Un naufrage évité de peu.

Juin 1999, en route pour Bangor, sur la côte sud du Lough de Belfast, nous venons de virer Mew Island, à l'entrée sud du Loch et remontons au près serré tribord amure, cap à l'ouest dans une nuit bien noire et un peu humide, par vent NW 3-4. La vitesse tourne autour de 5.5 noeuds et nous sommes pressés d'arriver.
Au sud la côte parfaitement saine, les seuls rochers sournois sont signalés par une bouée lumineuse (South Briggs).
Je suis à la barre, j'ai regardé la carte 1/2 heure avant de virer Mew Island : Facile, on fait de l'ouest au milieu du Loch (du près pas serré), jusqu'à apercevoir le feu d'entrée de Bangor sous le vent.

Avant de continuer, quelques mots sur mon bateau l'Aphrodite 101. Par force 4 au près, la gîte atteint les 25-30° ce qui ne gêne pas la marche du bateau, mais la visibilité sous le vent devient nulle depuis la barre car la bôme est basse et le foc au ras du pont. Il faut descendre sous le vent pour regarder sous la bôme et on se retrouve accroupis avec les pieds au ras de l'eau et les yeux seulement 1 mètre au dessus du niveau de la mer : il faut attendre d'être sur une crête pour voir loin. La visibilité devant et au vent est par contre excellente depuis la barre.

carte Selon le principe bien connu de l'emmerdement maximum, le vent refuse progressivement.
Je le suis en serrant au maximum et mon équipier cherche la bouée S Briggs que nous voyons passer à 1/4 ou 1/2 mille sous le vent.
Je ne suis cependant pas à l'aise car je perçois mal le paysage. Il y a des lumières par le travers sous le vent mais, mais on ne voit pas encore le phare de Bangor. Je ne vois rien devant, là où devrait être le fond du loch et où se trouve Belfast. Nous semblons courir vers une zone d'obscurité complète. J'en cause avec mon équipier, et nous redoublons d'attention. Je ne m'inquiète cependant pas trop car de mémoire il y a des lampadaires tous le long et le trou noir devant nous doit être le fond du loch (à une dizaine de milles) obscurci par la pluie.

Soudain mon équipier qui surveillait le sondeur, grommelle quelque chose où il est question de profondeur et se précipite dans la cabine pour regarder la carte . Au même moment j'apercois une tache blanche sur l'eau, qui disparait, puis quelques secondes plus tard un superbe rocher bordé d'écume apparait à une longueur devant.

J'ai viré sans prévenir, et sans m'occuper des bastaques ! Quelques cailloux ont défilé 3-4m à babord. Moins de 5 minutes plus tard nous étions assez dégagés de la côte pour voir les feux de Bangor, mais nous avions bien failli nous jeter sur l'extrémité de Ballymacormick point.

morale :
Pendant une approche de nuit, même facile, il faut naviguer aux instruments et pas au sentiment.
Il faut au minimum préparer des relèvements de sécurité, à ne pas dépasser, sur les feux visibles.
Il ne faut pas se fier à ses souvenirs : en réalité il n'y a pas d'éclairage public, et très peu de constructions aux alentours de Ballymacormick point.

Retour vers : Accueil

Pour tout commentaire ou renseignement complémentaire,
email: yvon.nedonchelle chez wanadoo.fr

Mise à jour 17/12/1999