4 mai 2009
Les résultats d’une enquête sociolinguistique menée en
Aquitaine en octobre et novembre 2008 ont été présentés à l’Hôtel de Région,
jeudi 30 avril.
L’enquête "Présence, pratiques et représentations de la langue
occitane en Aquitaine" a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif
de la population aquitaine.
Du 2 octobre au 5 novembre 2008, 6 002 Aquitains ont été questionnés par téléphone sur leur degré de connaissance et de maîtrise de la langue occitane, mais également sur la perception qu’ils en ont. L’enquête, réalisée par la société Téléperformance Midi-Aquitaine, est une commande de la Région Aquitaine en partenariat avec l’Etat (Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Aquitaine) et les cinq Conseils généraux d’Aquitaine : Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques.
Lancée
dans le cadre de l’Amassada
(Conseil de développement pour la langue occitane en Aquitaine), l’étude
permet ainsi de préciser les connaissances sur la situation actuelle de la
langue, et se veut un outil d’aide à la définition des axes et modalités
d’une politique publique favorisant son développement.
Le questionnaire de l’enquête a été élaboré par un comité d’experts rassemblant les meilleurs spécialistes de la sociolinguistique du champ occitan : principalement des universitaires et des chercheurs du CNRS. Parmi les enquêteurs, 4 personnes occitanophones ont été sollicitées : deux parlant le gascon, une parlant le limousin et enfin une personne maîtrisant le languedocien afin de pouvoir réellement évaluer le taux de compréhension des Aquitains interrogés.
Chaque département a été sondé à hauteur de 1 000 habitants, excepté pour le département des Pyrénées-Atlantiques qui compte 2 002 participants. Cependant, certains territoires de la région ont été exclus du sondage, notamment la partie bascophone des Pyrénées-Atlantiques et le secteur gavache de Haute Gironde.
Les principaux chiffres
Le
taux de personnes qui parlent la langue s’élève à près de 9%.
Le
taux de personnes qui déclarent connaître et comprendre quelques éléments de
la langues s’élève à 44%.
Les
parents ne transmettent pas ou peu la langue occitane : seuls 20%
ont initié leurs enfants à sa pratique.
Les
Aquitains possèdent une image très positive de l’occitan :
cette langue est synonyme d’ouverture et non de repli pour 74% d’entre eux.
A
hauteur de 82%, les Aquitains approuvent les actions publiques
menées en faveur de la langue occitane.
Enfin,
les Aquitains sont très favorables à l’apprentissage de l’occitan
(71%), à sa présence dans les lieux publics (66%) et dans les médias (64%).
Même
si la comparaison est difficile à opérer avec la précédente enquête menée
sur le sujet en 1997, notamment à cause d’une grande différence d’échantillon,
le nombre de locuteurs occitanophones en Aquitaine aurait baissé
d’environ 3%, passant de 12% en 1997 à moins de 10% aujourd’hui.
Mais la baisse de la connaissance et de la pratique des langues minoritaires
n’est pas propre à la langue occitane : selon Alain Viaut, chercheur au
CNRS et membre du comité d’experts, l’Unesco
aurait recensé environ 2 500 langues menacées de disparition, dont l’occitan
fait partie.
Cependant, l’enquête révèle également une recrudescence de l’intérêt des jeunes (15-29 ans) pour la langue d’oc, expliquée probablement par les mesures mises en place dans l’enseignement. Il semble que les jeunes sont de plus en plus animés par la volonté de se réapproprier ce pan de leur culture et de leur identité.
Des clés pour les années à venir
De façon générale, les actions publiques en faveur de la langue occitane sont accueillies avec bienveillance et sympathie par les Aquitains, et cette enquête a aussi pour but de guider les collectivités dans leurs actions à mener les prochaines années.
La
volonté de la Région Aquitaine - qui a déjà considérablement augmenté le
budget alloué à la promotion des langues régionales en l’espace de 10 ans
(300 000 euros en 1998 contre 1,6 million d’euros en 2009) - est d’articuler
sa politique autour de 4 grands axes :
L’enseignement :
l’étude indique qu’il existe une forte demande en matière
d’enseignement. La langue occitane, perçue comme une entrée culturelle et
non comme une langue réellement utile, fait l’objet d’une grande attente
d’offre dans le domaine de l’éducation.
La
culture par l’aide aux associations par exemple.
Le
renforcement de la présence de l’occitan dans les médias :
aussi bien à la télévision et la radio que dans la presse écrite.
La
visibilité dans la vie publique : signalétique, panneaux
indicateurs bilingues dans les lieux publics.
Les Départements œuvrent également intensément à la conservation et au développement de ce patrimoine que constitue la langue occitane. Un exemple récent est l’ouverture d’un collège "Calandreta" à Pau (Pyrénées-Atlantiques), structure associative (gratuite et laïque) qui propose un enseignement de type "immersif" : tous les cours y seront dispensés en langue d’oc.
Ainsi, la mise en place des différentes politiques publiques en faveur de l’occitan répond à la nécessité de conserver et de préserver le patrimoine régional. Selon 90% des interrogés, la langue occitane fait partie du patrimoine de la France et sa disparition - ou celle des autres langues régionales - serait une perte culturelle pour notre pays et nos régions.
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Enquête
"Présence, pratiques et représentations de la langue occitane en
Aquitaine" (PDF - 1.3 Mo)
> Site de l’Institut Occitan
> La politique de la Région en faveur des langues et cultures régionales