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Au verger

Plantations d'arbres

à l'explosif.

Chacun, à l'heure actuelle, sait que les explosifs sont d'utilisation courante dans les mines, les carrières, ainsi que pour le creusement des puits, et qu'ils donnent un rendement qui ne pourrait être atteint si l'on n'y avait recours.

Ce que l'on sait moins, c'est que l'utilisation d'explosifs spécialement préparés pour ces usages est à même de rendre de très grands services pour l'exécution de nombreux travaux agricoles.

Parmi ceux-ci, nous citerons la plantation d'arbres, la régénération des vergers par voie de sous-solage, l'extraction des souches d'arbres morts ou abattus, le dérochement et parfois le drainage.

La saison en étant arrivée, nous ne retiendrons aujourd'hui que le premier de ces travaux, la plantation des arbres.

Lorsque la terre est légère et facile à remuer sur une grande profondeur, le creusement des trous de plantation ou le défoncement en plein, qui doivent toujours précéder la mise en place des arbres, sont d'exécution aisée et peuvent se faire à la main sans difficulté.

Malheureusement, cette condition est rarement remplie et, d'une façon générale, les terres, à l'exception de la couche arable qui se travaille assez facilement, sont compactes et dures comme de véritables roches. Le défoncement à la bêche ou à la pioche y est fort pénible et long, de telle sorte que le coût en devient prohibitif et que l'on tend à l'écourter au grand détriment des arbres. Ceux-ci, plantés dans des trous insuffisants ou dans un terrain peu profondément travaillé, ne se développent que lentement. Les racines ont tôt fait d'atteindre les limites de la partie ameublie et ne peuvent s'étendre plus loin qu'avec de grandes difficultés. Après un assez bon départ, la végétation se ralentit, le développement de la charpente est arrêté, l'arbre ne fournit que de maigres récoltes.

L'explosif agricole, substitué au travail à la main, outre la rapidité d'exécution qu'il permet d'obtenir, réalise un travail de dissociation et d'affouillement qui ne pourrait être effectué par les moyens manuels ou mécaniques ordinaires et qui accroît considérablement la fertilité du terrain, lui faisant rendre mieux et plus vite.

Bien que l'on puisse être parfois amené à constituer un verger en terrain rocheux, on a plus souvent l'occasion de le faire en sol compact, mais non rocheux. C'est donc de ce dernier cas que nous parlerons aujourd'hui.

Le matériel nécessaire.

— Il comprend : une barre à mine pointue, une masse, un arrosoir, un bourroir (manche à balai par exemple), des cartouches d'explosif agricole, des détonateurs, de la mèche lente de sûreté, une pince à sertir et des allumettes.

En ce qui concerne les cartouches d'explosif et les détonateurs, on ne peut en acheter que si l'on est muni d'une autorisation. Une demande doit, à cet effet, être adressée à la Préfecture du département par l'intermédiaire du maire de la commune, qui doit la revêtir de son avis. Cette demande doit notamment préciser le lieu où les travaux justifiant l'acquisition seront effectués, ainsi que leur importance approximative.

Préparation d'un coup de mine.

— Pour une plantation d'arbres assez distancés les uns des autres, on donne un coup de mine à l'emplacement de chaque arbre.

La terre doit, pour que le rendement soit maximum, être bien sèche, ce qui, en année normale, se trouve naturellement en septembre-octobre. Le forage du trou se fait, en quelques minutes, à l'aide de la barre à mine enfoncée à coups de masse et tournée entre chaque frappe pour pouvoir la ressortir sans difficulté. La profondeur du trou varie de 70 centimètre à 1m,10 au plus ; il ne faut pas craindre de descendre trop loin, l'affouillement produit par l'explosion étant plus important lorsque celle-ci s'est faite profondément, facilitant la croissance de l'arbre.

La charge dépend de la profondeur du trou. On met en moyenne une cartouche de 100 grammes pour une profondeur de 70 centimètres, deux cartouches pour 85 centimètres et plus en sol non rocheux. Une cartouche donne environ 1 mètre cube de terre piochée et 5 à 6 mètres cubes de terre fissurée autour de la mine.

Chargement.

— On commence par sonder le trou au moyen du bourroir qui doit pouvoir descendre bien à fond, afin que la cartouche elle-même repose par la suite sur le fond du trou. La cartouche, amorcée à l'aide d'un détonateur et d'un bout de mèche lente suffisamment long pour permettre l'allumage, est descendue à fond en appuyant doucement avec le bourroir. Au cas où l'on met plusieurs cartouches, la cartouche amorcée est descendue la dernière et il faut s'assurer que toutes les cartouches sont bien au contact l'une de l'autre.

On fait ensuite couler dans le trou un peu de terre fine sèche que l'on tasse assez légèrement avec le bourroir, puis un peu plus de terre que l'on tasse plus fort. On continue ainsi jusqu'à l'orifice du trou en tassant très fortement. Certains spécialistes mouillent même la terre de bourrage de la partie supérieure du trou en ne laissant, au-dessus de la cartouche amorcée, que 20 à 25 centimètres de terre sèche. Le rendement du coup de mine est ainsi considérablement accru.

Bourrage à l'engrais.

— Le bourrage peut être réalisé avec un engrais complet que l'explosion disperse dans la masse de terre remuée. L'engrais, pulvérulent autant que possible, se place alors directement au-dessus de la cartouche, sur 25 à 30 centimètres d'épaisseur. Éviter, dans ce cas, de faire entrer dans le mélange des engrais susceptibles de nuire aux racines du jeune arbre, comme le chlorure de potassium par exemple. Les nitrates de potasse, de chaux, d'ammoniaque sont particulièrement indiqués et ajoutent leur action à celle de l'explosif, en même temps qu'ils fournissent une quantité non négligeable d'éléments utiles à la croissance du végétal.

Mise de feu.

— La mèche lente étant coupée nettement, on fait, avec un couteau bien tranchant, une incision pour mettre à nu la poudre sur laquelle on pose la partie incandescente d'un briquet d'amadou ou d'une allumette. On se rend compte que la mèche est bien allumée par le crachement d'étincelles et le dégagement de fumée produits par la combustion de la poudre. L'opérateur doit alors s'éloigner d'une cinquantaine de mètres, par mesure de sécurité, pour se mettre à l'abri de projections de terre ou de pierres qui, d'ailleurs, sont très rares, l'explosion ne donnant lieu, la plupart du temps, qu'à la formation d'un très petit monticule de terre.

Après le coup de mine.

— Il est recommandé de laisser les choses en l'état et d'attendre quelques jours avant de dégager à la bêche ou à la pelle un trou suffisant pour la mise en place du jeune arbre. De cette façon sera réalisée, à titre complémentaire, une sorte de désinfection du sol grâce aux gaz de l'explosion qui se seront diffusés dans toutes les fissures, détruisant, là où ils sont réfugiés, les insectes qui ont échappé à la déflagration.

Conclusion.

— Comme on le voit, l'emploi de l'explosif pour la plantation des arbres est extrêmement simple. Sa manipulation ne présente pas plus de dangers que celle des engins de chasse, familiers à tous les agriculteurs. Quelques précautions sont cependant indispensables. Elles sont énoncées, de façon très précise, dans les instructions accompagnant le matériel, dont l'observation écartera tous risques d'accidents.

E. DELPLACE.

Le Chasseur Français N°668 Octobre 1952 Page 610