Jean-Jacques Velasco : Ovnis l'évidence
Éditions Carnot, avril 2004, 220 pages.

Ovnis l'évidencePlus de dix ans ont passé depuis que le chef du Sepra a écrit son premier livre, signé Jean-Claude Bourret et Jean-Jacques Velasco... Pour le second, il s'est encore associé le concours d'un journaliste, mais la couverture annonce Jean-Jacques Velasco avec Nicolas Montigiani... On ne sait trop si c'est parce que Velasco s'estime suffisamment populaire pour ne plus avoir besoin d'une «locomotive médiatique», comme il définissait Jean-Claude Bourret, ou parce qu'il n'a pas trouvé cette fois une «locomotive» plus puissante que Nicolas Montigiani, que l'on ne connaît guère que pour un livre assez original consacré aux crop-circles.

La couverture nous annonce :

Un seul homme, en France, pouvait répondre à cette question : les ovnis existent-ils ? [...] Sa réponse, attendue depuis des années, est sans ambiguïté : oui, les ovnis existent. Les preuves en sont scientifiquement établies.

Montigiani, qui semble n'avoir écrit que l'introduction (comme Bourret en son temps), y explique :

Nous ne voulons pas échafauder une théorie. Pas compiler près de quatre-vingt-dix ans de témoignages. Mais tout simplement tirer des dossiers personnels et officiels de Jean-Jacques Velasco les conclusions objectives qui s'imposent : les ovnis — ou les PAN, selon le curieux vocabulaire officiel — sont des objets, ils volent et, oui, ils sont identifiables à des véhicules spatiaux guidés par une intelligence.

Ces conclusions, Jean-Jacques Velasco les a élaborées au-delà de son travail professionnel au Sepra. Il n'est donc le porte-parole de personne, sinon de lui-même.


Ainsi donc, si Velasco ne donne que son opinion personnelle, il est cette fois affirmatif : les ovnis sont des véhicules extraterrestres, et il en apporte les preuves scientifiques... C'est en tout cas ce qu'il ne cessera de répéter tout au long de l'ouvrage.

Le premier chapitre, sous le titre Définition d'un phénomène : des PAN aux ovnis est consacré à l'histoire du Sepra et de ses prédécesseurs à la tête de cet organisme, et à la mise en place de la «méthodologie scientifique» à laquelle il prétend se conformer...

Le chapitre 2 s'intitule J'ouvre mes dossiers... Quelle formidable nouvelle ! Mais il la tempère aussitôt, en nous expliquant qu'il ne peut pas ouvrir ses classeurs à quiconque se présenterait au Cnes, en raison d'une loi sur la protection de la vie privée des témoins. Et il ajoute en note qu'il déplore que des fureteurs non patentés n'hésitent pas à trahir le secret professionnel qui garantit la vie privée des témoins. C'est ce qu'il répète partout depuis longtemps pour discréditer les ufologues «amateurs», mais il serait bien incapable de citer un exemple, sinon mensonger, où un ufologue aurait révélé l'identité d'un témoin sans son accord.

Pourquoi ne communique-t-il jamais des dossiers dont il aurait simplement effacé les identités et adresses des témoins, si la protection de la vie privée est le seul problème que cela pose ? Il nous explique : Mais qu'un chercheur, un scientifique, un sociologue, un historien, bref un professionnel dûment identifié qui justifie de travaux ou d'enquêtes sérieux souhaite consulter cette documentation unique, c'est bien volontiers que le comité de pilotage en examinera la possibilité.

C'est pourtant ce que demande avec insistance, et vainement, le chef du laboratoire de zététique, que Velasco a eu le culot d'accuser en public de ne pas vouloir consulter les dossiers du Sepra (voyez le courrier échangé à cette occasion pour vous rendre compte de la mauvaise foi dont fait preuve Velasco) !

Il est patent que Velasco et son «comité de pilotage» ne veulent surtout pas que les enquêtes puissent être contrôlées par des enquêteurs sérieux qui pourraient en démontrer la faiblesse ! Ça n'est donc certainement pas pour cacher au public des dossiers explosifs qui prouveraient l'origine extraterrestre des ovnis qu'il refuse d'ouvrir ses archives : s'il possédait de telles preuves, il ne passerait pas son temps à en fabriquer de fausses, comme on va en trouver des quantités dans la suite du livre, à commencer par le chapitre suivant.

Le titre est sans ambiguïté : USA-France : les chiffres clés qui prouvent l'existence des ovnis. Il s'agit d'une comparaison statistique du nombre de cas classés non identifiés par le Sepra et par un rapport américain des années 50... Du fait que le Sepra admet 13,5 % de rapports non identifiés et le rapport de l'institut Battelle 21,5 %, les statistiques françaises et américaines se recoupent !, et ça prouve la réalité des ovnis... J'avoue n'avoir pas très bien compris.

Après cette première «preuve statistique», le chapitre 4 est censé nous apporter les premières preuves testimoniales, sous le titre : D comme doute : des cas inédits.

Parmi ces «cas inédits» : Cussac, Socorro, Valensole... Bref des cas des annés 60, très intéressants mais dont on a parlé abondamment dans des centaines de livres !

Il est vrai que Velasco tempère ce titre : Ces phénomènes non identifiés exceptionnels — 4 ou 5 % des cas —, ont été chroniqués de droite et de gauche, repris sur des sites Internet. Mais à part l'affaire de Cussac, exposée déjà dans Ovnis, la science avance (op. cit.), personne n'en a jamais eu vraiment connaissance en direct, hormis les enquêteurs du Gepan/Sepra et quelques ufologues amateurs. Voilà donc ce qu'il appelle un cas inédit : un cas dont lui-même n'a pas déjà parlé dans son précédent livre ! Et lui-seul est bien sûr capable de nous faire partager «en direct», par un résumé de trois pages, le cas de Socorro, au Nouveau-Mexique, auquel des enquêteurs américains ont consacré des centaines de pages !

Le chapitre se termine par un cas inédit tiré des dossiers du Sepra, lequel réunit tous les critères propres à le classer parmi les objets volants non identifiés. Il rapporte une observation d'un objet ovale, rouge, entouré de flammes blanches, accompagné d'un fort grondement, ayant provoqué l'extinction de l'éclairage public de la petite ville de Gujan-Mestras, à côté d'Arcachon. Velasco nous explique que lorsque les cellules «photos électriques» (sic !) qui contrôlent l'éclairage public captent une lumière qui dépasse le seuil de dix mégawatts au mètre carré (il s'agit en fait de dix milliwatts !), elles coupent l'alimentation des lampadaires. Connaissant le seuil de luminosité déclenchant ce système, et sachant que les analyses situèrent la distance des cellules au PAN D [précisons que dans la classification du Sepra qui trouvait que le terme d'ovni manquait de rigueur, un PAN D est un Phénomène Aérospatial non identifié de type D, D voulant dire... qu'il n'est pas identifié. Et vous aurez donc compris qu'un PAN A est un phénomène aérospatial non identifié parfaitement identifié !] entre cent trente cinq et quatre cent quatre-vingts mètres (il faudra qu'on m'explique comment «l'analyse» du Sepra est parvenue à cette conclusion), on peut calculer l'énergie minimale émise par l'Ovni...

On a donc mesuré l'énergie d'un ovni, c'est formidable !

Mais outre le fait que ce cas «inédit» a été exposé bien plus en détail par Jacques Vallée dans Confrontations (Robert Laffont, 1991) et plus récemment dans le rapport Sturrock, il évoque irrésistiblement un gros météore qui aurait pénétré profondément dans l'atmosphère... Le rayonnement mesuré serait tout à fait compatible avec un corps de quelques dizaines de kilogrammes parvenant à quelques kilomètres d'altitude... Ça n'est pas fréquent, mais pas particulièrement exceptionnel non plus, et quelqu'un qui s'est présenté pendant douze ans comme expert en rentrées atmosphériques devrait savoir reconnaître un tel phénomène !

Le chapitre suivant parle des Trois cas français classés ovnis.

Le premier est bien évidemment celui de Trans-en-Provence, le cas «exemplaire» d'étude scientifique de trace d'ovni par lequel le Gepan (ancêtre du Sepra) s'est fait connaître.

Aussi bien pour Velasco qui a réalisé l'enquête que pour les ufologues «traditionnels», c'est donc le cas qu'il ne faut pas attaquer... Et pour ceux qui ne croient pas aux ovnis, c'est comme le dit Velasco en annexe le cas français «à abattre» et non à «débattre»... Si ce n'est que ceux qui refusent le débat, ce sont les défenseurs de ce cas et non les sceptiques, et ces derniers gagnent donc peu à peu du terrain. On se rend compte que l'enquête a caché bien des détails gênants pour la crédibilité de ce cas, que le témoignage considéré isolément n'est guère convaincant, que la trace évoquait des pneumatiques plus qu'autre chose, et que les analyses sont très criticables (quoique pas autant que certains le prétendent).

Velasco, pour répondre ou plutôt éviter de répondre à ces critiques, explique :

L'ensemble de ces éléments ne laisse aucun doute sur la présence d'un ovni, au sens précis du sigle, ce jour-là, à Trans-en-Provence. Qu'on le veuille ou non.

Car les détracteurs n'ont pas manqué. On a critiqué les analyses biochimiques du professeur Bounias et, dans une moindre mesure, on s'en, est pris à la personnalité de Renato Nicolaï.

Dans les deux cas, les détracteurs ne semblent pas de bonne foi. Michel Bounias a appliqué les procédures élaborées et approuvées
par le conseil scientifique du Gepan. Or, elles reposent sur la méthode expérimentale «en double aveugle».

C'est lui qui EST ici de mauvaise foi : le conseil scientifique ne se réunissait plus lorsque ce cas est survenu, et les procédures de prélèvement des échantillons qu'il avait élaborées n'ont absolument pas été respectées, pas plus que la méthode de «double aveugle» (Bounias savait parfaitement quand il a fait ses analyses où chacun des prélèvements avaient été faits, et il ne l'a jamais caché). Et en prétendant que les critiques ont porté uniquement sur les analyses du professeur Bounias (décédé récemment, et dont l'honnêteté n'a été mise en doute par personne contrairement à ce que Velasco prétend à la fin de son livre) et sur la crédibilité du témoin, il évite de répondre aux critiques qui ont été formulées à son encontre (pourquoi a-t-il par exemple occulté, et continue-t-il à le faire, le fait que le premier télex envoyé par les gendarmes ayant visité le site indiquait que les traces ressemblaient à un «ripage de pneumatique ?»)

Bref s'il serait abusif de dire que le cas de Trans-en-Provence n'est pas un élément important du dossier OVNI, le fait est que sa présentation par Velasco est dépourvue de toute objectivité et qu'il élude toutes les questions qu'on lui pose.

La seconde «preuve testimoniale» est le cas de «l'amarante déshydratée», que l'on peut passer rapidement tant il ressemble à celui de Trans en Provence en moins convaincant : il est aussi venu fort à propos au moment où l'existence du Sepra était menacée, il confirmait tout aussi à propos des «effets physiques» particuliers dont le Sepra avait débattu quelques mois auparavant (ici les effets d'un champ électrique intense sur l'herbe), mais les analyses végétales ont été très limitées en raison d'une mauvaise procédure de conservation, et le témoin n'a jamais voulu avoir un autre interlocuteur que Velasco.

Le troisième «véritable ovni» du Sepra, qui a succédé à celui de Trans-en-Provence pour la promotion de cet organisme depuis 1997, est l'observation «confirmée par radar» d'un «immense objet» par l'équipage d'un Airbus le 28 janvier 1994. Velasco oublie simplement comme toujours de préciser que la trace radar et l'observation visuelle sont totalement inconciliables, que prises séparément elles n'apparaissent pas franchement inexplicables, et que ce cas ressorti trois ans après les faits n'avait pas été jugé suffisamment étrange pour faire l'objet d'une enquête, ni par le Sepra ni par l'armée de l'Air qui avait repéré l'écho non identifié.

Ce «cas radar/visuel» français nous amène tout naturellement dans le chapitre 6 aux Cas aéronautiques : les preuves par le radar. Velasco y reprend sans aucune étude critique la plupart des affaires choisies dans le rapport Cometa : quelques cas étrangers dont on a déjà beaucoup parlé, et quelques cas français plus ou moins intéressants tirés des archives du Sepra. Notons au sujet de ces derniers que Velasco est toujours incapable de reconnaître un météore tout à fait typique, comme celui qu'a vu le colonel Bosc le 3 mars 1976 (une «boule de feu» verte très rapide suivie d'une traînée lumineuse).

Le chapitre devient un peu plus original avec les statistiques «radar/visuel» : Nous disposons actuellement d'une base de données et d'un catalogue de mille cinq cents observations d'ovnis par des pilotes et équipages d'avions civils et militaires qui couvrent l'ensemble du globe. Plus tard, il nous parle de cette base de données recueillie par Dominique Weinstein, qui «recense plus de mille quatre cents cas officiels». Déjà, ça baisse... Et en réalité, cette base de données recense mille trois cents cas, comme son titre l'indique (on peut la trouver sur Internet)...

Notons que cette base de données recense les cas provenant de sources variées et considérés par ces sources plus ou moins sérieuses comme des ovnis... Il s'agit d'un outil précieux pour ceux qui voudraient approfondir certaines de ces observations, mais il est clair qu'un grand nombre d'entre elles s'expliquent par des météores ou d'autres phénomènes naturels auxquels les pilotes ne sont pas habitués.

Velasco reparlera de cette base de données, mais il ne s'intéresse dans ce chapitre qu'aux cas où l'observation des pilotes était corroborée par des mesures radar, soit deux cents cas (15 %), ce qui est à peu près correct. Mais il précise qu'en appliquant «une série de filtres destinés à ne retenir que les cas les plus crédibles», l'ingénieur français Gérard Gonin a réduit ce nombre à 147 cas, et il ajoute en note que ces «filtres» sont destinés à écarter les cas ne comportant pas de corrélation visuelle/radar, mais aussi ceux dont les rapports omettent l'heure, l'altitude et la vitesse de la cible radar. Ou encore les cas dépourvus de distance et de durée, alors qu'ils ont noté l'altitude et la vitesse.

Cette affirmation est totalement mensongère, comme on peut s'en rendre compte en examinant les graphiques de la page suivante (107) : on y voit que sur ces 147 cas, la vitesse n'est donnée que dans 31 cas, l'altitude dans 20 cas, la durée dans 18 cas et la distance dans 13 cas seulement ! Ça montre bien le manque de détails de la majorité des cas recensés dans le catalogue Weinstein, et le ridicule qu'il y a à prétendre tirer des «invariants» à partir d'échantillons aussi réduits : classer les observations dans quatre plages de distances dans lesquelles on retrouve entre deux et six cas et annoncer des pourcentages précis, ça n'est pas sérieux !

On trouve aussi sur ces tableaux une deuxième série de chiffres, étroitement corrélés avec les premiers. Aucune explication n'est donnée, mais on comprend facilement qu'il s'agit d'effectuer les mêmes «classements» à partir d'un échantillon réduit à soixante-cinq cas par un nouveau «filtre». Et ce filtre, quel qu'il soit, n'élimine que très peu de cas sur lesquels on a des données chiffrées. On retrouve donc presque exactement les mêmes graphiques, et en les comparant avec ceux de l'échantillon complet (147 cas), on trouve naturellement un coefficient de corrélation extrême. Ces corrélations relèvent purement et simplement de la farce !

Mais c'est dans un tableau de la page 108 représentant «l'évolution des cas radar/visuel recensés depuis 1945» que Velasco donne toute la mesure de ses compétences en statistiques :

 Cas radar/visuel Gonin

Si vous regardez attentivement la courbe, vous constaterez que certaines années manquent... Vous pourrez aussi remarquer qu'il y a très souvent une ou deux observations rapportées pour une année, mais jamais zéro... Et il suffit de se reporter au catalogue de Dominique Weinstein pour comprendre que les années «manquantes» sont celles sans observations : pour Velasco, une année présentant zéro observations n'a rien à faire dans la «courbe d'évolution»... Il est vrai que l'humanité a mis beaucoup de temps à inventer le zéro, il semble que certains n'ont pas encore bien assimilé cette notion ! Vous me direz qu'une fois qu'on le sait, il suffit de rajouter mentalement les années qui manquent avec une valeur nulle... Mais puisque seule une année sur deux est numérotée dans le tableau, on ne sait pas toujours à quelle année correspond une valeur non nulle (par exemple, est-ce que c'est en 1991, 92 ou 93 que trois cas ont été recensés ?)

Étant toujours prêt à rendre service, je vous donne en exclusivité la courbe corrigée :

Catalogue Gonin corrigé

Vous n'avez plus qu'à l'imprimer et à la coller en page 108 du livre pour avoir un ouvrage un peu moins inexact. J'espère juste que Velasco ne me remerciera pas en me faisant un procès pour avoir reproduit sans autorisation sa courbe bidon !

Au fait, ne suis-je pas en train d'attribuer à Velasco des sottises de Gonin ? Pas du tout, puisqu'on trouvait le même syndrome «d'années manquantes» et jamais nulles dans le tableau des cas terrestres recensés par le Sepra présenté en page 36, et qu'on la retrouvera dans toutes les autres courbes de ce livre... À commencer par celle de la page 148, recensant les cas aéronautiques recueillis par le Sepra :

Catalogue cas aéronautiques Sepra

Et voici encore la courbe véritable :

Catalogue cas aéronautiques Sepra corrigé

En bref, toutes les statistiques présentées dans ce chapitre ne démontrent absolument rien, sinon la nullité absolue du chef du Sepra en matière de statistiques !

Cette incompétence va atteindre des sommets dans le chapitre suivant, intitulé pompeusement : La découverte : des ovnis et des bombes.

Cette découverte qui constitue la révélation fracassante du livre, c'est que les extraterrestres nous visitent parce que nous faisons exploser des bombes atomiques ! L'idée n'est pas nouvelle, mais Velasco prétend l'avoir prouvée statistiquement (avec ses notions exclusives de statistiques, préparez vous à rire). Il nous prévient : les éléments sur lesquels je fonde mon raisonnement sont strictement authentiques. Il n'y a de ma part aucune envie de sensationnalisme. Nous voilà rassurés.

À la fin du chapitre, il ajoutera modestement, au sujet d'un scientifique qui suggérait la même idée en 1949 :

Autrement dit, le docteur G. E. Walley considère que la bombe atomique peut déclencher une éventuelle visite d'extraterrestres tout en invitant d'autres scientifiques à réaliser ce travail de vérification entre les dates des explosions et la présence d'ovnis...

Je lui réponds aujourd'hui en confirmant que d'autres ont réalisé ce travail, en témoignent les schémas exclusifs qui illustrent ce chapitre.


Voilà donc en quoi consiste ce travail exclusif, cette grande découverte, l'apothéose de son travail de chercheur au Cnes : établir une corrélation entre les explosions nucléaires et les observations d'ovnis.

Et Velasco nous assure encore, comme pour s'en convaincre lui-même, de la grande objectivité de sa démarche :

Pour minimiser les critiques de ceux qui me traiteront d'ufologue avide de sensationnel (certains ont déjà avancé cette idée), je souligne que l'originalité de ma démarche repose sur un filtrage radical : je ne retiens qu'une seule forme de données pour étayer ma démonstration, les cas d'observations aéronautiques d'ovni visuel/radar. Et encore : sur mille quatre cents cas aéronautiques mondiaux, nous n'en conserverons que cent quarante, tirés de la base de Laurent Gonin (lire chapitre 6). Ceux qui ont fait l'objet de mesures radar simultanément à l'observation visuelle.

Et il superpose donc la courbe de ces cas radar/visuel à celle des essais nucléaires souterrains ou atmosphériques :

Essais nucléaires et ovnis

Mais examinons d'un peu plus près la courbe des observations censées être tirées des statistiques de Gonin : nous avons déjà vu cette courbe, et ça n'est pas tout à fait la même ! En fait, cette courbe ne représente pas comme le prétend Velasco les 147 cas des statistiques Gonin, mais les 204 cas radar/visuel apparaissant dans le catalogue de Weinstein, dont Gonin a écarté les moins crédibles. Vous me direz qu'une cinquantaine de cas en moins ça ne doit pas changer grand-chose, et c'est vrai si ce n'est que Gonin n'a retenu aucun cas postérieur à 1995, ce qui n'arrangeait pas Velasco dans ses conclusions !

Notez en outre que cette courbe est décalée d'un an (la principale «vague» de 1952 figure pour l'année 1953) sauf pour la première et dernière année (il y a bien quatre cas en 1945 et aucun en 1944, et un en 2000), que la superposition avec le graphisme par barres représentant les essais nucléaires est ambiguë et que ça n'a pas l'air innocent (on peut avoir l'impression que les «pics» d'observations de 1957 et 1967 — et non 1958 et 1968 — correspondent à des pics d'essais nucléaires, alors qu'ils correspondent à des creux ! Pour vous représenter une superposition correcte des deux courbes, décalez la courbe d'observations radar/visuel d'une demi-année vers la gauche, et l'échelle des années d'une demi-année vers la droite), que dans les légendes les essais nucléaires souterrains et atmosphériques sont inversés, bref que tout ça n'est pas très sérieux. Il est vrai que le graphique est signé Sophie Montigiani, mais puisque Velasco en tire sa révélation fumeuse on peut espérer qu'il l'a contrôlé !

On peut aussi s'interroger sur ce que sont devenues les «années nulles», que Velasco élimine systématiquement de ses statistiques... Ici, il est bien forcé de les rétablir, puisqu'aucune année n'est dépourvue simultanément de cas radar/visuel et d'essais nucléaires... Alors, aura-t-il remis les valeurs nulles qu'il avait fait disparaître ? Pas du tout : observez bien, vous verrez que la courbe ne présente jamais une valeur nulle. Et pourtant, en consultant le catalogue Weinstein, on trouve quelques années où aucun cas radar/visuel n'est consigné : par exemple 1992 et 93. Et ça nous permet de constater la méthode employée par Velasco pour restituer les «années manquantes» : il a recopié pour les années 92 et 93 la valeur de 1991, de quatre cas ! Velasco est décidément aussi doué pour les statistiques que pour l'expertise des rentrées atmosphériques !

Bref, voici la courbe réelle d'évolution des cas radar/visuel enregistrés dans le catalogue Weinstein (outre la restitution correcte des «années nulles», il y a quelques petites différences par rapport à la courbe présentée par Velasco, dues sans doute à des erreurs de décompte) :

Cas radar/visuel Weinstein

Ça ne change pas grand-chose à la démonstration, mais ça donne une idée de la façon dont Velasco fait de la science !

Voyons maintenant ses conclusions :

Premier constat : le signal effectif représenté en ordonnée par le nombre d'essais nucléaires dans l'atmosphère et celui des cas radar/visuel démarre quasiment à la même époque.

C'est ici qu'on comprend pourquoi Velasco a choisi de ne parler que des «cas radar/visuel», alors que le catalogue Weinstein rapporte des observations de pilotes depuis 1916 (et si on ne se limitait pas aux pilotes, il serait nécessaire de tenir compte des centaines d'observations d'«airships» en 1896/97, voire de remonter encore plus loin). En faisant intervenir le radar, on impose une limite temporelle : inventé en 1935, cet instrument n'a commencé à se développer que pendant la guerre... Et donc, Velasco a juste apporté la preuve statistique que le développement de la bombe atomique et du radar ont découlé d'un même événement, qui est la seconde guerre mondiale : félicitons-le pour cette magnifique démonstration !

Le profil des deux courbes est en outre assez similaire. Même visuellement, on ne voit pas grand-chose de commun entre les deux courbes (moins encore lorsqu'on utilise la courbe corrigée des cas radar/visuel), et c'est confirmé par la statistique : il n'y a pas la moindre corrélation significative. Même les défendeurs de l'isocélie et autres chimères de l'ufologie faisaient preuve de bien plus de sérieux que Velasco dans le maniement des statistiques.

En 1998, la fin des essais nucléaires souterrains marque l'arrêt des cas radar/visuel. On a vu comment Velasco avait triché pour que les cas radar/visuel ne s'arrêtent pas en 1995 comme dans les statistiques Gonin qu'il prétend avoir utilisées... Mais les cas Weinstein ne s'arrêtent pas non plus en 1998, puisqu'il reste un cas répertorié pour chacune des années 1999 et 2000 (autant qu'en 1997 et 1998). Et s'il n'y a aucun cas postérieur à 2000, c'est simplement parce que Weinstein a arrêté son travail cette année-là !

Le chapitre se termine par une discussion sur les statistiques menées en Amérique par l'institut Battelle dans les années 50, qui montrent une certaine prédilection des ovnis pour les bases militaires... Les conclusions présentées par Velasco en étudiant uniquement le pourcentage de cas inexpliqués ne valent encore pas grand-chose, mais la prédominance d'apparitions au-dessus de certaines zones sensibles est loin d'être une nouveauté, et a été largement discutée : on s'est demandé notamment, ce que Velasco ne fait pas, si cela n'est pas dû simplement au fait que ces zones sont très surveillées, et par des observateurs qui sont un peu plus capables que l'homme moyen d'identifier certaines sources de méprises courantes.

Dans le chapitre suivant, Les ovnis existent, les politiques le nient, Velasco explique les raisons pour lesquelles les ovnis doivent être pris au sérieux et méritent d'être étudiés par les scientifiques... Je l'approuve entièrement sur le fond, et c'est pourquoi je n'accepte pas qu'on discrédite l'ufologie en présentant comme un travail scientifique un livre truffé d'erreurs, de mensonges et de sottises. Si de véritables scientifiques le lisent en espérant trouver dans ce texte du «monsieur Ovni» officiel français des raisons de se pencher sérieusement sur l'étude du phénomène, ils en seront définitivement dissuadés !

Le dernier chapitre pose la question Sommes-nous une espèce sous surveillance ? Après une discussion très banale sur le programe Seti et l'exobiologie, Velasco répond par l'affirmative, et donne sa «conviction scientifique» : oui, les ovnis existent et leur origine extraterrestre est scientifiquement fondée. Pauvre science !

Deux annexes terminent ce monument d'antiscience : dans la première, il se livre à des attaques mensongères portant sur ceux qu'il appelle des «ufologues-zététiciens» qui cherchent à démonter ses enquêtes (il n'y a pas que des zététiciens qui se sont rendu compte de leur manque total de sérieux), sans répondre à aucune critique mais en cherchant à les repousser sur d'autres : si on veut critiquer les enquêtes du Sepra qui ont été conduites par lui-même, il faut s'adresser à Hubert Curien, ancien président du Cnes, qui est censé les avoir «validées» ! Autant dire que toutes les âneries qui marquent ses douze années «d'expertises de rentrées atmosphériques» sont à reprocher à André Lebeau, qui était président du Cnes alors que le Sepra signifiait encore Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques et qui estime que le Cnes a ainsi «acquis une renommée mondiale dans le domaine des rentrées atmosphériques» !

La deuxième nous donne une nouvelle démonstration du travail «scientifique» mené au Sepra. Velasco nous parle des travaux qui ont été faits pour «copier» les ovnis, en mêlant les recherches sérieuses aux pires absurdités : à côté de la mhd, censée propulser l'appareil en «diminuant la pression devant lui et en l'augmentant à l'arrière» (une sottise empruntée à Claude Poher, le fondateur du Gepan, lui aussi faux scientifique et auteur d'une théorie délirante sur la propulsion des ovnis que Velasco définit comme «la première approche capable d'intégrer des principes physiques complexes confrontés à des données expérimentales indubitables» !), on trouve les délires sur l'antigravitation du docteur Marcel Pagès, annoncé comme «ingénieur physicien» alors qu'il était docteur en... psychiatrie ! Et le Sepra y ajoute sa petite touche, en ayant encadré le «travail» de deux élèves ingénieurs en aéronautique qui ont modélisé le comportement aérodynamique d'une «soucoupe volante» pour montrer que la forme n'était pas adaptée au vol hypersonique. La forme utilisée donne une idée du sérieux de cette étude :

Soucoupe anguleuse

Tant qu'ils y étaient, ils auraient pu utiliser une «soucoupe volante» en forme de chapeau canotier, le résultat aurait été encore plus «probant» ! Je propose à ces «brillants élèves» (dixit Velasco), qui ont la prudence de rester anonymes, d'essayer avec cette autre forme, et de prouver ainsi que les missiles hypersoniques ne peuvent pas exister :

Missile anguleux

Que des étudiants en aéronautique s'amusent avec les moyens du bord à simuler sur ordinateur le comportement aérodynamique d'une forme simplifiée et bien peu réaliste de «soucoupe volante», ça n'est pas criticable. Mais que le directeur d'un service du Cnes présente ça comme une étude scientifique comparable aux recherches de Jean-Pierre Petit en MHD, c'est se moquer du monde.

Et c'est ce que fait Velasco du début à la fin de ce livre...

Robert Alessandri, 2 mai 2004



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