JANVIER 1984
A Livinhac-le-Haut Stunners
et Récup-Verre
Après Strychnine, Stillétos, Barracudas et
Gamine, le Foyer des Jeunes de Livinhac-le-Haut a
signé les Stunners qui joueront ce soir. Après le
rock bordelais, le rock parisien. Le rock de Saint-Ouen excactement, banlieue champêtre et rieuse qui
prédispose sans aucune équivoque à la musique urbaine et noire. Les Stunners,
c'est six rebelles qui ont l'énergie du J. Geils Band, avec un
chanteur monté sur ressort et un prodigieux harmoniciste. Leurs prestations à l'Echo des Bananes
ont convaincu les organisateurs. Pour que la fête
soit complète, c'est Récup-Verre de Villefranche qui débutera la soirée. Après leur
participation à la tournée Pirate 83, Récup-Verre
re-met ça sous une nouvelle formule. Mais qui sont ces deux groupes ? Les
Stunners : les premier balbutiements des Stunners remontent à 79, à Saint-Ouen,
banlieus champêtre et rieuse, qui prédispose sans
aucune équivoque à la musique urbaine et noire que le groupe se met à
développer. Confrontés à la réalité, ta France en 83, comme source d'inspiration et nourris de l'énergie des J. Geil Band ou de Wilson Pickett, le groupe se débat
dans l'accueillante scène française, en dilettante, avant
de faire le saut en 82 et d'y consacrer leur vie. Cette décision, risquée, dans
l'espace bloqué du show business français, était motivée par leurs différences
musicales qui sont presque idéologique, la sincérité d'Otis Redding et des Five Satins et la foi de Muddy Waters et de Sam Cooke. Les Stunners se sont stabilisés autour d'une formation, d'un commando plutôt de
six rebelles, branchés sur la même longueur d'onde, mobilisés par les mêmes obsessions et le même but.
Récup-Verre : depuis plus d'un an maintenant, les endroits (branchés » de la
région ont eu droit aux prestations du groupe Récup-Verre.
Au programme du ryth'm'blues d'autrefois et de maintenant. Après leur participation ta tournée Pirate 83 organisée par l'art approximatif et négligé, Récup-Verre remet ça sous une autre formule. Azor le guitariste et Eric le chanteur sortent d'une période de travail ou de nouveaux morceaux ont vu le jour. Après leur rentrée à la Strada de Montauban, ils seront à Livinhac en première partie des "Stunners". Patrick sera là à la batterie pour accompagner ses deux vieux postes de galère dans les nouveaux morceaux mais aussi dans toute leur « répertoire classique ».
Formidable
rythmes and blues !
(Le dépêche du Midi)
« Mickey » venait de poser sa cartouchière et ses douze
harmonicas et il rejoignait en devant de scène son frère et sa belle-sœur venus
de Rodez voir un peu ce que jouait le « frangin ». «
Mickey ». l'harmoniciste tout de noir vêtu, marqué
par la banlieue de Saint-Ouen mais souriant de son
show du soir, avait l'air satisfait. Depuis un an
que l'on tourne régulièrement, nous nous sommes
vraiment améliorés. Dis. tu as vu les gars ? Une sacrée pêche ! Mais en lui demandant s'il comptait, un de ces jours, assurer la première
partie des « Fleshtones
», un des rares groupes à avoir rehaussé le niveau du rythmes and
blues, « Mickey » partit d'un éclat de rire. Si nous venons à tourner avec eux. ce sont les " Fleshtones » qui feront notre première
partie. Ha! Ha! Ha!
Car cette grosse heure passée avec « Les Stunners »
laissera dans la tête des amateurs de rythmes and
blues un des tout meilleurs souvenirs. On
connaissait « Les Plimsouls » et autres « Fleshtones » à la une de
tous les « canards » spécialisés mais que dire de ta
prestation de ce samedi soir des « Stunners », à Livinhac-le-Haut, sinon qu'elle a mis une énorme «
baffe » à tous ces groupes anglophones. Les « soixanhuitards » se souviennent certainement d'un
morceau d'un formidable rock and roll band alors à ses débuts : « Rare Earth » et son tube : « Get
ready ». Comment pensiez-vous que « Les Stunners »
termineraient leur concert ? Par une étonnante reprise de « Rare Earth », bien
entendu. Et tous les morceaux furent de cette veine,
les reprises de standards de « R'n'B », leurs
compositions personnelles, leurs adaptations. Et
cette présence scénique ! Fort, très fort ! Saïd Houmaoui, dit le « Sheik Chic », un ancien boxeur qui a laissé tes gants
pour le saxophone, vous voyez de là le tableau. Alain Bentabou, un bassiste en colère depuis sa naissance, et
surtout le chanteur Philippe Bouchey, sept années de
chant dans une église, tels les chanteurs noirs de gospel passés ensuite au
rythmes and blues. Tous ont suivi le chemin qui mène à une parfaite connaissance
de cette musique. De galère en galère, de garage au premier studio, de Muddy Waters à Otis Redding, de Sam Cooke aux « Five Satins ». Le rythmes and blues a enfin repris un
sacré coup de jeune, il en avait d'ailleurs bien besoin. Mais quand le « revival » vient d'un groupe français, alors là, c'est l'étonnement.
Sachez enfin que le dernier disque de « Little Bob Story » est fantastique et que le rock français, à l'image des « Dogs », « Gamine », est en pleine révolution. Vraiment pas trop tôt quand on vous a rabâché à longueur d'années que tout n'était que feu de paille. Tous ces groupes seront d'ailleurs présents du 4 au 12 février, au forum des halles à Paris, pour six jours non-stop de rock and roll. J'y serai ! Et vous
Eric Gintrand