, les gendarmes tarn-et-garonnais qui recevaient le renfort des patrouilles du PSIG de Castelsarrasin sous la houlette du lieutenant Rémi Ruiz, parvenaient à suivre le drone qui partait en direction du département voisin. C'est vraisemblablement du Lot-et-Garonne près de Saint-Jean-de-Thurac que le pilote chevronné de ce drone aurait fait décoller son engin et l'aurait par la suite récupéré ; les gendarmes mobilisés dans les deux départements ne parvenaient toutefois pas à trouver le point de chute. Les hommes du lieutenant Ruiz s'attelaient durant une partie de la nuit avec leurs homologues lot-et-garonnais, à quadriller le secteur, passant au crible les éventuels postes d'où le pilote aurait pu faire décoller son engin ; les gendarmes ayant la trajectoire de fuite de l'engin. En vain. Le dispositif a été levé dans la nuit sans avoir pu retrouver sa trace. Avec la centrale de Penly survolée la même nuit, le site nucléaire de Golfech est le 9e dont l'espace aérien a été violé. EDF et la centrale nucléaire de Golfech ont conjointement déposé plainte.

C'était aussi a première fois qu'on avait un peu d'informations sur l'objet observé. Concernant l'opinion des gendarmes que « ce n'est pas un jouet d'enfant mais un drone de pro à quatre hélices et d'une envergure de 60 cm », signalons que le « Parrot AR 2 » qui était alors le plus vendu de ces drones-jouets fait 52 cm d'envergure avec sa carène, on n'était pas loin ! Les 9 km parcourus sont par contre largement hors de portée de ce drone, qui ne peut voler qu'à 20 km/h pendant une dizaine de minutes et ne peut pas s'éloigner de plus d'une centaine de mètres de son pilote dans sa version de base ; mais des appareils un peu plus élaborés peuvent atteindre 40 km/h et être pilotés jusqu'à une dizaine de kilomètres, ou suivre une route préprogrammée par GPS. On ne sait pas trop du reste quelle confiance accorder aux appréciations des gendarmes concernant la distance parcourue par le drone, sachant qu'ils devaient laisser penser qu'ils étaient à deux doigts d'appréhender le pilote, afin de décourager une récidive de lui ou d'autres amateurs. Il serait enfin peu judicieux de la part d'un pilote de drone de faire effectuer à son appareil un aller-retour d'une dizaine de kilomètres, risquant de le faire repérer bien avant le survol de la centrale... Le drone a dû décoller à proximité de cette dernière, et s'éloigner ensuite pour se jouer de ses poursuivants.

Bref là apparemment il s'agissait bien d'un classique drone à quatre hélices, reconnu comme tel, et s'il ne s'agissait sûrement pas d'un des plus basiques ça n'était pas non plus nécessairement un appareil très performant.

Le 2 novembre, Benjamin adressait un message à tous les membres du forum, relayé aussi sur un nouveau sujet :

Bonjour,

Nous venons de recevoir de nouveaux éléments (engin triangulaire gigantesque, alertes quotidiennement dans les centrales, témoins qui affirment que ce ne sont pas des drones, témoignages à l'étude en privé...) qui nous permettent de penser qu'il n'y a pas que des drones qui survolent les centrales nucléaires. Nous sommes peut-être devant une nouvelle vague d'ovnis. Étant donné que ce genre d'évènement est de plus en plus rare nous avons envie de réagir. Ainsi nous demandons à tous les membres qui le souhaitent de se munir de jumelles, appareil photo avec zoom, bonnettes à réseau, caméscope ... et de se rendre aux alentours des centrales pour obtenir des éléments de preuve indiscutables. Il y a fort à parier que si des ovnis comme lors de la vague belge sont en cause les autorités ne communiqueront pas.

Rendez-vous sur ce sujet pour que l'on puisse organiser les observations : http://www.forum-ovni-ufologie.com/t19338-surveillance-des-centrales-nucleaires-et-des-alentours

Si vous voyez quelque chose ou si vous connaissez un témoin voici un formulaire anonyme : http://www.forum-ovni-ufologie.com/h32-formulaire-de-temoignage-ovni

Cordialement


On verra plus loin ce que cet appel a donné, mais intéressons-nous d'abord au principal témoignage sur lequel Benjamin s'appuyait...

Le premier témoin civil

Le premier novembre vers midi, le témoin d'une observation s'est manifesté dans le forum, ayant vu la veille un objet à proximité de la centrale de Golfech, précisément le soir où elle était survolée par un drone... Son témoignage est resté quelques heures sur le forum, mais Benjamin l'a très vite retiré : depuis justement l'affaire de l'ovni de Golfech, les responsables du forum ont constaté combien il était difficile de mener une enquête dans une discussion publique, et ils ont créé un « sas » afin que les cas intéressants puissent être d'abord étudiés en privé par quelques « enquêteurs » privilégiés (dont le choix semble assez arbitraire)... On imagine leur fureur lorsqu'ils ont découvert que ce témoignage était résumé le 12 novembre dans un article du site web de la revue Nexus. Le témoignage complet a ensuite été publié sur la partie du forum réservée aux membres, je ne sais donc pas quelles réactions il a suscitées, mais il a été repris sur le site UFOcenter :

Observation Ovni 2014 : le 30/10 entre 20h50 et 21h00 - Un Engin insolite centrale nucléaire Golfech - Ovnis à Dunes - Tarn-et-Garonne (dép.82)

Prénom ou pseudo :
Marc T
Ville : Dunes
Déparement : Tarn-et-Garonne (dép.82)
Région : Midi-Pyrénées
Pays : France
Date : 30/10/2014
Heure du début de l'observation : Entre 20h50 et 21h00
Durée de l'observation : De 4 à 5 minutes
Conditions météo : Ciel dégagé éclairé, vent sud-est à nord-ouest
Nombre de témoins : 2
Type de phénomène : Un engin insolite
Signalement officiel : Oui

Récit complet de l'observation :

Observation du 30 Octobre 2014, entre 20 h 50 et 21 h 00. La maison où je me trouvais se situe en hauteur, sur l'un des coteaux de la commune... Avec une vue dégagée sur la Centrale de Golfech.

Mon ami et moi-même sommes assis dans la cuisine. C'est la fin du repas. Nous sommes en train de boire notre café tranquillement. Je suis assis d'un côté de la table et lui de l'autre. Je fais face à la fenêtre donnant sur l'est en direction de la Centrale, quand je vois comme un « point » lumineux (de couleur blanche) assez intense. J'ai d'abord pensé à une étoile. On continue à discuter, café etc... Puis, une à deux minutes après en regardant une seconde fois dans la même direction, j'ai réalisé qu'il n'y avait normalement pas d'étoile aussi brillante ici avant. Alors j'ai fixé le point, attentivement (comme attiré par lui...) Il ne bougeait pas encore, ne se déplaçait pas, mais il émettait déjà une lumière de plus en plus forte. Là, je me suis dit que ce n'était pas normal, même illogique car la seule source lumineuse pouvant émettre un tel « éclat » serait celle du projecteur d'un avion de ligne type Airbus A340 ou Boeing... Mais à cette altitude ce n'est pas possible, trop bas. J'ai donc, de suite, averti mon ami qui était en face de moi toujours à table. Il a donc regardé lui aussi, constaté la même lumière vive de type « étoile » très brillante qui restait fixe, aussi assez basse sur l'horizon (c'est aussi ce qui ma frappé la seconde fois, être aussi basse sur l'horizon et aussi tellement vive). Nous nous sommes donc précipités dehors, une paire de jumelles à la main, et avons commencé notre observation depuis le bord de la route. Moi aux jumelles et mon ami à l’œil nu.

> Pendant une bonne minute, nous l'avons observé, il n'a toujours pas bougé. Toujours aussi brillant. On ne voyait qu'un « gros point lumineux de couleur blanche » (sans couleur) à l'horizon direction nord-est vers Donzac (au-dessus de Donzac pour être plus précis). À environ 4 à 5 kilomètres de nous et à une altitude de 200 m environ (pas beaucoup plus haut que les tours de la centrale elle-même).

Ce qui nous poussait toujours à le fixer après plus d'une minute d'observation était toujours cette lumière si vive.

On a commencé à se poser des questions sur la nature de celui-ci (on s'est même dit que c'était peut-être simplement un avion de ligne qui venait droit — de face — dans notre direction). Puis il à commencé à bouger lentement (direction sud-est voir carte jointe) à faible vitesse, très faible vitesse. Tout en pivotant sur lui-même comme pour amorcer un virage car à ce moment-là, à partir du moment ou il a légèrement commencé sa longue courbe (virage) j'ai pu voir aux jumelles (et même mon ami à l’œil nu) une seconde lumière de type flash. Comme un stroboscope. (Je n'ai compris qu'après l'observation que ce « flash » était sûrement ce que je peux maintenant traduire comme un flash photographique).

Maintenant nous sommes à deux minutes environ d'observation, et l'objet est toujours en train de prendre des clichés au sol (angle 45° environ). Je l'ai vu émettre ce flash une dizaine de fois à la suite sur une centaine de mètres toujours au-dessus de la commune de Donzac, juste au-dessus des transformateurs/énergie électrique de la Centrale. Là où est convertie l'électricité de la centrale à sa sortie pour ensuite repartir vers 4 gros pylônes différents.

Puis, il a commencé à se déplacer de plus en plus vite, à la vitesse d'un petit avion de type Cessna. Il se dirige maintenant plus vers St-Loup, pour ensuite effectuer un virage assez serré se dirigeant alors dans notre direction. À mesure qu'il se rapprochait de nous, je pouvais voir aux jumelles un point rouge assez distinctement, assez brillant lui aussi. Mais de taille beaucoup plus petite (je précise que l'engin a toujours sa grosse lumière vive sur ce qui parait être le devant de l'appareil). Durant cette manœuvre (la suite de sa longue courbe) il a fait quelques flashes 3 ou 4, à deux endroits différents du demi-cercle qu'il venait de décrire en se déplaçant, tout en continuant d’accélérer dans notre direction. Il a ensuite ralenti assez brusquement.

> Il se situe maintenant à environ 600 à 500 m de nous. Avançant lentement, avec son gros projecteur blanc toujours allumé. Je le suis toujours aux jumelles. J'essaie tant bien que mal de distinguer une silhouette — un fuselage — mais il est toujours trop loin et avec son « spot » je n'arrive pas à voir distinctement. Tout en avançant il continue à réduire sa vitesse encore et encore pour faire presque du « sur-place ». À environ 300 m de nous, de face, toujours avec son gros spot blanc, il reste presque immobile environ 15 à 20 secondes. J'ai alors eu le temps, mon ami aussi, de voir sa forme (enfin sa forme de Face). C'est à ce moment-là qu'il est le plus près de nous.

> Il a alors une forme « d'avion ». Il ne faisait aucun bruit... rien du tout. On pouvait entendre la moissonneuse batteuse sur le coteau d'à côté (à notre droite) mais rien pour cet objet. J'ai donc pu voir deux ailes. Deux longues ailes. D'un bout à l'autre des deux ailes (son envergure) il faisait bien 6 à 7 m. J'ai l'habitude du dimensionnement d'objet « physique » dans l'espace, sur un plan ou plusieurs plans. Jouer avec les « échelles », les distances, cela fait partie de mon métier... Ce qui est certain c'est que cet objet ne faisait pas 60 cm d'envergure !

Toujours en le regardant aux jumelles, durant ces 15 à 20 sec., j'ai pu aussi voir deux autres petits points jaune-blanc aux extrémités des ailes (en même temps que le gros spot blanc de devant), mais je ne voyais plus le point rouge brillant situé sous l'objet.

Aussi, on s'est regardés et on s'est fait la réflexion avec un petit sourire pas trop tranquille : « vu où il se trouve c'est sûr qu'il nous a captés ! » On a donc continué notre observation.

Cet objet a donc continué « son chemin » en direction du village, vers Agen (direction entre Sistels et Dunes). Avant de le perdre de vue.

Toujours aux jumelles, maintenant à 500 m de moi, mais cette fois plus de profil, j'ai été très surpris car j'avais beau le suivre (il n'avançait pas très vite) je n'arrivais pas à lui donner une forme précise. J'avais bien vu ces ailes juste avant, mais cette fois pratiquement de profil, je ne voyais pas bien les contours de l'objet. Ça faisait un peu comme l'effet d'un mirage dans le désert. Les contours était flous et de couleur un peu comme un gris très sombre, un peu mat (pas brillant). Il y avait toujours le gros projecteur d'allumé, la lumière vive rouge en dessous et les deux lumières jaune-blanc de petite taille mais cette fois comme situées vers l’arrière de l'objet, mais pas sur les ailes comme je l'avais vu de face mais plus derrière — à l’arrière de l'objet (comme sur une autre ou deux autres petites ailes).

Enfin, juste avant de le perdre de vue (à cause des lumières du village) il a éteint son gros projecteur, le gros spot de devant. Pour la première fois de toute l'observation il a éteint son gros spot et juste après refait pour la dernière fois son flash à deux reprises, comme pour prendre des photos du pylône... ??

Puis il a rallumé son gros spot un peu plus loin. Le gros projecteur éteint a duré environ 8 à 10 secondes.

> Nous l'avons perdu de vue vers le village — au dessus. La dernière fois que nous l'avons vu ce fut juste après qu'il ait rallumé son gros spot (à noter que la lumière rouge a toujours été visible, toujours allumée). Pour les deux derniers flashes, j'avais l'impression aux jumelles, qu'ils étaient émis depuis l'une des deux ailes (celle de droite).

Pour finir, il n'a jamais survolé la centrale nucléaire de Golfech. L'objet est toujours resté à au moins 2 km à vol d'oiseau de la centrale. Toujours à la même hauteur (altimétrie).

Fin de l'observation.

Pourquoi un Drone de type militaire viendrait prendre des clichés photographiques sur la sortie électrique ? Des transformateurs de courant de la centrale au-dessus de Donzac ? Mais aussi pourquoi prendre en photo les pylônes électriques ? Si c'est vraiment des drones militaires, cela veut-il dire que ceux qui sont derrière tout cela ont un Budget « sans limites » ? Donc des organisations ou groupe gouvernemental ou autre état mondial... Dans quel but ? Car un drone militaire c'est 50 millions de dollars minimum pour un seul ! ... Et puis pourquoi prendre en photo ce type d’installation ? Sur le net, sur géoportail par exemple, on voit très bien les installations en détail par satellite.

Pour finir. J'ai fait ma déposition à la gendarmerie. En discutant avec les gendarmes qui ont été très « à l'écoute », ils m'ont confirmé qu'ils avaient vu eux aussi l'objet en question, mais plus tard dans la soirée vers 21 h 50. Il étaient sur près de l'un des ponts le long de la Garonne et ont vu l'objet repasser. La même chose que moi, que nous (moi et mon ami), mais encore plus gros bien plus imposant, presque comme un avion de ligne mais de forme carrée...

Voilà, je crois que j'ai tout dit.

Cordialement,

Marc.T.

Ce témoignage est accompagné des dessins suivants :

Dessin évoquant plus un avion qu'un drone

VUE DE FACE
OBSERVATION du 30 Oct. 2014
c'est là que je l'ai vu (nous l'avons vu) le plus près,
c'est aussi là qu'il est resté quasiment sur place
pendant 15 secondes environ voire légèrement plus.

Dessin évoquant plus un avion qu'un drone

VUE DE PROFIL
OBSERVATION du 30 Oct. 2014
l'engin/ l'objet est légèrement incliné


Description précise : Forme de drone avec ailes (de face) de coté plus compliqué à décrire : contours flous, couleurs des contours flous de type gris foncé mat. Gros spot blanc de type « étoile » sur le devant. Lumière rouge dessous l'objet. Flash de type photographique de temps en temps.
Couleur : ...
Taille du phénomène : 6 à 7 mètres.
Comportement : Un long mouvement stationnaire, un long virage, vitesse changeante.
Trajectoire : Nord 25° — nord-ouest 45°
Bruit spécifique : Non pas de bruit, rien.
Odeur spécifique : Non non.
Direction de l'objet en fonction du vent : déplacement contrôlé/indépendant.
Présence d’installations : Centrale Nucléaire de Golfech et ses installations extérieures.


Bon, de multiples lumières clignotantes, un gros projecteur blanc à l'avant, des contours mal distingués mais portant « deux ailes longues » et qui « évoquent un avion ou un drone militaire », des flashes répétés, ça évoque plus un avion en phase d'atterrissage ou de décollage qu'un quelconque drone multirotors et moins encore une soucoupe volante.

Notons que c'est à la même heure que cette observation, et pas une heure plus tard comme le témoin le dit, que des gendarmes de la centrale ont vu et poursuivi un drone qui n'avait rien d'imposant, tout au contraire très proche en dimension des drones du commerce... Et concernant son idée que l'objet avec ses flashes répétés prenait en photo les transformateurs de la centrale, il est bon de préciser que le jour où il a témoigné, la presse avait mentionné l'opinion d'un spécialiste qui pensait que ces transformateurs étaient le point le plus vulnérable des centrales nucléaires, celui que des terroristes pourraient vouloir attaquer... Une idée intéressante, mais à Donzac ces transformateurs sont bien visibles avec des détails très fins sur Google maps, et se trouvent à proximité d'une route publique d'où on les voit parfaitement, il n'y a donc aucun intérêt à en prendre des photos de nuit !

Sur le forum ufo-scepticisme, « Yannix » pense avoir identifié l'avion responsable, un ATR 42 en approche de l'aéroport d'Agen, et effectivement on peut constater en retraçant la trajectoire de ce vol régulier que ça colle plutôt bien...

Trajectoire de l'avion venant de Paris

En bleu la trajectoire de l'avion venant de Paris, en vert la piste de l'aéroport, en rouge la position approximative des témoins au sud de Dunes, en orange les cheminées de la centrale, en violet les transformateurs à Donzac. Notons que cette trajectoire qui passe juste au-dessus de la centrale à une altitude de seulement 700 m du sol, soit nettement en dessous de l'altitude normalement autorisée, est la trajectoire standard d'approche de l'aéroport d'Agen pour les avions volant aux instruments et ayant l'autorisation du contrôle aérien. C'est généralement le cas des avions de ligne réguliers et beaucoup de centrales proches d'aéroports disposent de ce type de tolérance, si bien qu'il n'est pas vraiment anormal de voir des avions (et des gros) survoler des centrales à moins de mille mètres d'altitude.

Le témoin (il y en a deux, mais on a comme d'habitude un seul témoignage) commence par voir une forte lumière au loin et bas sur l'horizon ; c'est tout à fait compatible avec le feu d'atterrissage d'un avion en approche qui peut être vu à plusieurs dizaines de kilomètres... C'est d'ailleurs ce qu'il a d'abord pensé, mais il y a renoncé en considérant que c'était « trop bas »... Pourtant, la fonction des feux d'atterrissage est bien d'être éclairés jusqu'à l'atterrissage !

Après environ trois minutes, soit environ quinze kilomètres de déplacement s'il s'agit bien de l'avion, le témoin estime que l'objet est au-dessus de Donzac où il prend des photos des transformateurs de la centrale. L'avion se trouve dans cette direction lorsqu'il est à 15 kilomètres, et le témoin pense qu'il est à 5 km... Quant à l'altitude de l'avion, elle est à ce moment-là de 760 m au-dessus du sol (2700 pieds au-dessus du niveau de la mer), il leur paraît donc être à la distance de Donzac à une altitude de 250 m ; le témoin estime 200 m, « pas beaucoup plus haut que les tours de la centrale » qui font 170 m, on n'est vraiment pas loin... Quant à la dimension, l'avion a une envergure de 25 m, il devait donc paraître semblable à un drone de 8 m d'envergure si sa distance était sous-estimée d'un facteur trois, on est bien près de l'estimation du témoin (6 ou 7 mètres d'envergure).

Ensuite, l'objet semble se déplacer vers Saint-Loup qui se trouve au sud-est de Donzac, avant de virer pour se diriger vers les témoins... C'est bien proche de la trajectoire de l'avion. Il se serait rapproché des témoins jusqu'à 300 m, pour rester immobile pendant 15 à 20 secondes... L'avion se dirige en fait dans la direction des témoins sur une distance de 4,5 km, parcourue à la vitesse de 352 km/h (190 noeuds, c'est la vitesse maximale autorisée à ce niveau de la trajectoire d'atterrissage) en 46 secondes, c'est une erreur d'estimation raisonnable. L'avion s'est en fait approché jusqu'à 8 km kilomètres du témoin, donc près de trente fois son estimation, il aurait donc été vu cette fois comme un drone de 1 mètre d'envergure seulement, mais cette estimation de distance est très sujette à caution.

Puis l'objet serait passé au-dessus du village (de Dunes j'imagine, le témoin doit en fait habiter un peu au sud, plutôt près de Sistels puisqu'il dit que l'objet qu'il situe toujours vers le nord se dirigeait entre Dunes et Sistels) pour se diriger vers Agen, et ça correspond bien à la trajectoire de l'avion. Il aurait été vu de profil à une distance estimée à 500 m, et on voit mal si on suit les indications du témoin comment il aurait pu se trouver plus loin lorsqu'il passait devant lui de profil qu'un peu avant lorsqu'il se dirigeait vers lui... Les 300 m précédents sont donc très douteux... L'avion passait en réalité de profil à une distance de 6 km, il aurait donc été vu comme un drone de 2 m d'envergure passant à 500 m, on n'est encore pas loin de l'estimation du témoin. Il a ensuite disparu vers le nord-ouest, tout comme l'avion alors qu'il s'approchait de l'aéroport.

La durée totale de l'observation, estimée à 4 ou 5 minutes plus les deux minutes après que le premier témoin ait vu seulement une lumière lointaine, est assez précisément le temps qu'a mis l'avion depuis son passage dans la direction de Donzac jusqu'à sa disparition.

L'avion atterrit normalement à Agen à 21 h 30, il serait donc passé au plus près des témoins vers 21 h 25, alors que ces derniers indiquent entre 20 h 50 et 21 h comme heure d'observation. Mais on peut voir en consultant les sites de poursuite des avions que l'heure d'arrivée de cet avion est très variable : l'avion décolle d'Orly en principe à 20 h 00, et la durée réelle de vol est d'une heure 5 mn. Il pourrait bien être passé près des témoins à 21 h 10, ce qui réduit notablement la différence.

Quant à la disposition des lumières de l'avion, elle évoque assez celle dessinée par le témoin, comme le montre cette vidéo :


On peut parler un peu du témoin... Membre du forum depuis 2008, il est architecte et travaille aux États-Unis... Il a fait plutôt preuve de sérieux dans ses messages ayant précédé cette affaire. Plus tard, le même témoin Marc T a dit qu'il avait fait une autre observation le 7 novembre, qu'il avait filmée, et une autre le 8... Il a dit qu'il publierait la vidéo, mais il ne l'a jamais fait, prétextant que cette vidéo devait être d'abord analysée par l'équipe de spécialistes du forum et qu'il ne voulait pas que se reproduise l'histoire de son témoignage qui avait été publié dans Nexus par une personne ayant accès au « sas » privé. Les administrateurs du forum faisaient part de leur côté de leur crainte que son adresse ne soit retrouvée et qu'il ne soit harcelé (ou pire) pour avoir témoigné... Tout ça était risible : on poussait les membres du forum à s'approcher des centrales avec du matériel d'observation pour débusquer les « ovnis », mais lorsque l'un d'eux observait quelque chose de loin depuis son domicile on lui faisait presque croire que sa vie était menacée ! Rappelons que ce monsieur avait témoigné en gendarmerie à l'intention du Geipan (lequel a reçu d'autres témoignages de ce type, mais n'a publié aucun compte-rendu, estimant que cette affaire de survol de drones n'avait rien à voir avec des ovnis), ainsi que sur la discussion publique du forum, où son message est resté plusieurs heures avant que Benjamin ne décide de le déplacer dans le « sas »... Étant donné que ce sujet du forum était extrêmement suivi, il y a sans doute de nombreuses personnes qui l'ont lu, et j'ai bien l'impression que c'est sur cette partie publique que Nexus s'est appuyé et que les prétendues « indiscrétions » mettant le témoin en danger ne sont que des inventions. Quoi qu'il en soit, Marc T a finalement annoncé le 23 novembre qu'il quittait le forum, et on ne verra donc jamais ses vidéos...

Mon sentiment personnel est que ce témoin et les administrateurs du forum ont dû se rendre compte qu'il n'avait filmé et observé que des avions, d'autant que celui de la ligne Paris-Agen passe pratiquement tous les jours à peu près la même heure, et qu'ils ont craint de se ridiculiser après tout le bruit fait autour de cette observation.

Et quoi qu'il en soit, il devenait clair que beaucoup de survols prétendus de drones concernaient en fait des avions ou d'autres sources de confusions courantes.

Greenpeace fait monter la pression

On a vu que c'est l'association Greenpeace qui a attiré l'attention sur ces survols des centrales nucléaires par des drones, sautant sur l'occasion pour dénoncer le manque de sécurité des centrales.

Dans ses actions antinucléaires, Greenpeace s'était auparavant distinguée par un certain nombre d'intrusions dans les centrales, y compris par les airs avec des ULM. Ça lui a valu d'être parmi les principaux suspects dans cette affaire, bien qu'elle ait toujours nié son implication et qu'elle ait l'habitude de revendiquer publiquement ses actions.

Pour alimenter encore la polémique, Greenpeace a demandé à un cabinet d'ingénieurs spécialistes dans le nucléaire, la société anglaise Large & Associates, de rédiger un rapport sur la possibilité que des drones utilisés à des fins malveillantes puissent menacer la sûreté des installations nucléaires.

Ce rapport a été dévoilé le 24 novembre 2014, alors que la vague de survols n'était pas encore terminée, et a été assez commenté par la presse. Toutefois, devant les détails précis contenus concernant la vulnérabilité des centrales, susceptibles d'inspirer des terroristes, Greenpeace a sagement décidé de ne pas rendre le rapport public.

John Large en a fait une version expurgée des passages les plus délicats, que l'on peut télécharger librement sur son site.

Ce rapport est en anglais, je donne la traduction du résumé introductif :

RAPPORT
VULNÉRABILITÉ DES CENTRALES NUCLÉAIRES FRANÇAISES À L'INTRUSION ET À L'ATTAQUE DE VÉHICULES AÉRIENS SANS PILOTE (DRONES)
RÉSUMÉ INTRODUCTIF

Sur la période du 14 septembre au 16 novembre 2014 (date de la finalisation du présent rapport), un total de 31 survols par des aéronefs sans pilote — drones — ont eu lieu au-dessus de 19 installations nucléaires françaises, dont 14 centrales nucléaires exploitées par Électricité de France (EDF). La motivation et le but des vols de drones restent un mystère. Les survols sont non autorisés et bafouent de manière flagrante les ordonnances de restriction de l'espace aérien au-dessus et autour des centrales nucléaires et, bien sûr, il y a des implications très sérieuses en matière de sûreté et de sécurité nucléaires. Compte tenu de l'inquiétude croissante du public, EDF, ainsi que les autorités nationales de sécurité et de sûreté nucléaire, n'ont pas été en mesure d'anticiper, de détecter et de décourager les vols de drones, ni d'identifier les personnes responsables et de les empêcher de poursuivre cette activité.

C'est un peu un jeu du chat et de la souris mais dans ce jeu les drones semblent avoir, au moins pour l'instant, pris le dessus.

Sur la base de cette récente vague de survols de drones, ce rapport examine les capacités des drones aériens, en particulier les tri-, quadri- et octorotors les plus petits à moyens, qui sont facilement disponibles dans les magasins spécialisés et sur Internet sans aucune obligation d'enregistrement, de certification et / ou licence. La gamme d'extensions « plug-and-play » disponibles pour la navigation avancée, la télécommande, les actions de manœuvre et les stratégies de vol sont évaluées, étant conclu que l'amateur ou le passionné est capable de construire des drones autonomes très sophistiqués avec des applications Android connexes.

Le fait que de nombreux survols récents aient eu lieu pendant les heures d'obscurité, évidemment hors de vue de tout contrôleur humain, rend extrêmement difficile la détection par l'équipement de surveillance des centrales nucléaires et, en fait, avec les systèmes militaires avancés mis en place dans certaines installations nucléaires, tout suggère que les drones aériens déployés sont sophistiqués et, dans une certaine mesure, autonomes et furtifs.

Le rapport examine brièvement les vulnérabilités des centrales nucléaires françaises en accordant une attention particulière au statut du programme en cours d'amélioration des études de sécurité complémentaires (CSA) de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et, séparément, à l'exigence du « noyau dur de sécurité » (SSC). Ces exigences urgentes en matière de sûreté nucléaire ont été émises pour la première fois lors de la série de tests de résistance en 2011-2012 invoquée par la directive post-Fukushima-Daiichi de la Commission européenne. Une attention particulière est accordée aux missions du CSA dans les 41 centrales nucléaires classées par ordre de priorité et, séparément, à l'effort herculéen exigé d'EdF pour mettre en place le SSC dans toutes les centrales nucléaires actuellement opérationnelles. Les programmes de travail du CSA et du SSC prennent du retard, si bien qu'il est certain, surtout pour le SSC, que le programme de « noyau dur de sécurité » ne sera pas achevé en 2018 comme visé par l'ASN, mais reporté d'au moins quatre ans ou plus jusqu'en 2022 et au-delà.

Ces constats sont très inquiétants, en particulier la révélation que toutes les centrales nucléaires françaises sont vulnérables lorsqu'elles sont confrontées à des menaces externes et, en outre, le fait que pour remédier à cette faiblesse toutes les centrales nucléaires nécessitent des modifications substantielles et le temps nécessaire (des années) pour atteindre l'objectif souhaité de « noyau dur de sécurité ». D'après les missions du CSA et du SSC, il est tout à fait possible d'identifier les faiblesses et les vulnérabilités d'une centrale nucléaire particulière, notamment en ce qui concerne l'absence d'une source froide alternative et d'un pompage fiable en situation de black-out (SBO) par perte de l'énergie électrique dans et à l'extérieur du site — tout cela est une information inestimable donnant à un éventuel adversaire les moyens de savoir comment, où et quand frapper quand on veut agir contre une installation nucléaire française.

La dernière mission du rapport a consisté à faire correspondre les capacités des drones aux vulnérabilités connues d'une centrale hypothétique. Les scénarios d'attaque incluent l'accès non autorisé du drone au bâtiment du combustible usagé ; l'aide et le soutien d'un saboteur interne ; le lâcher d'une fiole de combustible usagé ; l'assèchement de la piscine de combustible usagé ; et la mise en place d'un événement SBO.

Bien sûr, ces scénarios sont conjecturés : ils sont choisis comme un échantillon représentatif et ne constituent donc pas une revue complète de tous les scénarios d'attaque raisonnablement prévisibles ; de toute évidence, chacun n'est pas appréhendé ; intentionnellement, ils sont appliqués à une conception détaillée de centrale qui n'est pas présente en France ; ils ne sont pas non plus des modèles éprouvés, mais plutôt des possibilités non éprouvées. Néanmoins, même au niveau le plus rudimentaire, il est démontré que l'utilisation de drones aériens ouvre de nouvelles possibilités d'occurrence de graves dommages survenant dans n'importe laquelle des centrales nucléaires françaises actuellement opérationnelles.

John Large
Large & Associés
Ingénieurs consultants, Londres

Le débat sur la sécurité des installations nucléaires n'est pas trop ce qui nous intéresse ici, examinons plutôt les autres sujets de ce rapport.

Il commence par faire le point sur ce qui est disponible sur le marché en matière de drones :

— Les drones pour amateurs, en général des quadrirotors dont la dimension est de l'ordre de 35 cm, l'autonomie de 10 à 15 minutes et la charge pouvant être emportée de 400 g ; leur prix va de 150 à 1100 €.

— Et des drones plus professionnels, utilisés notamment pour les photos et la surveillance aériennes, qui peuvent avoir jusqu'à huit hélices, mesurer jusqu'à 1 ou 2 mètres de diamètre, voler durant 15 à 60 minutes en toute autonomie, en utilisant le GPS sur un parcours préprogrammé, et emporter des charges jusqu'à 6 kg ; leur prix va de 4500 à 11000 €.

Il signale aussi que des microdrones dont la taille est d'une dizaine de centimètres ont été développés par l'armée et commencent à se trouver dans le commerce.

D'autre part, on peut trouver en vente libre tous les composants permettant de réaliser son propre drone selon ses envies, et des vidéos montrent des réalisations de passionnés pouvant emporter un homme ou voler pendant une heure.

Concernant les possibles auteurs de survols, il est intéressant de citer ce qu'en dit John Large :

Les survols des centrales nucléaires françaises :

Outre la confirmation officielle que des intrusions aériennes se sont produites, très peu d'informations supplémentaires ont été rendues publiques sur les types de trajectoires, la durée de chaque vol, l'altitude, la vitesse, etc. Aucune information disponible sur le type et la taille des drones impliqués individuellement.

Cependant, ce qui est probable est que ces intrusions de drones impliquent, dans l'ensemble, une campagne concertée et bien organisée centrée sur les installations nucléaires et, en particulier, concentrée sur les centrales nucléaires EDF. De plus, du fait que le premier reportage public d'EDF sur les survols n'a eu lieu que le 29 octobre, il a été précédé par au moins onze incidents de survol, il ne pouvait pas s'agir d'actions « copiées-collées » d'opérateurs individuels et indépendants.

Il y a deux déductions évidentes à tirer de la série de survols de drones : d'abord, qu'elle a été organisée et mise en œuvre par un groupe national unique de personnes opérant de concert à travers la France et, deuxièmement, que les autorités n'ont pas pu prédire quand et où le survol allait se produire et, par conséquent, la sécurité et la protection des centrales nucléaires ont été sérieusement compromises.


Je ne suis pas vraiment d'accord avec cette conclusion qui suppose que ces survols de drones se sont brusquement propagés au mois d'octobre 2014 et n'existaient pas auparavant... Étant donné les dizaines de milliers de possesseurs de drones à l'époque, dont quelques centaines de véritables passionnés qui n'ont jamais été très respectueux des règles et peuvent même prendre plaisir à chercher à les violer sans se faire prendre, je suis bien certain qu'il y a eu de nombreux survols auparavant, mais qu'EDF ne les signalait pas.

Réaction officielle au Parlement

Du 24 au 26 novembre, une réunion s'est tenue à l'Assemblée nationale au sein de l'0ffice parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), sous le titre « les drones et la sécurité des installations nucléaires », comprenant des auditions d'experts et un débat public. On peut en trouver le compte-rendu complet sur le site de l'Assemblée, et il est très intéressant, je me contenterai ici de donner un bref résumé de chacune des interventions.

LES DRONES ET LA SÉCURITÉ DES CENTRALES NUCLÉAIRES

PROPOS INTRODUCTIFS

Jean-Yves Le Déaut, député et président de l'OPECST, indique que son office intervient sur des questions nucléaires depuis 25 ans au sein de Parlement, et qu'il a pris l'initiative de réunir les principaux acteurs de la sécurité et de la sûreté des installations nucléaires pour mieux connaître les drones, les menaces nouvelles qu'ils représentent avec ces survols, et les moyens de les contrer. Il précise les difficultés de cette réunion, qui doit trouver un équilibre entre le besoin d'information du public et la nécessité de confidentialité de certaines informations sensibles. À cet effet, la première audition, qui débute par ces propos, a un caractère confidentiel et sa retranscription publique est incomplète, alors que la seconde est publique et ouverte à la presse.

TABLE RONDE :
SURVOL DES INSTALLATIONS NUCLÉAIRES PAR LES DRONES :
QUELLES RIPOSTES POUR QUELLES MENACES ?

Thème n° 1 : Les drones et la défense nationale

Patrick Oswald, d'Airbus Defence & Space, fait la distinction entre les drones militaires, de grande taille, et les drones civils, et considère que les premiers sont exclus dans le cas des survols. Il penche donc pour des drones civils que l'on peut trouver en vente libre, qui peuvent voler pendant une demi-heure, peser entre un et cinquante kilogrammes, emporter une charge de 5 à 10% de leur masse et peuvent voler sur plusieurs dizaines de kilomètres, éventuellement de façon autonome. Les usages autorisés, que ce soit de loisir ou professionnels, étant très encadrés, il s'agirait de drones hors la loi.

Guy Delevacque, de Thales Air Systems, note que l'armée dispose de tous les moyens de détecter les drones de grande taille, et concentre son attention sur les mini et microdrones. Les moyens de détection de l'armée sont inopérants pour ces tailles, il faut donc utiliser des moyens de détection locaux : radars de courte portée, détection des communications et surveillance optique. Pour la neutralisation, des systèmes de brouillage ou des moyens de destruction existent, mais la chute du drone peut occasionner des dommages.

Jean-Pierre Devaux, de la Direction générale de l'armement (DGA), enchaîne en indiquant que les drones de petite taille peuvent avoir un usage de renseignement ou d'agression. Il note que la faible capacité d'emport de ces drones peut être en partie contournée par la gestion en essaim. Il considère néanmoins que la menace est faible d'un point de vue militaire, et fait le point des dispositifs de lutte qui ont été envisagés. Il note aussi que les techniques de destruction par armes cinétiques, lasers ou à énergie dirigée, posent le problème des dommages consécutifs au crash, et que les brouilleurs de Wifi ou de GPS doivent être utilisés avec circonspection pour ne pas nuire aux autres utilisateurs dans la zone couverte.

Thème n° 2 : La protection externe des installations névralgiques

Jean-Yves Le Déaut énumère les services concernés : Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), gendarmerie, armée de l'Air, police, RAID, ministère de l'écologie, opérateurs et commissions locales de sécurité ; il demande comme se fait la coordination de tous ces services. Concernant les motifs des survols, il demande s'il peut s'agir de terrorisme, d'espionnage, de chantage ou de militantisme, et ajoute que le nombre important de survols sur une courte période, dont certains simultanés, suggère une organisation structurée. Il demande quels sont les moyens de riposte des forces de l'ordre. Il précise que le survol des installations nucléaires est interdit dans un rayon de 5 kilomètres et à une altitude inférieure à 1000 mètres, et que les sanctions peuvent aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Il ajoute que depuis 2009, les gendarmes ont interpellé 156 personnes lors d'intrusions dans les centrales nucléaires, essentiellement par voie terrestre ou maritime, mais que les sanctions ont été jusqu'à présent peu dissuasives.

Louis Gautier, du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), résume la situation et indique que ses homologues allemands et britanniques sont aussi préoccupés par le problème des survols de drones. Il précise que le gouvernement a déjà lancé des programmes de renforcement de la protection des centrales nucléaires, aussi bien à l'égard des drones que des cyberattaques, et que d'autres mesures sont envisagées à la suite des survols par des drones. Le SGDSN vient d'engager un million d'euros pour des projets de systèmes de détection et d'interception de drones de petites dimensions.

Jean-Yves Le Déaut ajoute qu'un projet similaire nommé Avalon a été proposé par un consortium universitaire franco-allemand, mais n'est pour l'instant pas approuvé.

Le général Denis Mercier, chef d'état-major de l'armée de l'Air, indique que l'armée, chargée de faire respecter les interdictions de survols par tous types d'aéronefs, constate les infractions (fréquentes), et peut engager des poursuites. Il précise que les mêmes règles régissent tous les types d'aéronefs, drones compris. Il indique que le CNOA (Centre national des opérations aériennes) est en lien direct avec toutes les installations sensibles dont le survol est interdit, et que plusieurs pénétrations ont été constatées et fait l'objet d'interventions, mais il s'agissait d'ULM ou de petits avions d'aéroclubs. On nous a souvent demandé pourquoi nous n'abattions pas ces minidrones. Les raisons en sont que la confusion est fréquente entre ces minidrones et les survols réglementaires ou intempestifs.

Philippe Riffaud, préfet et haut fonctionnaire au Ministère de l'intérieur, indique que le rôle des préfets est d'approuver les plans de protection externes des centrales et de mettre en oeuvre le plan Vigipirate, qui se traduit par une hausse des patrouilles et une limitation des visites sur les sites civils.

Thomas Andrieu, du Ministère de l'intérieur, précise que le survol d'une centrale par un drone est illégal même s'il est inoffensif, et que les premières mises en examen ont eu lieu.

Le Général Michel Pattin, de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), précise ensuite le rôle des Pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie (PSPG), qui sont chargés de la protection des centrales nucléaires et de quelques autres installations. Ce sont souvent d'eux que proviennent les différentes alertes concernant les survols de drones, mais le Général commente : Les drones font l'objet de compte-rendu immédiat en cas de suspicion de survol. Force est de constater que la majorité de ces suspicions n'a pas été confirmée. Bon nombre d'entre eux, croisés avec le CNOA, sont concomitants avec le passage d'un avion au-dessus de la centrale ; le doute sur leur réalité subsiste. Les investigations menées par nos unités spécialisées de police judiciaire, coordonnées depuis un mois par la gendarmerie des transports aériens, montrent qu'effectivement, grâce aux auditions effectuées et aux rapprochements avec d'autres remontées d'informations, quelques survols sont avérés mais que d'autres restent incertains et sont donc non confirmés. Concernant l'observation de ces engins, des lumières ont bien été vues : fixes de couleur blanche qui traversent l'espace aérien des CNPE, parfois clignotantes de couleur rouge ou verte. Autant que l'on peut se rendre compte, l'envergure de ces engins s'établit entre 30/40 centimètres et 1,50/3 mètres. Nous avons quelques photos mais elles ne sont pas très précises et ne permettent pas d'avoir un contour précis des drones.

Thème n° 3 : La sécurité dans le périmètre des installations nucléaires

Francis Rol Tanguy, du Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, précise le rôle de son ministère et ajoute : La question des drones nous interpelle car il s'agit d'une évolution technologique posant des questions nouvelles. En matière de sécurité aérienne, beaucoup de ces drones échappent au système de couverture du territoire. Il conviendra donc de s'adapter, tout en veillant à faire en sorte que le secteur industriel, pour lequel la France a une certaine avance, ne se retrouve pas non plus étranglé par la réglementation.

Jean-Yves Le Déaut remarque que son office a été à l'origine de la création d'une autorité indépendante concernant la législation relative à la sûreté des installations nucléaires, et demande si comme on le lit les toits des piscines contenant des combustibles irradiés ou les transformateurs électriques seraient insuffisamment protégés.

Patrick Espagnol, directeur de la sécurité d'EDF, indique que la réglementation oblige les opérateurs à prendre en compte les divers scenarii de menaces et de mettre en place des dispositifs de protection, et que la problématique des drones n'est qu'un élément parmi d'autres déjà pris en compte par EDF.

Philippe Sasseigne, directeur de la division « production nucléaire » d'EDF, indique que les bâtiments importants, notamment ceux contenant du combustible, sont conçus pour résister aux séismes de grande ampleur et aux chutes d'avion, et que les survols de drones de petite taille comme ceux qui ont été détectés ne constituent donc pas un risque pour la sûreté nucléaire.

Guy Catrix, directeur de la centrale de Cattenom, ajoute que ses collègues et lui-même sont inquiets pour les risques encourus par le personnel en cas de chute d'un drone, et constate que cette affaire sème injustement le doute sur la sécurité des installations.

Anne-Marie Choho, représentant le groupe Areva, rappelle que les installations sensibles sont susceptibles de résister à la chute d'un avion de tourisme, et aussi à plusieurs scenarii comportant des charges explosives qui ne peuvent pas être détaillés car couverts par le secret défense. Elle détaille aussi les mesures de sécurité de la Hague, en précisant que tout a été fait pour que les piscines contenant des combustibles restent toujours approvisionnées en eau.

Edwige Bonnevie, du CEA, précise qu'outre les centrales plusieurs sites du CEA ont été survolés au cours des dernières semaines, et ont fait l'objet de plaintes, mais que le CEA n'avait pas communiqué sur les sites concernés ni sur les dates. Elle ajoute que les images prises éventuellement par des drones ne mettent pas en péril les dispositions de protection, mais qu'elles pourraient permettre des repérages pour la préparation d'actes de malveillance. Elle précise que les risques liés à l'emport d'explosifs par des drones ne seraient pas de nature à nuire à la sécurité, mais pourraient avoir des conséquences commerciales. Elle ajoute qu'en ce qui concerne les réacteurs de recherche du CEA, les piscines de stockage du combustible sont situées dans le bâtiment du réacteur et donc soumises aux mêmes exigences de sécurité.

DÉBAT

Jean-Yves le Déaut l'entame en regrettant la disparition du Haut comité pour la transparence et l'information sur la sûreté nucléaire, qui aurait pu communiquer efficacement avec le public sur ce genre de problème.

Catherine Procaccia, sénatrice, a le sentiment qu'en attendant une dissuasion efficace, on doit se résoudre à ce que les centrales soient survolées, et demande si d'autres pays sont concernés.

Louis Gautier répond que d'autres pays sont effectivement confrontés à ce type de survols, précise que les armes contre les drones ne sont pas encore conclusives, mais affirme la volonté conjointe de tous les services de l'état pour faire stopper les survols, en précisant que toutes les données de l'enquête en cours ne sont pas publics.

Guy Delevacque indique que la détection et la localisation d'un drone ne sont pas très compliquées, contrairement à sa neutralisation qui génère des risques, mais que les moyens disponibles n'ont pas été utilisés étant donné la nouveauté de la menace.

Denis Baupin, député, voit une contradiction entre les paroles rassurantes des représentants des autorités et le fait que tout le monde semble mobilisé par ce problème. Il n'est pas convaincu de l'absence de danger des drones, actuel ou à venir, pour l'équipement des centrales ainsi que le stockage du combustible nucléaire.

Louis Gautier répond que la communication concernant des problèmes de sécurité est toujours délicate, et que l'évolution rapide des technologies explique un certain retard dans la prise en compte des risques que font peser les drones, mais que les solutions sont en cours d'évaluation.

Anne-Yvonne Le Dain, députée, demande si on ne pourrait pas envisager des stratégies plus offensives de lutte contre les drones, et si on procède à des simulations d'attaques.

Pierre Médevielle, sénateur, émet des réserves concernant la sécurité des bassins.

Maud Olivier, députée, anime une Commission locale d'information et pose des questions concernant l'information des population.

Francis Rol Tanguy répond à tout cela que les survols par les drones ne constituent pas une menace supplémentaire, et que la sécurité des installations nucléaires est renforcée en permanence, y compris en ce qui concerne les piscines. Il précise que des exercices se déroulent régulièrement dans les centrales pour simuler tout type d'attaque, et que l'emploi de drones sera certainement envisagé dans les prochains scenarii. Il indique que contrôler la vente de drones relèverait d'une gageure, et que des mesures réglementaires nouvelles sont nécessaires, mais sans être trop contraignantes pour ne pas tuer dans l'oeuf une filière technologique nouvelle dans laquelle la France occupe une bonne place. Sur l'information des populations, il précise qu'il n'y en a pas eu de convocation des Commissions locales d'information sur ce sujet particulier, mais qu'il faudrait l'évoquer régulièrement lors des réunions de ces comités pour ne pas donner le sentiment que des informations sont cachées.

Jean-Yves Le Déaut indique que cette question a été particulièrement abordée concernant la présente réunion au Parlement, afin de concilier le besoin d'information et la nécessité de garder une partie des travaux confidentiels.

Jean-Pierre Devaux revient sur les moyens de détection et de destruction des drones. Il précise que sa société a expérimenté la détection de drones de plusieurs centaines de kilogrammes, et commence avec des drones d'une cinquantaine de kilogrammes composés en grande partie de matériaux non détectables par les radars conventionnels. Il précise aussi que les moyens de destruction tels que les lasers posent des problèmes environnementaux.

Denis Mercier précise qu'avant d'envisager une action de destruction, qui peut générer des dommages collatéraux, il faut passer par les phases de détection et d'identification, sans quoi on risquerait d'abattre un ULM ayant perdu son chemin. Répondant à une question de Jean-Yves Le Déaut, il dément certaines informations selon lesquelles des hélicoptères auraient poursuivi certains drones.

Michel Pattin complète en précisant que si plus de quatre-vingts heures de vol d'hélicoptère ont été réalisés à la suite d'annonce de détection de drones, elles n'ont jamais abouti à une observation ou poursuite. Il précise que la durée des survols va de quelques secondes à quelques minutes, avec parfois des passages répétés à une heure et demie d'intervalle, et dément une information parue dans l'Usine nouvelle selon laquelle un drone serait resté pendant une heure au-dessus d'une centrale.

Philippe Sasseigne précise pour sa part que dès lors que des survols sont détectés, il informe les Commissions locales d'information. Revenant sur les problèmes de sécurité, il précise qu'après l'accident de Fukushima, l'ASN a demandé un grand nombre d'évolutions techniques sur les piscines, dont certaines ont déjà été mises en oeuvre et d'autres sont en cours.

Anne-Yvonne Le Dain demande quel est le niveau de coordination pour l'élaboration d'un plan en la matière.

Francis Rol Tanguy répond qu'elle est assurée par le SGDSN, qui assure le partage des compétences.

Marc Antoine, du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, précise que son service assure la coordination interministérielle, et que les trois groupes de travail constitués sur les survols de drones se réunissent fréquemment.

Patrick Espagnol rappelle de son côté le rôle du Comité de la filière industrielle de sécurité (COFIS), qui assure le dialogue avec les clients et les fournisseurs en matière de sécurité.

COMPTE RENDU DE L'AUDITION PUBLIQUE
DU LUNDI 24 NOVEMBRE 2014

PROPOS INTRODUCTIF

Jean-Yves Le Déaut rappelle les faits : Depuis quelques semaines, une vingtaine de drones au moins ont survolé les centrales et autres installations nucléaires françaises en violation de la loi. Il indique qu'à cet effet, l'OPECST organise cette audition publique ouverte à la presse, pour mieux connaître les potentialités des drones, faire le point sur la réglementation qui leur est applicable, et examiner s'il semble utile de réorganiser les responsabilités en matière de sécurité et de sûreté nucléaire. Il précise que dans le but de concilier l'information du public et le respect du secret, cette audition publique a été précédée d'une audition confidentielle réunissant les principaux responsables de la défense et de la sécurité nationale.

TABLE RONDE :
LE SURVOL DES CENTRALES NUCLÉAIRES PAR LES DRONES :
QUEL CONTRÔLE POUR QUELLE RÉGLEMENTATION ?

Patrick Lagadec, docteur en sciences politiques, donne un avis général sur ce genre de menace, en expliquant qu'il faut avant tout se préparer à l'imprévu, et qu'il ne faut pas se focaliser sur les risques d'attentat mais envisager la possibilité que des réseaux cherchent à porter atteinte à la confiance dans les institutions et alimenter un certain chaos social.

Thème n° 1 : Les drones : constructeurs, opérateurs, utilisateurs et réglementation.

Francis Duruflé, vice-président de la Fédération professionnelle du drone civil, explique que son association créée en juin 2013 compte maintenant 300 adhérents, à comparer avec le millier d'opérateurs de drones déclarés. Il y a moins d'une dizaine de constructeurs en France dont beaucoup ne font qu'assembler des sous-ensembles existants. Il explique que ce qui différencie surtout un drone des divers appareils d'aéromodélisme est la présence d'un capteur. Son association regroupe essentiellement des professionnels (constructeurs et opérateurs déclarés), mais le drone grand public a pris un essor considérable, les usines chinoises en fabriquant environ 20000 par mois.

Stéphane Morelli, secrétaire de la même fédération, explique les avantages de l'utilisation professionnelle de drones, notamment pour la prise d'images. Il explique que la nouvelle profession de « droniste », néologisme créé récemment, concerne environ 3000 personnes au sein d'un millier de sociétés, ce qui est beaucoup pour une profession dont la réglementation n'a que deux ans. 80% du marché concerne l'audiovisuel, tandis que le reste se partage entre les milieux industriels (transport notamment) et agricoles.

Laurent Henry, vice-président de la Fédération française d'aéromodélisme, explique de son côté que sa fédération regroupe 840 clubs et compte 28000 licenciés. La plupart des licenciés sont respectueux des règlements, encouragés en cela par sa fédération. Le profil des utilisateurs d'appareils multirotors, couramment appelés drones, diffère de celui des autres pratiquants d'aéromodélisme, qui sont avant tout des passionnés d'aéronautique. Avec les drones, on pratique surtout la photo, la vidéo, le vol à vue ou automatique. Il constate que beaucoup d'utilisateurs de ces nouveaux appareils n'adhèrent pas à la fédération, et ne connaissent pas la réglementation ou ne l'ont pas assimilée.

Patrick Oswald indique que les drones constituent une préoccupation à l'échelle mondiale. Les drones militaires tels que ceux que fabrique sa compagnie pèsent plusieurs tonnes et peuvent avoir une autonomie de vingt heures et plusieurs milliers de kilomètres, mais leur vente et utilisation est très contrôlée... L'affaire des survols des centrales concerne sûrement des drones civils utilisés hors réglementation, dont la masse peut atteindre au maximum quelques dizaines de kilogrammes et l'autonomie une dizaine de kilomètres en pilotage à vue ou quelques dizaines avec une programmation par GPS.

Maxime Coffin, chef de mission de l'aviation légère générale et des hélicoptères à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), rappelle quelques points de réglementation. Les drones étant des aéronefs, ils sont soumis au code de l'aviation civile. Les centrales nucléaires sont protégées par une zone interdite de 5 km de rayon et 1 km d'altitude. Les drones, sauf autorisation spéciale, doivent voler à moins de 150 m d'altitude et rester en vue du pilote, et sont interdits en agglomération, dans les zones peuplées ou à proximité des aérodromes. En outre, ils sont limités à une masse de 25 kg sauf si le pilote remplit une déclaration et passe une épreuve spéciale. Les utilisations professionnelles font l'objet de réglementations particulières. Les infractions, prévues dans le code de l'aviation civile, peuvent aller de six mois à un an d'emprisonnement et 15000 à 75000 € d'amende.

Thierry Michal, de l'Onera, parle d'abord des avancées technologiques à attendre concernant les drones, à savoir leur miniaturisation, et une augmentation de leurs capacités et surtout de leur autonomie. Il insiste sur la nécessité d'une évolution de la réglementation. Il passe ensuite aux problèmes de détection, délicate du fait que ces appareils sont petits, portent souvent peu de pièces métalliques et volent bas. l'Onera a étudié les moyens de détection acoustiques, optiques ou par radar. Il explique les problèmes de la détection ou du brouillage des liaisons radio, qui peuvent être sans objet si le drone est autonome. Le brouillage peut affecter d'autres systèmes qu'il n'est pas question d'immobiliser. D'autre part, il indique que dans l'avenir, des drones pourront être autonomes sans même avoir besoin de recevoir les données GPS, en étant capables de reconnaître leur environnement.

Alexandre Garcia, professeur d'acoustique au Conservatoire national des arts et métiers, parle ensuite du projet AVALON (Localisation automatique de drones par des méthodes audio et vidéo) pour détecter les drones. Ce projet a été développé par plusieurs industriels et organismes français et allemands. Il s'agit de détecter les drones d'abord par leur signature acoustique, puis de les repérer et les suivre en vidéo.

Peter Van Blyengurgh, président d'UVS international, constructeur de drones, indique qu'un millier de sociétés se sont créées en très peu de temps en Fance. Il ajoute que si l'utilisation des drones est réglementée, leur fabrication ne l'est pas, et n'importe qui peut en fabriquer dans son garage à partir de sous-ensembles en vente libre, ce qui lui paraît anormal. Il précise qu'une grande quantité d'usagers de drones, y compris professionnels, ne connaissent pas la réglementation française.

Catherine Procaccia, sénatrice, se demande si une réglementation est utile dans ces conditions.

Maxime Coffin précise qu'il faut identifier les infractions, appliquer des sanctions dissuasives et faire des efforts d'information.

Stéphane Morelli ajoute que la réglementation est fondamentale pour les professionnels, le métier de droniste étant nouveau et devant être correctement encadré.

Thème n° 2 : La répartition des rôles pour la sécurité et la sûreté nucléaires.

Jean-Yves Le Déaut indique que les drones survolant les zones interdites telles que les centrales révèlent une sorte de technique de harcèlement, mais qu'on ne sait pas à qui l'attribuer : des fabricants de drones, il n'y croit pas ; pour la préparation d'une action terroriste, les drones lui paraissent peu adaptés... La question reste donc en suspens. Il rappelle ensuite les progrès accomplis pour éviter les accidents nucléaires, auxquels son office a contribué. Mais le survol des centrales par des drones relève d'un problème de sécurité, de la protection des centrales par des menaces extérieures... Il demande donc comment est organisée cette sécurité.

Francis Rol Tanguy explique que la sûreté nucléaire est régie par une autorité indépendante, l'Autorité de sûreté nucléaire, qui édicte les règles que les opérateurs doivent respecter. Les questions de sécurité relèvent du ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, et sont coordonnées par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), sous la tutelle du Premier ministre.

Denis Mercier précise que la protection des centrales nucléaires ne relève pas du ministère de la défense, mais de la Haute autorité de défense aérienne (HADA), composée d'officiers de l'armée de l'air aux ordres directs du Premier ministre, laquelle s'appuie sur le Centre national des opérations aériennes (CNOA). Le CNOA est chargé de contrôler et de faire respecter les règles de la navigation aérienne, y compris pour les drones. Le personnel des centrales lui signale tout survol anormal, il utilise ses moyens de détection pour vérifier s'il s'agit d'une intrusion non autorisée (ce qui n'est pas toujours le cas), et prend les mesures appropriées allant jusqu'au décollage de la chasse ou d'hélicoptères pour intercepter l'intrus.

Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire, précise que son organisme est indépendant du gouvernement, mais que les liens avec les responsables de la sécurité sont forts et se traduisent par plusieurs réunions annuelles importantes. Il fait la comparaison avec ce qui existe dans d'autres pays, et indique que la prévention d'une menace et l'intervention doivent relever du Gouvernement. Il ajoute que le problème de survol par des drones ne pourra pas être résolu immédiatement, mais il est préoccupé par d'autres questions comme la sécurité des sources radioactives, que l'on trouve dans beaucoup de chantiers.

Jacques Repussart, de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), précise que son organisme est chargé de la partie scientifique et technique des questions se sûreté, de radioprotection et de sécurité nucléaire. Il précise qu'il n'a pas été saisi au sujet des intrusions de drones récentes, mais qu'il réfléchit depuis longtemps à ce genre de menaces et aux moyens de les contrer. Les drones pourraient être utilisés pas seulement pour tenter de provoquer un accident nucléaire, mais aussi pour immobiliser une centrale ou pour préparer le vol de matières radioactives. Il réfléchit aussi à la façon dont la coordination entre sûreté et sécurité pourrait évoluer.

Isabelle Jouette, de la Société française d'énergie nucléaire, précise qu'il s'agit d'une association dont le but est de partager les connaissances scientifiques et techniques sur l'énergie nucléaire. Elle indique que les installations nucléaires sont conçues pour faire face à tous types d'agressions, qu'elles soient naturelles, accidentelles ou malveillantes. Elle reproche aux associations antinucléaires de substituer des actions de commando aux débats argumentés, ne faisant que perturber l'exploitation des centrales. Elle s'inquiète que ces tentatives d'intrusion revendiquées puissent ouvrir la porte à de véritables terroristes, et regrette qu'elles ne soient pas sévèrement sanctionnées.

John Large, ingénieur consultant à la société Large & Associates, a été longtemps chargé de recherche pour le compte de l'autorité britannique de l'énergie atomique. L'association Greenpeace a fait appel à lui pour évaluer les risques posés par les survols des centrales nucléaires et d'autres installations par des drones. Son rapport a été rendu le 20 novembre, peu avant la réunion de l'OPECST. Il précise d'abord qu'il n'est membre d'aucun groupe antinucléaire et qu'il n'a fait que répondre sans idée préconçue aux questions posées. Il a d'abord fait des recherches sur les capacités des drones : leur capacité de charge peut atteindre ou dépasser 10 kg, ils peuvent voler à vue ou suivre des itinéraires préprogrammés, ils peuvent aussi voler en essaim. Ensuite, John Large a examiné les vulnérabilités des centrales nucléaires françaises, en s'appuyant notamment sur des documents de l'ASN. Le risque le plus grave serait que les piscines de désactivation, pouvant contenir jusqu'à 100 tonnes de combustible, soient privées de refroidissement ou d'alimentation électrique, ce qui pourrait aboutir à un accident similaire à Fukushima. Il constate que les mesures de sécurité renforcée recommandées par l'ASN justement à la suite de l'accident de Fukushima ne pourront pas être totalement mises en oeuvre avant 2022. Il a ensuite envisagé plusieurs scénarios d'attaque mettant en oeuvre des drones, et conclu que les centrales souffrent de vulnérabilités pouvant aboutir à des rejets radioactifs majeurs.

Yannick Rousselet, de Greenpeace, rappelle que son association a publié un rapport sur les risques aériens sur les centrales après l'attentat du 11 septembre 2001, et organisé un survol de la Hague par drone dès 2011. Il précise que toutes ses actions sont revendiquées, et qu'en ce qui concerne les survols actuels elle n'y est pour rien. Il affirme ensuite que les survols sont concertés puisqu'il y en a eu six simultanément le 31 octobre, et qu'il ne peut pas s'agir de petits drones jouets puisqu'un survol à Creys-Malville s'est fait par vent de 70 km/h avec de la pluie, qu'un drone a circulé entre Flamanville et l'établissement de la Hague sur 18 km, et qu'un autre à Golfech a été suivi par des hélicoptères sur 9 km. À Jean-Yves Le Déaut qui lui demande d'où il tient ces informations, il répond qu'il arrive que des gendarmes ou du personnel d'une centrale les appelle, ou appelle les médias, en estimant que la centrale n'est pas assez sécurisée. Il indique enfin que Greenpeace souhaitait à l'origine rendre public le rapport demandé au cabinet John Large, mais y avait renoncé en raison des détails précis et sensibles qu'il contenait.

Le Général de brigade Pascal Bonneau rappelle que les hélicoptères qui sont intervenus sur les centrales à la suite d'alertes n'ont jamais pu confirmer la présence d'un drone, et qu'à Golfech c'est en automobile que les gendarmes en ont poursuivi un.

Jean-Claude Zerbib, expert en radioprotection et sûreté nucléaire, confirme que des drones pourraient aider à mener une attaque terroriste pouvant conduire à des fuites radioactives importantes, par exemple en localisant les zones sensibles et en guidant des tirs de roquettes. Il rappelle que le réacteur de Creys-Malville a essuyé cinq tirs de roquette lorsqu'il était en construction, et se demande si les drones civils actuellement en cause ne préfigureraient pas l'utilisation de drones militaires, beaucoup plus menaçants.

DÉBAT

Denis Baupin trouve inquiétant qu'après plusieurs semaines, les auteurs de survols n'aient pas été identifiés, mettant en échec l'ensemble des services de surveillance du pays. Concernant la possibilité de préparation d'attentats, il se demande si des drones utilisés en essaim et pouvant transporter chacun 20 kg d'explosifs ne constitueraient pas un réel danger. Il constate qu'à la suite de l'accident de Fukushima, l'ASN a édicté un grand nombre de recommandations, mais qu'il faudra des années avant qu'elles soient mises en oeuvre, ce qui laisse planer un doute sur la sécurité actuelle des centrales.

Francis Duruflé précise qu'actuellement on ne peut pas trouver sur le marché des drones capables de transporter en silence 10 kg pendant une heure.

Jean-Yves Le Déaut demande d'où vient l'information dans l'intervention de John Large qu'un drone serait resté une heure au-dessus d'une centrale.

Yannick Rousselet répond que des travailleurs d'EDF à Flamanville ont bien observé un drone durant trois quarts d'heure.

Isabelle Jouette dément : Il se trouve que je connais très bien Flamanville et la région, et trois quarts d'heure au-dessus de cette centrale, ce n'est pas vrai.

John Large précise au sujet de la capacité des drones que certains ont une autonomie de plus de soixante minutes, d'autres peuvent soulever un homme de 60 kg, mais aucun ne fait les deux simultanément : l'autonomie est inversement proportionnelle à la charge. Il note toutefois qu'il n'est pas nécessaire de disposer d'une grande autonomie ou forte capacité de charge pour procéder à des attaques précises pouvant introduire un facteur d'instabilité dangereux pour une centrale.

Pierre-Franck Chevet précise que l'ASN n'a as attendu l'affaire des survols pour se préoccuper de ces question, et rappelle que son service est abondamment cité dans le rapport de John Large. Il précise qu'après Fukushima, les mesures de sécurité ont été largement renforcées, notamment pour assurer en toute circonstance l'alimentation en eau et électricité des piscines de refroidissement, même si toutes ces mesures ne sont pas encore effectives.

Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, indique qu'il serait présomptueux de penser à tous les scénarios possibles, et pense que la résistance aux actes de malveillances doit être améliorée.

Jean-Claude Delalonde, président de l'Association nationale des comités et commissions locales d'information (ANCCLI), s'associe aux questions de Denis Baupin, et ajoute que la crédibilité et la confiance sont entachées. Il regrette aussi que le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), qui a des missions plus précises que celles des CLI, ne fonctionne plus et ne soit pas présent dans ce débat.

François Rol Tangy termine le débat en remerciant Greenpeace pour avoir produit le rapport de John Large. Il indique qu'il y a eu une réflexion à l'échelle européenne pour les mesures à prendre après Fukushima, qui a bien fonctionné malgré des gestions différentes de la sûreté et de la sécurité selon les pays.

CONCLUSION

Jean-Yves Le Déaut conclut que les questions posées par les survols des drones ne sont pas nouvelles. Il a l'impression que les survols actuels relèvent d'une opération de communication pour faire réfléchir sur la sécurité des centrales nucléaires. Il précise qu'il y a sans doute des solutions à trouver en matière de détection des drones, et des évolutions à faire en matière de législation.

EXTRAIT DE LA RÉUNION DE L'OPECST DU 26 NOVEMBRE 2014
PRÉSENTANT LES CONCLUSIONS DE L'AUDITION PUBLIQUE

Jean-Yves Le Déaut s'exprime concernant les auteurs des survols : De mon point de vue, les échanges ont clairement invalidé la thèse d’une action terroriste, puisque, avec des appareils restant manifestement dans la gamme des drones civils, tout a été fait néanmoins pour que les survols attirent l’attention, notamment grâce aux lumières intentionnellement diffusées par les drones, éteintes seulement au moment de fuir les hélicoptères de l’armée de l’air. Il semble ainsi très probable que l’opération a été montée par des militants anti-nucléaires voulant provoquer l’émotion publique à propos de la sécurité des installations nucléaires.

Il remarque que le rapport de John Large commandé par Greenpeace a été réalisé en seulement trois semaines et ne fait donc que compiler des travaux déjà publiés par l'ASN et l'ISRN, et « semble faire partie d'une opération de communication sciemment organisée ». Concernant les mesures à prendre, il estime qu'on doit améliorer encore la coopération entre organismes chargés de la sûreté et de la sécurité nucléaires, qu'il est nécessaire de définir un délit spécifique pour les tentatives d'intrusion sur les sites nucléaires et d'autres sites présentant un enjeu de sûreté, et qu'il faut reconstituer le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN). Il conclut : Ces survols doivent être considérés comme un acte grave, d’abord parce qu’ils révèlent une capacité de mobiliser des moyens importants, c’est-à-dire des drones d’assez grande taille, et une logistique rendant possible plusieurs survols simultanés, ensuite parce qu’ils visent manifestement à décrédibiliser la sécurité et la sûreté des installations nucléaires.

Denis Baupin conteste ce dernier point, et remarque que l'opération est montée par des personnes qui disposent manifestement de moyens conséquents, qui font preuve d'une compétence technique certaine, et qui sont parvenues à tromper la vigilance de l'ensemble des services de sécurité du pays pendant plusieurs semaines. Il estime hâtif d'écarter l'hypothèse d'une démarche terroriste, et que l'effet recherché pourrait être de créer un sentiment de panique. Il pense que si les menaces étaient déjà identifiées par les services concernées, elles ne sont pas encore correctement traitées, et qu'il faudrait renforcer la coopération entre la sécurité et la sûreté nucléaire sous le contrôle d'un service unique.

Bruno Sido, sénateur et premier vice-président de l'OPECST, note que les services de sécurité sont assez désarmés pour répondre aux survols par des drones ou aussi par des parapentes, mais qu'il en irait autrement en temps de guerre, où ils seraient autorisés à les abattre. Il précise qu'il aimerait bien savoir qui organise ces survols, et ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas dit qu'on ne le sait pas, et regrette une certaine langue de bois dans cette réunion.

Marie-Christine Blandin note que la multiplication des drones pose d'autres problèmes pour la vie en société, relatifs notamment au respect de la vie privée.

Jean-Yves le Déaut remarque concernant la langue de bois qu'elle traduit surtout le fait qu'il s'agit d'une réunion publique, dans laquelle on ne peut pas tout dire, mais qu'elle était moins présente lors des auditions confidentielles.

François Commeinhes, sénateur, note que la difficulté de mettre fin aux survols ne fait pas sérieux, et que si des mesures ne sont pas prises en coordination avec les industriels les intrusions vont se multiplier. Il précise que dans une zone militaire à Sète on teste les systèmes de brouillage.

Denis Baupin répond que certains drones peuvent fonctionner de façon de façon totalement autonome, sans aucune liaison électromagnétique, sur un parcours programmé.

Jean-Yves Le Déaut rappelle le projet de recherche AVALON qui propose de détecter les drones en combinant ondes sonores et électromagnétiques.

Denis Baupin remarque que le laser serait le moyen le plus efficace d'abattre les drones, mais que la chute pourrait causer des dégâts.

Bruno Sido note que cette crainte d'effets collatéraux rend la lutte inégale, et que le phénomène serait très vite éradiqué si on pouvait s'en affranchir.

Anne-Yvonne Le Dain estime que les services de l'État sont performants mais ont un peu manqué de coordination dans cette affaire.

Jean-Yves Le Déaut conclut que ces débats contribueront à renforcer la mobilisation pour répondre à ces intrusions, en vue d'assurer non seulement la sécurité des installations nucléaires mais plus généralement la sécurité des biens et des personnes.


C'est ainsi que se termine cette importante réunion au Parlement. Ce que l'on remarque, c'est que tout le monde s'accorde sur le fait que cette affaire de survols concerne bien des drones, de genre de ceux qu'on peut trouver dans le commerce même s'il doit s'agir dans certains cas de modèles assez performants. Et on apprend qu'il y a eu de nombreuses fausses alertes, causées notamment par des avions. Il apparaît aussi que certaines informations diffusées dans la presse concernant les capacités étonnantes de ces drones ne sont pas fondées et relèvent le la rumeur.

Les auteurs sont toujours non identifiés, même si on s'accorde à dire que ces survols relèvent d'une action concertée. Le président de l'OPECST semble persuadé que des militants antinucléaires sont en cause, pas forcément liés à Greenpeace, mais d'autres intervenants ne partagent pas son avis et pensent que la piste de la préparation d'un attentat ne peut pas être écartée.

Les avis divergent sur le fait que ces survols puissent constituer une réelle menace, mais en tout cas ils instillent un doute sur la sécurité des centrales et il est donc nécessaire d'y mettre fin.

Le décollage fulgurant des drones

Pour nous faire notre propre idée, résumons d'abord l'histoire des drones... Le nom est ambigu, puisqu'il désigne depuis longtemps les avions sans pilote développés par l'armée... Et dans le grand public, il y a bien longtemps que les aéromodélistes font voler des avions et des hélicoptères télécommandés, qui se rapprochent beaucoup de ce qu'on appelle les drones... En 2014, la Fédération française d'aéromodélisme regroupait 28000 licenciés dans 840 associations. Il est bien possible que certains amateurs aient fait voler depuis longtemps des hélicoptères radiocommandés au-dessus des périmètres interdits des centrales, mais ça devait rester très marginal, les adhérents de cette fédération étant bien renseignés sur la législation et encouragés à la respecter.

C'est en août 2010 que la société française Parrot a commercialisé un appareil assez révolutionnaire baptisé l'AR Drone, donnant à ce terme une nouvelle acception. Ce qui était nouveau par rapport aux appareils radiocommandés d'antan, c'est qu'il pouvait se piloter à partir d'un smartphone sur lequel on voyait en direct l'image filmée par l'appareil... Et grâce à ses quatre hélices indépendantes et un contrôle automatique bourré de capteurs d'attitude, le drone se pilotait de façon intuitive et facile... Alors que les aéromodélistes devaient apprendre à piloter presque comme un vrai pilote d'hélicoptère tout en n'ayant pas de vision en direct depuis l'appareil, aux commandes de l'AR Drone on avait vite l'impression d'être à la place d'un oiseau ! Et avec un prix de l'ordre de 300 €, le succès a été immédiat et la concurrence a suivi, ainsi qu'un marché pour passionnés qui fabriquent leurs propres drones à partir d'éléments disparates.

Quatre ans plus tard, au moment de la vague de survols des centrales nucléaires, il y avait déjà une centaine de milliers de drones sur le territoire français.

La France, pionnière dans ce domaine, a aussi été un des premiers pays à adopter une législation concernant ces nouveaux engins volants, en 2012, et elle était assez permissive... Pour résumer, à moins d'avoir des autorisations particulières, un pilote de drone doit garder son appareil en vue et à moins de 150 m d'altitude, ne doit pas le faire voler en agglomération ni à proximité de rassemblements de personnes ou d'animaux, ni la nuit, et doit respecter les règles concernant la vie privée et le droit à l'image. Et outre cela, il y a des restrictions concernant certaines zones, notamment les grands aéroports où le vol est interdit dans un rayon de 10 km, et donc les centrales nucléaires dans un rayon de 5 km (la même règle que pour tous les types d'aéronefs... En fait elle varie un peu suivant les centrales, les zones réglementées étant définies individuellement par décrets, et on a vu que certains avions de ligne, notamment, ont des autorisations de survol en phase d'atterrissage ou de décollage).

Ce que l'on est censé risquer

Lorsque l'affaire des survols de drones a été divulguée, on a très vite annoncé dans toute la presse ce que risquaient les auteurs : jusqu'à 75000 € d'amende et 1 an d'emprisonnement !

C'est du moins ce qui a été répété partout, y compris lors du débat à l'Assemblée nationale par Maxime Coffin de la Direction générale de l'aviation civile :

Enfin, la notification des infractions à ces dispositions est prévue par le code de l’aviation civile, et peuvent aller de six mois d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour le survol de zones interdites, à un an d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende quand on ne respecte pas les règles d’utilisation des drones.

Mais il est toujours bon de vérifier... Les arrêtés qui fixent l'interdiction de survol des centrales nucléaires indiquent :

Les infractions aux dispositions prévues pour la zone interdite sont passibles (art. L. 6232-2) d'une amende de 15 000 euros à 45 000 euros et/ou d'un emprisonnement de six mois à un an.

C'est donc 45000 € et pas 75000, ce qui reste tout de même plutôt dissuasif !

Notons que certains de ces arrêtés, notamment celui concernant la centrale de Golfech, se réfèrent par erreur à l'article L. 6332-2 du code des transports, qui n'a rien à voir, alors qu'il s'agit bien de l'article L. 6232-2 :

Est puni de six mois d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende le fait pour le pilote de survoler, par maladresse ou négligence, une zone du territoire français en violation d'une interdiction prononcée dans les conditions prévues par le premier alinéa de l'article L. 6211-4.
Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende le fait pour le pilote de :
1° S'engager ou de se maintenir au-dessus d'une zone mentionnée au premier alinéa ;
2° Ne pas se conformer aux prescriptions des articles L. 6211-4 et L. 6211-5.


En bref si le survol est volontaire c'est 45000 € et un an d'emprisonnement, si c'est involontaire ou par négligence c'est 15000 € et six mois d'emprisonnement.

Ces règles ont été largement rappelées dans la presse à l'occasion de cette vague de survols, mais notons que peu avant j'ai acheté un drone Parrot sur l'Apple Store, donc un circuit de vente tout à fait légal et courant, et tout ce qui était précisé dans la documentation jointe c'était :

L'AR. Drone 2.0 doit être utilisé conformément aux règles de l'aviation civile de chaque pays, dans des lieux adaptés à son évolution choisis pour assurer en permanence la sécurité des personnes, des animaux et des biens. L'AR. Drone 2.0 relève de la catégorie A de la réglementation française. Tout usage non conforme à la législation, en particulier l'utilisation à des fins autres que de loisirs, engagera la seule responsabilité de l'utilisateur.

C'est tout ! Je ne suis donc pas convaincu que tous les acheteurs de drones aient connu la législation, et j'en ai vu souvent en faire voler en ville et dans les parcs publics, ce qui est interdit.

À la fin 2014, il y avait plus de 100 000 drones grand public en circulation en France, essentiellement pilotés par des amateurs souvent pas très respectueux de la législation, que ce soit par ignorance ou par défiance... Alors, un premier point est qu'il serait très étonnant que les survols des centrales par des drones soient brusquement apparus en octobre 2014 ! Mon sentiment est que les premiers survols signalés, avant la médiatisation de l'affaire, étaient tout à fait représentatifs de ce qui se produisait régulièrement depuis des mois ou des années...

Il faut savoir qu'il n'y a pas que les drones qui sont interdits de survol du périmètre de sécurité des centrales, ce sont tous les aéronefs sauf autorisation spéciale... Et des infractions à cette règle, il y en a de l'ordre de 200 par an, et cela depuis bien avant que les drones se développent... Il y a des pilotes d'avions égarés, des parapentistes mal renseignés, des montgolfières poussées par le vent, des activistes de Greenpeace qui veulent montrer qu'il est facile de pénétrer dans une centrale en ULM, etc... À côté de ça, quelques intrusions de jouets radiocommandés au-dessus ou à proximité des centrales ne devaient pas paraître préoccupantes...

Mais donc, apparemment, les infractions se multipliant, il est venu un moment où EDF a décidé qu'il était temps de réagir ! Des notes de service ont dû circuler demandant de signaler toute intrusion de ce type et de porter plainte systématiquement, et c'est ainsi que les premiers cas « officiels » ont été révélés. Ils ne se rapportaient alors vraisemblablement alors qu'à des gamins s'amusant avec leur nouveau jouet et sans doute assez peu conscients des risques qu'ils encouraient.

Présumés coupables

Je ne vois donc pas de nécessité d'imaginer qu'il y ait eu un véritable groupe organisé à l'origine des survols, même dans le cas où il y en a eu plusieurs le même jour... Voyons tout de même ce qu'il faut penser des principales hypothèses qui ont été avancées à ce sujet :

— Greenpeace ou un autre groupe de militants antinucléaire : L'intérêt est évident, puisqu'il se serait agi de dénoncer le manque de sécurité des centrales, et ça a plutôt bien réussi... Ça expliquerait aussi l'absence de revendication, puisqu'il est bien plus intéressant de laisser imaginer l'action d'un groupe de terroristes préparant des attentats, et en outre révéler son implication serait s'exposer à des peines lourdes. Par contre, j'ai du mal à imaginer que Greenpeace ait pu trouver un certain nombre de spécialistes de drones pour participer à cette action et organiser sept survols simultanés le 31 octobre, sans que rien ne filtre...

— Justement, donc, un groupe de terroristes... C'est l'hypothèse la plus inquiétante, mais aussi une des moins crédibles. D'abord, des drones de petite taille comme ceux qui semblent incriminés au moins pour la majorité des survols seraient incapables de transporter des charges explosives suffisamment lourdes pour provoquer des dégâts dangereux pour une centrale nucléaire... Et s'il s'agissait juste de missions de repérage, on n'en voit pas l'intérêt : on ne voit pas grand-chose avec un drone la nuit, et pour avoir une vue détaillée d'une centrale il est bien plus efficace de louer un petit avion privé pour la survoler légalement à plus d'un kilomètre d'altitude avec un téléobjectif. En outre, il semble que la plupart des survols avaient lieu en fait à l'extérieur du périmètre des centrales, on ne voit pas l'intérêt pour des terroristes de risquer de se faire prendre en faisant voler leurs drones au-dessus de zones où on peut se promener librement !

— Des constructeurs de drones qui feraient ainsi indirectement la promotion de leurs appareils... Pas très crédible non plus, d'autant que le résultat probable de ces intrusions répétées sera de restreindre les libertés concernant l'utilisation de drones, voire d'en interdire la vente libre !

— Un challenge d'utilisateurs expérimentés de drones... On sait que des « dronistes » avertis organisent régulièrement des concours pour confronter leur dextérité, comme des courses en pleine forêt, quelquefois nocturnes. Il y a même de véritables batailles de drones. Tout cela est bien souvent hors la loi, et ça n'empêche pas de nombreux utilisateurs d'y participer et les organisateurs non déclarés de diffuser des vidéos. Alors, un challenge visant à visiter des centrales nucléaires sans se faire appréhender serait tout à fait plausible dans des milieux un peu anarchistes et contestataires. Mais ce qui n'est pas plausible, c'est qu'on n'en ait trouvé aucune publicité dans les réseaux sociaux, ni aucune vidéo d'une de ces intrusions.

On se rapproche sans doute de la vérité avec la dernière hypothèse, mais il n'est pas utile d'imaginer un quelconque groupe organisé : avant la médiatisation de l'affaire, les survols devaient être monnaie courante et personne ne s'en préoccupait, et après le fait même de cette médiatisation et des renforcements des mesures de sécurité a pu donner l'idée à quelques dronistes amateurs de frissons d'en faire un challenge personnel pour éprouver leurs techniques et leur audace.

Les centrales ont-elles vraiment été survolées ?

Même si les règles d'interdiction n'étaient sans doute pas connues de tous les utilisateurs de drones au début de cette affaire de survols, il doit paraître évident à tout le monde qu'il est interdit et fortement répréhensible de faire voler un tel engin au-dessus d'une centrale nucléaire ou d'une zone militaire. Mais où donc a-t-on vu que les drones signalés avaient survolé des centrales ? Rappelons que la zone interdite est un cercle de cinq kilomètres de rayon autour de la centrale, une zone qui comprend des villages, des parcs, des forêts où le public est libre de se déplacer... Et les communiqués d'EDF indiquent simplement qu'on a détecté la présence illégale d'un aéronef assimilable à un drone sur le périmètre aérien de la centrale. Le titre des communiqués est certes plus précis : EDF porte plainte pour un survol interdit de la centrale de XXX... Et on n'a en général aucun renseignement sur le lieu où le drone a été repéré, mais le fait est que dans la plupart des cas où on le connaît il était à l'extérieur de la centrale !

Ainsi, dans le cas du premier survol de la centrale de Golfech le 30 octobre, sur lequel on a quelques renseignements, le drone a été repéré alors qu'il survolait « la zone entre la centrale hydroélectrique et le canal de rejet de la centrale nucléaire », donc à l'extérieur de celle-ci... Le 31 octobre, ce sont juste deux points lumineux qui ont été vus se déplaçant de façon « assez rapide » au-dessus de la zone d'accès contrôlé — la plus périphérique — de la centrale. Et le même jour, l'alerte a été déclenchée à Belleville, et les gendarmes mobilisés, pour un drone qui évoluait en fait à l'extérieur du périmètre interdit, donc à plus de cinq kilomètres de la centrale !

On a arrêté le 5 novembre 2014 trois gamins adeptes du modélisme qui s'apprêtaient à faire voler un drone au-dessus d'un lac près de la centrale de Belleville pour filmer les évolutions de leur bateau radiocommandé (c'est en tout cas ce qu'ils ont dit, on peut se demander si ça n'était pas une excuse préparée au cas où ils se feraient prendre, mais en tout cas c'était assez anodin et loin de l'enceinte de la centrale)... Ils ont aussi révélé qu'ils avaient déjà fait voler leur drone le 24 octobre au même endroit, sans être inquiétés. Ils ont été finalement condamnés mais exemptés de peine.

Le 3 janvier 2015 à Nogent-sur-Seine, vers 18 h 40, les agents de la sécurité du site ont aperçu deux objets volants qui ont survolé la réserve foncière située sur le périmètre de la centrale nucléaire. Il s'agit apparemment de la réserve naturelle de la Prée, un site ouvert au public.

Bref, déjà, parler de « survol des centrales nucléaire » est abusif pour la majorité des cas. Et il est bon de préciser que la surface totale des « périmètres de sécurité » des centrales nucléaires, dans lesquels le public peut évoluer librement, représente 0,2% du territoire national, ça n'est pas rien ! Si ces territoires sont aussi peuplés que la moyenne française, il doivent abriter en permanence quelque 200 drones, soit une dizaine par centrale... Et chacun des propriétaires qui serait tenté de tester son drone au-dessus de son jardin serait hors-la-loi et susceptible de déclencher une alerte !

Quand on voit des drones partout

Un autre effet de la médiatisation a sûrement été la multiplication des méprises... Lorsque tout le monde lève les yeux au ciel en s'attendant à voir des drones, il n'est pas étonnant que tout avion, toute planète, toute lanterne thaïlandaise, puisse être prise pour un drone... Je ne serais pas surpris que la moitié au moins des survols allégués de drones n'aient en fait rien à voir avec des drones, et pas plus avec des soucoupes volantes !

Même dans les cas qui ont fait l'objet de plaintes d'EDF, il est clair que beaucoup de survols concernaient en fait des avions ou autres aéronefs, autorisés ou en infraction... C'est ce qu'indiquait clairement le général Denis Mercier, chef d'état-major de l'armée de l'air, lors du débat à l'Assemblée nationale :

On nous a souvent demandé pourquoi nous n’abattions pas ces minidrones. Les raisons en sont que la confusion est fréquente entre ces minidrones et les survols réglementaires ou intempestifs et que pour en arriver à cette extrémité, il faut respecter des procédures et des règles d’engagement robustes.

Et le général Michel Pattin, de la Gendarmerie nationale, renchérissait :

Les drones font l'objet de compte-rendu immédiat en cas de suspicion de survol. Force est de constater que la majorité de ces suspicions n'a pas été confirmée. Bon nombre d'entre eux, croisés avec le CNOA, sont concomitants avec le passage d'un avion au-dessus de la centrale ; le doute sur leur réalité subsiste. Les investigations menées par nos unités spécialisées de police judiciaire, coordonnées depuis un mois par la gendarmerie des transports aériens, montrent qu'effectivement, grâce aux auditions effectuées et aux rapprochements avec d'autres remontées d'informations, quelques survols sont avérés mais que d'autres restent incertains et sont donc non confirmés.

On a appris notamment que le survol de la centrale de Cattenom le 14 octobre, qui a fait l'objet d'une des premières plaintes d'EDF, concernait en fait un Boeing 747 en phase d'approche de l'aéroport du Findel (Luxembourg) ; celui de Gravelines le 19 octobre concernait un petit avion d'un service d'urgence qui venait de décoller de l'aéroport de Calais-Dunkerque, à dix kilomètres de la centrale, en survolant la zone interdite (mais il y était autorisé).

Il y a eu d'ailleurs quelques démentis de la presse après des déclarations fracassantes... Ainsi, on lisait dans la Dépêche du 01/12/2014 :

Vers 9 heures ce matin, un drone a été pris en chasse par la gazelle du 5e régiment d'hélicoptères de combat de Pau qui assure une surveillance aérienne du site nucléaire tarn-et-garonnais. L'engin télécommandé a été aperçu entre Valence-d'Agen et Goudourville. Même s'il n'y a pas eu de survol de la centrale nucléaire, cette zone située à moins de 5 km du CNPE est couverte par l'interdiction de tout survol à moins de 1.000 mètres d'altitude. Une enquête est en cours pour retrouver le propriétaire de l'aéronef. Depuis un mois, la centrale nucléaire de Golfech a été survolée à deux reprises (le 31 octobre et 12 novembre 2014) sans que les « pilotes » n'aient pu être appréhendés.
PHILIPPE CAHUE

Mais deux jours plus tard, le démenti apportait d'intéressantes précisions :

Dans notre édition de mardi, nous relations le survol d’un drone sur le secteur du château de Goudourville et de la zone industrielle de Prouxet à Valence-d’Agen. Cette zone située à moins de 5 km de la centrale nucléaire (CNPE) de Golfech est couverte par l’interdiction de tout survol à moins de 1 000 mètres d’altitude.

Alertés, les gendarmes de la compagnie de Castelsarrasin se sont rendus sur place pour tenter de retrouver à vue l’aéronef sans qu’aucun hélicoptère ne soit mobilisé pour cette opération. Et pour cause, aucun engin volant n’aurait, ce jour-là, survolé le secteur. Depuis les deux survols du CNPE de Golfech, eux bien réels, du 31 octobre et du 12 novembre, les gendarmes tarn-et-garonnais feraient face à une psychose des riverains de la centrale. Plusieurs appels hebdomadaires seraient ainsi émis pour signaler des objets volants. Une psychose qu’alimenteraient les ufologues (spécialistes des OVNI) locaux qui ont déposé plusieurs procès-verbaux en gendarmerie pour témoigner qu’il ne s’agirait pas de drones, mais d’objets volants non identifiés.


Les performances impossibles

Ça nous rappelle quelque chose... Lesdits ufologues, eux, sont persuadés qu'on leur cache des choses, que les prétendus drones n'en sont pas ou sont bien plus performants que des drones de loisir, et rabâchent depuis le début tous les éléments supposés le confirmer...

Il y a d'abord la dimension alléguée de certains engins. On parle depuis le début d'un drone de 2 m d'envergure mais sans donner aucune référence. Il a pourtant resurgi dans le Dauphiné du 4 novembre 2014 :

Creys-Malville, la Centrale survolée par un drone de 2 mètres

Lundi en début de soirée, deux drones, dont l'un de grande dimension, ont été aperçus en train de survoler la centrale de Creys-Malville en Isère. L'observation visuelle se déroulait vers 19 h 30. Immédiatement, un dispositif a été déployé, notamment avec l'appui d'un hélicoptère de la section aérienne de gendarmerie de Bron. Les deux petits aéronefs sont restés introuvables. Selon les informations du
Dauphiné Libéré, l'un des deux drones mesurerait deux mètres de diamètre. Une enquête a été ouverte. C'est le 2e survol de ce site nucléaire puisque dans la nuit du 5 octobre, un drone avait déjà été aperçu dans les airs de ce site nucléaire en déconstruction.

La direction du site a déposé plainte.


Cette dimension n'est donc qu'une estimation visuelle, qui ne vaut rien si on ne connaît pas la distance : le témoin a pu tout aussi bien surestimer la dimension d'un petit drone plus proche qu'il ne le pensait, ou au contraire sous-estimer celle d'un avion plus éloigné...

Certains ont aussi prétendu sur la foi de cet article de presse que ce drone aurait échappé à la poursuite d'un hélicoptère de l'armée, alors que tout ce qui est écrit c'est que le temps que l'hélicoptère arrive le drone n'était plus là ! Et on a vu que lors de la réunion à l'Assemblée nationale, le général Michel Pattin avait confirmé que si à plusieurs reprises des hélicoptères sont allés sur la zone d'un signalement de drone, aucun d'entre eux n'a jamais eu de contact visuel avec un drone.

Au sujet du même survol de Creys-Malville le 3 novembre, qui cumule décidément les informations fantaisistes censées démontrer l'impossibilité qu'il s'agisse de drones, un pilote indiquait aux journalistes de Nexus :

L’affaire de Creys-Malville m’étonne. Au moment de l’observation, il faisait nuit, avec une météo très pluvieuse et venteuse. Pour se repérer dans la nuit avec ces conditions – avec un drone mesurant 2 m – il faut être à l’affût, et le pilote du système radio-télécommandé doit être super fort. Je ne connais pas un amateur de modélisme chevronné qui puisse faire voler son appareil avec des rafales de vent de 70 km/h.

Une phrase qui a été répétée à l'envi, mais qui n'avait rien à voir avec la réalité... Si la région avait été placée ce jour-là en vigilance orange avec des rafales annoncées à 100/110 km/h, ça n'a pas du tout été le cas... Les stations météo les plus proches indiquent pour le 3 novembre vers 19 h 30 des vents de 10 à 15 km/h avec des rafales à 20 ou 25 km/h seulement, et juste un peu de pluie.

Sur l'ensemble des cas de survol, le vent était très modéré à de rares exceptions près, et dans ces cas-là il faudrait se demander s'il s'agissait bien dun drone ou d'une méprise. Le seul cas annoncé où les conditions météorologiques auraient rendu impossibles le vol d'un drone banal ne concerne pas une centrale nucléaire mais la base militaire d'Istres, supposément survolée le 9 décembre 2014, avec des rafales à 70 km/h ou plus et une forte pluie.

Voici comment la Provence relatait l'événement le 11 décembre :

Istres : la base aérienne a-t-elle été ciblée ?

Après une vingtaine de survols de centrales nucléaires depuis le début du mois d'octobre, un drone a-t-il cette fois violé l'espace aérien ultra-sensible de la base aérienne d'Istres ?

Il était un peu plus de 17 h, mardi, lors qu'un membre du personnel de la « BA 125 » a donné l'alerte. Un appareil volant non-identifié, d'une envergure estimée « entre 1 et 3 mètres » aurait été aperçu au-dessus des installations militaires. Un hélicoptère Fennec a aussitôt pris les airs pour rechercher l'intrus.

L'appareil, qui appartient à l'escadron 5/67 « Alpilles », de la base aérienne 115 d'Orange, se trouvait là en alerte, dans le cadre de la posture permanente de sécurité. Il assure la sécurité des sites sensibles de la vallée du Rhône et, depuis quelques mois, traque les drones, notamment autour de la centrale EDF de Marcoule, survolée à deux reprises en novembre par de mystérieux engins. Mais cette fois, les recherches n'ont rien donné.

Le parquet d'Aix-en-Provence a été saisi et la gendarmerie de l'Air a ouvert une enquête afin, tout d'abord, de vérifier le témoignage, qui demeure unique, alors que la base compte près de 5000 personnels, dont huit se trouvaient en poste à la vigie de la tour de contrôle, au moment de l'observation.

De plus, lorsque l'alerte a été donnée, le site était balayé par un fort mistral, avec des rafales à près de 100 km/h. Des conditions de vol très difficiles, même pour un appareil de grande taille, qui rendent d'autant moins probable la présence d'un drone.

Mais tant que le doute subsiste, l'affaire demeure prise très au sérieux car la base aérienne 125 n'a rien d'anodin. Le site, classé « installation nucléaire de base secrète », abrite notamment les Mirage 2000N de l'escadron de chasse 2/4 « La Fayette », et son stock de missiles à tête thermonucléaire ASMP-A, composantes essentielles de la dissuasion nucléaire française.

Patrick Coulomb

Bref une observation plus que douteuse, et c'est sur cela qu'on s'appuie pour affirmer que les drones ne peuvent pas être la cause des survols.

Il y a aussi les distances parcourues quelquefois inaccessibles à des drones basiques, bien que certains puissent voler comme on l'a vu sur une quarantaine de kilomètres... Mais là encore les cas allégués de distances ou durées extrêmes apparaissent extrêmement douteux. On a déjà parlé de l'observation à Golfech, où un drone d'aspect tout à fait banal aurait été poursuivi sur 9 km, mais d'autres cas sont mis en exergue...

Outre les ufologues, c'est sans doute Yannick Rousselet de Greenpeace qui a répété le plus d'âneries sur les survols... Mais à l'audition à l'Assemblée nationale il y avait quelques personnes qui pouvaient rétablir la vérité. Ainsi lorsqu'il déclarait :

Nous avons des témoignages de gendarmes sur le site de Creys-Malville qui indiquent des survols dans des conditions de vent de 70 kilomètres-heure avec de la pluie. Des hélicoptères à Golfech ont suivi ces drones pendant 9 kilomètres au moins. Un drone a circulé entre Flamanville et l’établissement AREVA de Le Hague, sur une distance de 18 kilomètres. La thèse des petits drones, des petits jouets avec lesquels il faudrait avoir le nez sur la clôture pour les faire voler, évidemment ne tient pas.

Le général Pascal Baudaud de la Gendarmerie nationale maintenait qu'aucun de ses hélicoptères n'avait poursuivi un drone, et Isabelle Jouette porte-parole de la Société française d'énergie nucléaire indiquait au sujet de Flamanville :

Il se trouve que je connais très bien cette région et la centrale, et trois quarts d’heure au-dessus de la centrale de Flamanville c’est pas vrai.

En fait, ce soir-là à Flamanville, on a signalé deux fois un drone, à 18 h 42 puis à 19 h 29. Il s'agissait vraisemblablement de deux vols différents d'un même drone, et c'est encore le porte-parole de Greenpeace qui a inventé qu'il aurait volé pendant tout ce temps... Et c'est le même porte-parole qui a affirmé que ce drone avait ensuite survolé l'usine d'Areva, située à 20 km de là, alors qu'il n'y a qu'à Flamanville qu'il a été observé et qu'il est simplement parti en direction de l'usine d'Areva !

Bref beaucoup d'informations invérifiées ont été répétées, et si on s'en tient à ce qui est raisonnablement confirmé il n'y a rien qui puisse exclure les drones de commerce, quand il ne s'agit pas de simple méprises avec des avions ou d'autres objets très banals.

La difficulté des contre-mesures

Un autre argument massue est « pourquoi n'a-t-on pris personne », à part les trois ados qui s'apprêtaient à faire voler un drone au-dessus d'un lac à côté de la centrale de Belleville...

Il faudrait savoir quels moyens ont le personnel de sécurité des centrales et les gendarmeries pour déceler les drones. Et le problème, c'est que vu la rapidité avec laquelle ces appareils se sont multipliés, en seulement quelques années, ils n'y étaient pas du tout préparés.

Un drone est de petite taille et composé en grande partie de plastique, il sera donc difficilement détectable avec des radars ou des détecteurs de métaux, qui sont les principaux moyens déployés sur les centrales nucléaires, en dehors de la détection visuelle. On n'a pas attendu la vague de survols pour étudier des moyens de détection spécifiques, s'appuyant sur le champ électromagnétiques ou le son, mais il faudra du temps avant que les centrales en soient équipées, de même que des divers systèmes pour les intercepter (cela va du tir au laser au drone chasseur en passant par les oiseaux de proie !)

En attendant, on fait avec ce qu'on a... On a vu qu'à Golfech, les gendarmes avaient envisagé de tirer sur un drone pour le neutraliser, mais ont préféré s'en abstenir et tenter de le poursuivre... Ça serait sans doute la solution la plus efficace, mais l'emploi d'armes à feu par des gendarmes est très réglementé, et il ne faudrait pas que quelqu'un soit blessé par une balle égarée... Un tireur absorbé par la visée du drone poursuivi peut facilement être à l'origine d'un accident, le nombre de blessés par accidents de chasse en témoigne. Et on a vu d'autre part que beaucoup de drones signalés étaient en fait des avions, et à quelques centaines de mètres une balle peut les endommager. Alors, j'ai le sentiment que cette option a été évoquée publiquement pour tenter de dissuader les opérateurs de drones, mais qu'en fait elle est interdite. Le 2 novembre, plusieurs organes de presse ont signalé que désormais les pelotons de gendarmerie spécialisés avaient l'autorisation d'abattre des drones au fusil à pompe, mais uniquement à l'approche de la centrale : ni « en direction de l'ilôt nucléaire » et ni « au-dessus du site dit conventionnel » (on entend par là sans doute la zone de 5 km de rayon autour de la centrale), ce qui restreint quelque peu les survols concernés.

On peut aussi chercher à localiser l'émetteur de la télécommande par goniométrie, en triangulant les directions mesurées par plusieurs récepteurs ou un seul que l'on déplace... C'est la méthode basique qui a été utilisée notamment pendant la guerre pour localiser des émissions radio hostiles, mais il s'agissait de trouver des émetteurs qui restaient en place pendant des heures... Ici, on a des drones qui sont utilisés pendant quelques minutes, sans doute une vingtaine au maximum, le temps de détecter l'émission parmi toutes celles qui sont licites, de mettre en place plusieurs récepteurs et de faire les recherches par tâtonnement, l'émission aura cessé. Il existe en outre des radiocommandes directives, qui diffusent leur émission dans un étroit faisceau dirigé vers le drone et ne seraient donc pas détectées.

On peut aussi utiliser des brouilleurs, émettant sur la même fréquence pour couvrir l'émission de la télécommande et rendre le drone incontrôlable. Mais il y a le risque que la chute de l'engin provoque un accident, et en outre cela brouillerait aussi les autres émetteurs utilisant ces fréquences. Par exemple, dans le cas de drones utilisant les fréquences wi-fi, tous les émetteurs wi-fi de la zone couverte seraient inactifs, ce qui peut occasionner des problèmes aussi bien pour la centrale que pour le voisinage, puisque rappelons que dans la zone de 5 kilomètres autour des centrales il peut y avoir un certain nombre d'habitations. Si tous les habitants de ces zones sont privés de télévision, de téléphones et d'ordinateurs à chaque fois qu'il y a une alerte, ce qui se produisait quotidiennement pendant la vague, ça risque de provoquer quelques remous ! Et bien sûr, des réseaux wi-fi sont aussi utilisés dans les centrales.

À ce sujet, on a dit dans la presse que que dans certaines centrales on avait tenté d'utiliser des brouilleurs électromagnétiques pour perturber les drones éventuellement radiopilotés, mais qu'on y avait renoncé parce que ça perturbait certains appareillages des centrales... Quelle surprise !

Et cela nous rappelle une autre annonce sensationnaliste sur le forum : le 14 novembre, un de ses membres a expliqué qu'il connaissait la femme d'un ingénieur d'une centrale, qui était appelé à son travail à chaque fois qu'un drone survolait la centrale... Et le 20 novembre, Benjamin ayant pu contacter l'ingénieur en question, il écrivait :

Tenez vous bien: « Lorsque les pseudos drones passent au dessus des centrales cela fait déconner le matériel électronique ! » Confidence...
Il y a un problème évident de sécurité nationale et c'est très grave !


Et le 24 novembre, il a mis en ligne la retranscription de l'entretien téléphonique, que l'on trouve ici... Ce que l'ingénieur explique, c'est qu'il a été appelé plusieurs fois en urgence après le survol d'un drone, et cela « parce qu'il y a eu des imprévus quelques minutes ou heures après l'intrusion du drone ». Mais il dit aussi que quelquefois il a été appelé de la même manière après de fausses alertes ! Il semble donc évident que ces « imprévus » étaient liés à des essais de brouillage, plutôt qu'aux drones eux-mêmes (ou aux ovnis, si on préfère) qui n'étaient pas toujours présents.

Les méthodes de brouillage ou de radiogoniométrie ne perturbent en outre que les drones radiopilotés, et on a vu qu'il était vraisemblable qu'après la médiatisation de l'affaire des dronistes bien équipés aient utilisé plutôt des drones préprogrammés par GPS, échappant donc à ces techniques.

Les brouilleurs de GPS existent aussi, utilisant les fréquences des satellites, et pourraient désorienter un drone... Mais là encore, c'est à utiliser avec circonspection puisque ces brouilleurs rendraient aussi inopérants les systèmes de navigation d'innocents automobilistes, et peut-être même d'avions !

En bref, il apparaît que les services de sécurité des centrales étaient assez impuissants face à des drones assez banals, et avec des dronistes expérimentés il n'est pas étonnant qu'ils n'en aient pas pris.

Les ufologues laissent encore planer le mystère en disant qu'il est impossible qu'aucune vidéo et photo n'ait été prise... Et certains organes de presse ont indiqué qu'il y en avait... Ainsi, dans le figaro du 5 novembre 2014 : Selon nos informations, les autorités ont en réalité plus d'éléments que ce qu'elles veulent bien dire. Elles disposeraient même de photos et de vidéos des drones.

Lors du débat à l'assemblée, le Général Michel Pattin déclarait juste : Nous avons quelques photos mais elles ne sont pas très précises et ne permettent pas d'avoir un contour précis des drones.

Mais il est peu probable qu'une vidéo prise dans l'enceinte d'une centrale soit jamais rendue publique, pour la simple raison que les positions et spécifications des caméras et autres détecteurs présents sur les centrales nucléaires relèvent de la défense nationale... C'est comme ça, des vidéos il y en a sûrement quelques-unes, mais on ne les aura jamais et c'est compréhensible. À ma connaissance, on n'a aucune vidéo de caméra de sécurité d'une centrale concernant les centaines de survols non autorisées mais parfaitement identifiées par des aéronefs divers.

Et il y a aussi le fait que tous les survols ont fait l'objet de plaintes par EDF, et que ces éventuelles vidéos sont des pièces de justice. Peut-être qu'on aura un jour des retours sur les jugements qui auront été prononcés, à ma connaissance pour l'instant il n'y a rien eu.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose

Voilà tout ce qu'on peut dire sur cette affaire... Ma conclusion personnelle est que cette histoire de survols de drones concerne bien des drones civils pas forcément très coûteux, n'impliquent probablement pas un groupe organisé, et en tout cas ne concernent en rien l'ufologie...

Il est plus que vraisemblable que tous les « survols » signalés avant la médiatisation de l'affaire n'aient été qu'une activité banale d'amateurs utilisant de simples jouets...

On peut m'opposer le fait que déjà le 19 octobre, alors qu'EDF n'avait pas fait la moindre annonce, il y a eu 4 survols la même nuit, à Bugey, Chooz, Nogent-sur-Seine et Gravelines. Mais on a vu qu'un de ces survols au moins, celui de Gravelines, concernait en fait un avion qu'on avait pris pour un drone... Il y a eu huit survols confirmés entre le 5 octobre, premier incident ayant fait l'objet d'une plainte par EDF, et le 28 octobre, avant la médiatisation de l'affaire, soit une période de 24 jours... Si les survols étaient aléatoires, on peut calculer qu'il y a 3% de chances qu'il y en ait trois le même jour dans cette période. Ça n'est déjà pas particulièrement probant, mais il y a beaucoup de facteurs qui font que la probabilité pour qu'un survol soit signalé varie d'un jour à l'autre : les conditions météo, la possibilité qu'une note interne ait circulé au sein du personnel ou des pelotons de gendarmerie spécialisés des centrales, etc...

Donc, rien d'inhabituel avant la médiatisation de l'affaire... Ensuite, les choses ont changé... Avec tout le bruit qui a été fait, et le rappel des peines encourues, il est probable que les simples amateurs se sont calmés, mais par contre ça a pu inciter quelques véritables passionnés de drones et amateurs de frissons à jouer aux gendarmes et aux voleurs... Et ceux-ci sont beaucoup moins nombreux, mais aussi beaucoup mieux équipés... Ils montent leurs propres drones avec des éléments disparates, ils les équipent d'amplificateurs permettant de les commander jusqu'à une dizaine de kilomètres, en « immersion » totale s'ils ont aussi des lunettes vidéo, de batteries pouvant atteindre une heure d'autonomie, de GPS permettant de programmer leur appareil pour suivre un parcours prédéfini de façon totalement autonome...

Et tout cela demande beaucoup de passion, mais n'est pas hors de prix... Même l'AR drone de Parrot a le programmateur de parcours en option, et on pouvait trouver dès fin 2013 pour un prix de l'ordre de 1000 € le drone « long range quadcopter », ayant une autonomie d'une heure à 40 km/h.

Avec le parcours automatique, ça doit être très amusant de chercher un parcours spécialement destiné à faire tourner ses éventuels poursuivants en bourrique ! Et de tels passionnés aiment souvent les défis et connaissent très bien les limites de ce qu'ils peuvent réussir.

Le premier mars 2015, un pilote de drone a révélé dans le jdd avoir survolé à deux reprises des centrales nucléaires en novembre :

Tous les passionnés de drone font du vol en PVPP (pas vu, pas pris) sans autorisation depuis qu'une législation est en place. C'est un défi, un challenge. Il n'y a rien d'officiel, aucune gloire à en tirer si ce n'est une satisfaction personnelle. Ce qui compte c'est de braver l'interdit, de montrer aux autres qu'on a conçu une machine performante qui se joue des défenses. Mon survol n'a duré que quelques minutes, assez pour être repéré par la sécurité.

Vous avez pris des précautions particulières ?

Pas spécialement. J'ai juste assemblé le drone avec des gants pour ne pas laisser d'empreintes ou de traces d'ADN au cas où je le perdrais dans la centrale.


Il explique aussi que son drone avait un parcours programmé et n'émettait aucun signal radio... Bref on a là quelqu'un qui prend toutes les précautions pour ne risquer rien d'autre que la perte de son drone (ce qui est déjà beaucoup, mais on est loin des peines encourues si on se fait prendre à faire voler volontairement son drone au-dessus d'une centrale). Il suffit qu'ils aient été une dizaine comme lui dans toute la France pour expliquer entièrement la « vague de survols » sans imaginer un plan concerté par une organisation inconnue.

Je signale pour ceux qui sont intéressés par cette affaire qu'un membre du forum, Arcadya, a réalisé un travail remarquable en compilant sur un tableau excel le résumé de tous les survols avec toutes les informations utiles, des articles de presse, etc...

La lutte s'organise

Divers moyens ont été envisagés pour lutter contre les drones : détection acoustique, radars spécialement adaptés, projectiles spéciaux, drones-chasseurs quelquefois équipés de filets, voire rapaces entraînés (aigles d'élite de l'Armée de terre).

Dès le mois de décembre 2014, l'Agence nationale de la recherche et le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale ont lancé un appel d'offres aux industriels pour détecter et neutraliser les drones. Vingt-quatre projets ont été présentés, et trois ont été retenus... Ces systèmes utilisent différents capteurs pour repérer les drones : caméras haute définition, caméras thermiques, capteurs sonores, radars et faisceaux laser. Ils peuvent ensuite les neutraliser par brouillage radio dans le cas de drones radiocommandés, ou brouillage GPS, et l'émetteur peut aussi être localisé. Ces méthodes sont encore à l'état de prototypes, mais ont fait l'objet de quelques démonstrations et ont été expérimentées lors d'événements particuliers (notamment l'Euro de football 2016).

D'autre part, la législation a été durcie : les drones de plus de 800 g (pourquoi précisément cette masse ? Certaines mauvaises langues ont remarqué que c'était juste un peu au-dessus de la masse du dernier-né de notre fabricant national Parrot, le Bebop) devront faire l'objet d'une déclaration et leur pilote recevoir une formation spéciale, et à partir de 2017 ou 2018 les drones de loisir commercialisés devront être programmés pour ne pas pouvoir voler dans certaines zones interdites. Et surtout, il y a un gros effort sur l'information : les lois en vigueur doivent être détaillés dans la documentation de tous les drones vendus, et on peut trouver une carte des zones interdites ou jouissant de limitations particulières sur le site Géoportail.

Tout cela a déjà porté ses fruits, et le nombre de survols a largement diminué et concerne essentiellement des amateurs sans intentions malveillantes qui ont fait voler des drones dans le périmètre interdit mais loin des centrales.

Bref la vague de survols est vite passée, et plus personne ne s'en soucie à part quelques ufologues qui continuent à entretenir le mythe...

Quand les apprentis ufologues veillent

Mais voyons à ce sujet ce qu'a donné l'appel aux observations émis sur le forum, c'est assez instructif d'un point de vue ufologique !

C'est dans la soirée du 10 novembre 2014 que trois « enquêteurs » du forum, Rextyx57, Korridwen et Polyedre57 ont fait une veillée à côté de la centrale de Cattenom, près de la frontière du Luxembourg.

Le lendemain, Rextyx postait:

Hier soir de 18 heures 30 à 23 h 45, accompagné par Polyedre et par Korridwen une surveillance à la centrale de Cattenom, mais encore une fois rien à signaler mis à part 2 contrôles de gendarmerie, un par les gendarmes formés pour la securité des centrales et un par des gendarmes de la circonscription (gendarmes de Hettange Grande).

Mais ils apprenaient avec dépit le même jour qu'un drone avait survolé la centrale justement au cours de leur veillée ! C'est ce qu'indiquait le Républicain lorrain :

EDF a porté plainte aujourd’hui pour le survol de la centrale de Cattenom par un aéronef de type drone au cours de la nuit dernière.

Le drone aurait survolé le site nucléaire vers 23 h 30, lundi soir, selon un agent du service de surveillance de la centrale de Cattenom. Près d’une centaine de gendarmes ont été déployés dans l’enceinte de la centrale et dans un rayon de 20 km dans le but de localiser les pilotes de l’appareil. Un premier survol avait déjà été signalé par EDF au-dessus de Cattenom le 14 octobre dernier.

Message suivant de Rextyx le 12 novembre :

Eh ouiiii !! pas de bol !!!! au même moment il y a eu un passage d'une boule lumineuse, luminosité style néon, Polyèdre doit vérifier si il y a eu un passage de satellite, à ce moment, pour ma part je ne pense pas du tout à un satellite, boule, luminosité de style tube néon, direction nord-sud, on tournait le dos à la centrale car cela nous a surpris, visibilté correcte, elle m'a semblé pas trop haute en altitude, entre 300 et 500 mètres, vitesse de passage pas très rapide visible pendant 1 bonne minute, j'attend le complément de Polyedre, sur ce point...

Donc on tournait le dos à la centrale, pratiquement à ce moment, mais la brume commençait sérieusement à entourer le site nucléaire, et on a decidé de lever le camp (23 h 45)...

Maintenant j'attends que Polyèdre décompresse car il y a eu un petit événement, hier le 11 dans l'après-midi...

Je voudrais aussi que Korridwen se manifeste aussi car elle a vu la même chose que moi, au même moment ;

Très délicat tout ça, je n'étais pas seul et je ne veux pas faire du tort à qui que se soit dans toute cette "" histoire ""

Voilà j'attends que mes comparses se manifestent aussi...

PS : j'ai voulu prendre cette boule avec mon caméscope, bonnette de diffraction installée, mais pas moyen de la voir sur mon écran de contrôle du caméscope, encore une chose que je trouve bizarre...


Et à ceux qui s'étonnaient que son premier message indiquait qu'ils n'avaient rien observé ce soir-là il répondait :

Dans mon premier message je n'ai pas voulu aller trop vite, oui cela concerne la soirée du 10/11, encore une fois j'attend que Polyèdre me confirme que ce n'était pas un sattellite... Mais il m'a dit ce soir-là, qu'il avait un problème d'ordi, alors j'attends...

Le 15 novembre, un nouveau sujet a été créé pour relater l'observation, sous le titre Observation Ovni 2014: le 10/11 à 23 h 30 - boule lumineuse - centrale de cattenom - Moselle (dép.57)

Ville : Centrale de cattenom
Département : Moselle (dép.57)
Région : Lorraine
Pays : France
Date : 10/11/2014
Heure du début de l'observation : 23 h 30
Durée de l'observation : 1 minute

Conditions météo : Ciel dégagé
Nombre de témoins : 3
Type de phénomène : Boule lumineuse
Signalement officiel : Oui

Récit complet de l'observation :
Nous étions trois à nous être donné RDV, à la centrale de Cattenom, sur le parking situé à l'est du site.
Cela faisait plus de 2 heures que nous étions là, pour voir si l'on pouvait voir un de ces fameux « drones » et pouvoir le filmer ou même le photographier.
Vers 23 h 30 , tournant le dos à la centrale et en provenance du nord, un de mes comparses s’étonne de voir une lumière se rapprochant direction plein sud. Après quelques secondes, l'objet se rapprochant de nous, on constate que c'est une boule luminescente, la même lumière qu'un tube néon, cette boule passe environ à une hauteur située entre 500 et 800 mètres, donc elle est passée juste au dessus du lac Mirgenbach, son trajet était rectiligne, nord/sud, pas de bruit, toujours la même vitesse constante...
Je me rappelle aussi que nous nous trouvions juste en face de la lune montante, et que cette boule est passée juste en dessous de cette dernière.
Cela ne pouvait donc pas être la lune qui l’éclairait et encore moins le soleil qui était déjà bien de l'autre coté... En tendant mon bras (entre 10 et 20 degrés) et en prenant mon pouce comme référence, cette boule prenait toute la longueur de mon pouce.
Ensuite elle a disparu totalement... J'ai voulu prendre des photos ou même un film avec mon caméscope Panasonic HDD, SDR-H90 mais à aucun moment je n'ai réussi à l'avoir sur mon écran de contrôle, je peux vous affirmer que j’étais bien dessus !
Peu de temps après la gendarmerie de circonscription (celle de Hettange Grande) était sur les lieux et nous demandait nos papiers...

Nous étions juste au-dessous d'où il y a marqué d56 en jaune, le premier parking :


Plan des lieux

Description précise : Ronde luminosité néon
Couleur : Blanche laiteuse
Taille du phénomène : Un quart de moins que la lune a ce moment-là
Comportement : Mouvement rectiligne nord sud, vitesse impossible de le dire
Trajectoire : Nord 5° — sud 5°
Bruit spécifique : Non
Odeur spécifique : Non
Direction de l'objet en fonction du vent : Non précisé
Présence d’installations : Centrale nucléaire Cattenom
Photo semblable : Non précisé
Tableau : Boule


Certains n'ont pas manqué de lui faire remarquer que « toute la longueur du pouce » et les trois quarts de la dimension de la lune c'est très incompatible, puisque la lune ne fait que 4,5 mm à bout de bras en moyenne.

Il commençait par répondre :

Ça, c'est fait, maintenant, je demande à ce que vous donniez accès à Korridwen pour les précisions, elle a peut-être aussi remarqué autre chose...
À voir avec les dates et les heures, la taille de cette lune montante, photo où il y a un panneau parking sur la photo, nous étions pratiquement derrière ce panneau...
Je suis un gars assez costaud, je viens de mesurer mon pouce à l'intérieur de la main (intérieur articulation) que le pouce sans forcer, main ouverte et pouce tendu mesure 6 cm,5...
Maintenant, j'aimerais que vous laissiez Korridwen intervenir dans ce témoignage pour de plus amples et rigoureuses infos...
Merci à vous tous.


Et plus loin :

J'étais tellement surpris, vous comprenez bien qu'on ne pense pas à tout sur le moment, même si on essaie de tout faire pour le mieux, bras tendu, entre pouce et index, environ 6 à 7 centimètres, si cela se trouve, cette boule était plus proche que je n'ai cru, mais je sais et là j'en suis sûr cette boule était bien grosse...
Vis à vis de la lune, un peu plus de la moitié de la taille de la lune...
J'aimerais bien que Korridwen se manifeste, peut-être serait-elle plus précise, mais une chose est sûre c'est qu'elle est d'accord avec moi...

Le 16 novembre, Korridwen donc a apporté des précisions, et n'était pas vraiment d'accord avec Rextyx :

Pour l'observation du 10/11/2014, je confirme donc d'avoir également vu une boule lumineuse blanche. Sauf que la distance est mauvaise dans le récapitulatif. Il s'agirait plus d'une distance entre 500 km et 800 km.
Si je prends pour exemple l'ISS, pour ma part je la voyais légèrement plus lumineuse.
J'ai regardé si je trouvais un satellite pouvant passer à ce moment là (via previsat) mais en dehors de Intercosmos 25, malgré sa direction légèrement différente, je n'ai rien trouvé.
Pour moi l'observation à duré un peu plus de 1 mn mais bon... La perception du temps reste différente pour chacun de nous.
Ensuite, vu le nombre de satellites en fonction autour de notre planète... sans compter ceux non répertoriés sur les logiciels...
Pour ce qui est du fameux drone... on n'a effectivement rien pu voir à cause de la brume qui avait recouvert notre champ de vision un peu de temps avant 23 h 30 (heure à laquelle nous avons commencé à ranger le matos). Il aurait fallu avoir peut-être des jumelles infrarouge....

Et plus loin :

Ce point lumineux là (perso je ne le voyais pas du tout d'une grosseur de 6 cm, pour ma part il était tout de même plus petit... et pourtant je suis une fille donc...^^) si on compare l'ISS à un petit pois, ce point lumineux serait plutôt entre le petit pois et le pois chiche... (on évite de rigoler svp^^)
Et ce point lumineux gardait sa vitesse de croisière et sa direction... Pas de modification de trajectoire. D'où l'idée de satellite... peut-être militaire, info à creuser...


Mais Rextyx s'acharnait, le 17 :

Korridwen , tu te rappelles bien qu'on avait la lune en face de nous et qu'a ce moment-là, je t'ai encore dit, en parlant de cette boule elle fait la moitié de la lune.
Tu dis plus haut 500 a 800 km, je sais pas si tu vois quelle distance cela fait cette boule nous était bien plus proche, pour moi l'ISS est une tête d'allumette à côté, et même je pense qu'il faut arrêter avec l'ISS ou tout autre objet spatial, il faut revoir cela avec ce dont on dispose, genre pouce tendu à bout de bras, ce que j'ai fait d'ailleurs et cette boule prenait bien pratiquement toute la longueur de mon pouce.
Essaie de faire l'expérience de prendre un pois chiche, de le tenir a bout de bras et de le faire passer devant toi, tu verras que la boule qu'on a vue était bien plus grosse.
En ce qui concerne la durée, oui un peu plus d'une minute (à 5 secondes près)


Et à « Hannibal » qui lui rappelait encore que la lune à bout de bras faisait moins de 5 mm, il répondait :

À ce moment-là, la lune qu'on voyait faisait bien la taille d'une pièce de 2 euros et la boule est passée entre la lune et nous, et la taille de la boule faisait bien la moitié de la lune.
La boule était bien plus proche de nous que la lune.
Pas évident ces distances, rapprochement et vitesse...


Le 19 novembre, enfin, le troisième larron de l'affaire, Polyèdre, donnait sa version :

Durant cette soirée, outre le premier élément (petit pois lumineux de 22 h 40 ! j'ai noté l'heure sur un calepin dans le but de vérifier de quel satellite il pouvait bien s'agir, en vain...), je suis plus en accord également avec Korridwen concernant sa taille.

Bon, dix jours après l'observation, on apprenait donc que l'heure indiquée jusqu'alors était fausse, et n'était donc pas du tout celle de l'observation d'un drone à la centrale !

De son côté, Benjamin le patron du site n'avait pas chômé... Vexé sans doute de s'être fait voler la vedette par Nexus peu avant, il avait alerté la presse sur cette observation, sans attendre les précisions des deux autres observateurs et en ignorant les messages des autres intervenants qui mettaient fortement en doute la fiabilité de Rextyx... Il en résultait le 19 novembre un communiqué paru dans tous les quotidiens de la région : l'Est républicain, l'Alsace, le Républicain lorrain, les Dernières nouvelles d'Alsace et la Lorraine numérique :

Il s'appelle Benjamin Dupuis, est l'un des animateurs du blog « Le mystère des Ovnis », une plateforme qui étudie « avec le plus grand sérieux les observations de phénomènes non identifiés ». Les témoins déposent leurs témoignages à l'aide d'un formulaire spécifique. C'est lui qui a contacté l'Est Républicain après avoir recueilli le témoignage d'internautes qui affirment avoir observé un Ovni en Moselle, alors qu'ils cherchaient à observer des drones au-dessus de la centrale nucléaire de Cattenom.

C'est précisément par l'intermédiaire de ce formulaire que des internautes ont raconté leur observation d'un phénomène étrange observé le 10 novembre au-dessus de la centrale de Cattenom, en Moselle : « Nous étions trois à nous être donné rendez-vous, à la centrale de Cattenom, sur le parking situé à l'est du site, raconte-t-il.

Cela faisait plus de deux heures que nous étions là, pour voir si l'on pouvait voir un de ces fameux "drones" et pouvoir le filmer ou même le photographier. Vers 23 h 30 , tournant le dos à la centrale et en provenance du nord, un de mes comparses s’étonne de voir une lumière se rapprochant direction plein sud. Après quelques secondes, l'objet se rapprochant de nous, on constate que c'est une boule luminescente, la même lumière qu'un tube néon, cette boule passe environ à une hauteur située entre 500 et 800 mètres, donc elle est passée juste au-dessus du lac Mirgenbach, son trajet etait rectiligne, nord/sud, pas de bruit, toujours la même vitesse constante.

[...] En tendant mon bras et en prenant mon pouce comme référence , cette boule prenait toute la longueur de mon pouce. Ensuite elle a disparu totalement. »

L'internaute précise que « peu de temps après la gendarmerie de Hettange-Grande était sur les lieux et nous demandait nos papiers... » Les trois personnes présentes auraient été convoquées et longuement interrogées à la gendarmerie d'Hettange le lendemain 11 novembre. On comprend l'intérêt des autorités pour cette observation puisque selon nos confrères du
Parisien, la centrale a effectivement été survolée dans la nuit du 10 au 11 novembre.

Le 19 novembre, Polyèdre apportait des précisions :

Au début de l'observation, je fus le premier à observer cette lueur venant du Nord (Luxembourg), elle m'a interpellé car en la fixant d'abord de mes yeux, je crus avoir à faire à un avion de ligne, pourquoi me direz-vous ? Parce que je vis distinctement deux feux blancs l'un proche de l'autre, ceci bien sûr en fonction de la distance bien sûr ici difficile à évaluer... Au fur et à mesure de sa progression, ces deux points n'en ont fait qu'un seul, trajectoire et vitesse conforme à celle d'un satellite courant, aucun effet de flare d'iridium, d'un ton blanc/bleu électrique, chaque personne ayant pratiqué des veillées est capable de temps à autre d'observer des flares d'iridium dans ces tons et de façon décuplée, très rapides et parfois répétitifs (personnellement jusqu'à 5 ou 7 fois de suite), jusqu'à le perdre de vue dans le cône d'ombre de la Terre, là il a été possible de le suivre relativement longtemps tout au long de son parcours, est-ce suffisant pour affirmer que cet objet volait plus bas que la normale ? Je ne sais... Par ailleurs et compte tenu des conditions météorologiques, absence de vent, ciel relativement dégagé malgré la brume devenant de plus en plus présente à l'approche du terme de notre veillée, il aurait été possible aussi haut soit-il d'entendre distinctement le bruit d'un réacteur d'un quelconque Mirage 2000D de la base de Nancy/Ochey ou autre Rafale en exercice, je certifie qu'il ne s'agit en aucun cas de l'un de ces appareils que j'ai pu voir également en exercice de nuit, je pensais même les voir évoluer à plus basse altitude, ce n'est pas vraiment le cas pourtant les Mirages en question sont dévolus aux missions de bombardement en zone RTBA (réseau très basse altitude).

Il précisait aussi :

L'autre souci qui n'a pas été pris en compte est l'heure, rien à voir avec les 23 h 30 annoncées pour un quelconque drone, cette lueur est apparue entre 22 h 35 et 22 h 40 heure locale, il aurait été préférable d'attendre que je puisse obtenir mon accès au web avant que l'information ne transite dans les médias, il n'est pas bon d'être trop pressé sans avoir toutes les cartes en main, personnellement, je n'aurais fait aucune déclaration en ouvrant un formulaire spécifique, ce ne sera pas la première fois que j'aperçois de « minuscules lumières » sans pouvoir leur coller une identification avec certitude.

Rextyx était alors de plus en plus agité :

Effectivement, ce soir-là, je me rappelle bien avoir vu une boule direction constante nord/sud, d'avoir dit a Korridwen, wouah, on a de la chance de la voir de si près, elle me répond oui on a de la chance, pour ma part, c'est à cause de cela que j'ai fait une déclaration sur ce forum, précision : si ça avait été un point dans le ciel je ne l'aurais même pas vu je n'avais pas mes lunettes ce qui pour moi confirme de la taille de l'objet.

Sa naïveté devient touchante, maintenant il nous apprend qu'il n'avait pas ses lunettes et donc qu'il voyait mal ! Comme si l'absence de lunettes pouvait empêcher de voir un point lumineux pourvu que sa luminosité soit suffisante... Ce qui est clair par contre, c'est que sans lunettes un myope verra un point lumineux lointain comme une « boule », mais elle n'aura quand même pas la taille du pouce... Une taille proche de celle de la lune par contre c'est bien possible.

Et il s'enfonçait le 21 novembre en recopiant sans les comprendre des explications sur la taille angulaire de la lune :

L'orbite de la Lune est distinctement elliptique, avec une excentricité moyenne de 0,0549. Cette forme non-circulaire provoque une variation de la vitesse angulaire et de la taille apparente de la Lune pour un observateur terrestre. Le mouvement angulaire moyen journalier de la Lune pour un observateur imaginaire situé au barycentre des deux objets célestes est de 13,176° vers l'est.

Cette semaine, une très grosse Lune à l'horizon.

Si vous regardez au coucher du soleil vers l'Est, vous verrez une Lune géante se lever. Elle ressemblera à la Lune de la Terre, bien ronde et ses cratères familiers bien en place. Mais quelque chose ne sera pas normal. Cette pleine Lune sera étrangement gonflée. Énorme !

Les observateurs de ciel (le ciel est l'atmosphère de la Terre telle qu'elle est vue depuis le sol de la planète) savent cela depuis des milliers d'années : les lunes basses dans le ciel paraissent anormalement grandes. Les appareils photo n'y sont absolument pas sensibles, mais nos yeux, oui. C'est une réelle illusion. La pleine Lune (la pleine Lune est la phase lunaire durant laquelle la Lune apparaît la plus brillante depuis la Terre, de par le fait que nous voyons, lors de cette phase, presque toute la surface...) de cette semaine sera plus basse dans le ciel que n'importe quelle autre pleine Lune (la Lune est l'unique satellite naturel de la Terre et le cinquième plus grand satellite du système solaire avec un diamètre de 3 474 km. La distance moyenne séparant la Terre de la Lune est de...) depuis juin 1987, aussi l'illusion sera très forte.


Rien à voir donc avec l'orbite, la grosseur anormale de la lune bas sur l'horizon est bien une illusion, qui disparaît si on la compare avec la dimension de son pouce à bout de bras comme Rextyx a prétendu l'avoir fait ! Mentionnons que Rextyx, qui a curieusement disparu du forum peu après cette histoire, a déclaré qu'il « pratique l'astronomie depuis quelques années déjà »...

Polyèdre donnait pour sa part quelques précisions géométriques le 23 novembre :

Apparition des deux points lumineux côte à côte à 22 h 38/22 h 39 à environ 15° au-dessus de l'horizon Nord-Nord-Est dans un plan azimutal compris entre 20° et 30°.

La Lune est présente plein Est (azimut 90°), 22° d'élévation.

Fin de phase et éloignement de l'objet à 22 h 40/22 h 41 et des brouettes (ne pinaillons pas messieurs !), son élévation est restée approximativement à 20° durant la majeure partie de son passage, il s'est dirigé et disparu de notre champ de vision vers le Sud-Sud-Est (Azimut 160°).


Le 20 novembre sur le forum Ufo-scepticisme, Elevenaugust et Nablator trouvaient avec FlightRadar24 la trajectoire d'un avion qui pourrait correspondre à l'observation :

Trajectoire de l'avion

L'avion était un Cessna 510 Citation Mustang qui avait décollé de l'aéroport du Luxembourg, et passait au plus près à 7 km des témoins et 4 km d'altitude. S'il avait encore ses feux d'atterrissage allumés, il était assez normal à cette distance que nos témoins le voient sous la forme d'une grosse lumière et ne voient pas les lumières clignotantes plus faibles... Polyèdre a dit qu'il lui avait semblé voir d'abord deux lumières séparées, et il a d'ailleurs pensé pour cela à un avion.

L'identification reste tout de même incertaine du fait que cet avion passait au plus près des témoins à 21 h 45 alors que Polyèdre avait noté sur son carnet une heure de passage précise de 21 h 40 et affirme que sa montre était bien réglée, et d'autre part parce que Polyèdre aussi bien que Rextyx sont sûrs que l'objet était passé sous la lune, qui se trouvait alors à 23° de hauteur angulaire, alors que la hauteur angulaire de l'avion était d'environ 30°.

Mais on peut douter de ces précisions connaissant les circonstances des témoignages... Rappelons que lorsque Rextyx rapportait initialement leur soirée, il indiquait qu'il ne s'était rien passé, puis en apprenant qu'un drone avait été observé dans la centrale à 23 h 30 il se rappelait avoir observé cette « boule » « à la même heure », se trompant donc de trois quarts d'heure, et Korridwen ne l'a pas corrigé... Quant à Polyèdre, il n'avait accordé aucune importance à cette observation de « minuscules lumières » dont il avait juste noté l'heure dans l'intention de vérifier s'il ne s'agissait pas d'un satellite, et n'apprenait que 9 jours plus tard que Rextyx avait fait une déposition.

Dans ses déclarations successives, Polyèdre a indiqué que « cette lueur est apparue entre 22 h 35 et 22 h 40 locales », puis qu'elle a disparu « à 22 h 40 », et plus tard « apparition des deux points lumineux côte à côte à 22 h 38/22 h 39 » et « fin de la phase et éloignement de l'objet à 22 h 40/22 h 41 et des brouettes ». J'ignore à quelle unité de temps correspond une brouette, mais ça n'a pas l'air très précis. Quant à la durée d'observation, elle était d'une minute puis « un peu plus d'une minute à cinq secondes près » pour Rextyx, un peu plus d'une minute pour Korridwen et ça semble être plutôt trois minutes pour Polyèdre...

Alors, on peut se demander si l'heure notée, comme par hasard un chiffre rond, n'avait pas été à peu près estimée après l'observation, et quant à se rappeler si l'objet était passé au dessous ou au dessus de la lune alors que sa trajectoire a été très longue je ne suis pas sûr que ce soit très fiable.

Un élément qui va dans le sens de l'avion, c'est que Polyèdre dont je ne doute pas qu'il a l'habitude d'observer les satellites a pensé tout de suite à cette explication parce que ça avait la vitesse d'un satellite comme l'ISS, et là il s'agit bien de son ressenti immédiat... Et il se trouve que cet avion se déplaçait très précisément à la vitesse apparente de l'ISS ou un autre satellite en orbite basse passant à la même hauteur angulaire.

Bref il y a une incertitude, mais quoi qu'il en soit Polyèdre avait envisagé lui-même le 10 novembre un avion militaire, qui n'apparaîtrait vraisemblablement pas sur FlightRadar :

Le fautif pourrait très bien être un appareil militaire américain provenant de la base de Ramstein en Allemagne (très proche à vol d'oiseau), en effet des contacts sur le secteur situé entre Bouzonville et Creutzwald m'ont signalé une activité soutenue d'aéronefs militaires le soir-même entre 22 h 00 et 2 h du matin, des exercices de nuit comme il s'en produit certaines nuits. Il est courant pour un oeil averti de croiser dans le ciel de cette partie de la France de temps à autre des appareils des forces américaines.

Et après tout il se pourrait aussi que ces trois témoins aient observé un drone ! Certes, l'objet était vu à ce moment dans la direction opposée à la centrale, mais nous avons vu qu'il n'était pas certain du tout que beaucoup de drones aient réellement survolé des centrales nucléaires, plutôt que seulement la zone d'interdiction aérienne qui s'étend bien au-delà... Et des dronistes farceurs mais pas trop audacieux pouvaient compter sur la présence opportune de nos trois chasseurs de soucoupes, bardés de matériel et aussi discrets qu'un éléphant dans une baignoire, dans cette direction, pour détourner l'attention des gendarmes !

Bref oublions cet ovni de Cattenom dont toute la presse a parlé, et intéressons-nous plutôt à l'autre événement notable de cette soirée où « rien n'était à signaler »... C'est Korridwen qui l'a mentionné négligemment le 17 novembre, dans son quatrième message sur le sujet :

Des avions il y en avait une flopée mais à haute altitude... sauf un (un Transal de l'armée d'après ce qu'on nous a dit) qui volait très bas.

Polyèdre précisait le 19 novembre :

Il y avait cet avion cargo sur lequel je voudrais revenir... Celui-ci volait très bas, trop bas et trop proche du périmètre de la centrale, ce qui explique peut-être en partie qu'il est inexistant sur Casperflights, que son transpondeur n'était pas branché, voir défaillant, indétectable à basse altitude, mais il peut être également question d'un appareil militaire en provenance du Luxembourg (tout comme cette lueur d'un blanc/bleu un peu électrique), le temps était conforme (absence de vent, ciel relativement dégagé) pour une mission de nuit dans le but d'un éventuel parachutage, ce type d'exercice a déjà eu lieu dans le passé, je ne vois pas pourquoi cela ne continuerait pas...

L'heure de passage de ce cargo correspondrait également plus au moment ou l'alerte fut donnée par le personnel de sécurité de la centrale, à savoir vers 23 h 30. Ce qui m'amène à penser sans en apporter la preuve que ledit personnel a été briefé comme cela a sans doute été le cas dans toutes les centrales de France et de Navarre, il aurait fallu qu'un seul vol de drone avéré pour déclencher une opération de ce type de grande envergure, en d'autres termes, tout ce qui survole de près ou de loin une centrale est catalogué comme suspect, le nom drone est celui qui revient le plus souvent, mais également « assimilé à un aéronef », encore une fois je doute du fondement de cette affaire, comme si une sorte de psychose s'était emparée du personnel d'EDF et donnait lieu systématiquement à des dépôts de plaintes en Gendarmerie, ce qui expliquerait aussi le manque de supports photos/vidéos, bien sûr ce n'est que mon avis personnel jusqu'à nouvel ordre...


Voilà qui est intéressant, il est effectivement difficile de ne pas faire le rapprochement entre cet avion passant près de la centrale à basse altitude et l'observation d'un « drone » par un employé de cette centrale à peu près à la même heure !

Et Polyèdre précisait le 23 novembre :

L'autre évènement dont on ne parle pas et qui a mes yeux est plus important, c'est le survol du cargo volant à très basse altitude à proximité de la centrale, il nous a survolé pile-poil au-dessus du parking une fois 23 h passée, Casperflights n'a pas été en mesure de l'identifier, il représente un danger que l'on ne peut négliger pour un tel site et là c'est nettement plus grave aux yeux de Greenpeace et d'autres organisations écologistes anti-nucléaire... J'ose espérer que la gendarmerie a pu faire son enquête en ce sens et trouver le fautif pour un rappel à l'ordre, voir le sanctionner...

Et à la question de savoir s'ils en avaient parlé dans leur déposition à la gendarmerie, Polyèdre répond : Oui, ils étaient déjà au courant paraît-il...

Et il précise ensuite concernant le type d'avion :

Un Transall c'est s'aventurer un peu trop vite en besogne, il ne me semble pas avoir reconnu son profil caractéristique (encore faut-il avoir des connaissances sur les avions), mais ce qui est certain, c'est qu'il n'avait rien à faire à une altitude aussi réduite et proche du lieu où nous étions, par conséquent, il n'y a absolument rien de normal là-dedans... Je n'ai pas eu la présence d'esprit d'écarter les bras dans sa direction lorsqu'il nous a survolés, mais actuellement en me repassant la scène, l'écartement entre mes bras tendus en regardant vers le ciel était au minimum de 60 cm, si quelqu'un veut vérifier l'envergure moyenne des ailes d'un avion cargo lambda en prenant comme base un Transall et quelques calculs savants, ça pourrait nous donner une idée de l'altitude à laquelle il évoluait.

Et à quelqu'un qui lui fait remarquer avec étonnement que si son estimation était bonne l'avion les aurait survolés à une altitude de 55 m, il répond :

Bien que le dicton soit connu : chasseurs et pêcheurs = menteurs, je suis dans l'incapacité de surévaluer mes prises comme le feraient certains au port de Marseille. Je préfère être en deçà que de passer pour un mythomane.

Et là pourtant il est vraiment passé pour un mythomane aux yeux de tous ! Parce que franchement, qu'ils aient été survolés par un gros avion de 40 mètres d'envergure à guère plus de 50 mètres d'altitude et que ça ne les ait pas marqués plus que ça, sans même qu'ils pensent à noter l'heure exacte, c'est complètement impossible à croire... Il répondait le 24 novembre à Wacapou qui se moquait de lui :

Wacapou, tu ne sembles pas accepter le fait qu'un avion passe aussi bas près d'une centrale, même si nous rajoutons 300 m d'altitude (la hauteur moyenne de nos collines), il passe toujours trop bas et par conséquent ça ne change rien à la problématique...

S'il est passé à 300 m d'altitude c'est déjà qu'il a multiplié par six la dimension apparente de l'objet, tout en affirmant qu'il serait incapable de la moindre surestimation, lui qui se présente comme un observateur du ciel aguerri et un enquêteur ufologique confirmé... Ça ne change donc rien à la problématique de cette observation particulière, mais par contre ça nous montre à quel point on doit se méfier des estimations angulaires de la part de témoins que l'on pourrait considérer comme fiables ! Et 300 mètres pour un avion de cette taille c'est déjà très bas, s'ils avaient été persuadés que l'avion en question avait violé l'espace aérien interdit de la centrale, ce qui est tout de même une question essentielle dans l'affaire pour laquelle ils étaient là, ils l'auraient dit tout de suite ! Et je doute aussi que Polyèdre qui semble quand même bien renseigné sur l'aéronautique ait pu penser une seconde qu'un avion volant à 300 m d'altitude pouvait éventuellement être là pour un exercice de parachutage nocturne ! C'est donc plus vraisemblablement au moins d'un facteur vingt que Polyèdre a surestimé la dimension angulaire de l'avion, et on peut douter fortement aussi de son passage « à leur verticale », et donc à celle de la centrale puisqu'ils étaient juste à côté.

Wacapou écrit le 24 novembre, répondant à Polyèdre :

L'un des principaux problèmes que je rencontre dans les témoignages qui arrivent sur ce forum est celui de la « taille apparente à bout de bras ».
Le problème n'apparaît pas de temps à autre, il est systématique. Il faut diviser cinq à dix fois la mesure avancée par un témoin.
Qu'un novice se plante, ce n'est pas trop étonnant mais que quelqu'un comme vous, plus qu'habitué de la chose ufologique c'est plus qu'étonnant. On en arrive à se demander si ce n'est pas quelqu'un d'autre qui a piraté votre compte et rédige à votre place.


Cette surestimation systématique des dimensions apparentes, c'est bien ce que tout enquêteur a constaté, et il serait temps que tous ceux qui interviennent sur les forums en soient conscients... Ici nous avons trois enquêteurs chevronnés, habitués à l'observation du ciel et qui disent bien connaître l'astronomie... Il y en a un qui décrit un simple point lumineux comme une « boule » de six ou sept centimètres de diamètre à bout de bras ou au choix les trois quarts du diamètre apparent de la lune, un autre qui exagère au moins d'un facteur six et probablement encore beaucoup plus la dimension apparente d'un avion passé à proximité, deux qui se trompent de trois quarts d'heure sur l'heure de leur observation... Et ces observations qu'ils ont trouvées sur le moment complètement insignifiantes, au point de ne même pas les mentionner, ont pris tout à coup une valeur extraordinaire lorsqu'ils ont appris qu'un drone avait été observé la même nuit au-dessus de la centrale qu'ils surveillaient !

Mais le commentaire le plus ahurissant sur un forum qui prétend enquêter avec le plus grand sérieux sur les ovnis, c'est celui de « pierfig », qui est « Analyste observations » :

Les témoignages se sont faits sans concertation préalable d'où ces distorsions dans les appréciations et les essais malheureux de rattraper la situation. Bref, après quelques remarques timides d'autres intervenants je conseille de refermer ce sujet et d'en rouvrir un qui fait le point sur les survols attestés des centrales avec heures et dates recoupées et vérifiées sans commentaires excessifs. Les OVNIS c'est sérieux.

Autrement dit, il faudrait que les témoins puissent se concerter pour accorder leurs violons avant de témoigner... Et ce, parce que « les OVNIS c'est sérieux ! »


Robert Alessandri



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