Charles de Casaulx

Ce personnage nait en 1547, le 30 mars à Marseille. Il va être au coeur d'une crise politique énorme sur fond de guerres de religions. Cet épisode de notre histoire mérite que l'on s'y attarde un peu.
A l'âge de 28 ans, il entre dans la vie publique marseillaise comme intendant du port, puis comme commissaire de guerre entre 1579 et 1580. Il devient ensuite capitaine du quartier de la Blanquerie. Dans le contexte politique de l'époque, la Provence est divisée. D'un côté les royalistes, de l'autre la Ligue catholique. Les deux partis ont chacun leur administration. Les royalistes ont leur parlement à Pertuis, les ligueurs eux sont à Aix.
Après une première tentative de coup d'état ratée en 1585 à laquelle il participe et visant à offrir Marseille à la Ligue, Casaulx est obligé de se réfugier à Aix sous la protection de la comtesse De Sault, une figure de la Ligue provençale.
A la mort d'Henri III, Henri de Navarre le protestant devient roi de France, chacun choisit son camp. Pertuis reconnait Henri IV tandis qu'à Aix on emboite le pas au cardinal de Bourbon. La comtesse de Sault fait appel a Charles Emmanuel de Savoie. En 1590, ce dernier entre à Aix avec une armée, défait les troupes royalistes et se fait donner les pleins pouvoirs.
Marseille est aux mains des ligueurs. La ville est elle aussi partagée. D'un côté tout ce qu'elle compte de notables, marchands, armateurs et autres qui ont intérêt à ce que que la paix intérieure soit rétablie, souhaite le ralliement au roi Henri IV. De l'autre côté un parti plus populaire qui lui reste farouchement opposé au ralliement et qui rêve de faire de Marseille une république indépendante et catholique. marseille donc est aux mains de la ligue.
Les bigarrats , parti des notables, réussissent à reprendre l'Hôtel de Ville mais sont rapidement renversés par un coup de force de la Ligue. Casaulx s'empare du pouvoir. Il va le garder de février 1591 à février 1596. La première année, il n'a aucune légitimité si ce n'est celle que lui confère la défense acharnée de la religion catholique. En 1592, il est nommé premier consul. Il va se maintenir à ce poste d'octobre 92 à février 96. Bénéficiant du soutien sans faille du viguier de Marseille, Louis d'Aix. Ces deux personnages sont surnommés les duumvirs.
Tout au long de ces quelques années, Casaulx va essayer de naviguer entre deux écueils. Il lui faut d'un côté se garder du parti royaliste qui cherche à faire légitimer Henri IV, mais également de son propre camp qui verrait d'un bon oeil Marseille devenir sa base militaire.
Casaulx va donc faire porter ses efforts sur la fortification de la ville et le recrutement d'une troupe armée. Il réaménage donc les murailles, les fossés, s'empare du fort de Notre Dame. C'est ainsi qu'il arrive à repousser une première tentative d'invasion, en 1591, du duc de Savoie. Escorté de galères et de soldats espagnols, le duc veut s'arrêter à Marseille. Les canons le repoussent.
La deuxième tentative, en août 1592, provient du comte de Carces, le chef de la Ligue provençale. L'opération militaire tourne au fiasco et a pour effet la rupture des relations entre Casaulx et la Ligue. Le 12 avril 1593, c'est au tour du parti royaliste de tenter sa chance...D'Epernon le chef du parti royaliste essaie de forcer l'entrée de la ville par la porte d'Aix mais là aussi, il se heurte à la résistance des miliciens et ne peut mener son projet à terme. Ces succés militaires con fèrent à Casaulx une grande popularité et son pouvoir s'en trouve renforcé.
Comme administrateur de la ville, le premier consul Casaulx va privilégier toutes les mesures qui peuvent selon lui renforcer l'autonomie de la cité. Il fait battre monnaie, crée une imprimerie essentiellement tournée sur les besoins municipaux. Sur le plan de l'urbanisme, il se préoccupe de l'assainissement de certains quartiers. L'hôpital de l'Hôtel Dieu lui doit le jour.
Mais ce portrait n'est pas complet. On pourrait trouver le personnage symphatique si on s'arrêtait là...
En effet, coupée de tout, en état de siège, la ville doit trouver des ressources pour entretenir son armée. Le commerce ne suffit plus d'autant que les marchandises et les navires sont toujours plus lourdement taxées. Casaulx fait feu de tout bois. Il bat monnaie, impose, taxe tout ce qui lui tombe sous la main. Le ravitaillement pose problème ? Il fait armer deux frégates pour la piraterie et les met à la disposition des marseillais. Une véritable dictature s'installe. Les notables quittent la ville pour protéger leurs intérêts et s'installent à Toulon. Casaulx s'empare de leurs biens en chassant leurs familles. Il rançonne des Marseillais. Mais rien n'y fait. La famine menace, les produits sont toujours plus chers. Le peuple de Marseille est exaspéré par les exactions de celui qu'il soutenait. D'autant que Casaulx s'isole de plus en plus.


Entrée de Guise dans la ville
La gravure est inversée par rapport au port

Alors que le roi Henri IV abjure la foi protestante, seul Casaulx s'obstine. La Ligue de provence accepte une trêve générale. Casaulx refuse toutes les tentatives de conciliation. De plus en plus isolé, Casaulx se tourne alors vers l'étranger et demande assistance au roi d'Espagne. Une garnison espagnole s'installe puis des galères Gênoises. Le 20 juillet 1596 Philippe II promulgue un traité dans lequel il accorde sa protection à Marseille.
Le risque majeur d'un conflit avec l'espagne fait réagir Henri IV rapidement. Il charge le gouverneur de Provence de soumettre Marseille. La ville se met en état de siège. Mais le danger véritable pour Casaulx se situait non pas à l'extérieur mais à l'intérieur des murs. Il confie le commandement de la porte Réale à Libertat. Sollicité par les conspirateurs, Libertat s'engage à ouvrir la porte aux troupes de Guise et à assassiner le dictateur. En échange, il recevra la charge de viguier, une somme de 160 000 écus et d'autres gratifications. Le 17 février 1596, Pierre de Libertat assassine Casaulx. La population exulte, le cadavre de Casaulx est traîné dans la ville, sa maison pillée. Marseille retourne dans le giron de la royauté.


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