Homme à la mer !

Je suis tombé par dessus bord en 1994, à 55 ans, après 24 ans de navigation à la voile!
C'était aux alentours de la bouée Sandettie WSW, par vent de NE 5 faiblissant, au bon plein Bbd amures, alors que j'étais en train de renvoyer la trinquette sur mon Cornish Crabber. Je ne portais ni gilet, ni harnais et le bateau était nettement sous-toilé avec GV à 1 ris et foc, sous pilote automatique
Mon équipière (ma fille Elsa) était malade, couchée dans la cabine.

Si je suis là pour vous le dire c'est parce que j'ai eu de la chance :
-Ma fille m'a entendu au premier cri.
-Elle m'a immédiatement aperçu en sortant de la cabine.
-Elle a lancé la bouée fer à cheval.
-Elle a réussi à me récupérer au moteur au 3ème passage.

Le point de vue du naufragé :

- Il est impossible de rattraper à la nage une bouée en fer à cheval qui dérive dans le vent, même un vent modéré (F4-5).

- Sans gilet, en ciré et bottes on a tendance à flotter légèrement sous la surface. Pour maintenir le visage au dessus de l'eau il faut faire la planche sur le dos en gardant les poumons bien gonflés, et en agitant légèrement bras et jambes pour garder le corps horizontal. Ne pas gesticuler ou faire d'effort, dès que l'on s'essouffle on respire trop vite et on avale de l'eau quand on se fait coiffer par le clapot.
On a tout le temps de réfléchir, même à des trucs idiots du genre " ce bateau est vraiment joli vu d'en bas", ou à des choses sérieuses " combien de temps vais je résister ? 15 - 30 minutes ? ou ça doit être facile d'abandonner".
La capuche du ciré se rempli d'eau, ce qui devient très gênant quand on veut lever la tête pour essayer de voir ce que fait le bateau et signaler sa position. J'ai été obligé d'enlever ma veste de ciré pour cette raison.

- Le moindre objet flottant vous change la vie. Au premier passage Elsa m'a raté, mais a pu me lancer un des coussins de cockpit (engin flottant individuel 5ème cat): Le moral est remonté de 2 crans.

- Il est très difficile d'arrêter le bateau juste à côté du naufragé. Au troisième passage j'ai pu saisir la ligne du loch (merci Walkers).

Les causes du bain sont intéressantes à analyser. En affalant la trinquette 1 heure avant, je l'avais ferlée à l'étrave par un bout bloqué avec 2 demi-clés, au lieu d'une seule demi-clé gansée comme d'habitude (ça bougeait beaucoup). En renvoyant la toile j'ai du utiliser les deux mains pour défaire le noeud, juste au moment où l'étrave tombait dans un trou, sur un bateau sans filière (mais avec lignes de vie).
Petites causes, grands effets!
Ceci dit la connerie totale c'était de ne pas utiliser le harnais pour aller manoeuvrer à l'avant quand le temps devient difficile et sous pilote automatique.

Depuis j'ai amélioré mon équipement de sécurité et mes habitudes:
- Vestes de quart flottantes avec harnais incorporé pour toute la famille. On porte naturellement ces vestes dès que le bateau arrose ou quand il fait froid, c'est à dire quand le temps se gâte.
- Brassières gonflables (manuelles), avec harnais incorporé également pour toute la famille. Ces gilets sont bien plus agréables à porter que les brassières classiques, et infiniment plus faciles à mettre que les harnais en sangle. Nous les portons par beau temps dès que le bateau commence à s'agiter.
- Sangles de harnais élastiques. Quand elles ne servent pas, les 2 mousquetons sont crochés sur l'anneau du gilet ou de la veste, la sangle pend au niveau des genoux et ne gêne pas les mouvements mais elle est immédiatement disponible en cas de besoin.
On s'amarre pour les manoeuvres en dehors du cockpit, et en permanence quand le temps se gâte, ou la nuit, ou en cas de navigation en solitaire.
- Pour récupérer un homme à la mer la consigne est de laisser trainer derrière la grande aussière en polypro (20m).
- Je vais acheter une petite ancre flottante pour la bouée fer à cheval (vue au catalogue Plastimo 2000).

Tomber par dessus bord n'arrive pas qu'aux autres!

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Mise à jour 18/12/1999