Le Triangle de Dinard 2005 vu du Vert-Galant
Le Triangle de Dinard est une très belle course en solitaire, en trois étapes :
Dinard - St Quay ; St Quay - St Peter ;
St Peter - Dinard.
En 2005 c'était du 17 au 22 août.
Les régates sont très disputées, les escales fort animées et le comité d'organisation présidé par
Jean Louis Fabry est absolument impeccable.
Cette année il y avait 49 bateaux au départ dont cinq First 31.7 ; deux Bongo 9,60 ;
deux J92 et un J105 ; deux Nicholson 33 ; un Sprint 108 ; trois bateaux Britanniques et deux Aphrodites 101 qui faisaient figure de petits bateaux avec un rating IRC dans le 1/3 inférieur.
C'est une opportunité qu'il ne faut pas rater si vous naviguez en Bretagne nord.
Nous étions deux Aphrodites 101 à y participer cette année : "Suzy" à Jean François Revert
et mon Vert-Galant". Cela a beaucoup ajouté à l'intérêt de la course et ce serait encore mieux à 4 ou 5.
Les résultats obtenus prouvent que l'Aphrodite 101 est non seulement un bateau facile et agréable en solitaire,
mais qu'il est aussi compétitif en IRC quand il est jaugé dans son état d'origine, sans génois,
uniquement avec le Solent auto-vireur.
J'espère que cela va encourager les Aphrodites 101 Bretons et Normands à venir participer
nombreux aux prochaines éditions du Triangle.
Préparation
Pour les immigrés le Triangle de Dinard est un peu plus compliqué
à préparer que la Quadrasolo Normandie.
La première difficulté est géographique : Le port est à
Saint Malo (Bas Sablons, bassin Vauban) alors que le Yacht Club de Dinard est à
Dinard de l'autre côtéde la Rance, et il n'y a pas de place pour les
visiteurs dans la souille en face du club.
Sans voiture il faut marcher beaucoup et traverser en vedette, c'est long
et les vedettes ne fonctionnent pas en permanence.
Puis il faut compléter l'armement en fonction de la longue liste
fournie par les organisateurs. Cela va de la barre de secours à
l'ancre flottante pour la bouée couronne en passant par une
VHF avec haut-parleur extérieur (ou une portable) et un pavillon delta.
Si il manque du matériel, le premier accastilleur, à
gauche en entrant aux Bas Sablons est bien au courant de ces détails,
et en plus il est d'un commerce agréable.
Si il faut aussi caréner, le personnel du port des Bas Sablons
fait tout son possible pour décourager le client d'utiliser le
travelift.
Il reste donc l'échouage contre la cale pour ceux qui peuvent s'y
poser, et pour les autres il faut demander un carénage par
plongeur au magasin qui vend du matériel de plongée :
efficacité, rapidité, amabilité.
Enfin si vous chercher de la laine pour ferler le spi, il y a un magasin
Phildar dans la rue Ville Pépin, et la vendeuse est dans le secret :
Quand je lui ai demandé de la laine à tricoter pas trop solide, elle m'a répondu :
- C'est pour ferler un spi ?
- Oui.
- Vous êtes le 4ème depuis ce matin !
Je dois un grand merci à Anne et Jean-François de s'être
occupés si gentiment de moi. Sans eux j'aurais eu bien du mal
à être prêt pour le départ.
Manche No1 Dinard - St Quay.
Beau temps avec un vent de WNW F3, prévu pour tourner au nord.
Le départ est à la sortie du chenal de la Grande Porte,
sans bouée de dégagement car on part au louvoyage vers
le Cap Fréhel.
Je prends un départ très moyen, sous le vent d'un groupe
de bateaux lui même situé en milieu de ligne.
Au premier croisement, Suzy, l'Aphrodite de Jean François est
assez loin devant. Au second c'est moi qui suis devant, puis je le
perds de vue dans la brume car il continue dans le groupe qui part au
large alors que je reste dans le groupe qui tire des petits bords sur la route directe.
Le passage devant le Fort la Latte et le Cap Fréhel est toujours
aussi superbe et le courant de jusant pousse fort, mais il me semble
qu'il y a un paquet de bateaux au large, à l'horizon, qui
marchent vite. La visibilité n'est pas assez bonne pour les
identifier, on les devine tout juste, mais ils sont probablement
devant.
En arrivant au début des roches d'Erquy, le vent mollit, puis
tourne au nord. Super, on peut faire route directe au près
serré tribord sur la prochaine marque, la bouée Landas.
Moins drôle, le paquet du large arrive déjà sur la
bouée !
C'est ensuite du travers pour passer au sud des Roches de St Quay, et un
petit louvoyage pour atteindre l'arrivée. L'occasion de
rattraper un ou deux bateaux.
Suzy termine 9ème et Vert-Galant 17ème.

Une photo prise par Nolwenn Dervieux pendant la première étape.
Je retourne à la barre après avoir réglé
le nerf de chute du Solent. Et oui, on peut faire le tour d'un Aphrodite 101 en courant !
( mais il faut éviter de passer sous la bôme).
Le soir tous les équipages se retrouvent sur la terrasse du Cercle de Voile du Portrieux pour
l'apéro et un diner en musique avec cornemuse et chants d'outre Manche.
Manche No 2 : St Quay - St Peter Port.
Le temps se présente mal, ça souffle de NW, quelque chose
qui ressemble à un force 6 bien tassé.
Je décide de sortir une heure avant le départ avec le foc
No 2 (60% du Solent) et un ris dans la GV.
En sortant, le seul endroit abrité devant
l'entrée du port d'échouage est occupé par une douzaine de pêcheurs
mouillés en désordre.
Impossible de hisser la voilure en solitaire avec ce vent au milieu de tous ce fatras. Il faut donc partir un peu au
large et se faire mouiller avant d'avoir commencé.
En hissant la GV qui se débat furieusement, la bosse du deuxième ris m'arrache sur la tête le bonnet
d'aviateur que je conservais avec amour depuis plus de 5 ans. Tant pis, je l'abandonne à son triste
sort.
Une fois les voiles hissées il est immédiatement évident
que je suis sur-toilé, le bateau retombe couché à plat derrière les vagues, on le
sent plier à chaque fois, et le lest rappelle avec un rebond comme une voiture qui manque d'amortisseurs.
Alors que je suis en train de prendre le second ris le Comité annonce l'annulation de la régate.
Voilà une bonne nouvelle car la promenade jusqu'à Guernesey risquait
d'être sévère.
Du coup j'affale la GV pour rentrer vent arrière et en arrivant aux jetées je lance le diesel à
fond et j'affale le foc.
C'est là que Nolwenn à pris une photo :

La machine est à fond, on doit avancer à 7 noeuds, avec le vent et la mer dans le dos. Ça
permet d'imaginer le spectacle quand il fallait aller dans l'autre sens.
Nous passerons donc une journée de repos méritée à St Quay, journée qui se terminera par un
apéro assez homérique sur les pontons, puis un diner tripes - pommes de terre - Bordeaux à bord du Vert-Galant en
compagnie de Jean François.
Manche No 2 bis : St Quay - St Malo.
Samedi matin le temps est redevenu maniable et le comité nous organise un retour vers
St Malo au lieu de la journée de repos à Guernesey.
Le départ est prévu au Nord des roches de St Quay, avec une bouée de dégagement
à 2 milles au vent et le retour vers St Malo au travers. C'est quand même un temps à 1 ris.
Le départ est bon, en milieu de ligne avec du vent frais, et puis c'est 10 minutes tribord, 10
minutes bâbord et une paire de petits bords pour passer la bouée avec seulement 5 bateaux
devant, et pas des lents.
Après la bouée je largue le ris non sans mal, p... de coulisseaux, puis c'est l'interrogation
habituelle : To spi or not to spi ?
Pour moi il y a trop de vent trop serré, mais si tout le monde envoie derrière il va falloir suivre.
Heureusement tout le monde reste raisonnable et les positions changent peu.
Il aurait été possible d'envoyer le spi entre le Grand Jardin et Rance Nord, mais
j'ai eu la flemme et décidé que c'était tenter le diable.
Je suis plutôt satisfait de cette course et pense être bien classé.

Cette photo a été prise par Nolwenn avant le départ. Le foc est bordé pour
le près mais la GV à 1 ris est choquée pour permettre une grand liberté
d'évolutions sans toucher à rien.
Après la régate nous avons eu droit à un éclusage dans les règles
et la tradition, avec des bateaux dans tous les sens, puis un passage du pont levant pour accéder
au bassin Duguay Trouin où Étoile Marine avait organisé un super barbecue
dans ses ateliers.
C'est là que j'ai appris que j'avais terminé cette manche premier en temps compensé.
Jean François sur Suzy termine 11ème.
Manche No3 : Saint Malo - SW Minquiers - S Minquiers - Buharats - Saint Malo.
Cette fois le temps est raisonnable mais il va falloir se faire 16 milles de près serré.
Le départ est échelonné selon les handicaps pour que tout le monde arrive ensemble
entre SW et S Minquiers.
Pour un mauvais départ, c'est un mauvais départ !
Je comptais longer la ligne et la
traverser au bon moment, mais il y a tellement de courant qu'à mon heure je ne suis pas encore
arrivé à la bouée qui limite la ligne. Résultat
une vingtaine de secondes au départ.
C'est donc parti pour un long bord bâbord amures, tout dessus dans un bon force 4.
Je rattrape ceux qui sont partis devant et personne ne me dépasse mais je dois tirer un contre bord d'un 1/2
mille pour passer Minquiers SW et 2 bateaux qui ont réussi le trajet sur un seul bord passent
200 mètres devant, puis je les dépasse assez vite car ils traînent à envoyer le
spi et s'écartent de la route directe.
Derrière ça revient fort sous spi. Circus, puis Iritis me déposent et affalent leur spi en arrivant
sur Minquiers sud mais ne le renvoient pas après l'empannage.
Ils se dépêcheront de le renvoyer quand ils verront que j'ai empanné sous spi et que le spi
porte bien sur la nouvelle route vers les Buharats.
Sur ce bord je serais dépassé par une flottille de Js déchaînés.

En route vers les Buharats.
Nolwenn était encore là pendant que je rangeais un peu le foc.
Nouvel empannage aux Buharats où visiblement la mer est agacée et c'est l'entrée sur
St Malo.
Je rattrape un J échoué en dehors du chenal sur les Ouvras, il s'en sort seul, puis c'est le
dernier empannage à Rance nord.
La traversée de la Rance est un peu limite, ça part au lof plusieurs fois et il faut se battre avec le
spi avant de virer le Coffre 2 avec le ferry qui est attaché dessus.
L'arrivée est en vue, mais en passant trop près derrière le ferry le spi dévente et
fait un superbe coquetier.
Le bateau comité croyant que j'affale m'appelle gentiment à la VHF pour me
prévenir que l'arrivée est au prochain coffre. Heureusement le coquetier se déroule tout
seul et me permet de franchir la ligne honorablement.
Résultat : encore 1er pour cette manche, Jean François n'a pas pu prendre le départ
à cause d'une réunion de chantier le lundi aux antipodes.
Les festivités se sont terminées le lundi soir par un dîner au Yacht Club de Dinard.
Dîner terminé par une superbe projection des photos prises par Nolwenn pendant les régates.
Et pour finir. Le classement : 3ème au général,
17ème à la première manche.
1er à la seconde manche.
1er à la troisième manche.
C'est mon meilleur résultat en 9 ans de régates avec le Vert-Galant et j'en suis assez content.
Des explications :
-- Avec les voiles de course de la classe 101 ( Solent auto-vireur, pas de génois) le rating IRC de
l'Aphrodite 101 est raisonnable.
-- Les conditions étaient favorables. L' Aphrodite est peu freiné dans le clapot et il ne
passe jamais (presque) sur sa barre au près dans la brise. Dans les risées la gîte augmente et le
bateau accélère sans échapper au contrôle du barreur.
C'est un bonheur par comparaison avec des bateaux plus larges où il faut jouer en permanence de
l'écoute de GV pour rester sur la route.
-- Sous spi, sans être exceptionnel l'Aphrodite marche bien, même si il ne faut pas espérer
traverser le Golfe de Gascogne à 13 noeuds de moyenne. En plus c'est un bateau léger où
tout est léger ce qui facilite bien les empannages. Ceci dit, les bateaux modernes sont plus rapides à
cette allure.
Si la navigation en solitaire vous tente, n'hésitez pas à courir le Triangle de Dinard.
Ce n'est que du bonheur, et un peu de sueur.
J'y retournerai en 2006
L'auteur des très belles photos est Nolwenn Dervieux :
www.art-photographique.com
nolwenn.dervieux@free.fr
Pour tout commentaire ou renseignement complémentaire.
email : yvon.nedonchelle chez wanadoo.fr
Mise à jour 17/11/2005
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