On affirme que les fakirs hindous sont capables, entre
autres « miracles », de faire pousser à volonté des « plantes
instantanées ». Placée sur un peu de terre humide, soumise à des passes
magnétiques, une minuscule semence se gonfle, donnant naissance à une tige qui
grandit rapidement ; et, bientôt, un végétal complet s’élève, avec ses
racines, ses bourgeons et ses feuilles !
Non moins habiles, bien qu’un peu moins ... expéditifs,
les chimistes sont parvenus à renouveler ce miracle sur un plan
résolument pratique. Grande fut l’émotion dans le monde savant — et dans
celui des maraîchers ! — quand on apprit les prodiges de la culture
sans sol ! Cultivés « sur ciment » ou « sur
grillage », les pieds de tomates atteignaient 4 mètres de hauteur et
rapportaient 54 kilogrammes de tomates au mètre carré ; les pommes de
terre ... sans terre poussaient en tas, en une couche épaisse de 20 centimètres,
qu’il suffisait de ramasser à la pelle ! Choux, carottes, navets,
poireaux, du blé, de la luzerne, du soja, du coton même croissaient avec
enthousiasme sur une terre inexistante, au milieu de moissons de fleurs !
C’était une révolution, la plus importante peut-être qu’ait
connue l’humanité depuis ses origines ; et d’audacieux « anticipationnistes »
n’hésitaient pas à prédire la « fin des campagnes », remplacées par
des « usines à plantes » travaillant en série !
Que pouvons-nous attendre de pratique de ces procédés
d’« aquiculture », en attendant ces Métropolis végétales ? Un ravitaillement
familial estimable, fournissant des fruits et légumes avantageusement, et
souvent « à contre-saison », grâce aux cultures à domicile.
Une merveilleuse usine vivante.
— Pour vivre, l’homme et les animaux carnivores doivent
tuer. Mais ce cycle infernal s’arrête aux plantes ; une terre nue ou un
peu de sable, un peu d’eau, un rayon de soleil suffisent pour faire pousser un
brin d’herbe.
À quoi est dû ce « miracle des plantes
vertes » ? À une substance particulière, la
« chlorophylle », qui constitue un admirable
« laboratoire » vivant. Agissant en présence de la lumière, la
chlorophylle présente la propriété unique de fixer le carbone du gaz carbonique
de l’air pour fabriquer des « réserves » : amidons, matières
grasses, sucres. Merveilleuse transformation, qui permet très exactement au végétal
de « vivre de l’air du temps » et qui est encore impossible à nos
laboratoires.
Les savants ont tenté d’analyser le miracle. Soumise à
l’épreuve des cornues, la chlorophylle a révélé une composition étrangement
parente de l’hémoglobine rouge de notre sang ; le centre de sa molécule
comporte un noyau de magnésium, tandis que ce noyau est en fer dans notre sang
et en cuivre dans le sang bleu des mollusques. Domestiquer cette fée verte,
répandre la chlorophylle en masses énormes dans de longues cuves irradiées par
les rayons ultra-violets d’un soleil artificiel, injecter à un bout des
milliards de bulles de gaz carbonique ... et recueillir à l’autre bout des
tonnages d’amidons et de fécules, avouons que l’opération, serait
séduisante ! Pour l’instant, elle demeure malheureusement au delà des
possibilités de la science ; ôtée des plantes, la chlorophylle meurt. La
fée ne se laisse pas mettre en bouteilles !
L’aquiculture.
— Qu’à cela ne tienne ! Nous utiliserons les
plantes elles-mêmes, mais des plantes « rapides ».
Dans la terre, les plantes poussent lentement, c’est
entendu, mais pourquoi ? Parce qu’elles ont absolument besoin, pour vivre
et pour s’agrandir, de minimes quantités de « sels » minéraux très
irrégulièrement dispersés dans le sol. Ces sels, les racines doivent aller les
chercher, les « solubiliser » et les absorber à l’aide de leurs
poils ; ils sont ensuite mis en réserve jusqu’à ce que de nouveaux
éléments puissent venir se combiner à leur tour. À ce travail épuisant, que contrarient
la chaleur et le froid, le trop d’eau et la sécheresse, la plante finit souvent
par succomber.
Mais ces substances minérales, que les cultivateurs
s’efforcent d’apporter — bien incomplètement — sous forme d’engrais,
rien ne nous empêche de les dissoudre en proportions soigneusement dosées dans
des bacs où tremperont les racines des plantes. Soumise à ce régime de
« suralimentation » minérale inconnue dans la nature, nos plantes
pousseront extrêmement vite ; elles seront grandes, vivaces, bien fournies
en vitamines et en matières spécifiques. Nous pourrons en outre les serrer au
maximum permis par la géométrie, sans nous préoccuper des espacements et des
sillons en usage dans les jardins et la grande culture.
Comment réaliser une installation d’amateur.
— Passons à la pratique.
Premier point, l’installation. Les récipients peuvent être
quelconques, pourvu qu’ils résistent à la légère acidité des solutions, et,
bien entendu, qu’ils n’aient pas de fuites. On utilisera, par exemple, des
caissettes en fibro-ciment, enduites intérieurement de paraffine fondue ;
les boîtes à biscuits ou à conserves devront être badigeonnées intérieurement à
chaud avec de la colophane additionnée de 5 p. 100 de vaseline et de 5
p. 100 de cire jaune. Le récipient devra rester empli d’eau durant
quarante-huit heures, pour éliminer les substances nuisibles. Quant à leur
capacité, mieux vaudra la choisir largement que de risquer de les trouver à
moitié vides quand les plantes ont soif.
Voici d’abord la culture sur grillage. On emploie un grillage
métallique à larges mailles, genre poulailler, non galvanisé de préférence, car
les éclaboussures l’attaqueraient. Sur ce grillage, tendu horizontalement et
supporté au besoin par des traverses intermédiaires, nous répandrons une
substance spongieuse inerte, telle que de la tourbe ou de la mousse,
préalablement stérilisées à l’eau bouillante, ou encore de la laine de verre.
Les graines sont tout d’abord ensemencées au « trempant » dans un
petit panier ou sur grillage, puis on relève ce grillage quand les racines
commencent à s’allonger ; en effet, le « collet », autrement dit
le point de jonction de la racine avec la tige, ne doit pas tremper, sous peine
de pourriture.
Plus aisée que la culture sur grillage, voici maintenant la culture
sur « sable irrigué », qui convient particulièrement aux
amateurs. On utilise, pour garnir les récipients, un sable très grossier, un
gravier fin, quartzeux, ou même un cailloutis de 3 à 5 millimètres de
grain.
Si l’installation est « stagnante », il est utile
de prévoir une aération de la solution au moyen d’une pompe insufflant
de l’air en bulles. Le niveau devra être maintenu en rajoutant la solution
diluée.
La disposition la plus recommandable est l’« irrigation
continue », où le liquide est maintenu en circulation. Un récipient
d’environ 10 litres se vide goutte à goutte dans le bac de culture ;
le trop-plein s’échappe dans un seau, que l’on revide tous les soirs dans le
récipient d’alimentation. Pour l’irrigation continue des cultures sur sable, il
est commode, au lieu de laisser tomber l’eau goutte à goutte, de la canaliser
au moyen d’une grosse ficelle bouillie, formant siphon-mèche. Le liquide
descend le long de la mèche dans le bac, par capillarité.
Formule du liquide.
— La formule suivante, choisie entre plusieurs formules
françaises et étrangères, a été utilisée avec succès par M. Chouard et M. Truffaut,
spécialistes bien connus des cultures. Pour 1 litre d’eau, vous mettrez,
en grammes : nitrate de calcium, 0,71 ; nitrate de potassium,
0,568 ; sulfate de magnésie, 0,284 ; phosphate diammonique,
0,142 ; perchlorure de fer, 0,112 ; iodure de potassium,
0,00284 ; acide borique, 0,00056 ; sulfate de zinc, 0,00056 ; sulfate
de manganèse, 0,00056. On règle l’acidité en ajoutant goutte à goutte de
l’acide phosphorique jusqu’à ce qu’un papier de tournesol bleu, trempé dans la
solution, commence à virer au rouge vineux.
Cette formule, comportant au total environ 2 grammes
par litre, constitue la « solution moyenne ». Si vous n’employez que
deux tiers de litre d’eau pour les mêmes quantités de sels, vous aurez la
solution « forte » (total 3 grammes par litre), tandis qu’en
employant 2 litres d’eau vous aurez la solution « faible »,
titrant environ 1 gramme par litre.
Un couvercle échancré pour le passage des tiges, protégeant
le liquide de la lumière, s’opposera au pullulement des algues ; s’il est
envahi par des larves, on s’en débarrassera en ajoutant un peu de nicotine
neutralisée. Un chauffage modéré peut être assuré économiquement par une
lampe de 25 watts, à verre peint en noir, dont on fera plonger l’ampoule
dans le liquide.
L’éclairage, nul pour les légumes blanchis, les
fougères, bégonias, les plantes bulbeuses, joue un rôle important pour le
développement des légumes, notamment des tomates. Quatre heures d’éclairage
journalier, réparties le matin et le soir, sont largement suffisantes pour
accélérer la croissance et la maturité.
Fruits et légumes à volonté.
— Et voici des résultats.
Les pommes de terre poussent à froid (15 à 20°) sur
lit de mousse, en solution forte ; les carottes courtes à la même
température, sur tourbe, en solution moyenne ; le piment avec la
même concentration, mais à 25°. À 25 ou 30°, on peut cultiver des aubergines
(solution moyenne), des concombres, courges, potirons, des
melons et des tomates, avec solution moyenne-forte, sur supports
variés.
La betterave se cultive en solution moyenne-forte,
sur sable, entre 10 et 15° ; les navets en solution faible-moyenne
sur tourbe à 15° ; les artichauts et cardons (solution
moyenne-forte) entre 15 et 20° sur tourbe ; les oignons et fraisiers
à 15° sur tourbe en solution moyenne, le céleri à 25° sur tourbe, en
solution forte. Toutes les fleurs peuvent être cultivées en bacs, les iris
entre 15 et 20° sur sable, en solution moyenne, la jacinthe et le laurier-rose
sur différents supports avec des solutions moyennes ou faibles. Presque toutes
les fleurs réussissent sur mousse ou tourbe, en solution moyenne et aux
environs de 18°.
Pierre DEVAUX.
Uranium. — Notre collaborateur, M. Pierre
Devaux, avait écrit, dès 1944, cet ouvrage prophétique, dont les prédictions
devaient, hélas ! se trouver cruellement vérifiées une année après. Roman
angoissant, passionnant, mais qui finit bien ...
Aux Éditions Médicis, 5, rue de Rome, PARIS.
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