Comment je pêche le brochet (par Michel DUBORGEL) :

DUBORGEL, pour ce qui est de la pêche a pratiquement tout inventé, et plus particulierement celle du brochet a tout découvert. Ses techniques n'ont rien perdu de leurs actualités et restent riches d'enseignements.

 

Recherche des postes à brochet : raisonnons simplement: D'une part, c'est la température de l'eau et son degré d'oxygénation qui conditionnent les tenues des poissons qui servent de "fourrage" aux brochets; D'autres part, qu'ils aient faim ou pas, ceux ci aiment à avoir ceux la à portée de dents, il est donc utile de chercher tout d'abord ou, selon cette température qui varie au fil des saisons, ce "fourrage" se tient le plus volontiers.

C'est à dire grosso modo :

  • En eau dormante, le long des ajoncs et des roseaux, des bordures et des perrés à la saison froide, et en été auprès des " aérateurs" que sont les herbiers de pleine eau.
  • En rivière, davantage dans le mort (remous amorti) que le vif (courant) à la saison froide; et plus dans le vif que dans le mort en été.

Mais ceci n'est qu'une règle générale, encore faut-il, pour envisager la possibilité qu'il y ait un ou plusieurs brochets "le nez à la porte".

Par exemple pour ma part j'ai remarqué ceci :

Histoire de changer "d'herberie", un banc de gardons peut fort bien passer au-dessus d'un banc de sable uniforme, sauf si en un point quelconque de cette étendue uniformément blonde, il y a une plaque de mousse d'un vert plus ou moins foncée, ou encore sauf si il y a, si étroite soit elle, une de ces bandes mi-sablonneuses, mi-caillouteuses, qu'affectionnent les goujons, un brochet ne s'y poste jamais.

D'ailleurs, il n'y a qu'à regarder sa robe mimétique pour comprendre qu'il préfère non seulement les endroits multicolores aux endroits unicolores, mais qu'il aime surtout ceux ou les verts, les jaunes et les gris bleutés plus ou moins foncés dominent.

D'où, ma version qui dit qu'on ne peut parler de vrai brochet qu'à partir de quatre livres.

 

Ma préférence va pour les postes suivant :

 

  • En eau dormante :
  1. En été, parages des herbes de potamots, de nénuphars et de littorelles, ou se mêlent précisément le vert plus ou moins foncé des feuilles et le vert clair ainsi que le jaune des tiges et des filaments affectionnés par les vrais gros rotengles et gros gardons de fond que les vrais gros brochets préfèrent aux ablettes, gardonneaux et autre "fretaille". Avec, à propos des eaux plus ou moins herbues, cet autre raisonnement possible: "si j'étais une grenouille, est ce que je me plairais dans ce coin la ?". Si pour peu que vous connaissiez les mœurs de celle-ci, la réponse est oui, il y a de très fortes chances pour que ce soit un bon coin pour un brochet !
  2.  

  3. A la saison froide, créneaux, anses et couloirs le long des bordures de roseaux et d'ajoncs, surtout dans les parages des pelles de fond des étangs, c'est à dire au plus profond de ceux ci, en lisière de la base du perré, mais ( quand un redoux prolongé se produit en janvier, c'est à dire jusqu'avant la fermeture spécifique), avec la possibilité de prendre un gros brochet femelle sur une grève en pente douce située aux abords d'une rigole d'amenée.

 

  1. En été, en aval de tout obstacle suffisamment important pour créer un amorti de courant: gros roc, pile, épave, herbier de pleine eau, même quand il fait très chaud, derrière des obstacles nettement plus petits. Par exemple, sur une grève caillouteuse fréquentée par les hotus et les vandoises, un rocher (dit "tête de chat" en Loire) à peine plus volumineux que les galets qui l'entourent, ou encore, une cuvette tout juste assez profonde pour qu'un brochet puisse y abriter son museau, ou aussi, une de ces chevelures d'herbes sous lesquelles, dans certaines rivière à truites, les brochets s'embusquent parfois en plein radier.
  2.  

  3. A la saison froide, dans tous les remous le long des rives, mais principalement aux embouchures des tributaires et dans les noues, bras morts ou fausse rivières. Avec de ma part (qu'il s'agisse de rivière ou d'eau dormante), une attention particulière pour les parages des fiches d'amarrage et autres endroits susceptibles d'être fréquentés par des pêcheurs au coup (et donc amorcés), sans embêter ceux ci sur leur coup pendant qu'ils pêchent bien sur, mais prêt à y faire virevolter un poisson mort dès que la place est libre.

 

Quel est mon temps préféré pour la pêche du brochet ?

Comme pour les autres poissons d'eau douce ou de mer, je préfère les vents d'aval (Sud- Est à Nord-Ouest) aux vents d'amont (Nord, Nord-Est, Est). Je préfère également la pluie ou la neige au beau temps. Hormis le moment ou en novembre, les arbres pleurent leurs feuilles à chaudes larmes et hormis les jours ou il gèle si fort que mon fil se bloque dans les anneaux de ma canne, je pêche le brochet en toutes saisons et par n'importe quel temps. Et cela tout simplement parce que, comme ce prétendu "requin d'eau douce" est infiniment moins vorace qu'on l'a dit et redit, ce n'est pas sur sa faim que je compte mais sur la certitude que j'ai en pêchant d'une certaine manière, de finir tôt ou tard par le mettre en colère

 

Comment j'aime à pêcher le brochet :

A propos de la pêche au vif, pêche que je ne pratique plus qu'à certaines occasions, j'ai dit et redit combien, en remplaçant la plumette centrale du flotteur principal par une plume de corbeau, ce flotteur devenait bien plus visible de très loin, cette plume faisant de sucroit office de voile, entraînant la ligne vers le large en eau calme et l'y maintenant à condition de se placer vent arrière.

J'ai dit et redit, entre autres détails, que pour la pèche au vif "en fond" à la plombée coulissante, le simple fait de coincer un petit bouchon "conducteur" selon le croquis ci dessous sur l'avançons d'acier, cela empêche radicalement le vif de se planquer sur le fond.

 

 

Sauf erreur, je ne crois pas vous avoir déjà donné le truc suivant valable pour la pêche dans les fonds atteignant ou dépassant deux mètres:

En disposant selon ce croquis un second vif au bout d'un avançons d'acier de 27 centimètres fixé à 60 centimètres au-dessus de l'émerillon d'articulation du bas de ligne inférieur, on obtient les avantages suivant :

 

  • Comme ils ne font pratiquement jamais le mort au même moment, il y a toujours un des deux qui "réveille" l'autre, et finalement ça s'agite beaucoup plus longtemps qu'un seul, sans compter que deux vifs, ça se voit deux fois mieux qu'un !

 

  • Bref, récemment j'ai également décrit comment à mon grand étonnement, certains pêcheurs allemands ou anglais prenaient en Irlande des gros brochets à l'aide d'un hareng, d'un maquereau ou d'un gros gardon reposant sur le fond, tout à fait immobiles.

Depuis, dans un lac de la région de CAVAN, j'en ai même vu toute une tribue, de ces pécheurs là. Comme je n'ai nulle envie d'ajouter un énième hareng à la ribambelle de ceux qu'ils disposent désormais sur le fond des lacs d'Irlande, voici les trois seuls procédés auxquels j'ai recours aujourd'hui :

 

1 - la sondée au vif.

croquis1 : enfilée sur un crin du nylon en 35/100 en provenance d'un moulinet à tambour fixe monté sur une canne à vif de 5,50 mètres, une olive de 20 gr tronquée, tout cela donne environ 15 g. Pourquoi tronquée ? parce que, à condition de choisir un émerillon assez grand de 1 ou 1/0, celui ci butant contre la base tronquée de l'olive constitue un écarteur suffisant pour que lors des mouvements de sondée, le bas de ligne ne s'entortille pas sur le corps de ligne. Enfin est fixé à l'agrafe de l'émerillon, un avançons d'acier de 27 centimètres armé d'un hameçon triple no 10.

 

Croquis - A noter qu'en passant le fil dans l'anneau selon le croquis, une vraie sonde peut aider le débutant à ne pas oublier qu'il s'agit de sonder, c'est à dire de procéder lentement et précautionneusement.

 

 

 

Croquis 2 - En effet, un vif (gardon, goujon, rotengle, etc.) accroché par le nez à l'aide d'une des branches du triple traversant celui ci transversalement, il s'agit tout simplement de faire les bordures (base des perrés, des haies de roseau, des parois d'herbier, des enrochements, des remous), talon de la canne contre la hanche, pick-up ouvert et fil coincé dans la main libre, en sondant sous le scion aussi précautionneusement que si le vif était une becquée de pâte. A condition d'insister en revenant plusieurs fois au divers point exploré à chaque poste supposé, même un brochet engourdi de froid finit par sortir de sa réserve. A condition de libérer le fil à la moindre sensation de blocage ou de tirée, il ne reste plus qu'à lui laisser le temps d'avaler sa proie tout à son aise. C'est tout, c'est tout simple…

 

2 - la sondée au mort :

Croquis 1 : Sur un fil de nylon de 30 ou 35/100 en provenance du moulinet à tambour fixe monté sur une canne à lancer mi-lourd relativement longue et raide, une olive courte ou une balle percée de 5 à 8 gr bute contre un émerillon à agrafe. Fixé à celle ci se trouve un avançons en acier de 27 centimètres armé d'un hameçon triple no 4.

Parce que je les voulais plus courts, j'ai longtemps fait mes bas de ligne moi-même, c'est à dire avant de constater que la giration de mon poisson passait mieux de vive à lente au bout d'un avançons relativement long. Parce que je pensais que c'était plus sur, j'ai été longtemps partisan de deux hameçons en tandem, c'est à dire jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'à condition de rendre un peu la main avant de ferrer un seul est suffisant.

 

Croquis 2 : après avoir passé l'avançons sous l'ouie d'un poisson moyen (goujon, gardon, rotengle etc. de 12 à 14 cm) et fraîchement tué afin qu'il conserve sa souplesse, on le fixe à l'agrafe et on pique une branche du triple par-dessus le dos sur le flanc opposé juste en avant de la nageoire dorsale. C'est tout, mais ça lui donne juste le cintre qu'il faut pour qu'il virevolte à la moindre traction, ceci en signalant qu'un poisson plus gros ne virevolte pas aussi bien que ceux préconisés.

 

Croquis 3 : après avoir lancé et attendu que le mort repose sur le fond, il suffit de récupérer par accoups successifs, en veillant bien à en varier l'amplitude et à reprendre contact avec le fond jusqu'à la fin de la récupération pour qu'il danse comme une gigue à laquelle, tôt ou tard, aucun brochet ne résiste.

 

 

3 - la sondée à la cuillère ondulante

Du talon de la canne à l'avançons, le matériel est le meme que pour le mort, mais celui ci est remplacé par une cuillère ondulante du genre orkla de 17 ou 24 gr, presque aussi bonne que lui à condition de la manœuvrer exactement de la même façon, ce qui nécessite l'une ou l'autre des modifications suivantes :

 

Croquis 1 - comme quand on la laisse descendre jusqu'au fond, cette cuillère atterrit toujours sur le dos (c'est à dire sur sa face bombée). Il suffit soit de supprimer la branche basse du triple d'origine, soit de remplacer celui-ci par un hameçon double à branche en équerre et orientée vers la face creuse pour que cet hameçon reste pointe en l'air.

Point n'est besoin de se nommer Archimède pour dire EUREKA en ce qui concerne la diminution des risques d'accrochages sur les fonds caillouteux.

 

Croquis 2 - ligaturée selon ce croquis sur la hampe d'un hameçon double no 1/0 pour mouche à saumon, une paire d'élytres en fine corde à piano est repliée. Les pointes de cet hameçon orienté comme précédemment permetront de faire passer une ondulante dans les eaux les plus herbues.