Détecteurs Laugier :
L'« effet alpha » enfin révélé !
(12/10/2011)


Dans les années 80, on a beaucoup parlé des détecteurs fabriqués par Alexandre Laugier. On lui a consacré quelques articles de presse, et son invention a été largement développée dans le livre OVNI, premier bilan de Philippe Schneyder en 1983, qui a rencontré un certain succès à l'époque... Depuis, on reparle régulièrement des « détecteurs Laugier », toujours sans que l'on sache ce qu'ils détectaient.


Alexandre Laugier, bricoleur génial

Alexandre Laugier est un ingénieur des Arts et Métiers, qui s'est fait connaître notamment par des appareils de mesure destinés à l'oenologie... Il s'est intéressé au phénomène OVNI à la fin des années 70, et particulièrement à la détection... Après avoir essayé de détecter toutes sortes de données pouvant être en relation avec les ovnis, il a dit avoir trouvé un système de détection efficace d'une portée de 800 ou 900 km.

Cela lui a valu un certain nombre d'articles de presse, par exemple ici en 1984 dans Nostra (je ne connais pas le numéro) :

Article Nostra page 1

Article Nostra page 2

Le mystérieux « effet alpha »

Malheureusement, Laugier a toujours gardé le silence sur le phénomène physique qu'il mesurait, lui donnant le nom d'« effet alpha ». La raison est qu'il espérait monnayer sa découverte... Il a ainsi tenté des démarches auprès du GEPAN, de l'Armée française, puis américaine, mais cela n'a jamais abouti, sans doute en raison du peu d'éléments convaincants de son étude.

Et donc, la nature de cet « effet alpha » n'a jamais été révélée...

J'ai rencontré Laugier à l'époque où je réalisais moi-même divers types de détecteurs au sein du CEOF (Centre d'études OVNI-France, à Marseille), avec un ami qui disposait d'un atelier de réparation de télévisions... Le CEOF dérivait de la Commission d'études Ouranos dont un des fondateurs était Jimmy Guieu, que Laugier fréquentait beaucoup, et c'est au cours d'une conférence de ce dernier qu'il a donné un indice sur la nature de son « effet alpha » : c'est lié à ce qui se passe quand deux liquides se mélangent. À l'époque, cette phrase sybilline m'avait laissé assez perplexe.

Vladimir Gavreau et les armes à infrasons

J'ai compris de quoi il s'agissait bien plus tard, en lisant Facteur X n°76 (paru en 2000), où il était question des armes à infrasons.

Couverture Facteur X n° 76

Le pionnier de ces recherches était le Français Vladimir Gavreau... Un chercheur par ailleurs quelque peu hérétique, qui a notamment travaillé avec Jacques Bergier ; ses travaux sur la dangerosité des infrasons ont été assez contestés, mais étant donné qu'ils sont vite tombés sous la chape militaire il est difficile de savoir vraiment ce qu'il en est...

Quoi qu'il en soit, l'article expliquait que Gavreau, non content d'avoir étudié les effets physiologiques des infrasons, avait cherché les meilleurs moyens de les détecter :

Après quelques essais infructueux de baromètres, miroirs, photocellules et autres signaux électriques, il opta pour un procédé à l'électrolyse : deux solutions chimiques séparées par une membrane imperméable étaient forcées de se mélanger sous l'influence de l'infrason. La seule limite à cet ingénieux galvanomètre sensible résidait dans la puissance de l'infrason utilisé qui pouvait faire évaporer la solution révélatrice.

Ça évoque trop la confidence de Laugier pour n'être qu'une coïncidence. Gavreau était dans les années 60 (il est mort en 1967) directeur du laboratoire d'électroacoustique de Marseille, et Laugier résidait à Aix-en-Provence... Il ne serait donc pas surprenant que ces deux chercheurs hérétiques se soient rencontrés.

Bref, il n'y a guère de doute : Laugier utilisait des détecteurs à infrasons... Et on comprend mieux le problème qu'il avait pour monnayer son invention : il n'était pas l'auteur du principe de détection, il avait simplement pensé à l'appliquer à la détection des ovnis !

Les sources d'infrasons

Depuis le temps de Gavreau, on a fait des progrès en matière de détection d'infrasons, et on a construit des réseaux très performants pour enregistrer ces ondes sonores inaudibles...

Il existe de nombreuses sources d'infrasons : vents, houle, orages, météores, tremblements de terre, éruptions volcaniques, aurores polaires, éoliennes, explosions nucléaires... C'est pour détecter ces dernières qu'ont été construits les principaux réseaux de détection.

Et il existe aussi de nombreux types d'infrasons, puisque ce nom désigne toutes les ondes sonores de fréquence inférieure à 20 Hz, limite de l'audition humaine... On pourrait peut-être identifier les phénomènes que détectait Laugier si l'on connaissait la plage de fréquence couverte par ses détecteurs, mais ça ne me paraît pas très important.

Considérations statistiques

L'important, c'est de savoir si ces infrasons sont réellement corrélés aux observations d'ovnis...

Laugier en était convaincu, après avoir mis en relation les détections de ses appareils et les manifestations d'ovnis en France. Il avait exposé tout cela dans plusieurs brochures, avec des arguments statistiques.

Tout d'abord, il faut préciser que l'« effet alpha », des infrasons donc, se manifestait à peu près 20% du temps (sans cycle évident). Voici un exemple des tableaux de détection présentés par Laugier :

Tabeau de l'effet alpha

Il ne s'agissait donc nullement d'un détecteur qui permettait de dire à coup sûr qu'un ovni passait, et encore moins de dire où il passait : en fait, Laugier ne présentait aucune relation entre la détection et la distance de l'ovni, et c'est pour cela qu'il parlait d'une distance limite de 800 ou 900 km : ça couvrait pratiquement toute la France, et il s'était limité aux observations d'ovnis dans ce pays ! Il espérait trouver à la longue des méthodes pour y arriver, mais rien dans les brochures qu'il diffusait à l'époque ne donnait la moindre piste sérieuse.

Les statistiques de détection portaient sur quatre périodes, allant respectivement du 16/12/78 au 24/01/79, du 26/03/79 au 29/05/79, du 31/05/79 au 18/07/79, et du 8/11/79 au 2/01/80.

Sur ces périodes de surveillance, il y avait un certain nombre d'heures où ses détecteurs étaient activés... Laugier comparait ensuite cela aux observations d'ovnis répertoriées par la revue Lumières dans la nuit dans la même période, et estimait que l'ovni avait bien été détecté si l'heure d'observation s'inscrivait dans une période de détection ou dans une marge d'une heure avant ou après.

Il obtenait les chiffres suivants :

Durée de surveillanceDurée de détectionMarges ajoutéesObservationsDétectées
Période 1896 h193 h50 h135
Période 21504 h235 h50 h128
Période 31154 h104 h30 h41
Période 41245 h442 h204 h2815

Laugier déduisait tout naturellement que le simple hasard aurait donné le même rapport nombre d'observations/nombre d'observations corrélées et durée totale de surveillance/durée de détection de l'effet alpha plus marges d'une heure.

Il obtenait alors 1,41 fois trop d'observations détectées pour la première période, 3,51 pour la seconde, 2,15 pour la troisième et 1,03 pour la quatrième.

Le raisonnement était tout à fait juste, mais il manquait la probabilité pour que ces chiffres aient été obtenus par hasard... Laugier semblait manquer de connaissances en probabilités... Essayons donc de combler cette lacune, et de voir dans quelle mesure ces résultats étaient significatifs.

Notons tout d'abord que seule la seconde période a donné un résultat vraiment anormal, compte tenu du faible nombre d'observations pour la troisième période et du faible écart par rapport à ce que donnait le hasard pour les deux autres. Du reste, en faisant la même étude avec les cas enregistrés par le GEPAN, plutôt que ceux relatés dans la presse, l'écart était un peu plus faible pour la deuxième période, et tout à fait nul pour les trois autres... Pire, c'était avec les phénomènes considérés par le GEPAN comme identifiés que l'écart était maximal !

Nous allons donc retenir cette seconde période, la seule qui ait donné des résultats intéressants. On pourrait vérifier que la probabilité était du même ordre de grandeur en étudiant le résultat global des quatre périodes.

La probabilité P pour qu'une observation soit corrélée avec l'effet alpha est égale au temps de détection (avec la marge d'une heure) divisé par le temps total de veille. Nous voulons maintenant savoir quelle est la probabilité A pour que sur un nombre N d'observations, il y en ait un nombre X qui soit corrélées avec l'effet alpha... Cette probabilité est donnée par la loi binomiale :

n!/(x!*(n-x)!)*p^x*(1-p)^(n-x)

Pour cette seconde période, nous avons donc N=12, X=8 et P=285/1504=0,1895.

On obtient alors comme probabilité d'obtenir ce résultat 0,00035, soit une chance sur 2800... Notons qu'il faudrait en fait estimer la probabilité d'obtenir un nombre d'observations corrélées égal ou supérieur à 8, ce qui nous ramène plutôt à une chance sur 2500.

Ça paraît un résultat assez remarquable, même si cela ne se reproduit pas pour les trois autres périodes. Mais il faut tout de même tempérer la chose.

D'abord, le choix d'accorder une heure de décalage entre l'observation et la détection est très arbitraire. On peut toujours choisir la marge qui convient le mieux pour faire rentrer un maximum d'observations dans les « périodes de détection » sans pour autant augmenter beaucoup la durée totale de détection.

D'autre part, les moments de détection étant assez imprécis et arrondis à l'heure ou la demi-heure près, on peut se demander si Laugier considérait que la détection était bonne s'il y avait juste une heure entre le moment de l'observation et le début (ou la fin) de la période de détection. La réponse, c'est que non seulement il l'acceptait, mais il acceptait même un cas où le décalage était en fait d'une heure 10 (observation du 15/05/79 à 13 h 50, alors que la détection de l'effet alpha débutait à 15 h) !

Il est très facile de gonfler les statistiques avec de telles méthodes, dans la mesure où l'estimation du seuil de détection de l'effet alpha était très subjective, tout comme le début et la fin de chaque période.

Si l'on supprime donc la marge d'erreur d'une heure, il ne reste plus que 6 observations corrélées sur 12, et la durée de détection est un peu diminuée, P passant à 0,15165.

La probabilité d'obtenir cela par hasard tombe alors à une chance sur 150... C'est déjà nettement moins troublant.

Il faut aussi remarquer qu'avant d'adopter l'« effet alpha », Laugier avait tenté de mettre en relation les observations d'ovnis avec d'autres effets physiques... Il n'est donc pas surprenant qu'en multipliant les effets mesurés, on finisse par en trouver un qui soit en corrélation avec les observations d'ovnis avec une chance sur cent pour que cela soit dû au hasard ! Il faudrait que l'observation soit reproductible pour que l'on puisse en déduire une véritable corrélation, mais justement nous avons vu qu'elle ne s'était pas reproduite pour les périodes suivantes !

Enfin, dans le cas où il y aurait une corrélation, cela ne prouverait pas un lien de cause à effet. Il suffirait par exemple que l'effet alpha se manifeste un peu plus souvent que la moyenne en fin de soirée, alors que les observations sont les plus faciles, pour expliquer une faible corrélation.

Il y aurait donc toute une étude à faire sur d'éventuels cycles de manifestation des infrasons enregistrés par Laugier... Notons que ce dernier trouvait que son « effet alpha » était lié aux phases de la Lune, mais c'était aussi extgrêmement douteux.

En résumé, dans l'état où Laugier avait laissé son étude au début des années 80, il n'y avait aucune évidence que « l'effet alpha » était lié de façon quelconque aux ovnis. Je ne sais pas s'il a proposé de nouveaux résultats concernant les ovnis... Il a dit aussi avoir mis en évidence une corrélation entre cet effet et les grandes pannes d'électricité, mais elle ne paraît pas plus convaincante que celle concernant les ovnis... Peut-être y a-t-il quelque chose à tirer maintenant que l'on sait ce qu'était ce mystérieux « effet alpha »...

Robert Alessandri



Rubrique ufologie

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