L'ovni géant qui a stationné pendant trois heures au-dessus de Montréal !
(29/12/2016)

Mise à jour (06/01/2017)

Le 7 novembre 1990, deux jours à peine après que la France ait connu l'une de ses plus formidables vagues d'ovnis, des centaines de personnes ont observé à Montréal un grand objet métallique émettant des faisceaux lumineux, qui est resté stationnaire au-dessus de la ville pendant trois heures ! Des policiers ont constaté les faits, un photographe de presse a fait une photo, un expert de la Nasa qui l'a expertisée a conclu qu'il y avait bien un objet circulaire solide, en trois dimensions, dont le diamètre était d'au moins cinq cents mètres et peut-être beaucoup plus ! Le lendemain de l'observation, deux agents du Norad ont confisqué les rapports de police et de gendarmerie émis sur ce phénomène sans précédent, et l'enquête s'est arrêtée là...

C'est ainsi que la plupart des sites ufologiques continuent à nous présenter cette observation... Mais il y a comme d'habitude beaucoup de mythe derrière ce récit, et le mystère est éclairci depuis longtemps : à défaut de soucoupe volante extraterrestre, cette observation va nous faire découvrir un phénomène fascinant et peu connu de la nature.


Les faits

Tout a commencé ce soir du 7 novembre 1990 sur le toit-terrasse situé au 17e étage d'un grand immeuble abritant l'hôtel Hilton-Bonaventure, un hôtel de luxe réputé notamment pour sa piscine chauffée en plein air dans laquelle on peut se baigner toute l'année.

Ce sont justement deux nageurs qui ont vu les premiers, vers 19 h 15, un étrange phénomène lumineux composé de plusieurs faisceaux semblant émaner d'un « objet » circulaire invisible stationnant juste au-dessus de l'hôtel, le tout couvrant une bonne partie du ciel.

Les nageurs ont averti la surveillante de la piscine, Line Saint-Pierre, qui a elle-même averti l'agent de sécurité de l'hôtel, Albert Sterling... Celui-ci a appelé la police, et peu après ce sont des agents à la fois de la police de la Communauté urbaine et de la Gendarmerie royale du Canada qui sont arrivés pour tenter d'éclaircir cette affaire. L'histoire s'ébruitant, d'une douzaine de témoins au départ, la terrasse a accueilli jusqu'à quarante à soixante-dix personnes, alors que le phénomène était de plus en plus lumineux.

Vers 21 h, trois journalistes du journal la Presse sont aussi arrivés, et l'un d'eux, Marcel Laroche, a pu photographier les lumières en posant son appareil photo dirigé vers le ciel en pause manuelle d'une trentaine de secondes, alors que la luminosité de l'objet avait nettement baissé :

Photo de l'objet, avec cinq lumières en demi-cercle et des faisceaux lumineux divergents

Une deuxième photo prise dans des conditions similaires ne montre que les trois lumières principales, très atténuées... Toutes les autres tentatives de photographier ou filmer ce phénomène ont échoué en raison de sa faible luminosité.

Peu après, certaines personnes pensant que ces mystérieuses lumières pouvaient être des reflets dans les nuages de projecteurs situés sur le chantier d'une grosse tour en construction à côté de l'hôtel, les policiers ont demandé à la société responsable du chantier d'éteindre ces lumières, et le phénomène était toujours présent.

Un avion privé de type Cessna est passé à proximité des faisceaux lumineux, et les policiers en ont déduit que l'objet se trouvait beaucoup plus haut. Le journaliste Marcel Laroche estimait que l'altitude de cet avion était de l'ordre de 370 mètres.

Un pilote d'Air Canada présent sur le toit de l'hôtel estimait pour sa part l'altitude de l'objet entre 2500 et 3000 mètres, ce qui lui aurait conféré des dimensions gigantesques !

L'objet s'est ensuite peu à peu fondu dans la couche de plus en plus dense de nuages, pour disparaître complètement vers 22 h 15, après trois heures de présence !

Dans les jours qui ont suivi, l'affaire ayant été largement médiatisée, d'autres témoins se sont manifestés, indiquant que des phénomènes lumineux similaires avaient été vus ce soir-là dans toute la ville.

La presse de l'époque

Dès le lendemain de l'observation, le quotidien canadien La Presse, dont trois des journalistes avaient assisté au phénomène, a publié l'article suivant :

Un OVNI dans le ciel de Montréal ?

Il était accompagné de la principale photo (en noir et blanc et de mauvaise définition) prise par le journaliste Marcel Laroche.

La station Radio Canada diffusait pour sa part le même jour une émission d'une quinzaine de minutes consacrée au phénomène, que l'on peut écouter ici. On y trouve plusieurs témoignages, intéressants du fait qu'ils sont « tout frais ». J'en retranscrits les extraits concernant les caractéristiques du phénomène.

Le premier est celui de la surveillante de la piscine, Line Saint-Pierre, qui a été une des premières personnes à voir l'objet :

Hier soir, des nageurs de la piscine m'ont demandé de sortir pour constater de visu qu'est-ce qu'il y avait dans le ciel. Il y avait des lumières qui étaient... C'était haut, plus haut que tous les édifices dans le centre-ville qu'on peut avoir, peu importe où on se trouvait sur le bord de la piscine on l'avait toujours au-dessus de la tête, alors c'était assez gros.

C'était ni plus ni moins que des lumières, les lumières étaient... Le système de lumières était ovale, il y avait des lumières oranges qui décrivaient le cercle... pas le cercle mais l'ovale, ces lumières-là étaient orange, puis à partir de ce cercle-là il y avait comme, je sais pas c'est difficile à expliquer... Comme un faisceau de lumières qui étaient plus blanches mais qui diffusaient en entonnoir, à la verticale... Ça avait l'air plus... On dirait que c'était un plafonnier, la lumière ne pouvait pas venir d'en bas, ou en tout cas je ne voyais pas d'où elle pouvait venir, c'était tellement en haut de toute façon.

Vers sept heures les gens m'ont prévenue, puis vers neuf heures quand je suis partie c'était encore là, on le voyait moins bien à cause des nuages mais les lumières étaient encore là. Ça bougeait absolument pas.


Autre témoignage, celui d'un congressiste qui se trouvait à l'hôtel :

En arrivant par taxi hier de l'aéroport, je m'avançais déjà, le portier me dit « regarde, on a une soucoupe volante qui est au-dessus de nous », j'ai regardé j'ai dit « voyons donc, ça se peut pas ». Parce que y a un édifice en construction à côté, tout ça... De nouveau il m'a répété « regarde, elle descend », et puis on l'a vue, véridiquement, c'était une soucoupe volante... C'était un objet rond qui avait quatre grosses lumières en dessous et une lumière qui s'éclairait autour, un peu comme on a vu si vous voulez dans, à la télévision, souvent dans les films où on nous montre une soucoupe volante qui nous vient du futur si vous voulez, c'était très semblable à ça, et puis elle était très stable, elle a été là pendant deux heures de temps, c'était extraordinaire à voir, elle est descendue et elle est remontée, et puis là il y a eu des nuages, qui ont si vous voulez baissé la lueur de la lumière, mais la lumière était quand même très forte. Et là est-ce que ça aurait pu être autre chose que ça, je l'ai pas touchée, je vous dis ce que j'ai vu.

Et celui d'une dame, à qui on demande si ce qu'elle a vu correspond en tout point à ce que le monsieur vient de dire :

Exactement, oui, j'étais très ?? j'imagine que j'ai pas voulu sortir au début, j'étais en train de souper avec ma fille, ma fille est allée voir et puis elle est revenue me dire « effectivement c'est vrai viens voir »... Alors on est sorties, et puis les gens de l'hôtel, le personnel, tout le monde était là finalement, c'est vrai c'est ça, même les policiers étaient un peu incrédules, mais ils l'ont vu aussi ; il y avait deux policiers qui étaient en haut du ?? et puis c'est ça c'était exactement comme M. ?? a dit, je l'aurais pas cru je l'aurais pas vu moi...

Écoute tu appelles ça soucoupe volante, objet volant, comme tu veux là mais je sais que c'était pas un avion qui reste stable pendant deux heures de temps à peu près au même point, qui monte un peu, qui descend, ?? des ?? des nuages. Effectivement c'était un objet comme il le décrit et puis ensuite peut-être ce qu'il a omis M. ?? c'est qu'il y avait aussi comme des faisceaux de lumière qui partaient de cet objet-là qui traversaient les nuages et qui s'en allaient... Effectivement c'est resté pendant deux heures et puis c'était effectivement un objet volant, oui, voilà.

J'étais avec ma fille, et puis il y avait tous les gens du personnel au restaurant la Bourgade ici, à la place Bonaventure, il y avait aussi d'autres gens qui étaient à une noce juive je pense qu'il y avait hier au soir, parce qu'ils étaient en robe de bal, et puis, oui il y avait quand même... On se relayait, finalement moi je mangeais ma soupe, je suis sortie pour voir ce qui se passait, je suis revenue manger un bout de salade, je ressortais, j'ai mangé mon repas en quatre ou cinq étapes parce que voulais voir si sa bougeait, si ça redescendait ou quoi là, et à neuf heures et demie ben je suis allée dans ma chambre, parce que si tu veux fallait pas que je passe la nuit à regarder si ça redescendait ou si ça remontait, tout simplement. Deux heures de temps je trouvais ça assez intéressant mais c'est jusqu'à ce que t'attrapes un mal de cou, hein, t'es dehors, malgré quoi que la piscine est chauffée mais t'es quand même dehors. Non je pense c'était très intéressant, et puis, mais moi ce qui m'a surpris c'est que les gens justement comme toi, puis les gens peut-être qui se connaissent plus, si t'es pas là, sur le coup je sais que le maître d'hôtel a essayé à plusieurs reprises de communiquer avec Dorval, Mirabel
et cetera là, c'était un peu négatif comme histoire mais c'était quoi là, à moins que ce soit une grosse farce, quelqu'un, mais ça me surprendrait quand même... Non effectivement je pourrai dire que j'ai vu quelque chose moi qui ai toujours été Saint Thomas, dans ce sens-là...

Le journaliste indique ensuite :

Nous avons essayé d'avoir des confirmations de certaines autorités... D'abord il y a un rapport de la police de la CUM qui confirme ce que ces gens-là nous disent, qui mentionnent que des policiers ont vu la même chose et transmis l'information aux forces canadiennes et à la GRC qui a maintenant en main le dossier mais tout ce qu'on a nous dit-on à la GRC ce matin c'est le dossier de la CUM. [...] Évidemment à Dorval la tour de contrôle n'a rien vu sur les écrans de radar, comme on en a l'habitude avec ce genre de phénomènes.

Enfin, il interroge un professeur d'astronomie de l'université de Montréal, Robert Lamontagne, dont je résume les explications :

Les gens ont vu quelque chose, ils ont vu un ovni, maintenant le mot ovni c'est « objet volant non identifié », ils ont donc vu quelque chose dans le ciel qu'ils ne peuvent pas identifier. Ils ont vu un phénomène, maintenant il reste à trouver une explication. [...] On n'a pas encore eu le temps d'en trouver une, ça prend un certain temps, il faut avoir des observations, il faut colliger toute une série de renseignements ensemble, jusqu'à présent la plupart des enquêtes qui se penchent sur le phénomène ovni prennent souvent plusieurs jours avant de trouver une explication. Depuis des dizaines d'années qu'on a affaire à des phénomènes ovni, non seulement au Québec mais un peu partout dans le monde, jusqu'à présent aucun de ces phénomènes ovni-là n'a trouvé sa source dans la présence de vaisseaux spatiaux qui viennent d'autres planètes. Tous les phénomènes ovni ont trouvé leur explication dans des phénomènes naturels d'origine météorologique, ou de type aurores boréales, ou bien des phénomènes artificiels...

Le reste n'a que peu d'intérêt, tout ce qu'il en ressort c'est qu'à ce moment-là le professeur Lamontagne n'a aucune idée de l'explication mais ne doute pas qu'il y en aura une, et c'est bien ce qu'il a dit.

Dans le journal La Presse du 9 novembre, deux jours après l'observation, on était devenu beaucoup plus sceptique :

Un ovni au centre-ville : probablement un faisceau lumineux très... montréalais

PIERRE GINGRAS

Illusion, canular, phares d'avion, vaisseau spatial, extraterrestres ? Les questions fusaient hier au sujet de l'objet lumineux aperçu mercredi soir au-dessus du centre-ville de Montréal.

Mais quand Marc Gélinas a vu la photo publiée par La Presse, il n'y eut plus de doute dans son esprit : il s'agissait, fort probablement, d'un ou de plusieurs faisceaux lumineux en provenance du centre-ville, réfléchis par les nuages très denses situés à basse altitude au moment où le phénomène a été signalé.

Marc Gélinas est météorologue au service de la météorologie d'Environnement Canada à Dorval. Il est aussi le secrétaire de la Société d'astronomie de Montréal. « Cela ressemble à un phénomène observé à maintes occasions, notamment lorsque l'on fait des travaux avec des projecteurs parfois utilisés en météorologie, explique-t-il. La lumière est réfléchie par les cristaux de glace ou les gouttelettes d'eau contenus dans le nuage. Selon la densité du nuage, le faisceau pourra mesurer plusieurs centaines de mètres d'épaisseur et être visible à très grande distance. »

D'où provenaient ces rayons lumineux ? Peut-être tout simplement d'une automobile dont les phares étaient braqués par hasard vers le ciel ou encore, réfléchis vers le ciel par les vitres d'un édifice, dit-il. 11 n'est pas impossible par ailleurs que des projecteurs utilisés sur le sommet d'édifices durant des travaux, ou encore, les faisceaux lumineux qui proviennent parfois de centres commerciaux ou des concessionnaires d'automobiles lors de promotions, peuvent aussi être en cause.

11 exclut la possibilité d'aurores boréales, en raison des nuages. Le météorologue rappelle que les faisceaux lumineux rotatifs émis par la Place Ville-Marie, peuvent être visibles à plus de 50 kilomètres du centre-ville quand il y a des nuages. Mercredi soir, entre 19 h et 23 h, l'altitude des nuages a varié de 800 à 1200 mètres (2500 à 5000 pieds).

Selon M. Gélinas, certains autres phénomènes lumineux comme les éclairs provoqués par les soudeurs ou par les lignes électriques à haute tension sont parfois réfléchis dans les nuages. « Ces phénomènes souvent considérés comme bizarres sont toujours explicables scientifiquement, comme l'ont démontré certaines enquêtes réalisées aux Etats-Unis », fait-il valoir. Il y a quelques années le public a cru à un ovni dont les phares clignotaient alors qu'il s'agissait simplement des planètes Jupiter et Vénus masquées alternativement par des nuages. Jusqu'à maintenant, les cas d'ovnis les plus spectaculaires se sont toujours révélés être des canulars, affirme l'expert.

Le scepticisme est de mise.

Hier matin, à la tour de contrôle de Dorval, on confirmait qu'aucun objet volant non identifié n'avait été signalé par le système de radars de l'aéroport. Le contrôleur interrogé sur le sujet signale que depuis les vingt ans qu'il travaille à la tour de contrôle, on n'a jamais signalé un ovni. Selon lui, le phénomène rapporté mercredi a été provoqué par un rayon lumineux.

À la GRC, l'enquête est close, a-t-on expliqué. En réalité la GRC ne mène pas d'enquête. Elle se contente de colliger certains témoignages et de les communiquer au Département des sciences planétaires du Conseil national des recherches du Canada, à Ottawa.

Hier au conseil, on semblait un peu gêné par les questions sur les ovnis. « Le sujet est sans fondement scientifique. II n'existe pas de section de recherches dans ce domaine », nous a t-on dit. Mais les rapports de la GRC ? « Certains de nos chercheurs recherchent des fragments de météorites », a t-on répondu en faisant le lien entre les ovnis et les gros météorites.

Le même scepticisme régnait aussi parmi les 200 membres du groupe Les Sceptiques du Québec. Dominic Larose, président de cette société, rappelle qu'un certain nombre de personnes sont devenues membres du groupe justement après avoir perdu leurs illusions sur les objets volant non identifiés. « Voilà une quarantaine d'années que l'on parle des ovnis et jamais on n'a eu la moindre preuve scientifique à ce sujet. On en est au même point que dans les années 50. Il y a de quoi être sceptique », lance-t-il.

Depuis deux ans, Les sceptiques du Québec offrent toujours 100 000 $ à celui qui pourra fournir une preuve tangible d'un phénomène paranormal. Hier, le président du groupe se disait prêt à offrir la même somme à celui qui lui apporterait un morceau d'ovni ou une preuve de son existence. 11 va sans dire, l'offre tient aussi pour toute entrevue avec un extra-terrestre. M. Larose attend une réponse. Mais il demeure sceptique...


Le principal concurrent de la Presse, le Journal de Montréal, publiait de son côté le même jour l'article suivant :

Etait-ce un OVNI ?

On voit que l'astronome Robert Lamontagne, qui avait dit la veille sur Radio Canada qu'on n'avait pas encore d'explication, estimait à l'antenne d'une autre radio, sans doute plus tard, en avoir une : une aurore boréale... C'est effectivement une hypothèse qui a été beaucoup évoquée, notamment par des astronomes, et c'est vrai que le phénomène y ressemblait beaucoup par certains aspects ; on en reparlera...

Le rapport de police

Je retranscris ici le rapport de police de la communauté urbaine :

Rapport du SPCUM... Rapport d'un événement de type Objet non identifié à l'hôtel Hilton Bonaventure, survenu le 07/11/90 entre 20 h 07 et 22 h 20, rapporté à 19 h 42.
[On ne sait pas trop à quoi correspondent les 19 h 42, puisque l'agent Lippé a été appelé à 20 h 07... D'après le rapport Haines-Guénette c'est à 19 h 38 que M. Sterling a appelé la PCUM, ça n'est pas loin... Donc vers 19 h 40 la CUM reçoit un appel de l'agent de sécurité de l'hôtel, et le temps de discuter et de décider quoi faire à 20 h 07 elle demande à l'agent Lippé de se rendre sur place].

1) Faits :

J'ai reçu un appel à 20 h 07 concernant un objet bizarre au-dessus de la piscine extérieure de l'hôtel Hilton de la place Bonaventure. Arrivé sur les lieux à 20 h 11 j'ai rencontré M. Sterling qui m'amena à la piscine extérieure et me montra une forme lumineuse au-dessus de l'hôtel. On me mentionna que l'objet s'était déplacé de l'hôtel de la Bourse jusqu'au-dessus de l'hôtel Bonaventure.

J'ai vu trois lumières rondes jaunâtres d'où partaient trois faisceaux.

Cercles avec faisceaux dans des directions diverses

On pouvait dénoter une source lumineuse de forme circulaire. Cet objet lumineux était fixe et immobile.

Mme Saint-Pierre mentionne avoir été avisé par deux baigneurs a vu une forme ovale lumineuse de couleur jaunâtre — Et qu'elle s'est déplacée au-dessus de l'hôtel Bonaventure.

8 lumières et 6 faisceaux vers l'extérieur

2) Suite :

La forme de l'objet lumineux selon la version de la témoin — L'objet peut ressembler à ce qu'on a pu voir dans le film la Rencontre du troisième type.

?? s'est rendu à la piscine et a vu une forme ou objet lumineux avec 7 points d'où partaient des faisceaux — Dessin annexe.

Il croyait que c'était quelque chose qui exploserait.

3) Démarches effectuées :

A) J'ai contacté le Sgt Robert Masson (25-85) à 20 h 20. Arrivé sur les lieux à 20 h 30.

B) J'ai contacté l'aéroport de Dorval tél : 633-3105. M. ?? me réfère à la tour de contrôle à 20 h 48.

C) J'ai contacté la tour de contrôle de l'aéroport de Dorval. M. ?? à 20 h 52.

Il me mentionne que ce n'est pas la première appel qu'il reçoit à ce sujet, qu'il n'a rien à signaler sur le radar et qu'il se peut que ce soit des jeux de lumière mais qu'habituellement on doit les aviser.

D) J'ai contacté la Défense nationale. La téléphoniste qui n'a pas voulu s'identifier m'a référé à la police militaire, tél : 462-7011.

J'ai discuté avec l'agt Tardif de la Police militaire après l'avoir avisé de la situation. Me dit qu'il ne peut rien faire dans cette situation qu'il ne peut me référer à aucune personne et qu'il avisera ses supérieurs plus tard.

E) Le directeur de service a été avisé par le sgt Masson et est arrivé sur les lieux à 21 h 05.

F) Rencontre de la remplaçante du Directeur général de l'hôtel ?? à 21 h 15.

G) 21 h 30 : Rencontre de l'Agt Morin section Enquêtes fédérales GRC 4225 Dorchester O. Westmount H32-IV5 tél : 939-8307

H) 21 h 45 : Demande via Lt Proulx D25 pour caméra vidéo de la surveillance.

I ) 21 h 45 : Arrivé de l'agt O'Connor (1264) de l'Identité pour prise de photos.

J) 22 h 20 Sgt Michel Côté de la Surveillance sur les lieux service non-requis (ciel couvert).

4) Conclusions :

Nous avons quitté les lieux vers 22 h 30. L'objet lumineux n'était plus visible, couvert par les nuages — Selon la version des témoins l'objet a été très visible au début de l'observation car le ciel était clair et dégagé. Plus le ciel se couvrait moins l'objet était visible — Après mon arrivée un avion de type Cessna a passé tout près des faisceaux lumineux et on pouvait remarquer que l'objet ou les lumières étaient beaucoup plus haut. Ce phénomène est inexpliqué à ce moment mais il y a plusieurs personnes qui ont observé et vus cette objet ou source lumineuse.

Transmis pour votre information, merci.

N. B. Croyant qu'il pourrait s'agir des faisceaux lumineux qui pourraient provenir du chantier de construction du 1000 de la Gauchetière (gare STRSM)

Réf : grue illuminé par de gros projecteurs. Nous avons fait éteindre ces projecteurs — Après que tout soit éteint — on pouvait encore remarquer deux faisceaux lumineux au même endroit que l'objet observée.

07/11/90, agt F. Lippé, 3258 D.25

Le rapport Haines-Guénette

Parmi les témoins, il y avait Bernard Guénette, un expert en graphisme informatique et enquêteur au MUFON (Mutual UFO Network), une des principales associations ufologiques aux États-Unis.

Ce soir-là, Guénette ne se trouvait pas sur le toit de l'hôtel Bonaventure comme la plupart des autres témoins, mais à près d'un kilomètre de là vers le nord-nord-est, accompagné d'un ami :

À 19 h 30 un des auteurs, âgé de 34 ans (B. G.) et un certain M. P. Lachapelle, âgé de 30 ans, étaient dans le Vieux Montréal, marchant près de l’angle des rues Saint-Sulpice et de Brésoles à une dizaine de pâtés de maisons à l’ESE du HB. Ils remarquèrent de nombreux camions de pompiers, voitures de polices, et d’autres véhicules d’urgence ainsi que de l’agitation à proximité qui bloquaient partiellement la route ; un exercice d’alerte incendie était en cours. Guénette a porté son regard directement en haut et a vu un petit phénomène verdâtre de type aurore boréale avec de longues flammèches s’étendant vers l’extérieur ; cela ne bougea pas durant les 30 à 60 secondes qu’il regarda. Les deux hommes ont estimé que le phénomène était à très haute altitude.

Apprenant ensuite le tapage médiatique qu'avait provoqué l'observation d'un phénomène semblable à la même heure à l'hôtel, et l'existence de photographies, Guénette a commencé à enquêter, et a contacté Richard Haines pour étudier les photographies.

Haines est un ufologue respecté, il a longtemps travaillé au centre Ames de la Nasa et il est directeur scientifique du NARCAP (National Aviation Reporting Center on Anomalous Phenomena), une association ufologique spécialisée dans la collecte et l'étude des observations d'ovnis dans le milieu aéronautique. Il s'était en outre déjà fait connaître dans l'étude de photographies d'ovnis.

Et c'est ainsi que deux ans après l'observation, les deux hommes ont publié un rapport de 25 pages qui constitue la principale référence sur cette affaire.

Ce rapport a été très peu diffusé à l'époque, mais on peut en télécharger une copie sur le site du Garpan. Il a aussi été intégré dans une version un peu incomplète à l'ouvrage de Timothy Good Alien Update (1993), traduit en français (de façon assez désastreuse) sous le titre E. T. Connection (Presses de la Cité, 1994). Étant donné son intérêt, j'en ai fait une traduction française personnelle (en essayant de respecter au mieux le texte original, mais c'est sans garantie... Si vous trouvez des erreurs merci de me les signaler).

Le rapport est particulièrement intéressant en ce qui concerne le déroulement des faits et le recueil de témoignages. Il contient aussi des renseignements très précis sur la météorologie de ce soir-là :

Le temps était globalement clair à 19 h 30 dans la région de Montréal le soir de l’événement avec une mince couche de nuages épars à 2050 mètres au-dessus du niveau du sol. La visibilité était de 25 kilomètres. À 20 h 00 la température de l’air était de -1° C près du sol et le vent était de 4 km/h venant de l’ouest. Alors que la température n’a diminué que d’un degré durant les deux heures suivantes, le vent est monté à 9 km/h venant du NO (variable). Un front froid, causant un étroit couloir de neige, approchait de Montréal par l'ouest. Ce système météorologique a traversé Montréal pendant la nuit et s’est déplacé rapidement vers l’est. La pression atmosphérique est restée à 101,53 kilopascals entre 20 h 00 et 22 h 00. À 20 h 30 il y avait une couche de nuages épars à 900 mètres et une couche épaisse à 1400 mètres. À 21 h 30 le plafond nuageux s'était abaissé à 1040 mètres et s’est maintenu ainsi avec des variations mineures jusqu’à 23 h 00. Il n’avait pas plu à l’aéroport de Dorval depuis midi le jour précédent (une pluviométrie totale de 21 mm : le sol était encore détrempé le sept). Une neige fine a commencé à tomber à 22 h 21 et a continué pendant plusieurs heures à l’aéroport de Dorval.

Les auteurs notent que le phénomène n'a donné lieu à aucune détection radar, mais ils ont aussi recherché s'il y avait eu des perturbations électromagnétiques ce soir-là :

Une panne de courant s’est produite le 7 novembre 1990 entre 23 h 08 et 23 h 50 à la base militaire de Longue-Pointe (BMLP). La base est alimentée par une ligne de 12 000 volts provenant de la centrale Hydro-Québec de Longue-Pointe. C’est la seule à être tombée en panne.

Un contrôle des dossiers d’exploitation des réseaux de communications, opérateurs radioamateurs, et circuits téléphoniques lors de la soirée du 7 novembre 1990 n’a montré aucune quantité inhabituelle de dysfonctionnements.


En note :

La BMLP, qui fait partie des bases des Forces Canadiennes de Montréal, abrite trois écoles militaires et les plus grandes installations d’approvisionnement et de réparation militaires au Canada (le 25e Dépôt d’approvisionnement et le 202e Dépôt d’ateliers). Les installations de la BMLP comprennent 11 entrepôts (77 000 mètres cubes chacun) et 8 emplacements de stockage extérieur couvrant l’équivalent de 30 terrains de football. Personne à la base n’a pu être trouvé qui ait vu l’objet aérien du 7 novembre.

En bref, alors que plus aucun objet n'était observé (l'objet de la place Bonaventure n'était plus du tout visible à 22 h 30, et la dernière observation mentionnée par Guénette est celle de Pierre Caumartin entre 22 h 30 et 23 h), il y a eu une panne de courant localisée à une base militaire. C'est tout ce que Haines et Guénette ont trouvé comme perturbations physiques : c'est un peu maigre pour qu'on puisse le lier à la présence du phénomène, et d'ailleurs les auteurs ne le font pas...

Tout cela est très intéressant et les recherches ont été faites sérieusement, mais ça se gâte lorsque le rapport aborde l'expertise de la photographie par Haines, ce qui a rendu le cas célèbre. On apprécie la mention de nombreuses données techniques sur le film et l'appareil photos utilisés, par contre les conclusions de Haines manquent totalement de sérieux et reposent sur des erreurs grossières. Nous détaillerons tout cela plus loin.

Il faut préciser que si Richard Haines est bien un éminent scientifique ayant travaillé longtemps à la Nasa, ça n'est pas en tant que spécialiste d'optique mais psychologue, chargé notamment d'étudier l'ergonomie des stations spatiales et l'interaction homme-machine ! Eh oui, il est docteur en psychologie, très respecté dans son domaine, mais il n'a aucune compétence dans le domaine de l'expertise photographique... Il s'y est essayé dans le cas d'observations d'ovnis, avec plus ou moins de sérieux, mais le fait est que dans ce rapport il a accumulé les pires énormités !

Le rapport conclut :

La preuve de l’existence d’un grand objet hautement inhabituel, en vol stationnaire, silencieux, est incontestable comme elle l’est dans d’autres cas similaires (ex. Anon en 1991). La présente preuve inclut les témoignages de plus de dix témoins oculaires adultes et fiables et deux photographies en couleur. Un des croquis représente un objet de forme ronde avec au moins six petites lumières rondes autour de son périmètre. La plupart des autres croquis montrent un arc globalement circulaire avec trois ou plus petites lumières réparties sur sa longueur. Quel type d’objet physique pourrait produire ce type d’image avec des rayons de lumière linéaires ?

S'ensuit une tentative fumeuse d'explication de la forme des lumières sur la photographie, par la réfraction des lumières situées tout autour de l'objet supposé à travers les gouttelettes d'eau formant les nuages. Inutile de s'attarder là-dessus puisque nous verrons qu'il y a une explication naturelle bien plus cohérente à la forme des lumières.

Nous reviendrons sur les différents éléments qui ont poussé Haines à affirmer la présence d'un objet solide et immense...

Peu après la publication de se rapport, le premier mai 1992, le journal la Presse lui a consacré un long article en revenant sur le phénomène de 1990. Je le retranscris intégralement :

Un rapport accrédite la thèse d'un ovni au-dessus de Montréal en 1990

Carole Thibaudeau


On voudrait tellement y croire, aux visiteurs du cosmos ! À ces êtres intelligents, un peu Spock, un peu E.T., techniquement si avancés que leurs vaisseaux se déplacent silencieux, rapides, précis, puis demeurent suspendus au-dessus de nos têtes, par exemple au-dessus de la Place Bonaventure.

C'était le 7 novembre 1990. Deux journalistes de La Presse, Marcel Laroche et Jules Béliveau, de même que plus de 40 autres personnes, ont vu ce soir là, du haut du toit de l'hôtel Hilton-Bonaventure, deux lumières qui brillaient au milieu des nuages.

Apparition ou... ovni ?!!!, de s'interroger respectivement le chroniqueur religieux et le chroniqueur judiciaire du quotidien de la rue Saint-Jacques.

Un an et demi plus tard, Bernard Guénette, président d'une petite entreprise Montréalaise de simulation par ordinateur, et Richard Foster Haines, brillant spécialiste de l'interaction homme-machine au Centre de recherche Nasa-Ames, en Californie, signent conjointement un rapport détaillé sur le mystérieux phénomène qui a illuminé le ciel du centre-ville pendant deux heures trente.

Les deux auteurs ont tous les deux une rigoureuse formation scientifique : le premier en psychologie et physiologie, le second en philosophie et en aménagement urbain. Outre leur intérêt professionnel pour la simulation visuelle par ordinateur, tous deux se passionnent pour les objets volants non identifiés.

Du rapport en question, dont La Presse a obtenu copie, M. Guénette affirme qu'il démontre clairement que les lumières observées le 7 novembre, du toit de l'hôtel Hilton de la Place Bonaventure, proviennent d'un « objet » et que l'hypothèse d'un phénomène optique (comme le reflet de projecteurs sur des nuages) est ainsi balayée.

Il s'appuie essentiellement sur deux éléments : les photographies prises par le journaliste Marcel Laroche, qui ont été analysées par divers programmes ordinateur, ainsi que les témoignages concordants des nombreux témoins.

« Tout dépend de la définition que l'on donne au mot objet, argue M. Claude Lafleur, mathématicien et porte-parole des Sceptiques du Québec, un regroupement qui se charge de passer au peigne fin de l'esprit critique toute information à caractère merveilleux et inexpliqué. Un nuage, c'est un objet. »

Photo sous analyse

Le négatif de la photographie a été digitalisé sur ordinateur au moyen du programme « Perceptics Nu Vision image scanner ». L'image digitalisée est reproduite ci-contre. Elle vise essentiellement à faire ressortir les différences de brillance entre les points de la photo.

Représentation des différences de couleur en 3D

Voici l'image digitalisée de la photographie prise par Marcel Laroche le 7 novembre 1990.
À droite, un disque pâle est entouré d'un ovale foncé. La partie foncée représente la zone la plus lumineuse.
« La densité optique ne constitue pas une preuve de la présence d'un objet matériel », soutient Claude Lafleur.

On a tiré un graphique de cette photo, pour mettre en évidence la densité lumineuse de l'ovale entourant le disque. « Ce tracé, lit-on dans le rapport, représente le changement de densité optique produit par un objet aérien... Cet objet est si brillant qu'il a saturé le film sur une grande moitié du diamètre. »

L'esprit ouvert mais critique, on remarque tout de suite que le rapport parle de « densité optique » et non de « densité matérielle », fait valoir Claude Lafleur.

De plus, le fait de saturer une pellicule photographique ne dépend pas seulement de la brillance d'un objet, mais aussi de la sensibilité du film et de la durée de l'exposition.

Il est difficile de mettre en doute la crédibilité de Richard Haines, hautement réputé pour sa rigueur intellectuelle et sa compétence, après trente ans d'une carrière fructueuse à la NASA.

« Dick continue à travailler ici à contrat, pratiquement à demi-temps, affirme M. Allen Fernquift », directeur du
Spacecraft data system research branch du NASA-Ames research center, à Moffet-Field en Californie. « C'est un très bon mentor pour les jeunes scientifiques. Il est très connu internationalement et entretient des relations avec des scientifiques du monde entier. »

Le travail de M. Haines a porté surtout sur les facteurs humains du développement des engins spatiaux : la convivialité de l'humain, pilote ou ingénieur, avec les instruments, par exemple. Il a été aussi appelé à faire l'analyse des accidents d'avion. Il a également participé à l'élaboration de la coupole vitrée prévue pour la station orbitale Freedom.

Indépendamment de sa carrière à la NASA, Richard Foster Haines s'est passionné pour les ovnis, au point de devenir une autorité en la matière. Il s'est fait l'interprète de nombreux événements mystérieux, et a écrit quelques livres tentant d'éclairer le phénomène des ovnis :
UFO Phenomena and Behavioral Scientists (1979, Scarecrow Press), Observing UFOs (1980, Nelson Hall), Advanced Aerial Devices Reported During the Korean War, (1990, éditeur LDA Press), et The Melbourne Episode, Key-Study of a Missing Pilot, (1987, LDA Press).

C'est à ce personnage éminent que M. Guénette décida de faire appel pour analyser les éléments de son dossier.

M. Guénette a pris contact avec des entreprises comme Bell Canada, Hydro-Québec et l'Association de radio-amateurs du Québec, afin de savoir si des perturbations inhabituelles avaient été enregistrées au moment de l'événement. Seule une panne d'électricité a été rapportée à la base militaire de Longue-Pointe, dans l'est de Montréal, au moment même où l'objet la survolait.

M. Guénette vient d'accepter la présidence de la toute nouvelle branche québécoise de la société MUFON (pour Mutual UFO Network), un regroupement international de gens intéressés aux ovnis. Les personnes intéressées à témoigner d'un phénomène du genre ovni peuvent lui écrire à MUFON Québec, Boîte Postale 756, Station B, Montréal, H3B 3K3.


Notons d'emblée que si les remarques du sceptique Claude Lafleur sont pertinentes, il y a bien d'autres choses à reprocher à « l'expertise » de Haines. Au fait, est-ce que tous les sceptiques du Québec ont des noms de fleurs, ou ce sont des pseudonymes ? On a déjà eu les commentaires de Dominic Larose dans le journal la Presse, maintenant c'est au tour de Claude Lafleur !

La reconstitution par Canal D

En 2007, la chaîne de télévision Canal D a fait une reconstitution du phénomène, dans la série « Dossiers mystère », et a réinterrogé bon nombre de témoins. La plupart des sites ufologiques qui rapportent l'affaire s'inspirent uniquement de ce reportage, que l'on peut trouver sur You tube.

La reconstitution vaut ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pas grand-chose...

8 lumières et 6 faisceaux vers l'extérieur

On y voit des figurants qui font semblant de regarder à une trentaine de degrés au-dessus de l'horizon vers l'est-nord-est et on nous explique « qu'une trentaine de personnes sont là, les yeux rivés sur un étrange objet volant immobile au dessus de leur tête ». On nous dit que « l'engin ressemble à une sphère aplatie, faite d'un métal sombre et poli... Tout autour, des lumières ambre jettent des reflets verts et jaunes à travers les nuages. »... Mais on ne trouve rien dans les témoignages d'origine qui évoque une sphère de métal ! On voit le photographe qui « place son appareil photo sur un point d'appui et tire quelques clichés »... Ça c'est intéressant parce que c'est bien Marcel Laroche qui est présent, et il place son appareil photo à plat sur le dos, tourné vers le zénith.

On visualise ensuite l'information télévisée du lendemain de l'observation, où la présentatrice expliquait :

Un phénomène plutôt étrange a été observé hier soir dans le ciel de Montréal. La polices de la CUM et la GRC sont même venues sur les lieux à la demande de plusieurs témoins qui se trouvaient à la piscine du toit de l'hôtel Bonaventure. Voici ce qui s'est passé : selon le rapport rédigé par la GRC, entre deux et cinq lumières et un faisceau lumineux quasi-stationnaire ont été aperçus dans le ciel à compter de vingt heures.

Suit le témoignage de Robert Masson, commandant du SPCUM 47e district :

Je suis convaincu que j'ai vu quelque chose qui est pas, qui est pas faite par des terriens, ou qui est pas faite par quelqu'un de la Terre, c'est sûr et certain que ça venait de l'extérieur de la Terre, puis après quinze ans j'en suis encore aussi convaincu que je l'étais à ce moment-là.

Viennent de nouvelles explications : Ce soir-là, vers dix-neuf heures, les usagers de la piscine de l'hôtel Hilton Bonaventure remarquent la présence d'un grand objet volant entouré de sept ou huit lumières ambre. L'objet est tout à fait silencieux et se déplace très lentement de l'édifice de la Bourse vers l'hôtel. Pour certains, l'apparition rappelle ces ovnis dépeints dans le classique Rencontres du troisième type de Steven Spielberg.

On nous dit que les témoins ayant informé la direction de l'hôtel, la terrasse grouille bientôt d'une agitation particulière, et que la police de la CUM, prévenue, envoie une patrouille avec l'agent François Lippé. « Comme tous les témoins qui sont présents, il ne peut que confirmer la présence de l'objet. Ce dernier, à présent tout à fait immobile, est visible depuis maintenant près d'une heure ».

Robert Masson poursuit : Vers 19 h 30 un des policiers de mon groupe m'a appelé à mon poste pour me demander de me rendre sur les lieux parce que eux ils pensaient que c'était un événement assez spécial qu'ils étaient en train de vivre, lui il s'en allait de prendre un rapport de plainte quelconque mais il s'est aperçu qu'il y avait quelque chose qui était assez inusité. Moi quand j'étais arrivé sur les lieux j'ai constaté la même chose que mon policier m'avait donné au téléphone comme information.

L'agent Lippé contacte les aéroports de Dorval et Mirabel, mais la réponse est qu'il n'y a rien aux radars.

Robert Masson : ?? ça allait être difficile d'évaluer la hauteur. On savait que c'était quelque mille pieds, à l'oeil, mais on savait pas non plus exactement. Puis au téléphone le contrôleur m'informe que sur le radar actuellement il y avait un cargo numéro XXX qui passait au-dessus du centre-ville, et puis effectivement moi j'étais à l'extérieur avec le téléphone sans fil et je voyais l'avion passer, mais l'avion passait sous l'objet. Ben j'ai demandé j'ai dit « à quelle hauteur qu'elle est ton avion ? », Ils me disent « à peu près six mille quatre cent pieds »... OK, mais j'ai dit « c'est quoi qu'il y a au-dessus ? » Lui il me dit « mais j'ai rien », lui y avait aucune apparence sur son radar comme quoi y avait quelque chose plus haut que l'avion qui passait.

Il téléphone alors à la base militaire de Saint-Hubert.  « Au terme de leur entretien, l'agent Masson a la conviction que le contrôleur lui a caché certaines informations. »

Suit le témoignage d'un employé de l'hôtel :

À ce moment-là y avait le 1000 de la Gauchetière qui était en construction, qui avait déjà ?? cette tour puis tout le système de grues pour monter les marchandises. Puis y avait beaucoup de grosses lumières blanches pour éclairer le chantier de construction.

L'agent Masson a alors appelé pour faire éteindre ces puissants projecteurs :

Les grosses lumières se sont éteintes, et puis l'objet est resté identique, c'était pas un reflet, j'étais encore de plus en plus sûr que c'était vraiment quelque chose de métallique qui était là au milieu, c'était très gros. Là j'ai eu l'idée d'appeler à un moment donné au bureau de la Gendarmerie royale du Canada.

Un agent fédéral est donc arrivé à son tour et explique, en anglais :

J'ai contacté les aéroports et les militaires, j'ai parlé avec le colonel en charge des opérations à la base de Saint-Hubert, on m'a assuré qu'il n'y avait aucune opération militaire en cours. J'ai également vérifié avec les tours de Mirabel et de Dorval pour voir s'ils avaient quelque chose sur leur radar, là encore la réponse a été négative.

Robert Masson complète : Lui il a appelé l'armée, et lui il avait pas le même code d'accès je sais pas quoi mais lui était écouté comme ?? et puis vous direz à peu près le temps d'un message au F18 là, qu'il parte vers la ville là, qu'il passe au-dessus de la place Bonaventure, peut-être 14, 15, 13 minutes, on l'a entendu, on l'a pas vu mais on l'entendait très bien passer et lui il m'informait que là il prenait des photos.

Note : personne d'autre que l'agent Masson n'a évoqué ce survol par un F18 envoyé par l'Armée pour prendre des photos, et il est clair que Robert Masson a tendance à enjoliver son récit avec le temps... Rappelons que c'est quinze ans après l'observation qu'il a été interrogé.

On nous explique ensuite que les services météo ayant été contactés, on apprend que « l'épaisse couverture nuageuse à travers laquelle on peut voir l'engin fait entre 1000 et 1500 m d'épaisseur. »

Robert Masson commente : C'était immense, parce que l'évaluation de la hauteur était entre 8000 et 10000 pieds, c'était énorme au-dessus de nous autres, puis c'était très haut, et puis juste pour un peu situer les téléspectateurs là-dedans, si exemple ça avait eu à atterrir sur la Terre, son par exemple stationnement comme le stationnement de la place Versailles, je sais pas s'il y aurait eu assez de place, pour que ça atterrisse, pour que ça s'installe, ou que ça se stationne sur la Terre. C'était immense.

Note : la place Versailles à Montréal abrite un grand centre commercial et mesure à peu près 600 m sur 300.

Le commentateur poursuit : Vers 22 h 30, l'objet se déplace vers l'est de la ville. Revenant chez lui vers 23 h, Pierre Caumartin va lui aussi apercevoir l'objet.

En anglais : j'ai vu un objet étrange, juste au-dessus de la tour illuminée du stade olympique. L'objet se déplaçait dans le même sens que moi en direction est. Il paraissait très gros, et je suis sûr que ce n'était pas un dirigeable. Je ne sais pas ce que c'était, je n'ai jamais rien vu de pareil.

Il pense à un engin promotionnel bordé de puissants projecteurs : Les lumières étaient très puissantes, très grosses. C'est à partir d'ici que j'ai commencé à entendre le bruit que faisait l'objet. C'était comme une modulation, c'était très rythmé. L'objet se déplaçait aussi de façon très étrange, il demeurait immobile un instant, puis glissait d'un seul coup un peu plus bas.

Le reportage se conclut inévitablement par l'analyse du « Docteur Richard Haines, spécialiste en optique pour le laboratoire Ames de la Nasa. »

Suite à l'analyse des négatifs de Laroche, le Docteur Haines conclut que les lumières ne sont pas des reflets lumineux mais émanent bien d'un objet physique à trois dimensions. Il en ressort aussi que l'appareil évoluait à une altitude variant entre 2000 et 2700 mètres et que son diamètre était d'environ 540 mètres, soit l'étendue de cinq terrains de football. L'étude réfute donc l'hypothèse de l'aurore boréale ou d'un quelconque phénomène astronomique. Il est malheureusement impossible à ce jour de connaître le résultat des vols de reconnaissance des appareils F18 de l'Armée canadienne. De plus, tous les rapports d'observation de l'appareil, rédigés par les policiers municipaux et par ceux de la GRC, sont devenus dès le lendemain officiellement inaccessibles. En effet, le 8 novembre, deux agents du Norad, organisme voué à la protection du territoire nord-américain, ont eu le mandat de rapatrier tous les rapports disponibles concernant cette apparition dans le ciel montréalais. C'est sans plus d'explication que prit fin pour les Montréalais une des plus impressionnantes observations d'ovnis en sol canadien.

Ce sont bien sûr ces conclusions qui sont reprises par tous les sites et livres ufologiques qui font de cette affaire un événement exceptionnel... Notons au sujet des « agents du NORAD » qui auraient confisqué les rapports de police qu'on peut être surpris de voir dans le documentaire même une image d'un de ces rapports :

Partie du rapport de police

Quant à Christian Page, scénariste du documentaire, il présente une page sur son site consacrée à cette affaire, qui reprend une grande partie de son scénario... Mais pas cette histoire de rapports de police disparus ! En fait, ça n'est pas lui qui a décidé d'ajouter cette information qu'il jugeait peu crédible... Elle provenait encore d'une « confidence » de l'agent Robert Masson de la police de la CUM, lequel semble décidément avoir pas mal fabulé après quinze ans.

Haines et Guénette ont de leur côté précisé qu'ils s'étaient procuré sans difficulté les deux rapports de police, et regrettaient au contraire dans leur rapport que le Norad se soit complètement désintéressé de cette affaire ! Le rapport de la CUM peut d'ailleurs être trouvé sur Internet, et aussi dans le livre de Christian Page Dossiers mystère tome 1, qui complète les émissions du même nom. Bref, cette histoire de rapports confisqués par le Norad est une pure invention.

Descriptions et dessins des témoins

Les dessins les plus immédiats après l'observation se trouvent dans les rapports de police. Plus tard, entre avril et novembre 1991 (soit 6 mois à un an après l'observation), Bernard Guénette a interrogé un certain nombre de témoins.

Le rapport de la SPCUM, la police de Montréal, contient le dessin de l'officier Lippé, qui a observé le phénomène à partir de 20 h 11 :

Cercles avec faisceaux dans des directions diverses

J'ai vu trois lumières rondes jaunâtres d'où partaient trois faisceaux. On pouvait dénoter une source lumineuse de forme circulaire.

On y trouve aussi le dessin représentant ce qu'a vu Mme Saint-Pierre, la surveillante de la piscine qui a été une des premières à voir l'objet :

7 lumières et 6 faisceaux vers l'extérieur

Une forme ovale lumineuse de couleur jaunâtre. L'objet peut ressembler à ce qu'on a pu voir dans le film Rencontres du troisième type.

On ne sait pas vraiment si c'est ce témoin qui a fait le dessin, mais il ressemble beaucoup à celui qu'il a fait un an plus tard, le 29 novembre 1991, devant l'enquêteur Guénette, en décrivant les lumières d'un blanc intense « comme un arc de soudage » :

7 lumières avec faisceaux

Mme Saint-Pierre disait d'autre part à Radio-Canada le lendemain de l'observation :

C'était ni plus ni moins que des lumières, les lumières étaient... Le système de lumières était ovale, il y avait des lumières oranges qui décrivaient le cercle... pas le cercle mais l'ovale, ces lumières-là étaient orange, puis à partir ce ce cercle-là il y avait comme, je sais pas c'est difficile à expliquer... Comme un faisceau de lumières qui étaient plus blanches mais qui diffusaient en entonnoir, à la verticale... Ça avait l'air plus... On dirait que c'était un plafonnier, la lumière ne pouvait pas venir d'en bas, ou en tout cas je ne voyais pas d'où elle pouvait venir, c'était tellement en haut de toute façon.

Le rapport de police contient enfin le dessin d'Albert Sterling, l'agent de sécurité :

8 lumières et faisceaux vers l'extérieur

Une forme ou objet lumineux avec 7 points d'où partaient des faisceaux. Il croyait que c'était quelque chose qui exploserait.

Et le 29 octobre 1991, il dessinait de mémoire :

7 lumières avec faisceaux dans un objet ovale

Guénette ajoute : Notez la différence dans le nombre de sources de lumière. Il a estimé qu’il y avait de six à neuf sources de lumière distinctes, d’un blanc intense autour du bord de l’objet, chacune émettant un pinceau de lumière. Ces rayons lumineux n’étaient pas orientés verticalement mais semblaient être dirigés horizontalement vers l’extérieur depuis l’objet. Il a également émis l’opinion que l’objet était « quelque chose de fabriqué, c’était quelque chose d’artificiel, pas humain. »

Dans le rapport de la gendarmerie (GRC), on trouve un dessin non signé qui doit avoir été fait par l'officier Luc Morin :

7 lumières et 6 faisceaux

Mais il a fait un dessin très différent le 11 juin 1991, dans un rapport au MUFON :

3 lumières de côté dans un objet ovale

Il y indique que l'objet était ovale et portait trois sources de lumière.

De son côté, le journaliste qui a pris les photographies, Marcel Laroche, a fait le croquis suivant le 23 mai 1991 :

objet circulaire avec 6 lumières rayonnant autour

Il y indique que l'objet avait la taille d'une lune, et paraissait rond, blanc avec six ou plus petites lumières rondes de couleur orange ou couleur d'un coucher de soleil.

Enfin, l'autre journaliste, Jules Béliveau, a fait ce croquis le 22 avril 1991 :

3 lumières

Le dessin n'est pas très clair, mais il précise que l'objet était rond avec au moins six lumières blanches ou jaunâtres et rondes sur les bords.

Si on tente de faire une synthèse de tous ces témoignages, il y avait environ huit sources de lumière disposées à peu près circulairement et accompagnées de faisceaux divergeant depuis le centre du cercle... D'autre part, les lumières d'un côté sont souvent décrites plus grosses et d'une couleur différente de celles de l'autre côté.

J'ai dessiné en comparaison les différentes lumières qu'on voit sur la photographie :

schéma des 11 lumières visibles

Les lumières b à f forment à peu près un demi-cercle et ont une teinte orangée, b, c et d sont très lumineuses. La lumière a est un peu différente, plus large et peu lumineuse. Les lumières g, h et i sont assez semblables, larges, d'intensité constante et d'une teinte blanchâtre, j et k sont plus fines...

À noter quelques différences avec le schéma proposé par Haines : je ne vois pas ce qu'il appelle la lumière a censée compléter le contour d'un objet à peu près circulaire délimité par les autres lumières du centre, et j'ai rajouté les lumières a et j qui me semblent bien visibles.

C'est en tout cas assez en accord avec les témoignages.

Un objet imaginaire

Richard Haines se donne beaucoup de mal pour nous persuader qu'il y avait un objet solide à l'origine des lumières, et prétend même le prouver...

Pourtant, ce qui ressort des témoignages est que ce sont des lumières, et rien d'autre, qui ont été vues... Il est remarquable que sur les premiers dessins des témoins (ceux que l'on trouve dans les rapports de gendarmerie et de police), on ne trouve aucun contour d'objet, seulement des cercles lumineux et des faisceaux... Et par contre ces contours apparaissent quelquefois dans leurs dessins tardifs, faits après un an ! C'est le cas chez M. Sterling, chez l'officier Luc Morin et chez le photographe Marcel Laroche.

Parmi les témoignages, il n'y a guère que celui du sergent Robert Masson pour le reportage Canal D en 2007 qui évoque un objet métallique :

On pouvait même distinguer que c’était en métal. Oui, peut-être que c’était quelque chose de métallique, il y avait une brillance, la même chose qu’un matériel métallique.

...

J'étais encore de plus en plus sûr que c'était vraiment quelque chose de métallique qui était là au milieu, c'était très gros.


Mais cette certitude est venue juste après qu'il eut fait éteindre les lumières du chantier de la tour en construction à côté pour être sûr qu'elles n'étaient pas à l'origine du phénomène observé en se reflétant sur les nuages... Il semble donc que la présence de « l'objet métallique » ne lui apparaissait pas aussi flagrante qu'il le dit quinze ans plus tard !

D'autres témoins se souviennent par contre parfaitement que ce qu'ils avaient vu à l'époque n'était que des lumières... On trouve par exemple en 2014 dans les commentaires d'une conférence de François Bourbeau sur You Tube :

Patricia Vial il y a 1 an

Le 7 novembre 90 je suis allée me baigner à la piscine sur le toit de la Place Bonaventure avec un ami et, quand nous sommes arrivés il y avait pas mal de monde autour de la piscine dont un ou des gardes de sécurité. Dans le ciel au dessus de nous il y avait des lueurs de couleur ambrée virant sur l'orangé, c'était beau et mystérieux, mais ça ne ressemblait pas aux soucoupes volantes qu'on voit dans les films...

Ces lueurs étaient statiques et il n'y avait rien de métallique...


Et concernant les lumières apparaissant sur la photographie, il faut rappeler qu'elles ont été obtenues avec un temps de pause d'environ 30 secondes... C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on n'a que les deux photos de Marcel Laroche, dont une très sous-exposée, malgré la présence de l'objet pendant trois heures devant des dizaines de témoins ! Laroche a lui-même pris une dizaine de photographies en mode automatique qui ne montrent absolument rien, avant d'essayer sur les conseils d'un collègue photographe (lui-même ne l'était pas) le mode manuel en pause longue.

Pour comparaison, avec un matériel identique, le temps de pause conseillé pour photographier la pleine lune est de 1/1600e de seconde !

Avec sensibilité 100 ASA, ouverture 1,8, temps de pose indicatif 1/166 s

Même si d'après les témoignages les lumières étaient beaucoup plus visibles une heure avant que ces photos ne soient prises, il est clair qu'elles n'étaient pas très lumineuses !

Voyons maintenant comment Haines se persuade de la présence d'un objet, en interprétant les lumières visibles sur la photographie :

Schéma des lumières et de la forme circulaire de l'objet

Il commence bizarrement par éliminer les rayons les plus éloignés du centre, les considérant comme des reflets dans l'objectif :

Les rayons lumineux radiaux, faibles, sont clairement des lens flares (réflexions) produits à l’interface air-verre des lentilles de l’objectif.

Une interprétation qui fera bondir tous les amateurs de photographie tant elle est absurde ! Les reflets dans l'objectif sont visibles lorsqu'on photographie des lumières très intenses (le soleil, des lampadaires de nuit...), ce qui n'est clairement pas le cas ici... Haines nous dit d'ailleurs plus loin que « les trois lens flares brillants sur le côté gauche ont environ le 10e de la luminosité de la zone centrale ». Fort heureusement pour les photographes et les amateurs de photographie, des reflets dans l'objectif ont bien moins que le dixième de la luminosité des lumières d'origine, surtout avec des optiques de qualité ! En outre, une optique de photographie a une symétrie de révolution, ce qui implique que d'éventuels reflets présentent toujours une symétrie des lumières d'origine par rapport à l'axe optique, qui correspond en général au centre de la photo (c'est toujours le cas avec les appareils de qualité)... Or, là, il n'y a pas de relation entre les prétendus reflets et leur supposée origine, et les différents rayons convergent vers un point qui n'est pas le centre de la photo.

Haines n'a d'ailleurs même pas cherché à matérialiser ce centre, ce qui est pourtant la première chose à faire quand on croit avoir affaire à un reflet dans l'objectif : par exemple ici un reflet du soleil très « soucoupique » sur une photo prise par Harry Perton aux Pays-Bas.

Une soucoupe volante opposée au soleil par rapport au centre de la photo

En éliminant ces prétendues réflexions, qui correspondent pourtant très bien aux témoignages, Haines cherche à démontrer que le véritable objet se trouve entouré par les lumières orangées visibles au centre, lesquelles seraient émises sur son pourtour... Et pour mieux s'en convaincre, il ajoute une sixième lumière a aux cinq qui forment à peu près un demi-cercle... J'ai poussé le contraste et modifié les couleurs de la photo pour faire ressortir les lumières, et décidément je vois bien celles de son schéma, et même d'autres, mais pas la lumière a !

Photo du rapport de Haines

En fait, il semble que cette lumière complétant le cercle provienne d'un artefact du scanner utilisé par Haines pour la photo qu'il publie dans son rapport :

3 lumières

On voit qu'il y a des bandes horizontales parasites dont la luminosité varie, et c'est la présence d'une bande sombre qui donne l'impression qu'il y a une tache lumineuse au-dessous...

Rien en tout cas qui montrerait la présence d'un « objet » délimité par ces lumières.

Ensuite, Haines fait appel au traitement informatique pour prouver la présence de l'objet solide... Il compare pour cela la courbe de densité optique (autrement dit, la luminosité) de deux droites sur la photo passant par l'objet et sur le fond du ciel.

Courbes densitométriques à travers l'objet et sur le fond du ciel

Illustration 11 : Balayages densitométriques à travers le fond du ciel et en passant par l'objet

Le profil de la densité optique a été déterminé pour la première photo prise par M. Laroche le long de deux lignes droites parallèles. L’une passe à travers le fond du ciel à gauche des trois zones lumineuses présentées dans l’illustration 8A. La densité optique résultante de ce « fond de ciel » est représentée par le tracé le plus bas de l’illustration 11. On notera que la densité du ciel varie entre 0,6 et 0,75 quand la densité est comprise entre 0 (noir maximal) et 1 (luminosité maximale), et est relativement plate indiquant que la luminance du ciel était presque constante. C’est ce que l’on peut attendre de lumières du sol se reflétant sur le brouillard et les nuages. Le second balayage passe à travers les trois zones lumineuses sur la figure 8A. Ce tracé représente la variation de densité optique produite par l’objet aérien, qui est représentée par la zone ombrée dans l’illustration 11. On peut voir que l’objet est si brillant qu’il sature le film sur près de la moitié de son diamètre.

Donc, il fait passer une des droites par « les trois zones lumineuses » de la photo, ça doit être à peu près la ligne rouge que j'ai tracée sur sa reproduction... La ligne bleue, « témoin» », passe un peu à gauche, ça pourrait être à peu près n'importe où loin des lumières...

Ligne tangente à l'objet pour la courbe de densitométrie

J'ai aussi tracé en pointillés le contour supposé de « l'objet »... Comme on le voit, la ligne rouge ne passe pas du tout sur l'objet... Prétendre mettre en évidence « l'objet OVNI » par ces courbes est purement mensonger !

Haines nous gratifie aussi d'une image traitée par son logiciel, avec les différences de contraste amplifiées et mises en évidence par une représentation en 3D... C'est de cette photo qu'un journaliste n'ayant rien compris a déduit dans le documentaire Canal D que « le Docteur Haines conclut que les lumières ne sont pas des reflets lumineux mais émanent bien d'un objet physique à trois dimensions »...

Représentation des différences de couleur en 3D

Illustration 10 : Amélioration par ordinateur du cliché n°13 pour souligner les faibles différences
de luminosité de l'image en utilisant un tableau en trois dimensions de la luminance.


L’illustration 10 est une photographie en fausses couleurs qui amplifie les faibles différences de luminosité de l’image en utilisant deux couleurs primaires (vert pour la luminosité de fond et rouge pour la luminance relative à l’objet). Elle montre clairement que les trois lens flares brillants sur le côté gauche ont environ le 10e de la luminosité de la zone centrale. Un objectif Nikon 50 mm (f/1.1) contient neuf lentilles de verre différentes qui peuvent donner de nombreuses réflexions internes (Neblette, 1965, p. 106). La zone centrale de luminance maximale est sur la droite sous la forme d’un ovale autour de l’image du disque.

Mais là encore, cette grosse tache rouge que fait magnifiquement ressortir ce traitement en 3D ne représente en aucune façon l'objet, mais encore les trois lumières censées être émises sur son pourtour supposé... Pour le montrer, j'ai repris la photo originale de l'objet avec les contrastes améliorés, rajouté un disque grisé représentant l'objet délimité par les cinq lumières centrales, et à l'aide d'une rotation et d'un redimensionnement j'ai reproduit la perspective utilisée par Haines avec son logiciel. On retrouve bien tous les détails visibles sur l'image retraitée par Haines, et on voit que la tache entourée par un « ovale lumineux » est complètement à côté du prétendu objet.

Reproduction du schéma de Haines avec position de l'objet

Bref, tout ce que Haines a montré par ces traitements élaborés, c'est que les lumières visibles sur la photographie sont plus lumineuses que le fond du ciel, ce dont on se doutait un peu ! Quant à « l'objet solide » qui fait tant fantasmer les ufologues, il n'a jamais existé que dans son imagination.

Dimensions de l'objet

Connaissant les caractéristiques de l'appareil photo, il est possible de déduire l'écart angulaire des différentes lumières présentes sur la photo... Tout cela figure sur le rapport de Haines. L'appareil photo utilisé était un Nikon utilisant des films de 35 mm et équipé d'un objectif de 50 mm de focale. Le format de photo sur la pellicule est en 24 x 36 mm, et avec une focale de 50 mm on trouve que le champ angulaire en largeur est égal à 2 x arc tangente (36/(2 x 50)), soit 40°.

Malheureusement, il semble que toutes les photos que l'on peut trouver sur Internet aient été recadrées, ne montrant pas la totalité de la photo d'origine. Les photographies issues du format argentique habituel 24 x 36 mm présentent un rapport 3/2, et Haines précise d'ailleurs qu'il a scanné le négatif des deux photos en les reproduisant au format 8 x 12 pouces. Quant à la reproduction que j'ai utilisée, elle est au format 700 x 1000 pixels, l'image complète devait donc faire au minimum 700 x 1050 pixels.

Et on trouve à peu près la même proportion, et un cadrage identique, dans l'article de presse :

Photo publiée dans la Presse

Et une autre avec un cadrage assez différent sur le site du GARPAN :

Photo beaucoup moins haute que large

Elle est de moins bonne qualité que celle que j'ai utilisée, et largement tronquée dans le sens vertical, mais ce qui est intéressant c'est que son coin inférieur droit est un peu coupé et blanc... Ça signifie vraisemblablement que le modèle a été placé un peu de travers sur le scanner, et donc que cette partie droite arrive au bord de la photo d'origine. Et si on essaie de superposer au mieux cette photo avec celle que j'ai utilisée, on trouve effectivement qu'elle s'étend un peu plus loin sur la droite :

Les deux photos superposées, avec la deuxième qui dépasse un peu sur la droite

Haines présente pour sa part une image recadrée encore plus restreinte, de même que pour la deuxième photo :

duxième photo, 3 lumières visibles

Avec la légende suivante :

La deuxième photo prise par M. Laroche est présentée dans l’illustration 9 à partir du négatif couleur original. Elle a été prise à environ 21 h 12, toujours avec l’obturateur de l’appareil photo ouvert manuellement pendant un peu moins de 30 secondes. Elle montre clairement les trois sources lumineuses sur le même côté de l’objet et avec la même luminosité relative comme le montre l’illustration 4 mais sans les gros lens flare.

Il indique ensuite les calculs angulaires qu'il a effectués :

Les clichés 13 et 14 ont été agrandis au format 8 x 12 pouces. La distance entre les deux zones lumineuses les plus éloignées l’une de l’autre sur l’image = 0,370 pouces et 0,384 pouces, respectivement, suggérant soit que l’objet a diminué d’altitude, soit qu’il a modifié son inclinaison, soit qu’il a physiquement changé de taille entre les moments où les deux photos ont été prises. Pour une longueur focale de 50 mm, la largeur angulaire du cadre = 40 degrés (Neblette, 1065, p. 13). Ainsi, la distance angulaire entre les deux sources de lumière les plus éloignées sur l’objet = 1 degré 14’ d’arc sur le cliché n° 13 et 1 degré 17’ sur le cliché n° 14.

Ça n'est pas très clair puisqu'on ne sait pas ce qu'il appelle « les deux zones lumineuses les plus éloignées l'une de l'autre », mais puisqu'on ne voit que trois lumières sur la deuxième photo il doit s'agir des deux lumières extrêmes parmi ces trois particulièrement lumineuses.

Sur la photo que j'ai utilisée, je mesure pour ma part de l'ordre de 37 pixels entre ces deux lumières. Cela suppose que la photo d'origine complète devait mesurer 1200 x 800 pixels, elle a donc été juste un peu recadrée pour être au format 1000 x 700 pixels, et c'est surtout la partie gauche qui a été tronquée puisqu'on connaît la limite de la photo à droite.

À partir de là, on peut mesurer la taille angulaire du supposé objet émettant les lumières :

— si on suppose que l'objet serait compris entre la naissance des rayons les plus écartés, que j'ai notés g et k, on obtient une dimension angulaire de 13,5° ;

— si on suppose plutôt comme Haines que les lumières externes sont des parasites et que l'objet est délimité par les lumières orangées disposées en demi-cercle, on trouve une dimension angulaire de 2,3°.

Quant aux témoins, Haines a résumé leurs estimations de la taille apparente de l'objet dans un tableau, dont j'élimine pour l'instant les observations faites à l'extérieur de la terrasse de l'hôtel (nous verrons plus loin pourquoi elles doivent être traitées indépendamment).

Estimations de la dimension angulaire
du corps ovale de l’objet
Nom du
témoin
Date de l’estimation
Heures
d’observation
Estimation
taille/distance pour
déterminer l’angle
Angle visuel
calculé (deg. min.)
L. S. P.
(1)
24/09/91
19 h 30 – 21 h 30
« 45 cm
à bout de bras » (2)
45/45 = 1,0
45°
Laroche
(1)
09/91
20 h 00 – 22 h 00
« 25 cm
à bout de bras »
25/47,5 = 0,526
27°45’
Sterling 23/08/91
20 h 00 – 22 h 00 (3)
«  à peu près 45 cm
à bout de bras »
45/47,5 = 0,947
43°28’

24/09/91
20 h 00 – 22 h 00 (4)
« 25 cm
à bout de bras »
25/47,5 = 0,526
27°45’

29/10/91
20 h 00 – 22 h 00
« 45 cm
à bout de bras »
45/47,5 = 0,947
43°28’
Lippé
(5)
15/10/91
20 h 12 – 22 h 30
« 30 cm
à bout de bras »
30/47,5 = 0,632
32°19’

(1)    Les deux témoins ont estimé que la distance totale d’un bout d’un rayon lumineux à l’extrémité du rayon lumineux opposé était de 1,4 à 1,5 mètres à bout de bras ce qui équivaut à 112 degrés 40’ d’arc !

(2)    En considérant que la longueur du bras = 47,5 cm (hommes) ; 45 cm (femmes).

(3)    En considérant que l’estimation de l’angle a été faite à 20 h 00.

(4)   Il a estimé que la distance totale d’un bout d’un rayon lumineux à l’extrémité du rayon lumineux opposé était de 1,4 à 1,5 mètres à bout de bras ce qui équivaut à 112 degrés 40’ d’arc.

(5)    L’angle visuel équivalent de l’ensemble du phénomène lumineux (de la pointe d’un rayon à la pointe de l'autre) était d’environ 90 cm à bout de bras ce qui équivaut à un angle de 87 degrés d’arc !


En fait, Haines se trompe dans ses calculs : il considère que α = arc tangente (d/b) au lieu de α = 2 x arc tangente (d/2b) (avec α = taille angulaire de l'objet, d = dimension à bout de bras et b = longueur du bras)... Ça ne change pas grand-chose pour les objets de faible taille angulaire, mais ça n'est pas vraiment le cas ici, et il trouverait qu'un objet de dimension infinie serait vu sous un angle de 90° au lieu de 180 ! En outre, il paraît assez inutile de préciser l'angle en degrés et minutes pour une simple estimation visuelle ! Les angles réels sont donc 53° pour Line Saint-Pierre, 29° pour Marcel Laroche, 51°, 29° et 51° pour Albert Sterling dans ses estimations successives, et 35° pour l'officier Lippé. Ça nous donne une exagération d'un facteur 2 à 4 par rapport à la valeur mesurée sur la photographie (13,5°), ce qui est assez courant.

Bizarrement, c'est par contre la bonne formule de calcul qu'utilise Haines dans les notes... Mais on s'étonne que trois des quatre témoins ayant donné une estimation de la longueur à bout de bras d'une extrémité d'un rayon à celle du rayon opposé indiquent précisément la même longueur (1,4 à 1,5 m) ! Notons que la valeur mesurée sur la photo est de l'ordre de 24,5°, on retrouve à peu près la même exagération par les témoins qui l'estiment à 87 à 113°.

À noter que sur son croquis fait le 23 mai 1991, le photographe Marcel Laroche indique pour la taille de « l'objet » délimité par les lumières la « taille d'une lune », soit seulement 0,5°... Il est vrai que la dimension angulaire de la lune est souvent très exagérée par les témoins, mais d'un facteur 50 ça n'est quand même pas courant ! On peut supposer que sur ce dessin Laroche évoquait uniquement les lumières centrales, dont l'écart réel est de 2,3°... L'exagération devient beaucoup plus raisonnable.

Haines indique à propos de ce tableau des estimations angulaires :

Étant donné que ces estimations sont toutes faites de mémoire elles sont probablement fausses d’un facteur inconnu mais variable. Certaines sont probablement surestimées et d’autres sous. Elles indiquent, cependant, l’apparence relativement grande de l’objet aérien silencieux.

Là, on en vient à se demander si Richard Haines a jamais enquêté sur des observations d'ovnis, parce que ceux qui l'ont fait savent bien que les dimensions angulaires sont pratiquement toujours surestimées, et souvent d'un facteur important. On aura bien du mal à trouver un témoin non averti qui estimera la taille apparente de la lune à 5 mm à bout de bras, qui est pourtant la valeur réelle, et par contre on en trouvera beaucoup qui lui prêteront une taille dix voire vingt fois supérieure !

Les grandes différences dans les estimations d’angle ne sont pas rares dans des cas d’observation tels que celui-ci et résultent des émotions de chacun à l’époque, de la formation et expériences préalables pour faire de telles estimations, et des erreurs dans l’exécution de la procédure d’estimation. Néanmoins, on peut considérer qu’une limite inférieure raisonnable pour la taille angulaire du « corps ovale » central de l’objet vu depuis la terrasse du HB est de 27 degrés d’arc.

J'ai du mal à comprendre : Richard Haines a mesuré sur les photographies que ce « corps ovale central », dont il prétend avoir prouvé le caractère solide, a un diamètre angulaire de 2,3°. C'est une mesure physique, vérifiable, incontestable... Mais après ça, il se sert de l'estimation des témoins, en ignorant le fait connu de tout enquêteur qu'ils ont très généralement tendance à exagérer largement cette valeur, pour décider d'une « limite inférieure raisonnable » de 27 degrés, soit onze fois plus !

Et c'est à partir de ce choix aberrant que Haines estime la taille de son « objet solide » à un minimum de 500 mètres :

Si le corps principal de l’objet présentait une largeur angulaire de 27 degrés et se trouvait à une altitude de 1050 mètres, il serait large de 535 mètres ! S’il était à 2750 mètres d’altitude lorsque le pilote d’Air Canada l’a vu à 21 h 00 il aurait été large de 1400 mètres, cependant, les nuages étaient de plus en plus épais et bas et auraient probablement empêché de le voir à une altitude aussi élevée.
(Avec la même erreur de calcul que dans le tableau... Les valeurs correctes sont respectivement 505 mètres et 1320 mètres ; même si ça ne change pas grand-chose c'est quand même surprenant que Haines se trompe dans les formules les plus élémentaires en optique !)

Note : le pilote d'Air Canada était avec les autres témoins sur le toit de l'hôtel Bonaventure, et il a donné une estimation de l'altitude tout à fait personnelle :

Était également présent sur la terrasse à 21 h 40 un client du HB, pilote à Air Canada. Il a fait remarquer qu’il avait estimé l’altitude de l’objet entre 2500 et 3000 mètres alors que le plafond nuageux était alors à environ 1000 mètres.

Pour ce qui est de l'altitude, rappelons aussi que notre perception du relief ne permet pas d'estimer objectivement une distance supérieure à quelques dizaines de mètres, ou au maximum 600 mètres si l'objet se détache sur un fond beaucoup plus lointain et bien détaillé, ce qui n'est pas le cas ici... Que l'on soit pilote d'avion n'y change rien, on n'est pas équipé pour ça !

Mais il y a aussi le fait qu'un avion serait passé « devant l'objet »...

D'après le rapport de police :

Un avion de type Cessna a passé tout près des faisceaux lumineux et on pouvait remarquer que l’objet ou les lumières étaient beaucoup plus haut.

Et dans le rapport Haines-Guénette, il est précisé :

L’officier Lippé, M. Laroche, et Mme L. S. P. ont tous vu un petit avion privé (« de type Cessna ») voler en ligne droite sous les nuages et loin au-dessous de l’objet. L’officier Lippé estima que l’objet était « ... beaucoup plus élevé que l’avion » et M. Laroche estima que l’avion était à une altitude de 370 mètres au-dessus du sol. Mme L. S. P. et M. Laroche indiquent que l’avion était « minuscule » comparé à l’objet aérien.

Précision en note :

Les avions privés non réguliers doivent maintenir une distance de sécurité d’au moins 300 mètres au-dessus de l’obstacle le plus élevé dans un rayon de 600 mètres. Le mont Royal est le point le plus élevé à proximité du centre-ville de Montréal (altitude 365 mètres) et se situe à 2 km au NO du HB. Il a des antennes radio à son sommet si bien que l’altitude minimale de vol autorisée est de 370 mètres au-dessus du sol. En outre, les avions privés ne peuvent pas voler au-dessus de 670 mètres d’altitude, sauf si l’avion est équipé en conformité aux règles de vol aux instruments (IFR) et le pilote autorisé à voler dans les conditions météorologiques de vol aux instruments (IMC) en raison du risque d’interférence avec le trafic aérien de et vers l’aéroport de Dorval. La plupart des pilotes privés volent entre 450 et 550 mètres.

Et dans la reconstitution de Canal D, Le commandant Robert Masson explique :

Ça allait être difficile d'évaluer la hauteur. On savait que c'était quelque mille pieds, à l'oeil, mais on savait pas non plus exactement. Puis au téléphone le contrôleur m'informe que sur le radar actuellement il y avait un cargo numéro XXX qui passait au-dessus du centre ville, et puis effectivement j'étais à l'extérieur avec le téléphone sans fil et je voyais l'avion passer, mais l'avion passait sous l'objet. Ben j'ai demandé j'ai dit « à quelle hauteur qu'elle est ton avion ? », ils me disent « à peu près six mille quatre cent pieds »... OK, mais j'ai dit « c'est quoi qu'il y a au-dessus ? » Lui il me dit « mais j'ai rien », lui y avait aucune apparence sur son radar comme quoi y avait quelque chose plus haut que l'avion qui passait.

On a l'impression que Masson, qui est sans doute le témoin le plus « ufo-enthousiaste » dans ce documentaire, a quelque peu amplifié son récit dans cette interview tardive... D'une part, il parle d'un avion-cargo alors que le rapport de police et Guénette mentionnent un petit avion de type Cessna, et d'autre part l'altitude indiquée est bien plus grande... C'est d'autant plus invraisemblable que 6400 pieds, ça correspond à 2000 m, et on sait qu'il y avait une couche nuageuse à partir de 1600 m à 19 h, et 1280 m à 21 h.

Notons qu'un avion Cessna a une longueur de l'ordre de 10 m, et à 1200 pieds d'altitude sa dimension angulaire est de l'ordre de 1,6°... à 2000 pieds, 1°, et à 6400 pieds, 0,3°.

Dire que l'avion était passé « sous l'objet », cela suppose qu'il y avait bien un objet solide dans le ciel à l'origine des lumières, et que cet objet avait un diamètre angulaire de 27° comme l'estimaient les témoins et pas 2,3° comme l'indiquent les photographies ! S'il n'y avait que des lumières réfléchies par des nuages, les témoins ne pouvaient absolument pas indiquer si l'avion était plus ou moins loin que ces lumières... Même s'il était passé devant un des « faisceaux », étant donné la faible luminosité de ceux-ci et la petitesse de l'avion, la différence entre un passage devant ou derrière n'aurait pas été sensible... Et du reste, d'après le rapport de police, l'avion est juste passé « tout près des faisceaux lumineux. »

En bref, l'estimation de la dimension de l'objet par Haines ne repose absolument sur rien : même s'il y avait eu un objet réel à l'origine des faisceaux lumineux, il aurait pu être à seulement 100 m d'altitude, et avec un diamètre angulaire mesuré de 2,3° ça lui donnerait une dimension de 4 mètres : on est bien loin des 500 !

L'objet s'est-il déplacé ?

Voilà un autre grand sujet de discorde au sujet de cet ovni... Dans l'article de la Presse, il est écrit :

La chose, répétait-t-on, s'était déplacée très lentement du sud au nord.

Ce que confirmait l'officier Luc Morin dans le rapport de la GRC :

À mon arrivée sur les lieux à 21 h 30, j'ai vu une forme lumineuse projetant deux faisceaux vers le sol.

Au cours des quarante-cinq minutes pendant lesquelles je suis demeuré sur les lieux, cette forme s'est déplacée du sud vers le nord pour être finalement cachée par les nuages.

Mais dans une interview par Christian Page, après 26 ans il est vrai, il dit :

Les trois lumières sont restées à peu près à la même distance l’une de l’autre et se sont dirigées vers l’est.

Et dans le rapport de la police de la CUM, l'officier Lippé indique pour sa part :

On me mentionna que l'objet s'était déplacé de l'hôtel de la Bourse jusqu'au-dessus de l'hôtel Bonaventure.

L'hôtel Delta centre-ville ou hôtel de la Bourse se trouve à l'est-nord-est du Bonaventure ! Et lorsque Lippé lui-même parle de ce qu'il a observé, il dit :

Cet objet lumineux était fixe et immobile.

Il écrit aussi que d'après Mme Saint-Pierre la forme « s'est déplacée au-dessus de l'hôtel Bonaventure ».

Mais celle-ci disait le lendemain à la station Radio Canada :

C'était haut, plus haut que tous les édifices dans le centre-ville qu'on peut avoir,  peu importe où on se trouvait sur le bord de la piscine on l'avait toujours au-dessus de la tête, alors c'était assez gros.

...

Vers sept heures les gens m'ont prévenue, puis vers neuf heures quand je suis partie c'était encore là, on le voyait moins bien à cause des nuages mais les lumières étaient encore là. Ça bougeait absolument pas.

Au moment de l'arrivée de
la Presse sur les lieux, il y avait bel et bien dans le ciel, tout droit au-dessus de l'hôtel, deux « lumières » brillant à travers les nuages.

Et dans le journal La Presse : La lumière ne pouvait pas venir d'en bas, ou en tout cas je ne voyais pas d'où elle pouvait venir, c'était tellement en haut de toute façon.

Claude Lafleur notait pour sa part dans le Québec sceptique n°18 :

J'ai interrogé les deux principaux témoins, sur place, vingt-quatre heures à peine après « l'apparition ». Il s'agit d'Albert Sterling, adjoint à la sécurité, et de Line Saint-Pierre, surveillante de la piscine.

Tous deux rapportent avoir eu amplement le temps de voir l'objet lumineux durant près de trois heures. Or, Mlle Saint-Pierre affirme que l'« ovni » est plus ou moins demeuré fixe au zénith tout au long de la soirée, alors que M. Sterling est formel sur le fait que, en début de soirée (vers 19 heures) l'« ovni » se trouvait plutôt au niveau de l'horizon pour grimper graduellement et atteindre le zénith vers 21 heures. Tous deux déclarent que l'« objet » ne s'est pas envolé, mais qu'il s'est perdu vers 22 heures dans la couche nuageuse qui devenait de plus en plus dense. Soulignons que ni l'un ni l'autre ne parlent de « soucoupe volante ».


Notons que Sterling n'est arrivé qu'aux environs de 19 h 30 et n'a donc pas été parmi les premiers à voir l'objet. Et d'autre part, dans son entretien avec Bernard Guénette, le même Sterling disait « qu’aux environs de 22 h 00 l’objet s’était déplacé jusqu’à une position au-dessus du coin nord-ouest de la piscine. », alors qu'au début de l'observation il le situait « au-dessus de l'angle sud-est de la piscine ».

Haines note à ce propos dans son rapport :

L’estimation de M. Sterling de la taille apparente (angulaire) du corps de l’objet (voir tableau 1) est incompatible avec sa déclaration que l’objet se serait déplacé de l’angle SE à l’angle NO de la piscine au cours de la durée totale d’observation. Si l’objet était à une altitude de 900 mètres et vu sous un angle de 20 degrés il aurait eu 318 mètres de diamètre. Un mouvement horizontal d’un aussi grand objet sur seulement 20 mètres, la dimension diagonale de la piscine, représenterait seulement six pour cent de la largeur de l’objet. Ce très petit mouvement étendu uniformément sur une période de 2,5 heures serait très probablement imperceptible. Il est plus probable que son estimation de la position de l’objet était erronée et influencée par l’endroit où il se trouvait quand il a fait ces suppositions.

Les quelques indications d'un déplacement sont donc très douteuses et incohérentes : l'objet se serait déplacé du sud au nord, ou du sud-est au nord-ouest, ou de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest, ou encore de l'ouest à l'est ! Il est vrai qu'à Montréal et au Québec en général on a l'habitude d'indiquer les directions en considérant que le fleuve Saint-Laurent se déplace de l'ouest vers l'est, alors que c'est plutôt ici du sud-sud-ouest à l'est-nord-est, si bien que ce qu'on appelle l'est est en fait le nord-nord-est ! Mais ça n'explique en rien la grande diversité des directions de « déplacement » indiquées...

Certains veulent aussi prouver que l'ovni s'est déplacé en s'appuyant sur les observations loin de la place Bonaventure, mais il faut remarquer que certaines de ces observations ont été faites simultanément à la présence de l'objet au-dessus de l'hôtel. Ainsi, Bernard Guénette a observé « son » ovni à 19 h 30 à un kilomètre de l'hôtel, et deux automobilistes étaient pour leur part à sept kilomètres quand ils ont vu un objet lumineux vers 20 h 15. Rappelons que l'objet était vu par de nombreux témoins au-dessus de l'hôtel entre 19 h 15 et 22 h 15... Il semble en fait que beaucoup de témoins aient vu des phénomènes lumineux ce soir-là dans toute la ville, bien que seuls quelques-uns aient été interrogés par Guénette. Il fallait donc qu'il y ait plusieurs « ovnis » simultanément, ou un seul visible de très loin, et dans les deux cas ça n'implique pas un déplacement.

Et tout le reste semble au contraire indiquer que l'objet est resté stationnaire précisément à la verticale de l'hôtel.

Malgré la présence d'un certain nombre de personnes sur le toit de l'hôtel, personne n'a vu l'objet arriver, il a tout de suite été vu au-dessus de l'hôtel et ce sont deux baigneurs qui l'ont vu les premiers, sans doute parce qu'ils nageaient sur le dos et avaient donc le regard tourné tout en haut !

Le journaliste qui a pris la photographie indique qu'il a demandé à un ami photographe comment saisir ces lumières très faibles, qui lui a conseillé de poser l'appareil photo à plat ou sur un banc et d'actionner la pause manuelle. L'appareil photo était donc bien tourné vers le ciel à la verticale ou peu s'en faut, et dans la reconstitution pour Canal D à laquelle il a participé, on voit effectivement Marcel Laroche poser l'appareil photo bien à plat sur un support horizontal :

Marcel Laroche posant l'appareil photo à plat

Il précise d'ailleurs que « c'est resté au-dessus de lui tout le temps »

Et la photo prise sur place par un autre photographe de la Presse montrant l'agent Sterling, responsable de la sécurité, en train d'observer l'objet, se passe de commentaires :

agent sterling regardant le ciel tout au-desus de lui

Ça nous rappelle le témoignage d'une cliente du restaurant qui se levait de table de temps en temps pour observer le phénomène, mais n'a pas attendu sa disparition pour aller se coucher : Deux heures de temps je trouvais ça assez intéressant mais c'est jusqu'à ce que t'attrapes un mal de cou...

Haines et Guénette indiquent de leur côté, à propos de l'idée que l'objet aurait pu être un reflet des lumières de la grue d'un immeuble en construction :

De même, l’angle calculé (verticalement) depuis le haut du HB jusqu’au haut du 45e étage de l’immeuble commercial était de l’ordre de 60 degrés ce qui était beaucoup plus bas que l’objet.

C'était donc vraiment très haut dans le ciel.


Beaucoup plus haut que 60° ça ne peut pas être loin du zénith !

Et selon tous les témoins à l'exception de Luc Morin de la GRC, l'objet ne s'est pas éloigné, mais s'est peu à peu fondu dans les nuages qui devenaient de plus en plus épais. Il semble donc qu'il ne se soit pas du tout déplacé pendant les trois heures d'observation... Plusieurs témoins mentionnent par contre qu'il s'est peu à peu élevé.

C'est le cas d'un congressiste qui a déclaré sur Radio Canada :

C'était un objet rond qui avait quatre grosses lumières en dessous et une lumière qui s'éclairait autour, un peu comme on a vu si vous voulez dans, à la télévision, souvent dans les films où on nous montre une soucoupe volante qui nous vient du futur si vous voulez, c'était très semblable à ça, et puis elle était très stable, elle a été là pendant deux heures de temps, c'était extraordinaire à voir, elle est descendue et elle est remontée, et puis là il y a eu des nuages, qui ont si vous voulez baissé la lueur de la lumière, mais la lumière était quand même très forte.

Et un autre témoin sur la même radio :

Écoute tu appelles ça soucoupe volante, objet volant, comme tu veux là mais je sais que c'était pas un avion qui reste stable pendant deux heures de temps à peu près au même point, qui monte un peu, qui descend, ?? des ?? des nuages.

Ce que confirme Richard Haines qui trouve un écart des lumières légèrement différent sur les deux photos prises par Marcel Laroche à quelques minutes d'intervalle. L'augmentation de taille est d'environ 5% entre les deux images, ce qui voudrait dire que l'objet se serait rapproché d'autant..

Bref, tout indique que l'objet se trouvait bien à la verticale de l'hôtel pendant toute la durée de l'observation, et qu'il ne s'est pratiquement pas déplacé sinon en altitude. C'est ce que disent la majorité des témoins, et ceux qui disent le contraire donnent des directions de déplacement toutes différentes, ou même se contredisent dans leurs témoignages successifs !

Quant aux témoignages en dehors de l'hôtel, on en reparlera, et nous verrons pourquoi il faut les étudier indépendamment de ceux de l'hôtel.

Caelestia donne enfin la clé de l'énigme

Pendant longtemps, le rapport de Haines-Guénette est resté la référence incontournable concernant cette observation, considérée comme un des cas majeurs de l'histoire de l'ufologie. Les sceptiques considéraient que le cas se résumait à des lumières projetées sur les nuages, ce que beaucoup de témoins avaient d'ailleurs pensé... On a vu aussi que dès le surlendemain de l'observation, le journal la Presse avait interrogé un spécialiste de météorologie qui expliquait :

Cela ressemble à un phénomène observé à maintes occasions, notamment lorsque l'on fait des travaux avec des projecteurs parfois utilisés en météorologie, explique-t-il. La lumière est réfléchie par les cristaux de glace ou les gouttelettes d'eau contenus dans le nuage. Selon la densité du nuage, le faisceau pourra mesurer plusieurs centaines de mètres d'épaisseur et être visible à très grande distance.

Mais l'explication n'apparaissait guère convaincante, et on n'avait pas identifié les lumières qui seraient à l'origine de ces mystérieux reflets.

D'autres avaient évoqué des aurores boréales, idée séduisante si ce n'est qu'on n'avait pas enregistré d'activité solaire inhabituelle et que le phénomène était encore bien visible alors qu'il y avait une couche de nuages assez épaisse.

C'est en 2008 que l'ufologue belge Wim van Utrecht a proposé une explication jusqu'alors méconnue sur son site Caelestia, en anglais.

C'est en voyant dans le reportage de Canal D le survol de l'hôtel par un hélicoptère qu'il a remarqué que la disposition des lumières éclairant la piscine de l'hôtel, sensiblement en demi-cercle, était assez similaire à celle des lumières centrales de la photo...

vue d'hélicoptère de la piscine

Et cela l'a mis sur la piste des « piliers de lumière » (light pillars), un phénomène dû à des réflexions sur des cristaux de glace, et plus précisément ici des piliers de lumière zénithaux. Il ne s'agit pas de lumières éclairant les nuages, mais de lumières réfléchies par des cristaux de glace horizontaux, qui se comportent comme un ensemble de minuscules miroirs et reproduisent le schéma des lumières au sol.

Ça n'était pas inconnu puisqu'on a vu que le météorologue interrogé par la Presse avait mentionné la réflexion par des cristaux de glace, mais en l'absence d'une explication détaillée on n'y avait pas trop prêté attention (y compris le météorologue en question qui avait finalement préféré invoquer une aurore boréale)... Haines et Guénette, notamment, sont totalement passés à côté et continuent d'ailleurs à l'ignorer.

Le site Caelestia a dans la foulée consacré un gros dossier à ce type de phénomènes.

Bref, cette fois on tenait l'explication... Pour autant, il restait des points de détail à éclaircir, et le site Caelestia est en anglais, alors ne nous privons pas d'approfondir un peu pour apporter la lumière aux francophones !

Dans la famille halos, les piliers de lumière

À des températures suffisamment basses, la vapeur contenue dans l'atmosphère gèle, formant de petits cristaux de glace... Ces cristaux peuvent prendre soit la forme d'hexagones plats, semblables à des tomettes, soit de colonnes hexagonales, comme des crayons sans pointe :

différentes formes de cristaux

À haute altitude, ces cristaux forment les nimbus et les nimbostratus, des nuages peu denses, et aussi les traînées d'avions.

Du fait de leur forme hexagonale, tous ces cristaux formant des prismes sont responsables de la plupart des halos autour du soleil ou de la lune :

halo circulaire autour du soleil

La lumière passant par un prisme de glace à 60° est déviée d'environ 22°, et c'est bien l'angle formé par le petit halo autour du soleil.

réfraction dans un prisme hexagonal

La lumière est un peu décomposée comme dans un arc en ciel (lequel s'explique aussi par la réfraction de la lumière du soleil, cette fois dans les gouttes d'eau sphériques qui forment la pluie), mais c'est moins visible. Il y a d'autres formes de halos, résumées dans ce tableau tiré du site Luxorion, qui s'expliquent toutes par des réfractions ou réflexions dans de tels cristaux :

nom et disposition des différents halos

Le « grand halo » à 46°, que l'on voit plus rarement, est dû de la même manière à la lumière réfractée par les facettes qui se coupent à 90° (soit les bouts des colonnes, soit les côtés des « tomettes »). Les autres halos, non circulaires, se forment lorsque les cristaux ne sont pas orientés aléatoirement : s'ils sont suffisamment gros, ils chutent, et leur orientation est déterminée par le frottement de l'air. De manière générale, un corps présentant de multiples symétries, comme ces cristaux, a tendance à s'orienter dans sa chute en offrant sa plus grande surface à l'air : les cristaux en colonne tombent couchés, et les cristaux plats à l'horizontale.

C'est encore la réfraction des rayons du soleil dans les cristaux plats horizontaux qui forme les parhélies ou « faux soleils », situées à 22° de part et d'autre du soleil lorsqu'il est bas sur l'horizon, alors que l'arc parhélique qui forme un cercle horizontal est dû à la réflexion sur les côtés de ces mêmes cristaux.

Et enfin, la lumière réfléchie par les faces de ces cristaux forme les « piliers solaires », qui vont nous amener à notre sujet.

Quand ils se forment près du sol, dans les régions froides, les cristaux forment ce qu'on appelle poudrin de glace... En anglais, on lui donne le nom beaucoup plus poétique de diamond dust ou « poussière de diamant », du fait que ces cristaux à l'orientation aléatoire et fluctuante se comportent comme de petits miroirs qui réfléchissent la lumière du soleil, et on voit alors de tout petits éclairs de lumière apparaissant aléatoirement tout autour de soi.

Si l'humidité est élevée, les cristaux grossissent et se transforment en cristaux de neige, qui ont toujours une forme générale hexagonale mais arborescente, et atteignent plusieurs millimètres de diamètre (souvent, ils s'agrègent, formant les flocons)...

Les conditions de formation des différents types de cristaux sont résumées dans ce tableau emprunté à l'excellent site snowcrystals.com, qui détaille tout ce qui concerne les cristaux de glace et flocons de neige :

forme des cristaux en fonction de la température et de l'humidité

Ce qui va nous intéresser, ce sont les cristaux hexagonaux plats, qui agissent comme de véritables petits miroirs. S'ils ont plus d'un dixième de millimètre de diamètre, ils tombent en s'orientant de façon à peu près horizontale, et ils forment donc des millions de minuscules petits miroirs horizontaux dans le ciel ! Et bien sûr, ils peuvent réfléchir non seulement le soleil ou la lune, mais aussi toute source de lumière artificielle, formant ce qu'on appelle les piliers de lumière :

reflexion des rayons sur les cristaux

Pour l'observateur, ces colonnes de lumière floues (du fait que les cristaux ne tombent pas exactement à l'horizontale, ils oscillent un peu) paraissent se situer précisément au-dessus de la source de lumière. En voici un exemple très spectaculaire :

piliers rouges et bleus

Photo de Adam Kraft, 11 décembre 2013 à Spring Arbor, Michigan

Si la nappe de cristaux n'atteint pas le sol, ces piliers sont séparés de leur source, et paraissent flotter dans le ciel :

piliers verts et bleus flottant dans le ciel

Photo Valeriya Terpugova, Moscou, 25 décembre 2014

Les piliers zénithaux

Lorsque la source lumineuse se trouve près de l'observateur, les piliers sont hauts dans le ciel, et s'il y a plusieurs sources de lumières, ils vont converger vers le zénith :

Rayons de 2 sources de lumière reflétés vers le ciel

Plus la source de lumière est proche de l'observateur, plus le faisceau se rapproche du zénith, moins il est étendu en longueur et plus sa lumière est concentrée. Un exemple particulièrement spectaculaire d'un tel phénomène a été photographié à Ath (Belgique) le 20 novembre 2006, par l'astronome amateur Joël Bavais (d'autres photos sont sur son site).

piliers convergeant vers le zénith

On observe bien la convergence des faisceaux, et on voit que chaque faisceau est accentué à ses extrémités, indiquant qu'il y avait deux nappes de cristaux de glace séparées par une zone relativement vide.

Autre exemple tout récent : le 12 janvier 2016, une passionnée d'astronomie a pris des photos exceptionnelles de piliers de lumière zénithaux à Eura, en Finlande, qui en réfléchissant les éclairages des rues dessinent parfaitement la carte de la ville !

Les rues de la ville se reflètent sur le ciel

On peut voir la photo en plus haute définition, avec d'autres et les détails de l'observation, sur le site de la photographe (mais en finnois).

Sur cette image gif animée, j'ai superposé graduellement l'image en miroir de la photo à la carte Google maps de la ville :

photo superposée à la carte

En cherchant le point de convergence des faisceaux de lumière, on peut trouver à quelques mètres près l'endroit d'où a été prise la photo !

On voit aussi les étoiles sur la photo, ce qui permet avec Stellarium de superposer la carte du ciel... L'heure indiquée par la photographe est à peu près 21 h 45, mais les données exif de son appareil photo indiquent 22 h 46' 55". On peut supposer qu'il était réglé sur l'heure d'été, et s'il était par ailleurs bien réglé ça nous donnerait une heure exacte de 21 h 46' 55", ou 19 h 46' 55" TU.

Si on veut que la comparaison soit bonne, il faut que Stellarium utilise la même méthode de projection que la photo. Une photographie projette la sphère céleste sur un plan à partir du centre, en cartographie on appelle ça la projection gnomonique. Stellarium peut le faire, et il faut en plus que la projection ne soit pas centrée sur le zénith mais sur la région du ciel correspondant au centre de la photo. Pour cela, j'ai orienté la photo selon un axe zénith-centre. Voilà ce que cela donne, en superposant par transparence la photo convenablement dimensionnée et la carte du ciel :

carte du ciel

Il y a un léger décalage sur les bords, où les étoiles sont dédoublées, mais vers le zénith la superposition est parfaite, et on voit que le centre de convergence des faisceaux se trouve précisément au zénith, indiquant que les cristaux de glace sont bien horizontaux.

On peut aussi avec cette photo calculer l'altitude des cristaux... Les deux étoiles assez brillantes près du zénith sont alpha et bêta de la Girafe (Camelopardalis). Elles sont séparées d'une distance angulaire de 5,18°. On aurait pu aussi déterminer l'angle entre deux points par rapport à l'angle de champ de la photo, mais il faut encore le connaître avec certitude... Avec les étoiles, on est sûr de ne pas se tromper !

Voyons maintenant à quelle distance ces deux points correspondent sur la carte du sol :

les points sur la carte correspondant aux deux étoiles

420 mètres... Et pour voir une distance de 420 mètres sous un angle de 5,18°, il faut se trouver à 4700 m... La nappe de cristaux, faisant office de miroir, se trouvait donc à la moitié de cette distance, soit 2350 mètres. Il s'agit de la limite supérieure de la nappe, correspondant à la naissance des faisceaux lumineux... en comparant la longueur de ces derniers à leur distance du centre, on trouve que la limite inférieure devait se trouver à environ 2000 mètres.

Bref, une photo pleine d'enseignements, qui pourra nous inspirer pour le cas qui nous intéresse !

Il y a piliers et piliers

Notons au passage que beaucoup de sites « ésotériques » appellent quelquefois piliers, ou colonnes, de lumière tout autre chose, par exemple ici derrière la pyramide de Kukulkan à Chichen Itza :

montreal/pilier_pyramide.jpg

Je doute du reste que la photo soit authentique, on en trouve plusieurs versions et le photographe aurait eu une chance extraordinaire, mais le « faisceau d'énergie » sur fond de ciel est sûrement réel et illustre en tout cas parfaitement de quoi il s'agit...

En fait, c'est un artefact photographique dû au fait que les capteurs des appareils numériques lisent souvent les données colonne par colonne... S'il y a un flash très bref pendant ce processus, il y aura une colonne surexposée sur la photo... Ici, c'est un éclair qui a brièvement illuminé le ciel derrière la pyramide, et ça n'est donc que le ciel qui est surexposé sur une partie de sa largeur...

Des explications détaillées, avec de nombreux exemples, se trouvent sur le site Metabunk.

Une hypothèse qui restait à creuser

Les faisceaux convergents au zénith sont donc la caractéristique principale des piliers de lumière zénithaux, et c'est bien ce qu'on observe sur la photo du phénomène de la place Bonaventure... En outre, les lumières les plus visibles évoquent très bien la disposition de celles de la piscine de l'hôtel, en demi-cercle.

Les cristaux de glace plats, responsables de l'apparition de piliers de lumière, se forment généralement à des températures comprises entre 0 et -4° C, ou entre -10 et -20° C. C'est conforme aux conditions météorologiques indiquées par Haines et Guénette : À 20 h 00 la température de l’air était de -1° C près du sol et le vent était de 4 km/h venant de l’ouest. Alors que la température n’a diminué que d’un degré durant les deux heures suivantes, le vent est monté à 9 km/h venant du nord-ouest (variable).

Ça fait déjà beaucoup d'éléments qui valident cette explication... Wim van Utrecht avance aussi que l'altitude déduite de la nappe de cristaux correspondrait bien à la base des nuages :

Restons-en aux preuves physiques et faisons à nouveau des calculs avec la première des deux photos prises par LAROCHE. Selon H & G, la largeur linéaire de l'axe le plus long du corps central mesure 0,370'' sur un agrandissement de 8'' x 12''. Cela signifie que la largeur linéaire de l'image sur le négatif de 35 mm était de 1,079 mm. Cette valeur permet d'obtenir la taille réelle du phénomène pour toute valeur supposée de la distance, en utilisant la formule indiquant que la taille de l'objet photographié est égale à la taille de l'image de l'objet sur le négatif divisée par la distance focale (50 mm) et multipliée par la distance entre l'appareil photo et l'objet (dans notre cas, la distance de la base des nuages qui, à notre avis, a fait office de couche réfléchissante). Selon les données météorologiques recueillies à partir des registres de l'aéroport international Dorval, il y avait une couche de nuages à 4500 pieds à 20 h 30 qui avait baissé à 4200 pieds à 21 h 00 et à 3500 pieds à 21 h 30. On peut donc supposer que, lorsque M. LAROCHE a pris sa première image, à 21 h 10, la base des nuages était comprise entre 3500 et 4200 pieds (1148 m et 1377 m). Puisque les photos ont été prises du toit de l'hôtel, nous devons soustraire 65 m (la hauteur moyenne d'un bâtiment de 17 étages) de ces altitudes. Cela donne 1083 m pour le minimum et 1312 m pour la distance maximale entre l'appareil photo et le phénomène. Pour obtenir la taille du phénomène, nous devons multiplier ces distances par 1,079 et diviser le résultat par 50. On obtient 23,4 et 28,3 m. En d'autres termes, pas si loin (comparé à 585 et 1505 m) de la longueur moyenne d'une piscine (la piscine de l'hôtel Hilton étant « d'environ 15 mètres de long », selon l'avis d'un voyageur sur Tripadvisor.

Malheureusement, il commet plusieurs erreurs :

D'abord, la dimension des photos sur un film 35 mm est de 24 x 36 mm, donc l'objet mesure 1,11 mm sur le film. Ensuite, nous avons vu que l'angle calculé par Haines ne correspond pas au diamètre de « l'objet », et donc à la longueur de la piscine, mais à la distance couverte par les trois lumières les plus visibles, qui n'est que de 8 mètres reportée aux lumières de la piscine. Et enfin, il oublie que la distance apparente de l'image de la piscine est égale au double de celle de la couche de cristaux dans laquelle elle se reflète. Ces corrections faites, on trouve que l'image de la piscine se trouve à 360 m au-dessus de celle-ci, et donc que la couche de cristaux se trouve 180 m au-dessus des témoins, ou à  245 m du sol. On est loin des nuages à 1200 m d'altitude !

Il s'agit en outre de la limite supérieure de la nappe de cristaux. Son épaisseur peut être calculée d'après le rapport entre la longueur des rayons externes et leur éloignement du centre de convergence... Ce rapport, égal à 0,44, est égal au rapport de l'épaisseur de la nappe de cristaux sur son altitude maximale (par rapport au photographe, donc 180 m)... L'épaisseur est donc de l'ordre de 80 m, soit une altitude de 165 m par rapport au sol. C'est du reste une épaisseur normale pour une nappe de poudrin de glace, qui va de quelques dizaines de mètres à quelque 300 mètres.

Mais est-ce que ça remet en cause l'hypothèse ? Pas du tout, parce que c'est aussi une erreur d'identifier la nappe de cristaux aux nuages !

Les cristaux de glace ne forment pas de nuages, ou plutôt ils forment des nuages très ténus, les cristaux étant beaucoup moins nombreux que les particules d'eau dans les nuages visibles dans le ciel... Quand on se trouve à l'intérieur d'une nappe de « poussière de diamant » (je préfère décidément ce terme), on n'a pas du tout l'impression d'être dans du brouillard, la visibilité étant en général très peu réduite.

C'est d'ailleurs ce qu'indique le rapport Haines-Guénette : Mais une humidité relative élevée d’environ 95 pour-cent près du sol s’est progressivement transformée en une fine brume s’étendant du sol jusqu’à une altitude de plusieurs milliers de pieds. Il n’y avait que quelques nuages épars présents entre 1500 et 2500 mètres.

Et plus loin : À 20 h 30 il y avait une couche de nuages épars à 900 mètres et une couche épaisse à 1400 mètres.

De plus, les cristaux responsables des piliers de lumière ont une taille suffisamment importante pour tomber, ce qui leur confère leur position horizontale, ils tombent donc au-dessous du nuage dans lequel ils se sont formés, tout comme la pluie ou la neige !

Bref, la couche de cristaux n'avait rien à voir avec la couche nuageuse enregistrée par les stations météo, qui a plus tard dans la soirée apporté de la neige. Rien d'étonnant donc à ce que la nappe de cristaux responsable des réflexions dans le ciel soit à une altitude très inférieure à la base des nuages.

Les témoins disent que « l'objet » se trouvait au niveau des nuages, et qu'il a peu à peu disparu dans les nuages, mais il faut rappeler que l'appréciation de la distance d'un objet inconnu est tout à fait hasardeuse au-delà de quelques dizaines de mètres, puisqu'on n'a physiologiquement aucun moyen de la connaître. L'objet se présentait sous forme de faisceaux de lumière d'apparence floue, il était normal de penser qu'ils se trouvaient à l'intérieur des nuages, ou qu'il s'agissait de lumières projetées sur les nuages... Et lorsque les conditions météo sont devenues défavorables à la formation de cristaux, que ceux-ci ont peu à peu disparu et l'objet avec, il était tout aussi naturel de penser qu'il était graduellement occulté par les nuages de plus en plus bas et denses.

Rien d'anormal donc dans tout ça, mais il n'empêche que Wim van Utrecht y perd un de ses principaux arguments... Ça n'est pas vraiment important étant donné que la ressemblance de la photo avec d'autres photos de piliers de lumière zénithaux est déjà une évidence en soi, mais on peut approfondir en comparant les positions des différentes lumières sur la photo avec les lumières au sol, dont elles doivent être l'image inversée.

On ne peut pas s'attendre à une corrélation parfaite du fait qu'on ne sait pas vraiment quelles étaient toutes les lumières présentes sur le toit de l'hôtel ce soir-là. La vue d'hélicoptère dans le reportage de Canal D nous donne tout de même quelques indications sur les lumières qui semblent permanentes sur le toit de l'hôtel, outre celles de la piscine :

vue d'hélicoptère la nuit du toit de l'hôtel

Maintenant, on peut superposer en transparence les lumières apparaissant sur la photo avec celles de la piscine repérées sur Google Maps, et voir ce que cela donne avec l'ensemble des lumières :

superposition des lumères de la photo avec celles de la piscine

On voit que les lumières b à f se superposent parfaitement avec cinq des lumières de la piscine (situées à peu près par des points jaunes). Il en manque une, mais elle pouvait être occultée par un baigneur, ou être simplement en panne, comme cela arrive fréquemment : on trouve sur Trip advisor plusieurs photos de la piscine avec des lumières éclairées et d'autres éteintes, par exemple celle-ci :

vue de la piscine avec une des lumières éteintes

La lumière a se trouve quant à elle à proximité de ce qui semble être une fenêtre d'un local technique, que l'on peut voir sur une reconstitution 3D de Google Maps ou ici Apple Plans :

vue en 3D du local technique avec fenêtres et porte

Il se pourrait bien que ce soit éclairé quelquefois...

Par contre, aucune des autres lumières sur la photo ne correspond à une des lumières présentes sur le toit de l'hôtel ni à quoi que ce soit qui pourrait être source de lumière !

Nous y reviendrons, mais parlons d'abord de la dernière difficulté : le point de convergence des différents rayons, qui doit correspondre au sol à la position de l'appareil photo, se trouve... dans la piscine, à plus de deux mètres du bord !

Il reste à savoir dans quelle mesure les lumières reflétées dans les cristaux représentent précisément la position des lumières au sol... Et cela dépend directement de l'orientation des cristaux. Bien sûr, les cristaux ne sont pas parfaitement stables, ils oscillent toujours légèrement dans leur chute, mais dans une atmosphère calme l'orientation globale est précisément horizontale : la dispersion individuelle fait simplement qu'une lumière ponctuelle devient une tache floue, ou un pilier flou.

S'il y a du vent, tant qu'il reste continu, cela ne change rien : les cristaux suivent le mouvement du vent et subissent l'effet de la pesanteur verticale, ils resteront donc horizontaux. Par contre, c'est quand le vent change de direction verticale, en raison d'un obstacle, que cela peut changer : on peut supposer que l'orientation du cristal suivra, au moins partiellement, le mouvement de l'air, et ne sera donc plus parfaitement horizontale.

Il y avait bien un peu de vent, soufflant de l'ouest à 4 km/h, le soir du 7 novembre 1990 à Montréal. Et pour une nappe de cristaux à environ 200 mètres du sol, les obstacles susceptibles de dévier le courant d'air sont nombreux : le bâtiment abritant l'hôtel, avec son volume imposant et ses 65 mètres de hauteur, plusieurs tours à proximité qui s'élèvent à près de 200 mètres (la plus haute les dépasse même, mais c'est précisément celle qui était en cours de construction juste à côté de l'hôtel), sans oublier le courant de convection créé par la piscine chauffée.

Essayons donc d'estimer quelle doit être la déviation dans l'orientation des cristaux pour expliquer le déplacement du point de convergence apparent des faisceaux... En fait, c'est essentiellement le faisceau issu de la lumière de la piscine que j'ai notée c qui donne la position du centre de convergence : les autres sont soit trop loin, soit trop courts pour que l'on puisse l'apprécier correctement. Il s'agit donc de savoir comment on pourrait dévier ce faisceau pour qu'il « pointe » vers le bord de la piscine et non pas en plein dedans !

Comment le faisceau de la lumière c devrait être dévié

Pour cela, le déplacement de l'extrémité du faisceau, représenté par la flèche rouge, doit être symétrique par rapport à la lumière c de celui du point de convergence (croix), qui est d'environ trois mètres pour l'amener à un angle rentrant de la piscine. On considérera pour simplifier que la lumière se trouve à égale distance du centre de symétrie et de l'extrémité extérieure du faisceau, ce qui signifie à peu près que l'altitude du bas de la nappe de cristaux était de la moitié de celle du haut, soit 90 m par rapport au toit de l'hôtel ; l'extrémité du faisceau se déplacera donc de la même distance apparente sur le plan, mais elle correspond au reflet de la lumière de la piscine à une échelle deux fois plus grande, et donc ce point reflété par le bas de la couche de cristaux ne sera déplacé que de 1,5 m. Et pour qu'un point reflété par des cristaux de glace à 90 m de hauteur soit dévié de 1,5 m, il faut que les rayons lumineux soient déviés de 0,95° (arc tangente (1,5/90)), et donc que les cristaux soient déviés de la moitié de cette valeur.

Je n'ai peut-être pas été très clair, mais je ne tiens pas à trop m'attarder sur ce problème de géométrie : réfléchissez-y ou faites-moi confiance pour le résultat ! D'ailleurs, je me suis rendu compte au moment de faire la mise à jour qu'il y a un moyen beaucoup plus simple de calculer cette déviation :

Déviation de la direction de l'extrémité du faisceau = déviation du cristal réfléchissant

Pour que l'extrémité du faisceau apparaisse sur la photo déviée d'un angle α, il faut que les cristaux qui le reflètent soient déviés du même angle... On sait que les deux lumières b et d, de part et d'autre de c, sont séparées par un angle de 1,23°, on trouve proportionnellement que la longueur de notre flèche rouge sur le plan correspond à 0,52°.

Environ un demi-degré, c'est donc la variation d'inclinaison des cristaux entre 90 et 180 m d'altitude pour expliquer que le « rayon » pointe dans l'eau et pas à l'angle de la piscine... Bien sûr, il faut aussi que cette variation progresse régulièrement pour que le faisceau paraisse linéaire sur la photo, mais c'est assez naturel dans le cas d'une déviation des couches d'air en raison du relief : plus on s'éloigne de l'hôtel, et plus la déviation est faible. Du reste, à y regarder de plus près, il semble bien que le rayon ne soit pas tout à fait linéaire :

Agrandissement de la partie centrale montrant un changement d'orientation du faisceau

L'explication semble donc vraisemblable. Notons que si l'orientation des cristaux est ainsi légèrement déviée par les perturbations de l'atmosphère, ça doit se traduire par une convergence imparfaite des différents rayons visibles sur la photo. J'ai tenté ci-dessous de prolonger au mieux les axes de ces différents rayons :

Lignes de convergence des différentes lumières

Il semble effectivement que la convergence ne soit pas parfaite, même si les rayons sont trop imprécis pour que l'on puisse déterminer précisément leur axe d'orientation.

Enfin, pour ceux qui penseraient que ça n'est quand même pas de chance que le centre de convergence apparent tombe dans la piscine, c'est une erreur. On a vu que sa position « corrigée » était proche d'un angle rentrant de la piscine, et pour Marcel Laroche c'était un choix judicieux : avec toutes les personnes présentes autour de la piscine, il lui aurait été difficile d'empêcher les gens d'approcher tout autour de son appareil photo pendant les quelques trente secondes de pose. En choisissant de le placer près d'un angle rentrant de la piscine, il n'avait qu'un petit espace à surveiller ! Et si on considère que cet angle mesure environ 120°, il y avait deux chances sur trois pour qu'une déviation de la position apparente du centre de convergence tombe à l'eau... Les probabilités sont avec nous, et du reste c'est une chance puisque ça nous a permis de nous poser des questions intéressantes !

Passons maintenant à l'autre problème intéressant, plus épineux, qui est l'absence de toute corrélation entre les rayons les plus éloignés sur la photo avec des lumières de l'hôtel.

Si on compare ces faisceaux lumineux à ceux correspondant aux lumières de la piscine, on remarque qu'ils sont beaucoup plus larges... Et pourtant, les lumières de la piscine sont elles-mêmes assez étendues, puisqu'il ne s'agit pas directement des spots, dirigés verticalement, mais du fond de la piscine qu'ils éclairent.

Pour une source ponctuelle, la largeur d'un pilier de lumière est déterminée par l'écart moyen dans l'orientation des cristaux : ils tombent globalement à l'horizontale, avec éventuellement des variations locales, mais ils oscillent légèrement dans leur chute. On a vu que les cristaux les plus petits sont orientés aléatoirement et restent en suspension dans les nuages, il est donc probable que plus ils grossissent et plus ils se stabilisent horizontalement.

On peut donc supposer que c'est une seconde nappe de cristaux, plus petits, qui est à l'origine des faisceaux périphériques... La présence de deux couches se voit aussi par exemple sur la photo d'Ath en Belgique, et on en verra bientôt un autre exemple... Ou peut-être s'agit-il d'une nappe unique avec des cristaux qui augmentent de taille dans leur chute.

Dans ce cas, avec une nappe de cristaux plus haute que celle responsable des reflets de la piscine, on doit chercher les sources de lumière plus loin, à l'extérieur de l'hôtel. Pour les identifier, il faudrait avoir une photo aérienne de nuit de la place Bonaventure... J'en étais là de mes réflexions quand Christian Page a eu la bonne idée de diffuser un nouveau documentaire sur cette affaire, dont je reparlerai à la fin, avec justement une vidéo prise d'un hélicoptère au-dessus de l'hôtel :

Vue aérienne de nuit

Les lumières à gauche correspondent à la tour du 1000 la Gauchetière qui était en construction en 1990... Ces lumières n'existaient donc pas encore, mais on sait qu'il y en avait d'autres, très puissantes, qui éclairaient le chantier, et il est bien possible qu'elles aient été responsables d'un des faisceaux lumineux puisque l'officier Lippé écrit dans le rapport de police de la SPCUM : Nous avons fait éteindre ces projecteurs — Après que tout soit éteint — on pouvait encore remarquer deux faisceaux lumineux au même endroit que l'objet observée.

Mais on voit aussi trois lumières très puissantes, alignées, à droite de l'hôtel en bordure du boulevard Robert Bourassa. Il semble qu'il s'agisse de lumières dont la source est proche du sol, et la deuxième pourrait être ce que l'on voit en haut de ce mur avec Street view :

Projecteur sur un mur

Positionnons maintenant ces lumières sur une vue Google maps, et essayons à nouveau de superposer les faisceaux de la photo à ce plan mais à une échelle plus grande que précédemment, sans modifier le centre de convergence ni l'orientation :

Superposition des faisceaux g à k avec les lumières visibles à l'extérieur

Les faisceaux j et k sur la photo correspondent très précisément à deux de ces puissantes lumières visibles dans la vidéo aérienne ! La troisième serait à la limite de la photographie, peut-être qu'on pourrait la distinguer avec une photo non recadrée. Quant au faisceau g, il pourrait bien correspondre à une des lumières du chantier de la tour en construction, puisqu'on ne sait pas exactement comment elles étaient disposées et orientées. Les faisceaux h et i trouveraient leur source sur des parkings à côté de la gare et du centre commercial, il ne serait pas surprenant d'y trouver de temps en temps des véhicules équipés de fortes lumières... Tout n'est pas parfait, mais trois lumières identifiées sur 5, dont deux avec une direction très précise, c'est déjà un bon résultat et difficilement imputable au hasard. Il faudrait bien sûr vérifier que ces deux lumières dirigées vers le ciel en bordure du boulevard Bourassa étaient déjà présentes en 1990, mais ça je ne peux pas le faire...

On peut calculer comme précédemment l'altitude de cette nappe de cristaux... On trouve 610 mètres pour le haut (par rapport au sol), et de l'ordre de 400 m pour le bas, soit nettement au-dessous des nuages (à peu près 1100 m à l'heure de prise des photos), et au-dessus de la première nappe (entre 165 et 245 mètres).

J'ai été conforté dans cette supposition d'une seconde nappe de cristaux réflecteurs lorsque Christian Page m'a donné des précisions sur sa propre observation du phénomène. Page, qui participe à de nombreuses émissions de radio et télévision consacrées au paranormal et à qui on doit en grande partie les deux principaux reportages sur ce phénomène, avait été alerté et s'était rendu sur place le soir-même. Il était arrivé un peu tard pour assister au spectacle dont il n'a vu que les dernières lueurs, mais c'est justement ce qui rend son témoignage intéressant :

Le phénomène observé n'était pas à la verticale de la piscine, mais concentré, un peu plus vers le nord (vers la Place Ville-Marie), selon un angle de 70° (je le sais, j'y étais... Je suis arrivé vers 22 h 30. À ce moment-là le phénomène n'était plus qu'un faible halo dans les nuages, mais toujours visible).

Puisque Christian Page n'a vu qu'un faible halo localisé alors que les témoins présents plus tôt décrivent un ensemble de faisceaux lumineux couvrant une grande partie du ciel, on peut supposer qu'il ne restait plus que la lumière la plus visible, qui se situerait donc en direction de la place Ville-Marie au nord (le nord « montréalais », correspondant à l'ouest-nord-ouest pour le commun des mortels). Peut-être d'ailleurs est-ce la persistance de cette dernière lueur qui a fait dire à certains témoins que le phénomène s'était déplacé vers le nord à la fin.

Ce qui est intéressant, c'est que la place Ville-Marie abrite une haute tour (188 m) surmontée d'une des plus puissantes sources de lumière de la ville, que l'on appelle communément le « gyrophare de Montréal »... Il s'agit d'un ensemble de quatre projecteurs de 2500 watts chacun, qui émettent quatre faisceaux de lumière formant une croix horizontale ; l'ensemble est monté sur un plateau tournant effectuant un tour en 26 secondes, si bien que les faisceaux reviennent cycliquement tour à tour en moins de 8 secondes. Ce « phare » visible à des dizaines de kilomètres n'a pas d'utilité pratique, il symbolise le rayonnement de la Banque royale du Canada à qui il appartient.

Un phare dans la nuit

Les faisceaux eux-mêmes ne devaient pas beaucoup interférer avec les cristaux puisqu'étant horizontaux ils les traversaient par la tranche (peut-être qu'un observateur situé à la même altitude pouvait voir apparaître régulièrement des « paraphares » à 22° de part et d'autre de ce « phare », mais le bâtiment commercial de la place Bonaventure est beaucoup moins élevé). Mais vus d'en haut, ces gros projecteurs doivent constituer une source de lumière bien visible, sans doute même la plus intense au voisinage de l'hôtel Bonaventure.

Le gyrophare se situe à 370 m de distance horizontale de la piscine de l'hôtel... Calculons donc à quelle hauteur angulaire serait vue sa réflexion sur une nappe de cristaux comprise entre 400 et 610 m d'altitude :

Schéma des piliers dus au gyrophare sue les deux nappes de cristaux : 21 à 32° et 56 à 69°£ de hauteur angulaire

J'ai tout représenté à l'échelle. À gauche, la tour Ville-Marie avec le gyrophare au sommet, à droite l'hôtel avec l'observateur sur la terrasse ; en bleu, les deux nappes de cristaux supposées, et tout en haut en gris la couche de nuages à 1040 m d'altitude.

Pour toute altitude a à laquelle se fera la réflexion, la hauteur angulaire sera égale à arc tangente ((2a-65-190)/370).

On trouve que le pilier formé par la couche du haut est visible entre 56 et 69° de hauteur angulaire, ce qui est bien proche des 70° indiqués par Page. Notons que le phénomène s'étant dissipé peu à peu, il est vraisemblable que la nappe de cristaux était de moins en moins épaisse, si bien que la lueur vue par Christian Page ne devait pas être très étendue en hauteur... Par contre, cette nouvelle lumière devait participer considérablement au phénomène vu durant la soirée, mais sortait du cadre de la photographie... Le phénomène devait être décidément bien plus étendu que ce qu'on en voit sur la photo ! Il y a du reste d'autres projecteurs très lumineux sur la tour de la Bourse, qui se situe à peu près à la même distance et altitude que celle de la place Ville-Marie mais vers le nord-nord-est (le vrai !)

Notons que Christian Page rejette cette explication :

J'exclus toutefois (comme source) le gyrophare de la place Ville-Marie, même si, de la piscine de l'hôtel Hilton, le phénomène était plus ou moins dans cette direction. Le gyrophare de la Place Ville-Marie est composé de quatre grosses lumières (disposées en croix) qui fait un tour complet en un peu moins de 30 secondes (ce qui signifie qu'un de ces faisceaux balaie le ciel toutes les 7 secondes). Or le phénomène n'était pas affecté par ce balayage que je pouvais voir sur les nuages. Le phénomène était (de mon point d'observation) statique et tout à fait stable. Au fil des minutes, il a fini par être « avalé » par les nuages.

Vu d'une perspective de 70° ou guère moins, je ne suis pas sûr que la luminosité globale de ce phare varie beaucoup... Ce ne sont pas directement les faisceaux qui sont vus, mais la lumière diffusée par l'optique des projecteurs ou réfléchie par le toit de l'immeuble... Et puisqu'il y a quatre projecteurs émettant à angle droit, il y en a toujours deux qui sont vus en même temps et dont la luminosité globale doit rester à peu près constante (pendant la rotation, celle de l'un augmente pendant que celle de l'autre diminue) ; le tout largement « flouté » par la réflexion sur une multitude de cristaux à l'orientation variable, et avec une luminosité qu'on distinguait alors à peine sur le fond nuageux, je doute que la variation de lumière ait été sensible... En outre, l'apparition des faisceaux éclairant le ciel au même rythme, et dans la même direction, devait perturber la perception de la lumière... Bref vu la coïncidence de la direction et de la hauteur angulaire de la lueur vue par Christian Page, je persiste à penser que ce gyrophare géant en était l'origine.

Mais si cette idée d'une deuxième nappe de cristaux est bonne, il reste à expliquer :

1) Pourquoi on ne voit pas les lumières de la piscine se refléter sur la nappe de cristaux supérieure ? Simplement parce que cette nappe est faite de cristaux plus petits, donc présentant moins de surface réfléchissante si leur nombre est identique, et qui « étalent » beaucoup plus le reflet du fait de leur alignement moins précis... On voit sur la photo aérienne que les deux lumières du boulevard Bourassa sont beaucoup plus lumineuses que celles de la piscine, et pourtant leurs faisceaux sont à peine visibles sur la photo du phénomène.

2) Et inversement, pourquoi les lumières périphériques ne se sont pas réfléchies aussi sur la première nappe de cristaux, puisqu'elle était beaucoup plus efficace ? D'abord, la plupart de ces réflexions seraient en dehors du champ de la photographie... Seules les réflexions des faisceaux g et h pourraient être visibles, mais peut-être que les arbres qu'il y a dans cette direction les masquaient. Peut-être aussi que les lumières étaient des spots dirigés vers le ciel, dont la luminosité baissait fortement à mesure que l'angle de visée s'éloignait de la verticale.

Mais dans le cas où la réflexion sur cette couche basse aurait était visible à l'oeil, les témoins auraient vu les faisceaux beaucoup plus longs, et en deux parties, que ce que l'on voit sur la photo, et n'auraient pas beaucoup exagéré les dimensions hors tout des lumières : 1,4 à 1,5 m à bout de bras d'après Line Saint-Pierre, Marcel Laroche et Albert Sterling, 90 cm à bout de bras d'après François Lippé... Comparons à ce que serait l'angle couvert par les faisceaux des lumières g et k, qui sont à peu près opposées, se réfléchissant sur la première nappe de cristaux. Sur le plan, ces lumières sont espacées de 270 m... L'extrémité externe des deux faisceaux correspond à leur réflexion sur le bas de la couche de cristaux, environ 100 m au-dessus de la terrasse, tout se passe donc comme si elles étaient vues depuis une hauteur égale à 265 m : deux fois cent mètres plus la hauteur du bâtiment. Cela correspond à une dimension angulaire de 54°, ou 48 cm à bout de bras... Deux ou trois fois moins que l'estimation des témoins, on retrouve la marge d'exagération habituelle.

Bien sûr, je n'ai fait que chercher une explication raisonnable aux difficultés posées par l'explication par des piliers de lumières, mais je ne suis pas spécialiste de ces phénomènes, et il serait intéressant qu'un météorologue connaissant bien le sujet nous dise ce qu'il en pense... Il y a sans doute des erreurs dans mes suppositions, et aussi des choses auxquelles je n'ai pas pensé. En attendant, tout ça me paraît plausible.

Pour en terminer avec l'analyse de la photo de Marcel Laroche, je me suis demandé si par hasard on n'y voyait pas aussi des étoiles, ce qui serait plein d'enseignement... Même s'il est dit qu'il y avait un plafond nuageux à 21 h, il ne couvrait peut-être pas l'ensemble du ciel, et la photo semble bien montrer que la couverture nuageuse n'était pas uniforme...

Sur la reproduction diffusée par le Garpan, on voit bien quelques points blancs qui pourraient correspondre à des étoiles, et ceux qui sont situés à droite évoquent assez bien la constellation de Cassiopée !

Photo du GARPAN

Mais on ne retrouve pas ces points sur l'autre photo que j'ai utilisée, et inversement une tache qui a l'air assez ponctuelle sur cette dernière photo ne se retrouve pas sur celle du Garpan... Malheureusement, les reproductions disponibles de la photographie de Marcel Laroche sont de très mauvaise qualité et définition, en plus d'être comme on l'a vu recadrées. C'est d'autant plus dommage que c'est dans la partie gauche que les nuages ont l'air le moins présents, c'est donc là qu'on pourrait éventuellement voir des étoiles, et c'est aussi de ce côté que la photo d'origine a été le plus tronquée !

Les parties manquantes de la photo

C'est vraiment dommage de ne pas disposer d'une photo meilleure qualité et complète, mais il faut rappeler qu'en 1990 les scanners commençaient tout juste à se développer et n'étaient pas très performants : la station de traitement d'image dédiée utilisée par Richard Haines coûtait à l'époque de l'ordre de 20 000 $, pour traiter des images de seulement un mégapixels et avec comme on l'a vu tout de même des défauts. Quant au World Wide Web qui a popularisé Internet, il naissait tout juste, avec de grandes difficultés !

Comment une cinquantaine de témoins ont pu être abusés pendant trois heures ?

On peut s'étonner que tous les témoins présents sur la terrasse de l'hôtel aient pu être ainsi abusés aussi longtemps par un simple effet de réflexion...

Mais au fond, on n'en sait rien ! On ne connaît que quelques témoignages, et on sait que certains observateurs ont pensé à une réflexion de lumières sur les nuages puisqu'un policier a fait éteindre les projecteurs d'une grue pour s'assurer qu'elles n'étaient pas en cause... Quant aux autres lumières extérieures à l'hôtel qui semblent être responsables des réflexions, elles n'étaient pas visibles depuis l'hôtel.

Et le phénomène de piliers de lumière n'était pas très connu, à voir le temps qu'il a fallu pour que l'explication soit proposée. Des piliers de lumière doivent être assez fréquents dans des régions où il fait souvent froid, sans que tous ceux qui les voient connaissent l'explication, mais les piliers de lumière zénithaux, convergents, semblent très mal connus, et même maintenant qu'Internet s'est développé et que tout le monde a des appareils photo sur soi on n'en trouve que quelques rares photographies ! Cela, c'est d'une part parce qu'il faut se trouver à proximité d'une source de lumière intense pour les voir, et d'autre part parce que la plupart des gens portent rarement leur regard au zénith !

On connaît mieux les nuages éclairés par des faisceaux lumineux, en particulier depuis que les discothèques, notamment, utilisent les « sky trackers » pour attirer les clients de loin : des projecteurs à faisceaux multiples et souvent mouvants, qui peuvent dessiner diverses formes géométriques. Ils se sont multipliés justement dans les années 90, et ont été à l'origine de nombreuses observations d'ovnis allégués (certains ufologues n'ont pas manqué même d'imaginer des cas de « mimétisme » avec d'authentiques soucoupes volantes qui imiteraient les projections de sky trackers !) C'est donc naturellement à cela que les témoins pensaient, mais les piliers de lumière sont très différents : d'une part, la présence de nuages n'est pas nécessaire et n'augmente pas l'intensité du phénomène (on verra d'ailleurs que Richard Haines persiste avec la plus grande mauvaise foi à nier l'explication par des piliers de lumière en les assimilant à des réflexions dans des nuages, qui auraient dû s'intensifier au lieu de disparaître alors que la couche de nuage devenait plus dense et plus basse) ; et d'autre part, alors que les sky trackers forment des figures planes, comme des images projetées sur un écran, les piliers de lumière sont bien des figures en trois dimensions, et se modifient lorsqu'on se déplace... En fait, tout se passe exactement comme s'il y avait un ensemble de tubes de lumière tronqués parfaitement verticaux, situés chacun précisément au-dessus de la lumière source.

On peut alors se demander comment personne ne s'est rendu compte que ces faisceaux lumineux représentaient dans le ciel l'image des lumières de la piscine... Mais il faut rappeler que les reflets des lumières de la piscine ne représentent qu'une petite partie du phénomène : ils occupaient moins de trois degrés dans le ciel alors que l'ensemble du phénomène avait une dimension au moins dix fois plus importante, avec des sources de lumière qui n'étaient pas visibles depuis la terrasse de l'hôtel. On s'est focalisé sur les lumières de la piscine d'une part parce que Richard Haines a bêtement éliminé les faisceaux les plus externes apparaissant sur la photo, lesquels étaient sans doute encore plus étendus à l'oeil nu, et d'autre part parce que leur disposition caractéristique en demi-cercle évoquait étrangement celle des lumières centrales visibles sur la photo. Mais il n'est pas du tout évident quand on est au bord de la piscine de se rendre compte de cette disposition particulière des lumières, et d'ailleurs autant que je sache personne n'a remarqué cette similitude de disposition avant que sorte le reportage de Canal D, dix-sept ans après les faits, où on voit l'hôtel et sa piscine la nuit depuis un hélicoptère... C'est un peu comme les pistes de Nazca, il faut les voir du ciel pour se rendre compte qu'elles forment des dessins !

Ce qui me paraît plus difficile à imaginer, c'est qu'avec une cinquantaine de personnes observant le phénomène pendant trois heures, aucune apparemment n'a eu l'idée de pointer le faisceau d'une lampe torche vers lui, peut-être même dans l'espoir d'obtenir une réponse des occupants de l'engin ! Quiconque aurait fait cela n'aurait pas manqué de constater qu'en pointant sa torche précisément à la verticale, vers le centre du phénomène, un nouveau point lumineux apparaissait dans le ciel, ce qui l'aurait au moins mis sur la voie de l'explication. Mais aussi surprenant que cela paraisse, le fait est que personne n'évoque une telle expérience... Pas un mot à ce sujet en particulier dans les rapports des policiers ni dans leurs témoignages ultérieurs, et pourtant on imagine que les policiers américains en service la nuit, que ce soit aux États-Unis ou au Canada, sont généralement équipés d'une traditionnelle Maglite !

Il y a donc de quoi être surpris, mais n'oublions pas que c'est toujours en raison de circonstances particulières qu'un phénomène rare peut devenir un ovni très médiatisé... Si les témoins avaient été un peu plus malins, le phénomène de la place Bonaventure serait devenu un OVI parmi bien d'autres !

Des ovnis dans tout Montréal

Il n'y a plus guère de doutes concernant l'objet vu sur la terrasse de l'hôtel Bonaventure, mais qu'en est-il des autres témoins qui se sont manifestés un peu partout dans Montréal ? Les lumières de la piscine seraient-elles suffisamment lumineuses pour avoir été vues par exemple par Pierre Caumartin à une douzaine de kilomètres de l'hôtel ?

Bien évidemment non ! Et je ne doute pas que certains ufologues pas très imaginatifs (parce que non, imaginer tout et n'importe quoi ça n'est pas faire preuve d'imagination !) n'hésiteront pas à penser que des tas d'authentiques ovnis ont profité de la présence du phénomène bien identifié au-dessus de l'hôtel Bonaventure pour se manifester sans trop se faire remarquer, en « parasitant » voire en « mimant » des piliers de lumière !

Mais il faut comprendre que les lumières de la piscine n'avaient rien de remarquable, elles ne constituaient pas en elles-mêmes le phénomène à l'origine de l'ovni... Le phénomène, c'était la présence d'une nappe de cristaux de glace horizontaux, et il n'y a aucune raison qu'elle ait été localisée très précisément au-dessus de l'hôtel ! Elle s'étendait sûrement sur tout Montréal, et même au-delà.

Et donc, toute personne située à proximité de lumières assez intenses devait assister à un phénomène similaire à l'ovni vu au-dessus de l'hôtel Bonaventure, pourvu qu'elle ait eu l'idée de lever la tête vers le ciel ! Et les sources de lumière ne manquent pas à Montréal, une des régions au monde où on consomme le plus d'électricité par habitant (plus du triple qu'en France) et où on ne s'en prive pas puisqu'elle est fournie pour l'enssentiel par de l'énergie renouvelable (en particulier hydroélectrique) qui ne manque pas...

Passons donc en revue les témoignages ne provenant pas de la terrasse du Hilton Bonaventure... Un courrier du Centre national de recherche du Canada, s'appuyant sur le rapport de la GRC, indique :

L'objet fut observé le 90-11-07 entre 19 h 30 et 22 h au-dessus du quadrilatère occupé par les rues Mansfield, University, la Gauchetière et Saint-Antoine et plus spécifiquement au-dessus de la piscine de l'hôtel Bonaventure.

Ça semble indiquer que l'objet était visible en-dehors de l'hôtel. Les quatre rues citées sont celles qui entourent directement l'hôtel (la rue University a depuis été renommée boulevard Robert Bourassa, c'est là que se trouvent deux des lumières qui pourraient correspondre à deux faisceaux de la photo).

On connaît déjà par l'émission de Radio Canada un témoin qui dit avoir vu l'objet, prévenu par le portier à son arrivée, à l'entrée de l'hôtel :

En arrivant par taxi hier de l'aéroport, je m'avançais déjà, le portier me dit « regarde, on a une soucoupe volante qui est au-dessus de nous », j'ai regardé j'ai dit « voyons donc, ça n'existe pas ». Parce que y a un édifice en construction à côté, tout ça... De nouveau il m'a répété « regarde, elle descend », et puis on l'a vue, véridiquement, c'était une soucoupe volante...

L'entrée de l'hôtel se trouve rue Mansfield, juste en face du chantier en construction, on peut donc supposer que ce que ce témoin a vu dans un premier temps était essentiellement les lumières du chantier qui se reflétaient dans les cristaux de glace. Ensuite, il a rejoint les autres témoins sur le toit de l'hôtel.

Un autre témoin a été trouvé après vingt ans par Yann Vadnais du GARPAN... Je retranscris le début de cette interview réalisée le 23 août 2012, qu'on peut écouter ici.

Voici comment ça s’est produit... C’est que en compagnie de quelques amis, en soirée du 7 novembre 1990, nous arrivions de l’ouest, secteur du métro Georges-Vanier, dans la Petite Bourgogne de Montréal, et puis forcément on arrivait par la rue Saint-Antoine. C’était avec quelques personnes, quelques amis ensemble, qui allions prendre un verre ensemble, au centre-ville de Montréal.

Et puis à partir d’un certain moment on est arrivés au point de… enfin de la station de métro Place Bonaventure, on allait vers le nord, forcément, on allait sur l’avenue Sainte-Catherine, et puis avec des amis, on a commencé à bifurquer parce que on a aperçu des lumières qui scintillaient, de très grosses lumières qui scintillaient, au-dessus de la place Bonaventure. Entre… Interpellés un peu par les lumières, et puis parce que ça avait l’air quand même d’un événement assez disparate, on est revenus sur nos pas sur la rue de la Gauchetière, et puis forcément en allant vers l’est un peu, en marchant du côté du trottoir nord, parce qu’on avait voulu monter vers le sud sur la rue de la Cathédrale, on a commencé à marcher sur le trottoir nord évidemment de la rue de la Gauchetière, et forcément vu d’un peu plus proche, enfin de manière un peu plus visibles les lumières qui scintillaient au-dessus de la place Bonaventure. Ça semblait quand même assez élevé, mais pas assez élevé évidemment pour que ça soit par exemple hors d’atteinte.

Y avait quand même quelques témoins qui se promenaient, flânaient, qui pointaient du doigt vers, au-dessus de la place Bonaventure, forcément, dans le ciel, et puis ça nous avait interpellés, et puis mais il semblait y avoir beaucoup d’incrédulité chez les témoins, beaucoup de... enfin de désarroi, parce que ça avait l’air d’être un événement qui était… enfin ce que je veux dire c’est que personne ne riait de ça. Alors qu’on sait que dans la foule généralement il peut y avoir beaucoup de dérision face à certains événements, beaucoup de… enfin de, de moquerie, mais là les gens pointaient du doigt au-dessus de la place Bonaventure, et puis c’est là qu’on a vu plus précisément, enfin ce qu’on pouvait voir dans le ciel c’était des lumières qui scintillaient. Et c’est resté sur place, ça ne bougeait pas.

Forcément, la question à se poser c’était est-ce que c’était des réflecteurs de la place Bonaventure, ou de la place Ville Marie qui est pas tellement loin, mais ça collait pas. Ça ne collait pas, et puis on est, on a continué à marcher, mais moi avec les amis avec lesquels j’étais, forcément c’est que les gens voulaient pas nécessairement s’attarder, et puis on a continué à marcher pendant un certain temps, pendant une minute ou deux, y avait des gens qui passaient qui ont été vers le même endroit. Moi ça m’a rappelé les images du Moyen-Âge par exemple en Europe particulièrement, les gens, des fresques sur certains bâtiments au Moyen-Âge évidemment, où ce que des gens montraient dans le ciel, pointaient vers le ciel, on a continué à marcher et puis ça continuait à scintiller et comme j’ai dit ça restait sur place, ça ne bougeait pas, et moi rentré chez moi le soir…

YV : D’abord, vous étiez combien votre groupe ? Quelle était la réaction des gens dans le groupe ?

Ben on était quand même, on était éparpillés, parce qu’on était quand même une vingtaine de personnes qui se sont donné rendez-vous, évidemment pour aller passer une petite soirée dans un bar, prendre un verre, je me souviens que c’était même l’anniversaire d’un ami, c’est peut-être pour ça qu’on était nombreux.

Et la réaction des gens avec qui j’étais comme j’ai dit était une réaction de mélange de consternation et de blocage : « ça ne peut pas être ça ». Le 1000 la Gauchetière, c’est ça évidemment était à ce moment-là en construction. Donc évidemment c’était pas l’idée de regarder les gens pointer vers l’édifice en construction quand même, fallait pas être naïf : non, les gens pointaient au-dessus de la place Bonaventure. Et moi ce que je savais pas c’était pas clair c’est qu’il y avait quand même une piscine, et moi j’étais revenu à la maison ce soir-là en fin de soirée, j’avais lu les nouvelles de fin de soirée — en 1990 LCM et R?? ça n’existait pas, alors c’est les canaux traditionnels qu’on avait, Réseau Canada, ou en anglais Fox News etcetera — , puis ce que j’avais appris par la suite c’est que l’objet lui-même s’était déplacé vers l’est de l’île de Montréal, c’est-à-dire centre-sud jusqu’à la maison ??, et par la suite avait bifurqué. Mais ça je l’ai pas vu personnellement, mais moi ce que je peux confirmer c’est simplement ce que j’ai vu au-dessus de la place Bonaventure, et puis lorsqu’on est arrivés nous à l’endroit où on allait par la suite sur la rue Sainte Catherine, ça a parlé un peu, mais avec une gêne énorme, vraiment énorme. Un peu comme si les gens avaient été… On était pas des gens excessivement vieux, et y en avait même un peu plus jeunes avec nous, dix-huit ans et tout, puis comme je l’ai dit il y avait quand même une gêne, une espèce de malaise, chez les garçons et les filles, évidemment, ce qui faisait que les gens n’étaient pas enclins à vouloir en parler ouvertement, à penser de poser la question, donc on est pas restés plus de trois à quatre minutes.

Suit un long passage où le témoin s'appesantit sur le « blocage » de ses amis... Ça nous permet de remarquer que ce sont souvent les personnes particulièrement sensibilisés aux ovnis qui témoignent... Ici, le témoin dit avoir lu beaucoup de livres sur la question, par exemple ceux de von Däniken qui est persuadé que les extraterrestres nous visitent depuis des millénaires... Et il s'étonne que les autres témoins du groupe n'ont pas eu envie de parler de « ça » (sous entendu, du vaisseau extraterrestres, puisqu'il est clair que pour lui il ne pouvait pas s'agir d'autre chose), ne trouvaient pas utile de rester plus de quelques minutes, et que plus tard l'un d'eux ne garde aucun souvenir de son observation... Alors, bien sûr, on peut imaginer un blocage induit télépathiquement par le phénomène... Ou bien, que pour la plupart des témoins il n'y avait pas de vaisseau extraterrestre, mais juste un phénomène lumineux dû à une réflexion de lumières sur les nuages ou quelque chose dans ce genre, même s'ils n'avaient pas l'explication exacte ça les intriguait mais sans plus, et ça ne les amenait pas à s'interroger sur des visites extraterrestres !

Le témoignage est accompagné de ce dessin :

Cercle avec trois rayons à l'intérieur, légende : Fluctuation irrégulière aléatoire ?

Ça ne nous éclaire pas beaucoup sur l'aspect du phénomène, évoqué de façon très vague dans le témoignage, mais de toute façon on ne peut guère se fier à une description faite après plus de vingt ans... Intéressons-nous plutôt au déplacement du groupe, indiqué précisément :

Déplacement des témoins sur le plan

Les témoins ont aperçu l'objet alors qu'ils passaient au niveau de la station de métro Bonaventure, donc juste derrière le chantier de la tour en construction... Ils se dirigeaient vers la rue Sainte Catherine, mais ont fait demi-tour pour mieux observer le phénomène qui restait fixe au-dessus de la place Bonaventure, et ont suivi la rue de la Gauchetière. Notons qu'en dehors de celles du chantier en construction, toutes les lumières à l'origine des traces sur la photo de Marcel Laroche se trouvent autour de la place Bonaventure derrière le bâtiment de l'hôtel par rapport aux témoins. Ils voyaient donc dans le ciel des lumières dont ils ne pouvaient pas identifier l'origine.

Il semble en tout cas qu'il y ait eu un grand nombre de témoins aux abords de la place Bonaventure, sans doute du fait du rassemblement de témoins sur le toit et de la rumeur qui s'est répandue jusqu'à l'extérieur. Et aussi en raison des puissantes lumières qu'il y avait autour de cette place, et qui n'étaient pas celles de la piscine.

Ailleurs, tout le monde n'a pas eu l'idée de lever la tête vers le ciel, mais certains l'ont fait, par exemple Bernard Guénette qui est à l'origine de la principale enquête. Revoyons son témoignage :

À 19 h 30 un des auteurs, âgé de 34 ans (B. G.) et un certain M. P. Lachapelle, âgé de 30 ans, étaient dans le Vieux Montréal, marchant près de l’angle des rues Saint-Sulpice et de Brésoles à une dizaine de pâtés de maisons à l’ESE du HB. Ils remarquèrent de nombreux camions de pompiers, voitures de police, et d’autres véhicules d’urgence ainsi que de l’agitation à proximité qui bloquaient partiellement la route ; un exercice d’alerte incendie était en cours. Guénette a porté son regard directement en haut et a vu un petit phénomène verdâtre de type aurore boréale avec de longues flammèches s’étendant vers l’extérieur ; cela ne bougea pas durant les 30 à 60 secondes qu’il regarda. Les deux hommes ont estimé que le phénomène était à très haute altitude.

En fait, ce lieu se situe à 950 m au nord-est de l'hôtel, et pas à l'est-sud-est... Haines et Guénette ont visiblement adopté la convention traditionnelle concernant l'orientation de la ville à Montréal : ce qu'on appelle l'est est en fait le nord-nord-est, par référence au cours du fleuve Saint-Laurent considéré comme allant de l'ouest vers l'est ; il apparaît que la plupart des témoins font de même, mais dans un rapport à diffusion internationale il aurait été bon de le préciser.

Ça n'étaient certainement pas les lumières de la piscine que MM. Guénette et Lachapelle voyaient se refléter dans la couche de cristaux, ni d'autres lumières émanant de la place Bonaventure, mais plutôt bien sûr celles des « nombreux camions de pompiers, voitures de police, et d'autres véhicules d'urgence » qui participaient à un exercice d'alerte incendie juste à côté d'eux ! Et tout comme à l'hôtel Bonaventure, cela se traduisait par un phénomène parfaitement immobile « directement en haut » formant des « flammèches s'étendant vers l'extérieur » ! Avec des lumières bleues, orange et jaunes, le mélange devait paraître à peu près vert, outre le fait qu'au Québec des gyrophares verts peuvent être utilisés sur les véhicules d'urgence destinés à servir de poste de commandement et de coordination des interventions.

Guénette a estimé la dimension du phénomène à un ou deux centimètres à bout de bras... Avec la principale nappe de cristaux qui culminait à 245 m, cela correspond à une dimension au sol de dix à vingt mètres, soit à peu près la taille du carrefour : contrairement à la plupart des témoins, Guénette, graphiste et habitué à collecter des témoignages d'ovnis, n'a pas exagéré les dimensions de ce qu'il a observé !

Un autre témoignage intéressant se trouve dans le rapport Haines-Guénette :

À 20 h 15 une mère et sa fille qui roulaient sur le bvd Champlain dans la partie sud-ouest de Montréal près de l’hôpital Douglas ont déclaré avoir vu deux gros points lumineux blancs dans le ciel avec un certain nombre de lumières plus petites qui ne semblaient pas se déplacer, et étaient silencieux. Le lieu de l’observation est à environ 7 km à l’OSO du HB.

C'était donc plutôt au sud-sud-ouest du HB, et même presque au sud...

Cette fois, on peut douter qu'il s'agisse d'un pilier de lumière zénithal, puisqu'il est tout à fait impossible de voir un objet proche du zénith en conduisant une automobile ! Mais rappelons-nous que les piliers de lumière sont vus bien plus fréquemment bas sur l'horizon, d'où d'ailleurs leur nom. Et il ne s'agit pas d'accumuler les coïncidences, puisque ce sont les mêmes nappes de cristaux de glace qui peuvent selon les circonstances de l'observation refléter des lumières au zénith ou près de l'horizon. Deux gros points lumineux blancs plus un certain nombre de lumières plus petites qui restaient immobiles, ça pourrait bien évoquer différentes lumières de la ville se reflétant dans les cristaux : la nappe de cristaux n'atteignait pas le sol, les piliers de lumière étaient donc détachés des lumières source, qui n'étaient vraisemblablement pas visibles, masquées par les bâtiments de la ville.

Le cas est encore plus évident avec cet autre  témoignage :

Un certain Pierre Caumartin, 31 ans, dit qu’alors qu’il rentrait chez lui en voiture en revenant du travail entre 22 h 30 et 23 h 00, il a vu des « lumières très bizarres, un étrange objet lumineux en forme de boomerang, … bas dans le ciel, … à peu près au niveau des nuages ». Ces lumières étaient « très grandes et fortes ». Il pensait que cela pouvait avoir illuminé l’intérieur de sa voiture. En arrivant près de son domicile dans la partie est de Montréal, non loin de la base militaire de Longue-Pointe, il vit l’objet en vol stationnaire à proximité de la centrale électrique Hydro-Québec de Longue-Pointe, qui reçoit 120 000 volts. Quand il est sorti de sa voiture il a entendu un bruit de « ronronnement » et a pensé que l’objet était un dirigeable dont seule la gondole (nacelle) était visible sous la base des nuages. Son observation totale a duré de dix à quinze minutes.

Et il a fait ces deux dessins correspondant aux deux phases de son observation :

objet (lumières) se déplaçant lentement vers l'est

faisceaux lumineux et objet dans les nuages

Caumartin se trouvait à la fin de son observation à l'angle de l'avenue Saint-Donat et du boulevard du Roi René, à 12 km au NNE de l'hôtel Bonaventure (ou à l'ENE, comme écrit dans le rapport HG, selon les conventions montréalaises). À noter que la centrale électrique dont il est question est celle qui a subi une panne un peu plus tard dans la nuit (après 23 h). D'autre part, il précise à Guénette que l'objet avait une dimension apparente de 8 à 10 cm à bout de bras, soit un angle d'environ 11°.

Et dans le documentaire Canal D :

Revenant chez lui vers 23 h, Pierre Caumartin va lui aussi apercevoir l'objet.

Traduit de l'anglais :  « j'ai vu un objet étrange, juste au-dessus de la tour illuminée du stade olympique. L'objet se déplaçait dans le même sens que moi en direction est. Il paraissait très gros, et je suis sûr que ce n'était pas un dirigeable. Je ne sais pas ce que c'était, je n'ai jamais rien vu de pareil. »

Caumartin croit avoir affaire à un engin promotionnel bordé de puissants projecteurs.

« Les lumières étaient très puissantes, très grosses. C'est à partir d'ici que j'ai commencé à entendre le bruit que faisait l'objet. C'était comme une modulation, c'était très rythmé. L'objet se déplaçait aussi de façon très étrange, il demeurait immobile un instant, puis glissait d'un seul coup un peu plus bas.
 »

Essayons de remettre un peu d'ordre dans ce témoignage, en gardant à l'esprit qu'il a été fait après un an pour le rapport Haines-Guénette, et encore plusieurs années après dans le cas du documentaire. L'observation s'est donc déroulée en deux phases :

— Dans la première, alors que le témoin se déplaçait vers l'est en voiture, il voyait l'objet se déplacer lentement dans la même direction. Curieusement, alors qu'il voyait l'objet vers le sud et donc en déplacement vers l'est, le témoin indique sur son dessin un déplacement de gauche à droite !

— Et ensuite, lorsqu'il a revu l'objet un peu plus loin, il s'est arrêté et est sorti de sa voiture pour l'observer en détail, immobile au dessus du Stade olympique.

Un objet qui se déplace parallèlement à soi quand on se déplace, et qui s'arrête quand on s'arrête, ça évoque irrésistiblement les cas de « boules suiveuses » générés bien souvent par la lune : une illusion qui s'explique par le fait qu'on observe un objet fixe et lointain en croyant qu'il est proche.

Si le phénomène qu'observait M. Coumartin était beaucoup plus éloigné qu'il ne le pensait, ça explique très bien l'inversion du sens de déplacement sur le dessin : le témoin pensait que l'objet se déplaçait lentement vers l'est (c'est lui qui a souligné le mot), plus lentement que lui-même, et donc il était bien vu de plus en plus en arrière, se déplaçant de gauche à droite !

Et tout ça rend parfaitement cohérents ses deux témoignages successifs : dans le premier, il dit que l'objet se trouvait à proximité de la centrale de Longue-Pointe, qui se trouve effectivement au sud à 1,6 km ; et dans le second, il dit qu'il a vu l'objet juste au-dessus de la tour illuminée du stade olympique. Le stade se trouve à peu près dans la même direction que la centrale électrique, mais trois fois plus loin, à 5,1 km. Le « juste au-dessus » se rapporte sûrement à la direction : il dit que la tour était illuminée, c'est donc qu'il l'a vue et c'est bien possible ; à cette distance, le sommet de cette tour, très éclairé par un « diadème » de lumières, est vu à 1,8° de l'horizon, c'est peu mais l'horizon étant bien dégagé à certains endroits du parcours du témoin il a pu l'apercevoir par moments. Et il pouvait donc bien voir que l'objet se trouvait « juste au-dessus », précisément dans la même direction mais plus haut dans le ciel ; par contre il ne pouvait pas situer précisément la centrale électrique, mais il savait qu'elle était à peu près dans cette direction et il pensait que l'objet se trouvait à la même distance.

Et il n'est donc pas difficile de comprendre ce que le témoin a vu : le reflet des lumières du stade, particulièrement intenses :

le stade olympique la nuit

Crédit : norberttissier.com, photographe

stade olympique la nuit vu du ciel

Ce sont vraisemblablement les diverses lumières du stade, ou seulement celles de la tour, que le témoin a vues se refléter sur la couche de cristaux de glace. Son dessin évoque assez bien une série de piliers de lumière isolés dans le ciel assez bas sur l'horizon. Seul le fait qu'il ait dessiné les « faisceaux » en éventail sous l'objet deviné, et non tous verticaux, n'est pas conforme à cette idée, mais pour un témoignage fait après un an ça n'est pas surprenant, d'autant qu'il a pu être influencé par les autres témoignages qui eux se rapportaient à des piliers de lumière zénithaux, donc convergents.

On peut aussi parler des déplacements de l'objet : L'objet se déplaçait aussi de façon très étrange, il demeurait immobile un instant, puis glissait d'un seul coup un peu plus bas.

C'est tout à fait compatible avec l'hypothèse de piliers de lumières : les nappes de cristaux sont rarement uniformes, et elles sont portées par le vent... Il en résulte donc des variations de l'altitude et de la densité de la couche réfléchissante, si bien que « l'objet » semble monter et descendre tout en restant rigoureusement dans la même direction. C'est d'ailleurs aussi ce qu'ont affirmé plusieurs témoins situés sur le toit de l'hôtel, et qui est confirmé par la comparaison des deux photographies prises par Marcel Laroche.

La carte ci-dessous permet maintenant d'y voir plus clair :

positions successives du témoin, de l'objet apparent, du stade olympique et de la centrale électrique

Le témoin se déplace en voiture de la position 1 à la position 2, à laquelle il s'arrête pour mieux observer. Au cours de son déplacement, il voit que l'objet se trouve visuellement juste au-dessus du stade olympique, mais il estime qu'il est trois fois plus près, au niveau de la station électrique qui se trouve à peu près dans cette direction. Si l'objet reste stationnaire au-dessus du stade, le témoin pense donc qu'il se déplace dans la même direction que lui, vers l'est, mais aux deux tiers de sa propre vitesse (lentement, souligne-t-il dans son dessin), et il le voit donc tout de même se déplacer de gauche à droite comme il l'indique sur son schéma.

Parlons maintenant de la dimension de l'objet. Le témoin l'estime à 8 à 10 cm à bout de bras. À la distance de la station électrique, ça lui donnerait une dimension de 300 m, ce qui paraît beaucoup pour un engin que Caumartin a d'abord pris pour un dirigeable (ou même seulement sa nacelle) !

Si ce sont bien les lumières du stade qui ont été vues, celui-ci fait 260 m de largeur ; à 5,1 km elles sont vues sous un angle de 2,4 cm à bout de bras, soit le quart de la dimension estimée. Une telle exagération est courante, et ça donnerait au dirigeable supposé par Caumartin une dimension de l'ordre de 80 m, beaucoup plus raisonnable.

Si ce sont juste les lumières très puissantes du « diadème » situé au sommet de la tour qui sont à l'origine de la confusion, elles s'étendent sur seulement une cinquantaine de mètres, ce qui représente à 5,1 km seulement 4 mm à bout de bras... Ça n'est tout de même pas négligeable puisque ça représente la dimension apparente de la lune, dont il n'est pas rare que des témoins comparent sa dimension à celle d'une orange tenue à bout de bras... Ça reste donc aussi envisageable.

Quant à la hauteur angulaire de l'objet, elle dépend de l'altitude de la couche de cristaux, qui n'était sans doute pas la même qu'une dizaine de kilomètres au sud et deux heures plus tôt, lorsque la photo de Marcel Laroche a été prise. En considérant par exemple une altitude moyenne de 300 m, la hauteur angulaire serait d'environ 6°.

Il y a aussi au moins un pilote d'avion qui a vu « l'objet », d'après le rapport Haines-Guénette :

M. Jules Béliveau, 48 ans, le deuxième journaliste de La Presse qui était présent sur le toit du HB le 7 novembre, a reçu une lettre datée du 8 novembre 1990, d’un certain M. François Chevrefils qui disait que son ami (M. Jean ___) avait vu l’objet à un moment entre 19 h 30 et 20 h 00 depuis son petit avion. Bien qu’il ait rempli un formulaire d’observation du MUFON il a refusé toute interview et n'est peut-être pas le pilote du petit avion qui a été vu.

Un témoignage très indirect donc, on ne sait pas vraiment ce qui a été vu, et le rapport d'observation du MUFON est autant que je sache introuvable... Mais dans tous les cas il y avait des nappes de cristaux réfléchissants dans le ciel, rien d'étonnant à ce qu'un pilote d'avion ait vu lui aussi un phénomène lumineux.

On a un autre témoignage de pilote (à moins qu'il ne s'agisse du même) mentionné par Claude Lafleur dans le Québec sceptique n° 18 :

En outre, un pilote d'avion qui réalisait un atterrissage à Dorval au cours de la soirée du 7 novembre prétend avoir aperçu l'objet et estime l'altitude de celui-ci à quelques 8 000 pieds (app. 2,5 kilomètres).

On aimerait connaître la hauteur angulaire et la direction de l'objet plutôt que l'altitude estimée qui a toutes les chances d'être complètement fausse, que le témoin soit pilote ou pas ! Vu que l'avion était en train d'atterrir, il était proche du sol et donc sous la couche de cristaux, le pilote a sûrement vu lui aussi des piliers de lumière classiques près de l'horizon, les sources de lumière ne manquant pas à Montréal.

En tout cas ce genre de phénomène n'est sans doute pas vraiment inconnu de l'aviation civile, puisqu'on peut lire dans le rapport de police de l'officier Lippé :

J'ai contacté la Tour de contrôle de l'aéroport de Dorval, M. ?? à 20 h 52.

Il me mentionne que ce n'est pas le première appel qu'il reçoit à ce sujet, qu'il n'a rien à signaler sur le radar et qu'il se peut que ce soit des jeux de lumières mais qu'habituellement on doit les aviser.

Il est clair que beaucoup de gens à Montréal ont vu ce soir-là des phénomènes lumineux dans le ciel, et d'autres témoins se sont manifestés bien plus tard... C'est le cas de Benoît Lauzon, qui a envoyé un mail (pardon, un courriel) à Caelestia dont je traduis un extrait :

Je me souviens avoir assisté à un cours d'informatique à Montréal ce soir-là, et notre professeur nous avait raconté cette histoire (elle se déroulait à cette époque, probablement a-t-elle été mentionnée sur une émission de radio ou de télévision en direct). Quand je suis retourné chez moi (Ville de Lorraine à l'époque, sur la rive nord), alors que j'étais sur le chemin de la Grande-Côte en direction ouest (il devait être à peu près 22 h), le ciel sur ma gauche (direction de Montréal) s'illumina très vivement à deux reprises d'une teinte bleue (il y avait une pause de quelques secondes entre les flashes). Au début, j'ai pensé qu'un transformateur électrique avait sauté dans une rue voisine, mais il n'y avait pas de son. Quand le deuxième éclair s'est produit, j'ai remarqué que la lumière bleue s'étendait assez largement et ne semblait pas localisée. Ça ressemblait beaucoup plus à la foudre, juste plus bleu, et chaque flash a duré quelques secondes.

Un témoignage rapporté après près de vingt ans n'est a priori pas très fiable... On peut d'ailleurs douter que le professeur de ce témoin ait parlé du phénomène le soir-même où il avait été observé, et avant que le témoin lui-même fasse sa propre observation, mais ça n'est pas vraiment impossible puisque les observations à Montréal, sur le toit de l'hôtel Bonaventure ou ailleurs, ont démarré peu après 19 h.

Concernant l'idée d'un transformateur électrique qui aurait explosé, Wim van Utrecht évoque dans sa réponse la panne de courant qui s'est produite à la base militaire de Longue-Pointe à 23 h 08, mais compte tenu de la distance (20 km) lui et le témoin estiment peu probable que ces flashes aient été vus aussi loin sans susciter d'autres témoignages à Montréal même.

Le témoin lui-même pense aussi à des éclairs entre les nuages, van Utrecht estime cela peu probable puisqu'aucun coup de foudre n'a été enregistré dans la région par les services météorologiques.

Il est à noter que la Lune s'est levée ce soir-là à 21 h 07, un peu plus qu'à moitié pleine, et se trouvait à 22 h à une hauteur angulaire de 8° et un azimut de 68° (est-nord-est). C'est assez loin de la direction indiquée par le témoin (vers Montréal, au sud-est), mais il n'est pas impossible qu'alors que le témoin roulait, la lune bas sur l'horizon se soit dévoilée par moments pour éclairer le paysage. Le témoin précise bien que les éclairs n'étaient pas localisés, et dans un message suivant il précise :

Concernant l'étendue de la lumière dans le ciel alors que je conduisais sur la rive nord, je dirais au moins 40-45 degrés. Peut-être même plus : le ciel est devenu très lumineux bien au-dessus des maisons et des arbres à ma gauche, et très lumineux même devant moi dans la partie supérieure gauche du pare-brise. Ça évoquait plutôt un coup de foudre très important éclatant à plusieurs kilomètres de distance.

Notons que 40-45 degrés, c'est précisément le diamètre du principal halo circulaire qui peut être vu autour du soleil ou de la lune lorsque le ciel est chargé de cristaux de glace ! C'est encore une autre possibilité, mais peu compatible avec la brièveté des flashes... On peut penser aussi à un pilier de lumière ayant pour origine la lune, ou encore une parasélène (une « fausse lune » visible à 22° de part et d'autre de la lune proche de l'horizon, toujours en raison de la présence de cristaux plats horizontaux)...

Mais il est très possible aussi que ces deux flashes vus par le témoin soient le fait d'un événement tout à fait banal sans relation avec les autres observations de ce soir-là, si ce n'est qu'ils ont pu être amplifiés par l'atmosphère très particulière notée par le témoin.

Un autre extrait du témoignage est intéressant :

Le lendemain matin, ma mère m'a réveillé et m'a dit d'allumer ma radio. Il y avait des discussions en direct et plusieurs personnes décrivant ce dont ils avaient été témoins depuis plusieurs zones sur et autour de l'île (principalement des lumières dans le ciel nuageux). L'une des collègues de ma mère a pour sa part mentionné que son jeune garçon l'avait interrogée sur un « vaisseau spatial dans le ciel » alors qu'elle conduisait près du stade olympique ce soir-là. Elle a dit qu'elle avait cru qu'il parlait du stade lui-même (qui pour moi ressemble plutôt à un siège de toilettes), aussi elle n'a pas pris la peine de regarder.

Ce dernier témoignage est intéressant parce qu'il est à rapprocher de celui de Pierre Caumartin qui voyait lui-même un objet illuminé au-dessus du stade olympique. Caumartin a sans doute vu des piliers lumineux formés par les lumières du stade bas sur l'horizon, alors que le jeune garçon qui se trouvait tout près du stade et a vu le vaisseau « au-dessus » a sans doute vu des piliers de lumière zénithaux en mettant sa tête contre la vitre.

Le témoin confirme en tout cas qu'un grand nombre de gens à Montréal et aussi aux alentours ont vu des choses étranges ce soir-là, et qu'il s'agissait pour l'essentiel de « lumières dans le ciel nuageux ». Et il dit aussi que son frère et sa soeur ont observé en une autre occasion des piliers de lumières (pas zénithaux) un jour d'été, ça ne doit pas être franchement exceptionnel au Canada.

Un autre témoignage m'a été signalé par Wim van Utrecht, qui le tient lui-même d'une Mme France Saint-Laurent qui se passionne pour les lumières sismiques. Le témoin, Lise Boursier, a observé de chez elle, à Châteauguay, à 29 h 25, ce qu'elle a représenté sur ce schéma quelques jours seulement après son observation :

Une dizaine de filets lumineux blancs verticaux, et un arc de cercle dirigé vers le bas à environ 60° de hauteur sur l'horizon

Elle n'a vu le phénomène que pendant quelques secondes. Châteauguay se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de la place Bonaventure, et elle voyait les « filets lumineux » qui s'étendaient depuis l'horizon en direction de Montréal... Ça évoque tout à fait des piliers de lumière, causés peut-être justement par les lumières du centre de Montréal. Wim n'a aucune idée de ce que pourrait être le halo lumineux en arc de cercle, la lune n'étant pas encore levée, et moi non plus... Compte tenu de la brièveté de l'observation, ça pourrait juste être une illusion due à une configuration particulière de nuages.

Un autre témoignage a été signalé dans le Québec astronomique, bulletin de la Société d'Astronomie de Montréal, de mars-avril 1991, qui m'a été communiqué aussi par Wim van Utrecht :

Mercredi 7 novembre 1990, 18 h 30. Michel Sirois, de l'observatoire météorologique de Montréal/Dorval, effectue une observation météorologique de contrôle. En plus de noter une visibilité sans restriction, malgré la présence de stratocumulus épars à 2 000 m, M. Sirois remarque des colonnes de lumière qui s'étalent assez bas au sud jusqu'à près du zénith. Le phénomène est de couleur verdâtre, mais il remarque aussi du bleu. M. Sirois reconnaît une aurore boréale mais lui trouve quand même un aspect inhabituel. Ayant d'autres tâches plus urgentes que d'admirer ce phénomène, il retourne à la station.

La station de météorologie de l'aéroport de Montréal/Dorval se trouve à 15 km à l'ouest de la place Bonaventure. Et la revue continue en citant d'autres témoignages :

Entre 19 h et 20 h, des témoins indépendants, à Châteauguay, à Ville-Mercier et à Pointe-Claire [toutes des villes de la banlieue de Montréal] rapporteront l'observation d'un phénomène semblable. On peut résumer les témoignages comme suit : une source lumineuse accompagnée de larges rayons, de couleur neutre ou légèrement teintée. Cela semblait immobile ou en déplacement très lent, car le phénomène a été observé pendant plusieurs dizaines de minutes, parfois jusqu'à deux heures.

Ville de Mercier est toute proche de Châteauguay, donc au sud-ouest de Montréal, et Pointe-Claire se trouve aussi à une vingtaine de kilomètres de Montréal mais à l'ouest.

Tout cela nous donne une idée de l'étendue du phénomène... Rappelons tout de même que les cristaux réfléchissants qui forment les piliers de lumière se trouvent à mi-distance de la source de lumière et de l'observateur. Si le phénomène est vu depuis un lieu situé à 20 km du centre de Montréal et dans la direction de la ville, comme on a vu que c'était le cas à Châteauguay, il est possible que la nappe de cristaux de glace ne se soit étendue que dans un rayon de dix kilomètres. Ça devait être en fait un peu plus, de l'ordre d'une quinzaine de kilomètres autour du centre-ville.

Il y a d'ailleurs une raison qui justifie que cette nappe de cristaux se soit cantonnée à la ville et ses environs immédiats : les cristaux commencent à se former autour de noyaux de condensation, des impuretés de l'atmosphère qui peuvent être des particules fines de pollution. C'est d'ailleurs ce qui explique les traînées des avions. Dans une atmosphère très pure exempte de telles particules, les cristaux ne peuvent se former qu'à température extrêmement basse, de l'ordre de -40°.

Et pourquoi pas une aurore boréale ?

Toujours dans ce numéro du Québec astronomique, un autre témoignage intéressant provient de Saint-Eustache, à 25 km à l'ouest du centre de Montréal :

Peu avant 20 h, le soir du 7 novembre, à Saint-Eustache, Yves Laroche, astronome amateur expérimenté, lève le nez vers le ciel. Il aperçoit les lumières et se dit : « Quelle belle aurore boréale ! » Pour lui, pas de doute possible. C'est une belle et rare couronne aurorale comportant des rideaux ondulants jusqu'au sud. Un étudiant en astronomie fera la même remarque à son professeur, l'astronome Robert Lamontagne, de l'Université de Montréal.

On a d'ailleurs vu que Robert Lamontagne avait annoncé sur une radio que le phénomène s'expliquait par une aurore boréale. Et de son côté, Claude Lafleur indiquait dans le Québec sceptique n° 18 :

Les rapports officiels faisant état des conditions climatiques indiquent une absence totale d'aurore boréale ce soir-là. Or, un ufologue québécois habitué à observer les aurores boréales affirme catégoriquement en avoir aperçu ce soir-là !

L'hypothèse était défendue notamment dans l'article déjà cité du Québec astronomique, sous la plume de Marc A. Gélinas... Curieusement, c'est le même Marc Gélinas qui avait indiqué dans la Presse du 9 novembre : Cela ressemble à un phénomène observé à maintes occasions, notamment lorsque l'on fait des travaux avec des projecteurs parfois utilisés en météorologie. La lumière est réfléchie par les cristaux de glace ou les gouttelettes d'eau contenus dans le nuage.

Et il excluait la possibilité d'aurores boréales en raison des nuages... C'est à croire que Marc Gélinas souffre d'un dédoublement de personnalité, et pense tout à fait différemment selon qu'il s'exprime comme météorologue ou comme secrétaire d'une association d'astronomie ! C'est dommage, il était sur la bonne voie, mais voyons comment il a défendu ensuite la mauvaise :

Les témoignages réunis autour du phénomène du 7 novembre permettent de tirer certaines conclusions qui étayent l'hypothèse de l'aurore boréale. La première, et peut-être la plus conclusive, c'est que les observateurs expérimentés qui en furent témoins ont reconnu immédiatement une aurore boréale. Quant aux descriptions des témoins peu familiers avec le ciel, elles concordent pour décrire un ou des centres lumineux, d'où s'échappent des rayons ; peu ou pas de mouvement, le phénomène dure longtemps ; en fait, ce seront les nuages qui y mettront fin ; la couleur est neutre ou verdâtre, du bleu est aussi mentionné par deux témoins.

Concernant la phénomène « reconnu » par les observateurs habitués, il est un fait que les aurores boréales peuvent beaucoup ressembler à des piliers de lumière, étant elles aussi souvent agencées en faisceaux à peu près verticaux.

aurore boréale en faisceau

Photo de Jouni Jussila, en Finlande

Si on se trouve vraiment sous les faisceaux de particules responsables de l'aurore, on peut même voir des faisceaux qui divergent à partir d'un point situé près du zénith :

aurore boréale avec faisceaux divergents

 Voilà qui rappelle effectivement beaucoup ce qui était vu au-dessus de l'hôtel Bonaventure... Mais s'il est fréquent de voir des aurores boréales à Montréal, elles se produisent rarement au-dessus de la ville. Les aurores polaires sont produites par des flux de particules chargées émises par le Soleil, qui heurtent l'atmosphère terrestre essentiellement dans une zone appelée l'ovale auroral, formant un cercle aplati centré sur le pôle magnétique :

exemple d'ovale auroral

L'ovale auroral se situe à environ une dizaine de degrés du pôle magnétique, lui-même décalé d'une vingtaine de degrés par rapport au pôle géographique et justement dans la direction du Canada. Il en résulte que l'ovale auroral se situe généralement à une latitude d'environ 60° du côté du Canada, alors que Montréal se trouve à 45° (une latitude un peu inférieure à celle de Paris, mais en raison du décalage du pôle magnétique l'ovale auroral est toujours beaucoup plus proche de Montréal que de Paris). Après de fortes tempêtes solaires, l'ovale auroral peut s'étendre jusqu'à des latitudes plus basses, incluant Montréal, mais c'est tout de même rare.

Mais ce soir-là, l'activité géomagnétique était plutôt faible, comme le note Marc Gélinas :

En résumé, le phénomène observé au-dessus de la région de Montréal présentait l'aspect d'une aurore boréale intense, mais les observations radio, magnétiques et celles des particules du vent solaire ne peuvent pas corroborer cette hypothèse avec certitude. Les mesures n'indiquent qu'une faible activité dans la magnétosphère. Par contre, il y a bien eu une éruption solaire dans les 48 heures précédentes. Ron Livesey, responsable de la section « aurores boréales » de la British Astronomical Association, rapporte qu'aucune activité n'a été enregistrée en Europe de l'ouest durant la nuit du 7 au 8 novembre. Par contre, durant les nuits suivantes, l'activité a été très forte. Il est possible, selon M. Livesey, que le phénomène de Montréal ait été un précurseur localisé des tourments à venir de la magnétosphère.

C'est un peu essayer de sauver l'hypothèse à tout prix ! Marc Gélinas poursuit :

Enfin, notons que le phénomène a été aperçu, avec les mêmes caractéristiques, dans un rayon d'au moins 30 kilomètres.

La première conclusion qu'il est possible de tirer de ces observations, c'est qu'il s'agissait sûrement d'un phénomène de haute altitude, car l'effet de parallaxe n'était pas sensible, du moins à cette échelle.


C'est là que se situe l'erreur de M. Gélinas et des autres astronomes qui ont pensé trouver l'explication dans une aurore boréale... Ils concluent à tort que c'est le même phénomène qui a été vu partout, alors que pourtant on a vu qu'il se présentait sous des formes très différentes, quelquefois au zénith et quelquefois bas sur l'horizon... En réalité, c'est bien le même phénomène qui est responsable de toutes les observations, une nappe de cristaux de glace horizontaux, mais ça n'est pas pour autant la même chose qui a été vue partout !

Gélinas s'appuie aussi sur les couleurs observées :

La teinte bleue mentionnée par M. Sirois et d'autres témoins selon le journal La Presse, est particulièrement intéressante. Les couleurs associées aux aurores boréales sont généralement le vert et le rouge, qui correspondent aux longueurs d'ondes émises par les atomes de l'ionosphère quand ils sont excités. Cependant, du bleu apparaît également quand une molécule d'azote est excitée alors qu'elle se trouve éclairée par la lumière solaire. Cette lumière est alors dispersée par les molécules en état d'excitation et du bleu devient visible. À 19 h, le 7 novembre, le Soleil n'était couché que depuis environ deux heures à Montréal et les molécules, à cent kilomètres et plus au-dessus du sol, étaient encore baignées par la lumière du jour.

Là, ça devient un peu n'importe quoi, puisque outre que la couleur bleue a été très peu évoquée par les témoins, le Soleil à 25° sous l'horizon éclairait les molécules à 650 km d'altitude au zénith, ou 150 km à l'horizon dans sa direction... Bref il n'éclairait pratiquement plus du tout l'atmosphère à 19 h, et moins encore plus tard !

Marc Gélinas envisageait d'autres hypothèses, mais revenait finalement à celle de l'aurore boréale :

D'autres hypothèses peuvent être envisagées, mais toutes doivent tenir compte des faits suivants :

1) Le phénomène était brillant, visible à travers une couche de nuages.

2) Il était constant par rapport à la rotation de la Terre (jusqu'à deux heures sans déplacement significatif).

3) Il a dû se produire à très haute altitude, car l'effet de parallaxe était négligeable sur plusieurs dizaines de kilomètres.

L'hypothèse d'un phénomène d'origine astronomique, météore par exemple, est inconciliable avec la courte durée de l'événement. L'hypothèse astronautique, rentrée de satellite ou dégazage d'un étage de fusée, est à écarter pour la même raison. Un seul autre phénomène s'approche des descriptions données, le lâcher d'un nuage de baryum par une fusée ou un satellite comme le SEER (voir : « Aurores boréales made in USA », QA novembtre-décembre 1990 page 26). Mais il n'y a eu aucune indication qu'une telle expérience ait été effectuée ce jour-là.

En définitive, seule l'aurore boréale semble réunir assez de caractéristiques pour expliquer les témoignages recueillis à Montréal le 7 novembre 1990.

En réalité, l'hypothèse de l'aurore boréale était exclue en raison des aspects et positions très variables du phénomène selon le point d'observation, et du fait qu'aucune activité géomagnétique anormale n'avait été enregistrée ce jour-là. Mais on peut comprendre la confusion...

Les deux phénomènes sont en tout cas tout aussi magnifiques, comme sur cette photo où ils sont réunis !

aurore boréale et piliers de lumière sur une même photo

Photo prise en Finlande par Antti Pietikainen de The Aurora zone.

Vingt ans après, l'ovni revient !

Nous avons vu qu'il a fallu près de vingt ans avant que l'explication qui semble correcte soit trouvée, le texte de Wim van Utrecht dans Caelestia datant de 2008... Et par un curieux hasard, peu après, dans la nuit du 16 au 17 décembre 2010, un phénomène très semblable s'est manifesté.

À l'époque, le réseau Ovni-Alerte était la principale association ufologique au Québec, elle était très connue dans les médias et recueillait donc beaucoup de témoignages. Elle était dirigée principalement par François Bourbeau, Patricia Paquette et Yann Vadnais. Et c'est donc Ovni Alerte qui a lancé l'information le 9 janvier 2011, avec un article signé Yann Vadnais portant le titre : Répétition de l'OVNI de Montréal du 7 novembre 1990 : des dizaines de personnes voient un PAN gigantesque au-dessus du Casino de Montréal !

Je recopie le début du texte :

Cela s’est produit dans la nuit du 16 au 17 décembre dernier. Des dizaines de personnes ont observé un PAN au-dessus du Casino de Montréal pendant plus de six (6) heures! C’est d’abord vers les 20h00 que le phénomène a été constaté alors que quelques personnes aperçoivent une forme bizarre dans le ciel, qui ne semble être qu’un reflet généré par de puissants projecteurs sur la basse couche nuageuse alors présente au-dessus de la ville à ce moment-là. Il neige faiblement, mais pas suffisamment pour empêcher la visibilité du Vieux-Port. Alors que la nouvelle se répand dans le Casino à la vitesse d’une traînée de poudre, parmi les gens présents, de nombreuses personnes constatent que ce « supposé reflet de lumière » est en fait plus… « actif » et que les « lumières proviennent du ciel » (d’en haut) tout en bougeant et en changeant de couleurs. Vers 02h45 du matin, la manifestation du PAN cesse complètement.

Il était aussi indiqué que le réseau Ovni-Alerte avait reçu cinq photographies du phénomène, qui d'après les témoins ne rendaient pas vraiment compte de l'ampleur du phénomène. Voici la plus répandue, car la plus nette, prise par un agent de sécurité du Casino :

ovni vu à côté d'une grue

Le temps de pose était de 8 s, assez proche de celui utilisé par Marcel Laroche en 1990... Là encore, de multiples faisceaux concentriques sur fond de ciel voilé, ça rappelle effectivement beaucoup la photo de l'ovni de 1990, mais la photo étant plus nette il est hors de doute qu'il s'agit de piliers de lumière zénithaux. Notons qu'il est clairement visible que les faisceaux sont divisés en deux parties, indiquant qu'il y avait deux nappes de cristaux, ou plutôt une nappe dont la concentration en cristaux diminuait vers le centre : on voit la même chose sur la photo d'Ath en Belgique, ça semble donc assez courant.

Et comme d'habitude, c'est à proximité d'une source de lumières intenses que le phénomène est vu :

Le Casino de Montréal la nuit

Sur Ovni-Alerte, on continuait ainsi :

Actuellement, et à la lumière des informations dont disposent les techniciens-enquêteurs du Réseau OVNI-ALERTE inc., un élément ressort magistralement de cette notification: plusieurs personnes au Casino de Montréal, sensibilisés à l’hypothèse de travail du fondateur du Réseau OVNI-ALERTE inc., soit Monsieur François C. BOURBEAU, auraient appliqué sa méthode d’observation qui consiste à placer un observateur à un endroit fixe (ici, en face du Casino), puis à demander aux autres observateurs de se déplacer, sur une ligne droite, de part et d’autre de l’observateur central, afin de vérifier si l’idée des « corridors spatio-temporels » peut ou pouvait coller à la présence de cet OVNI, de ce PAN, si cela allait tenir la route? Bien, il semble qu’effectivement cela ait été le cas! Quelques personnes, à bord de véhicules, auraient quitté l’Île Notre-Dame pour constater alors que le « PAN N’ÉTAIT VISIBLE QU’À PROXIMITÉ DU CASINO, ET PAS AILLEURS! »

Diantre, des « corridors spatio-temporels », on nageait dans la science-ficition ! Comme on l'a vu, le fait que les lumières s'estompent à mesure qu'elles s'éloignent du zénith et donc que l'observateur s'éloigne de leur source est aussi une des caractéristiques des piliers de lumière zénithaux, et ça c'est de la science sans fiction, c'est constaté et expliqué !

La disparition n'est pas brutale, sauf si la source de lumière est elle-même directive : avec un faisceau de lumière étroit dirigé vers le ciel, comme un laser ou un projecteur de type sky tracker, le reflet n'est visible que quand on est dans l'angle de divergence du faisceau. Dans le cas d'un laser, il n'y a pratiquement pas de divergence et c'est essentiellement la déviation moyenne de l'orientation des cristaux qui va déterminer l'angle limite de vision du faisceau, qui sera de l'ordre d'un degré. Pour une couche de cristaux située par exemple à 1 km d'altitude, cet angle correspondra à un cercle de visibilité au sol de vingt mètres de diamètre : si quelqu'un se trouve au centre de ce cercle et se déplace de dix mêtres, la tache lumineuse disparaît ! Les sky trackers ont aussi des angles de divergence très faibles, de l'ordre du degré, mais puisque le faisceau diverge sur le double de la distance, on arrive à un cercle de visibilité au sol d'une cinquantaine de mètres de diamètre. Et bien sûr, il y a des faisceaux moins directifs, et les cristaux peuvent être à une tout autre altitude, si bien que la distance à laquelle la lumière n'est plus visible peut avoir n'importe quelle valeur.

En tout cas, sur la photo du phénomène, on voit bien que deux des faisceaux sont très largement plus lumineux que les autres, ce qui laisse bien supposer qu'il s'agissait de faisceaux directifs tournés vers le ciel.

Reste à savoir si de tels faisceaux sont utilisés au Casino. On n'en voit pas sur la plupart des photos du Casino, mais en faisant une recherche avec « casino Montréal la nuit » on trouve cette photo sur le site canoe.ca :

Faisceaux pointés vers le ciel

Mais en allant sur la page Instagram du casino on trouve une autre photo prise la même nuit, en 2014 :

Les mêmes faisceaux en éventail

Les faisceaux changeaient donc régulièrement de configuration, et il s'agissait de fêter la participation le club de hockey sur glace de Montréal à une finale de championnat. Mais on trouve une autre photo de faisceaux verticaux sur la même page Instagram du casino :

D'autres faiscaux verticaux sur le casino

Bref ça ne semble pas exceptionnel qu'il y ait des faisceaux de lumière très directifs dirigés vers le ciel sur le toit du casino ! On peut objecter que les faisceaux sont bien visibles, mais d'une part des faisceaux un peu plus divergents le seront moins, et d'autre part s'ils sont dirigés à la verticale ces faisceaux seront dans le prolongement exact des piliers de lumière, on pourra donc penser que c'est l'objet porteur de cette mystérieuse colonne de lumière qui éclaire le Casino de son faisceau, plutôt que l'inverse !

Évidemment, puisque l'étude de Caelestia était bien connue des sceptiques, ils ont très vite donné cette explication pour la « répétition » de 2010... Notamment sur le forum des Sceptiques du Québec, qui discutait justement à l'époque des piliers de lumière à propos de l'observation de 1990.

Ovni-Alerte recevait donc de nombreux mails de personnes signalant cette explication, auxquels Patricia Paquette répondait :

Il faudrait m’expliquer PoG, comment se fait-il que plus de 40 témoins parlent de lumières mouvantes, que l’objet soit numériquement semblable pour ne pas dire pareil à celui de Bonaventure et que nous avons les preuves que ces photos sont originales par notre spécialiste vidéo. De plus un scientifique de la NASA a dans son rapport concernant l’objet de 90 affirmé hors de tout doute que ce n’était pas possible que ce soit un reflet. Alors cher Pog je vous connais plus perspicace que cela. Poussez un peu plus loin et faites des comparaisons numériques avec la photo de Bonaventure. Vous verrez, même les angles correspondent. Alors si vraiment c’est un reflet soit mais expliquez moi comment cela.

Et voilà, le « scientifique de la NASA » avait encore frappé... En réalité, outre que nous avons vu que Haines n'a aucune compétence dans le domaine de l'optique, météorologie ou tout autre chose se rapportant à ce type de phénomène, il n'a pas du tout évoqué dans son rapport, et donc moins encore infirmé, l'idée d'un reflet. Ça c'est une invention du reportage sur Canal C.

Et plus loin dans les commentaires, en répondant à un lecteur qui signalait le lien vers Caelestia, la réponse toujours de Patricia Paquette :

Oui, le problème est que nulle part à part cet endroit on ne mentionne le phénomène de : pilier lumineux de zénith. On parle bien de pilier lumineux mais je suis pas certaine que l’interprétation du gars soit bonne. Tout comme parfois on a vu des astronomes donner des explications farfelues à des PANS. Autre point le PAN de 1990 n’est pas un reflet selon le scientifique de la NASA qui a analysé la photo. Je suis en mesure de prouver que 90 et 2010 c’est la même chose, or si on me prouve que c’est un phénomène lumineux récurrent cela remet en question toutes les données du rapport de 1990. Alors cheminons vers la vérité.

Et un autre lecteur, insistait :

Bonjour,
Voici le lien et la photo d’un phénomène apparemment semblable (avec explications) :

http://www.atoptics.co.uk/halo/pilpic22.htm

Lights rayonnant à partir du zénith. Joel Bavais a vu ses lumineuses formes étranges dans le ciel près du centre de la ville d’Ath en Belgique le 20 novembre 2006. L’air était très froid et peu de temps après, un brouillard glacé est descendu et a effacé les lumières. Image © 2006 Joel Bavais

Denis Cloutier
Québec, Canada


Réponse de Patricia Paquette :

Parfois je me demande si vous lisez les commentaires, ou si les gens ne passent que 10,2 secondes sur un lien.

J’ai dit plus loin avoir pris connaissance du lien de Monsieur Cloutier, car j’ai eu des tonnes de courriels me le donnant. J’espère ne pas avoir à répéter :)

Oui la photo dans le lien que donne M. Cloutier est plutôt semblable. Le problème avec ce lien est que nulle part ailleurs sur le net on ne parle du phénomène « Pilier Lumineux de Zénith », les autres mentions sont sur des piliers lumineux. Or je le redis, ce monsieur a appliqué une conclusion à sa photographie en disant c’est de cela qu’on parle. Je doute vraiment de sa conclusion car si le phénomène était celui la, on retrouverait d’autres photos de celui-ci.

Alors voilà, imaginons que j’ai une photo d’un OVNI, que j’y étais, que j’ai vu l’objet virer à angle droit, vitesse extrême, etc, et qu’ensuite je mets la photo sur un site, pour me faire dire par une personne ta photo c’est ce phénomène de bla bla bla.

Maintenant les internautes du site disent tous en choeur, eh bien oui voilà c’est cela.

Maintenant, je vous ai dit que le PAN s’était déplacé, sur les photos dont on dispose, le pan dans deux clichés n’est pas au même endroit exactement. Autre chose, les témoins affirmaient voir les bords de l’objet. Un phénomène lumineux de reflet atmosphérique ne peut être visible que sous un certain angle, or des témoins ont été jusqu’au bout de l’île et le voyaient encore dans les deux sens soit est-ouest. Or lorsqu’ils traversaient les ponts, il le perdaient de vue sous une distance de 10 pieds. Le Pan comportait des lumières mouvantes, selon un certain patron à sa surface. Alors SVP comme François vous le demande, cessez de tout classer d’un coup. Vous agissez comme un enquêteur de police qui a une photo de la scène et pouf, vous avez votre coupable sans avoir pris la peine d’écouter les témoignages. ALORS PATIENCE.

Ce qui est amusant, c'est que le lien donné par M. Cloutier, du site Atoptics, n'était pas le même que celui donné précédemment (Caelestia), au sujet duquel Patricia Paquette disait qu'il était le seul à parler de piliers de lumières zénithaux !

Mais le reste de la réponse est intéressant puisqu'il indique que le phénomène disparaissait lorsqu'on s'éloignait, mais que pourtant il avait été vu dans toute l'île de Montréal ! Bref, tout comme dans le cas de 1990, il semble qu'il y ait eu des témoins très éloignées du Casino, qui voyaient le même type de phénomène mais en lien avec d'autres lumières.

Quelques jours plus tard, le 11 janvier 2011, nouvel article de Yann Valdais, intitulé Les témoins sont unanimes : le PAN du Casino se situait AU-DESSUS du plafond nuageux. Ce texte apporte des précisions intéressantes, outre le fait que d'après les témoins entre cinquante et cent personnes devaient avoir observé l'objet au-dessus du Casino :

Suite à la réaction du public et des médias jusqu’à maintenant, nous voudrions insister sur deux (2) points :

1)     Tous les témoins nous confient qu’ils étaient, de prime abord, portés à croire qu’il s’agissait de reflets des projecteurs du Casino sous la masse nuageuse, « peut-être pour le temps des Fêtes », pensa même l’un d’eux. Toutefois, en regardant attentivement, ils devinaient que les lumières distinctes « se tenaient haut dans les airs ».

Une dame, qui a pu observer le PAN durant une quinzaine (15) de minutes, nous décrit l’amas de lumières comme « quatre (4) pattes blanches avec des rayons orangés sur les côtés ». Elle ajoute de plus que « lorsque les nuages passaient en dessous de l’OVNI, les lumières faiblissaient… » Cela veut donc dire que ce ne pouvait pas être la lumière des projecteurs, parce que sinon les nuages (qui passent en-dessous) auraient été illuminés.

Tous les témoins sont d’accord sur ce point, et ils ajoutent que la luminosité était émise « d’en haut ».

Ce qui montre que les gens d'Ovni-Alerte, malgré tous les mails qu'ils recevaient à ce sujet, n'ont pas fait le moindre effort pour se renseigner au sujet des piliers de lumière : ils pensaient qu'il s'agissait de lumières PROJETÉES dans les nuages, alors qu'il s'agit de lumières REFLÉTÉES par un certain type de nuages... Si d'autres nuages passent dessous, il est bien évident que les lumières sont atténuées, et d'autre part, tout comme le reflet dans une glace, l'objet semble bien se trouver plus loin (deux fois plus loin) que les nuages responsables du reflet ! Tout cela confirmait donc parfaitement l'hypothèse de piliers lumineux, et il était quand même temps de s'en rendre compte !

Et le texte continue :

2)     Tous les témoins, jusqu’à maintenant, nous confirment qu’ils ont pu observer le PAN lorsqu’ils se situaient « immédiatement en-dessous de lui ». Le PAN n’était pas visible de points de vue obliques. Grâce aux nouveaux témoignages, nous comprenons maintenant que l’aire d’observation à partir de laquelle le PAN était observable était plutôt restreinte (moins de 100 mètres de diamètre). Un des témoins nous a aussi révélé : « C’était vraiment bizarre, je le voyais bien, puis je me déplaçais de cinq (5) ou dix (10) mètres, et puis on ne voyait plus rien. » (!).

C’est d’ailleurs ici qu’entre en jeu « l’hypothèse des corridors spatio-temporels » formulée par François C. BOURBEAU. Comment expliquer qu’un intense phénomène lumineux puisse s’estomper subitement, sur une distance de quelques mètres? Rappelons-nous que dans de nombreux cas d’observation d’OVNIS, où « ces objets volants » se présentent aux observateurs au sol sous des aspects solides ou métalliques, ils ne sont pourtant pas toujours détectés par les systèmes radars. Comment également pouvons-nous parvenir à expliquer que des PANS d’apparence physique puissent échapper aux radars? L’hypothèse de BOURBEAU ne relève pas de la science-fiction, elle a été déduite de façon empirique, à partir de la comparaison de nombreux cas réels et enquêtés, au fil de plus de trente (30) ans d’enquêtes auprès de la population québécoise, et aux détours de centaines de cas internationaux crédibles.


Ben voyons, sinon par l'hypothèse de « corridors spatio-temporels », comment expliquer « qu'un intense phénomène lumineux puisse s'estomper subitement, sur une distance de quelques mètres ? » Eh bien justement avec des reflets c'est courant il me semble : vous êtes ébloui par le reflet du soleil sur une vitre, vous vous éloignez de quelques mètres et ça disparaît ! Bon là c'est un peu plus compliqué et beaucoup moins brutal, mais c'est quand même compréhensible... Le témoin qui parle d'une disparition lorsqu'il se déplaçait de cinq ou dix mètres exagère sûrement, mais il est le seul et on a vu que le texte parle par ailleurs d'une aire d'observation d'un peu moins de 100 mètres de diamètre.

Enfin, un troisième texte de Yann Vadnais est paru le 10 janvier 2011, sous le titre Retour sur le PAN observé au-dessus du Casino de Montréal.

On y trouve un long exposé technique réfutant  « L'HYPOTHÈSE QU'IL S'AGISSE D'UN SIMPLE REFLET »

Simplement, la réfutation porte sur l'idée qu'il s'agisse de REFLETS DANS L'OBJECTIF DE L'APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE, ce que personne n'a jamais supposé (à part bien sûr, au sujet de certaines lumières de l'ovni de 1990, « l'expert de la NASA »).

Plus intéressant, Vadnais indique les conditions météorologiques lors des observations :

Les données météorologiques obtenues auprès d’Environnement Canada pour le secteur qui nous concerne indiquaient donc une température de -11 degrés Celsius dans la soirée du Jeudi 16 Décembre 2010. Les vents ne soufflaient pas avec vivacité: environ 10km/h, du Nord. Humidité relative de 78% avec une accumulation de neige au sol d’à peine 1 cm. Donc, le type de nuages sous lesquels les témoins/clients du Casino de Montréal se situaient étaient des stratus, soit des nuages bas, avec une base assez uniforme, comparable aux nuages présents dans le ciel montréalais lors de l’apparition de l’OVNI du 7 novembre 1990 au-dessus de la Place Hilton-Bonaventure. Les mêmes types de nuages!…

La principale caractéristique de ce type de nuages est qu’ils laissent filtrer plutôt facilement la lumière soit de la Lune ou du Soleil, ce qui se traduit souvent par la présence de halos. C’est ce qui explique également pourquoi le PAN, même s’il se trouve directement plongé dans les nuages, demeure tout de même « visible », surtout s’il produit une puissante source de lumière, ce que n’importe quel appareil numérique est alors en mesure de photographier à des temps d’expositions relativement courts, ce qui fut précisément le cas ici.


On voit que la température était compatible avec la présence de cristaux de glace hexagonaux, qui se forment soit entre 0 et -4 degrés comme c'était le cas en 1990, soit entre -10 et -20° comme ici. Et puisque les stratus comme l'explique Vadnais « laissent filtrer plutôt facilement la lumière », ils ne sont pas directement éclairés par des faisceaux lumineux, mais par contre les cristaux qui se trouvent dessous les réfléchissent !

Vadnais indique aussi :

En comparaison avec l’OVNI de Montréal du 7 novembre 1990, il nous apparaît clairement que les rayonnements émis par ces deux (2) PANS frôlent pratiquement la… parenté? On dirait des jumeaux!

L'article se termine par :

Nous avons maintenant inscrit à nos agendas respectifs, soit trois (3) des techniciens-enquêteurs rattachés au Réseau OVNI-ALERTE inc., de nous rendre très prochainement au Casino de Montréal (entre le 10 janvier et le 14 janvier), avec nos appareils de télémétrie, afin de procéder à la capture de données essentielles à l’établissement et au développement de mon hypothèse de travail en rapport avec les « corridors spatio-temporels », particulièrement depuis que j’ai appris que des témoins auraient mis en pratique ma méthode de vérification de mon hypothèse. Reste à voir si tout ça tient bien la route, justement.

Ah on allait enfin avancer... On va voir qu'il n'y a pas eu de nouvel article exposant les résultats de ces investigations sur place, mais le 15 janvier François Bourbeau a posté un court message sur le Facebook d'Ovni-Alerte :

Nous arrivons du Casino de Montréal, vers les 4H30am, Yann Vadnais, Martine Camirand et moi (FCB), et nous avons pu constater qu'effectivement, ce sont bien des spots de lumière installés au sommet de la bâtisse du Casino qui sont responsables de l'effet du PAN observé, sans doute, le 16 décembre. Enquête présentement en cours de conclusion.

Et voilà, donc les enquêteurs d'Ovni-Alerte ont constaté la parfaite similitude des observations de 1990 et 2010, et on fini par se rendre compte qu'en 2010 le cas s'expliquait par des projecteurs installés sur le toit du Casino, ça aurait dû mettre fin aux deux affaires ! Mais plus rien ensuite : la conclusion de l'enquête n'a jamais été publiée.

Les trois articles auxquels je me suis référé sont visibles pour les personnes intéressées sur les archives Internet Wayback Machine :

Répétition de l'OVNI de Montréal du 7 novembre 1990 : des dizaines de personnes voient un PAN gigantesque au-dessus du Casino de Montréal !
Retour sur le PAN observé au-dessus du Casino de Montréal
Les témoins sont unanimes : le PAN du Casino se situait AU-DESSUS du plafond nuageux

Peu après, le réseau Ovni-Alerte a été dissous, et le site effacé, victime apparemment d'un gros clash entre François Bourbeau et Patricia Paquette ; peut-être que les remous causés par le gestion de cette observation ont joué un rôle, je n'en sais rien... Mais peu importent les raisons, c'est le genre de chose qui arrive souvent dans les associations surtout quand elles prennent un peu d'importance, et on peut juste se désoler du gâchis...

Patricia Paquette et François Bourbeau ont ensuite à peu près disparu de la scène ufologique, Bourbeau s'est isolé à la campagne et a eu du mal à se remettre d'un grave accident, on le retrouve maintenant sur les réseaux sociaux où il ne parle d'ovnis qu'occasionnellement mais il semble vouloir faire un retour et on s'en réjouit...

Yann Vadnais a pour sa part créé le GARPAN (Groupe d'assistance et de recherche sur les phénomènes aérospatiaux non-identifiés), une association très active au Québec. Il compte faire une mise à jour de son enquête sur cet ovni du Casino en 2010, on en apprendra sans doute d'avantage... Et il présente toujours le cas de la place Bonaventure comme « l'événement-OVNI le plus fameux de toute l'histoire du Canada », et le met en parallèle avec la vague d'ovnis du 5 novembre 1990 qui s'est produite deux jours auparavant, les deux événements n'ayant « jamais été éclaircis par les autorités » !

De son côté, Wim van Utrecht a rajouté une page sur cette observation dans son site Caelestia.

Notons que dans une page par ailleurs très bien faite consacrée aux piliers de lumière, rédigée par « Elevenaugust » sur le forum les Mystères des Ovnis, un certain Irvingquester, québécois, rejette pour de fort mauvaises raisons l'explication du cas de 1990 par des piliers de lumière, et sur sa lancée met en doute la réalité des observations de 2010, pensant que « Bourbeau a très probablement voulu lancer le buzz d'un ovni à Montréal 20 ans après Bonaventure. »

C'est ignorer complètement toute la discussion qui a eu lieu sur Ovni-Alerte et les différentes personnes qui ont participé à l'enquête (notamment Yann Vadnais qui est toujours très actif en ufologie à Montréal), et cette ignorance des faits les plus élémentaires est habituelle chez Irvingquester... Il va d'un forum à l'autre sous divers pseudonymes (Newtonathome, Jojolapin...) en répétant inlassablement les mêmes âneries qui ont été démontées dans le précédent... Après avoir erré ainsi sur les sites sceptiques où il finissait par se faire éjecter en raison de son trolling intense et d'une mauvaise foi à toute épreuve, il a fini par trouver sur les Mystères des Ovnis un site complaisant où on apprécie ses perpétuelles attaques envers les sceptiques et où on vire immédiatement toute personne qui contesterait une de ses affirmations mensongères, preuves à l'appui... Pour vous éclairer, voir par exemple le sujet qu'il a créé sur le prétendu ovni vu par l'astronaute Leroy Chiao (note : à la fin celui qui est intervenu sous le nom de « Robby13 » et qui s'est fait immédiatement virer, c'était moi).

Bref concernant l'observation de 2010 tout ce qu'avance Irvingquester pour la mettre en doute c'est le fait qu'on n'en ait pas parlé dans les journaux de Montréal ! Mais peut-être devrait-il chercher aussi si les journaux ont beaucoup parlé de l'observation de la place Bonaventure en 1990, en dehors du journal la Presse qui avait eu des journalistes sur place et une photo à montrer !

Ce qu'il faut noter c'est que comme l'explique Yann Vadnais « tous les témoins étaient, de prime abord, portés à croire qu’il s’agissait de reflets des projecteurs du Casino sous la masse nuageuse », et ça suffit largement à expliquer l'indifférence de la presse ! Et ça n'était sans doute guère différent lors de l'observation de 1990 : ce sont les ufologues qui ont monté les deux cas en épingle pour en faire des événements ufologiques majeurs.

Deux jours avant, une vague d'ovnis en France ?

Un élément qui pour les croyants vient créditer le mystère de l'ovni de Montréal est qu'il s'est produit seulement deux jours après la « formidable vague d'ovnis » du 5 novembre 1990 en France... Le problème c'est qu'il n'y a pas eu de vague d'ovnis ce jour là, juste une rentrée atmosphérique très spectaculaire, des ufologues incapables de trouver des informations correctes sur ce phénomène, et quelques observations n'ayant rien à voir avec la rentrée mais entraînées par la vague de témoignages de cette dernière et pas spécialement convaincantes. Lire à ce sujet mon texte 5 novembre 1990, les ovnis fabriqués par les ufologues.

Pour ce qui est de la coïncidence des deux événements, elle n'est pas particulièrement étrange. On parle souvent de « loi des séries », des événements de nature identique ayant apparemment tendance à se produire en série... En fait, ça illustre simplement notre mauvaise appréciation des probabilités... On s'attend à ce qu'un événement aléatoire se produise de façon assez régulière, alors que ça n'est pas du tout le cas. Par exemple, s'il y a en moyenne une observation d'ovni importante par mois dans le monde, il y a plus d'une chance sur deux pour que deux d'entre elles se produisent à moins de deux jours d'écart dans une même année.

Et puis, il n'est pas du tout impossible que la « vague » française de 1990 ait amplifié l'importance qui a été donnée à l'observation de Montréal. Le Québec est francophone, il ne serait pas surprenant que des journaux français aient traîné dans le hall de l'hôtel Bonaventure, dans lesquels on accordait une bonne place aux observations du 5 novembre 90...

ovni vu à côté d'une grue

Cet article du Figaro du 7 novembre est assez représentatif de ce que l'ensemble de la presse française titrait au sujet de ce phénomène. Il serait intéressant aussi de savoir si la presse québécoise a signalé l'événement.

Ce jour-là et déjà la veille, le phénomène responsable n'était pas encore identifié, mais on privilégiait l'explication par une météorite ou un satellite... Et ça nous rappelle la première réaction d'Albert Sterling, le responsable de la sécurité de l'hôtel Bonaventure, lorsqu'il a vu l'objet : Sa première impression fut qu’il s’agissait de « ...débris tombant du ciel, un satellite ou autre objet de l’espace ». Vu que ça n'est guère logique de penser à cela quand on voit des faisceaux de lumière immobiles dans le ciel, on peut se demander si Sterling n'avait pas eu vent de ce qui s'était passé en France deux jours plus tôt !

Des touristes français pouvaient aussi être arrivés à l'hôtel dans la journée et s'être trouvés sur le toit avec les autres... Tout cela pouvait influer sur la perception du phénomène par les témoins, et sur l'attention qui a été portée à l'observation.

Et de la même manière, la « vague Belge » dont on avait beaucoup parlé peu avant a pu aussi amplifier l'importance que l'on a donnée à la vague du 5 novembre 1990 en France, et aussi à l'ovni de Montréal.

Bref la coïncidence n'en est peut-être pas tout à fait une, mais il n'empêche qu'aussi bien les observations du 5 novembre 1990 en France que celles du 7 novembre à Montréal s'expliquent parfaitement par des phénomènes bien identifiés.

L'enquêteur du paranormal reprend du service

Alors que je terminais la rédaction de cet article, Christian Page, scénariste du reportage de Canal D, a réalisé un nouveau reportage sur le phénomène dans la série « l'Enquêteur du paranormal ». Il a été diffusé pour la première fois le 28 novembre 2016 sur la chaîne TV québécoise Historia.

Christian Page est une véritable star au Québec, ayant réalisé des émissions très appréciées sur le paranormal en général... Il joue d'ailleurs beaucoup sur une image d'enquêteur-aventurier avec son bureau décoré d'un crâne de cristal et d'une tête d'extraterrestre sur laquelle il pose son chapeau !

Ambiance mystères

Mais ne nous arrêtons pas à la mise en scène, ses documentaires sont en général plutôt sérieux et très documentés.

Avec celui-ci, ça commence tout de même assez mal lorsqu'on voit qu'il illustre l'observation de 1990... par la photo prise en 2010 au-dessus du Casino, sans jamais le préciser !

Illustration de l'ovni de 1990 par une photo de celui de 2010 !

On verra beaucoup plus cette photo, en divers coloris, tout au long du reportage que la véritable photographie de l'ovni de la place Bonaventure en 1990... C'est d'autant plus surprenant que dans le cas de 2010 il n'y a vraiment aucun doute sur l'explication par un pilier de lumières zénithal, que Christian Page va complètement ignorer dans son reportage ! Ceci dit, il m'a précisé que s'il était réalisateur de ce documentaire il ne contrôlait pas tout, et qu'il n'est pas responsable du choix de cette photo comme illustration, qui l'a lui-même beaucoup contrarié lorsqu'il l'a découvert lors de la diffusion...

Après avoir résumé le cas, il interroge deux témoins de l'époque... D'abord Mario Wally, qui était employé de l'établissement :

Il devait être 8 h, à cet endroit-là il y avait un genre d’ovale, puis une plus petite au milieu, un peu plus foncée, et il y avait six spots. C’était pas trop brillant parce qu’il y avait des nuages un peu... Pas de son, pas de bruit, absolument rien.

CP : Est-ce que l’objet se déplaçait à ce moment-là ?

Moi ce que j’ai vu elle était là et puis elle est restée là pendant deux heures.

À un moment donné j’ai vu un avion passer qui devait être à huit mille, dix mille pieds, et puis à mon estimé il y avait au moins encore dix mille pieds avant d’arriver là, y avait six lumières au début, après ça y en avait quatre, après ça y en avait trois, puis quand quelqu’un de
la Presse est venu prendre une photo il restait plus juste qu’un spot. On voyait qu’ils étaient fixes, passé une heure, deux heures comme ça, c’était fixe l’emplacement.

CP : Est-ce que vous avez eu à un moment l’impression que ce que vous observiez aurait pu être un reflet ?

Impossible. Impossible, c’était trop immense et trop gros, ça pouvait pas être... Je sais pas y en a qui parlaient que c’était le reflet des spots de la piscine, la police a fait fermer les spots du mille la Gauchetière, et non, ça restait là.

CP : Aujourd’hui, Mario, 26 ans plus tard, est-ce que vous êtes toujours persuadé que ce que vous avez vu ce soir-là relevait de l’inexplicable ?

Absolument. Absolument, je suis certain qu’on n’est pas seuls dans ce monde, je regarde le ciel tous les soirs quand je sors dans la rue, c’était beaucoup trop gros pour être humain, c’est certain.

À remarquer dans cette interview la mention que certains témoins pensaient que les lumières étaient le reflet des spots de la piscine... Il faudrait savoir si cette explication a été évoquée par certains lors de l'observation, ce qui n'a été mentionné nulle part ailleurs, ou si le témoin a simplement entendu parler plus tard de l'explication exposée dans le site Caelestia.

Le second témoin interrogé est Luc Morin, policier de la Gendarmerie Royale du Canada :

Donc vers 21 h 30 je suis arrivé sur les lieux, et j’ai fait les premiers constats. J’ai effectivement noté la présence de trois faisceaux lumineux qui semblaient immobiles à travers un plafond nuageux.

CP : J’imagine que quand on reçoit un appel de ce type-là, on arrive sur place, on s’attend à prendre essentiellement un rapport d’observation, on s’attend pas à être soi-même témoin du phénomène.

C’est exact. C’était la première fois que ça m’arrivait dans ma carrière, et ma première préoccupation était la sécurité du public.

CP : Quelle est la démarche que l’on fait ? vous contactez les aéroports et vous contactez l’armée ? Est-ce qu’il y a une démarche qui a été faite ?

En fait on a contacté les aéroports, pour savoir s’ils avaient quelque chose sur les radars, et les autorités nous ont informé qu’il n’y avait rien sur les radars. Par la suite il y avait un pilote d’Air Canada qui était ici, qui m’a informé que selon lui ces lumières-là, on voyait en fait un triangle lumineux, que ces lumières-là étaient à environ 3500 ou 4000 pieds de hauteur.

CP : Quand vous regardiez le phénomène, aviez-vous l’impression que c’était un objet, physique, qui était là, ou c’était simplement un reflet de lumières ?

J’avais l’impression qu’il s’agissait d’un objet physique. En fait il y avait de la construction, très près d’ici, je crois qu’on montait l’édifice du 1000 de la Gauchetière — exact — on avait fait éteindre les lumières du chantier de construction pour s’assurer que ça n’était pas une réflexion, et malgré tout les lumières sont demeurées là, les faisceaux lumineux ne sont pas disparus.

CP : J’imagine que, on est témoin d’un incident comme celui-là, on garde quelques traces, et je crois que vous avez conservé le rapport d’enquête de l’époque ?

Effectivement j’ai conservé les documents originaux de l’époque, par exemple les rapports des premiers appels qui ont été faits au quartier général de la GRC, les rapports du service de police de la ville de Montréal.

CP : Quand on parle de cette histoire de l’ovni au-dessus de la place Bonaventure bon y a les trois heures qui s’écoulent, mais par curiosité on aurait bien dû envoyer un hélicoptère, pour essayer de voir de quoi il s’agissait ?

On aurait pu, par contre les autorités policières ou l’état-major de la GRC, étant donné le non-danger pour la sécurité du public, ont décidé qu’on ne prendrait pas cette voie-là. Effectivement ça aurait pu être intéressant d’avoir un hélicoptère pour aller constater en quoi ça consistait ces lumières.

CP : Vous avez été témoin vous-même du phénomène, vous avez parlé de ça autour de vous, est-ce que des gens ont proposé des explications à ce que vous aviez observé ?

Il y a quelques explications farfelues, oui, qui ont été proposées, à savoir quelle était la raison de ce phénomène-là. Je crois sincèrement que c’était pas une réflexion de lumière, je crois sincèrement qu’il y avait fort probablement un objet à cet endroit-là. L’observation que j’ai pu faire c’est que l’objet s’était déplacé. Les trois lumières sont restées à peu près à la même distance l’une de l’autre et se sont dirigées vers l’est. Je ne sais pas qu’est-ce que ça pouvait être, en fait, mais je suis persuadé que c’est quelque chose que je n’ai jamais vu auparavant. C’est inexplicable.

Viennent ensuite des extraits d'une interview du Robert Masson de la SPCUM, qui avait été faite pour l'émission de Canal D, mais avec quelques passages qui n'étaient pas dans ce premier reportage :

En fait le premier appel que j’ai fait, j’ai appelé la tour de Dorval. Et au téléphone le contrôleur m’informe que sur le radar actuellement il y avait un cargo numéro XXX qui passait au-dessus du centre-ville, et puis effectivement moi j’étais à l’extérieur avec le téléphone sans fil, et puis ça avait l’air très petit quand ça passait en dessous. On pouvait même distinguer que c’était en métal. Oui, peut-être que c’était quelque chose de métallique, il y avait une brillance, la même chose qu’un matériel métallique, et puis les sept raies de lumière, ou les six raies de lumière, comm ??? au ciel, parce qu’on y voyait très bien.

Ensuite, Christian Page se rend aux archives nationales du Canada, où l'archiviste David Rajotte résume l'histoire de l'étude officielle des ovnis au Canada, depuis les années 50... C'est intéressant mais ça ne concerne pas trop notre affaire, en dehors de la fin. En gros, depuis 1967 les rapports d'observation étaient collectés par le Centre national de recherche (l'équivalent de notre CNRS), mais peu à peu le CNR s'est désintéressé du sujet et il a cessé de récolter ces rapports en 1995, le cas de Bonaventure étant donc un des derniers cas importants qui lui ont été transmis.

En bref il n'y a eu aucune enquête, juste les témoignages des policiers qui s'étaient rendus sur place, et tout ça peut être consulté librement aux archives sur demande. Aucun black out gouvernemental donc, mais un manque d'intérêt et de réactivité au sujet de ce phénomène.

Enfin, on passe à l'étude du rapport Haines-Guénette. Haines est présenté sans surprise comme un chercheur en aérospatiale, spécialiste de l'optique travaillant pour le laboratoire Ames de la Nasa. Et Christian Page reprend ses conclusions sur la taille de l'objet :

Le mouvement des nuages étant connu, grâce aux relevés d’Environnement Canada, Richard Haines estime que l’objet évoluait ce soir-là à une altitude comprise entre 1060 et 2700 mètres, et que son diamètre, d’après son évaluation la plus conservatrice, était de 540 mètres, soit l’équivalent de cinq terrains de football. Le tout illustré par une simulation de la taille l'objet au-dessus de la place Bonaventure :

La taille de l'ovni comparé à la place Bonaventure

Page poursuit :

Richard Haines rejette la possibilité que l’objet ait pu être un phénomène atmosphérique ou astronomique, justement à cause de cette couverture nuageuse. Richard Haines rejette aussi la possibilité d’un reflet sur les nuages. Ce soir-là, la couverture nuageuse est passée de 1600 à 1100 mètres. Or il faut savoir que dans le cas d’un reflet, plus la surface réfléchissante se rapproche de sa source, plus cette source devient lumineuse et définie. Dans le cas de l’ovni de la place Bonaventure, l’objet réagit de manière tout à fait différente.

En fait, rien n'est dit à ce sujet dans le rapport Haines-Guénette, mais d'après un courrier reçu par Caelestia c'est bien ce que Haines aurait dit par la suite pour rejeter l'explication par des piliers de lumière... Mais visiblement ni lui ni Christian Page n'ont compris en quoi consiste ce phénomène, qui n'a rien à voir avec l'éclairement d'un nuage par un faisceau lumineux ! Dans le cas des piliers de lumière, ce ne sont pas les cristaux qui sont éclairés, ils réfléchissent la lumière ; quant aux les nuages, quand il y en a, ils ne sont nullement impliqués ! Il y a des photos de piliers de lumière par temps clair, notamment la photo prise en Norvège où on voit clairement le ciel étoilé derrière ces lumières reproduisant le plan de la ville !

Bref Christian Page a raté là une occasion de donner une explication correcte du phénomène qui pourrait bien être, et qui est même sûrement, à l'origine de l'observation !

Il ajoute : Richard Haines conclut que les preuves attestant la présence d’un grand objet volant inconnu au-dessus de Montréal sont tout à fait indéniables, et que la nature de cet objet demeure pour l’instant non identifiée.

Mais ça ne l'empêche pas de conclure prudemment son reportage par :

Sommes-nous visités par des extraterrestres ? Que sont les ovnis ? Pour l’heure, toutes les recherches scientifiques vont dans le même sens : il y a apparemment des phénomènes célestes, comme celui de l’hôtel Hilton Bonaventure, qui échappent à notre compréhension. Mais de là à prétendre que ces phénomènes soient des engins venus d’une autre planète, il y a loin de la coupe aux lèvres. Évidemment cela ne remet pas en question la possibilité que d’autres mondes, ailleurs dans l’univers, soient peuplés par des civilisations plus avancées que la nôtre. En fait, la question ici n’est pas de savoir si des extraterrestres existent, mais si nous sommes visités par des extraterrestres. Et à ce chapitre, quoi qu’en disent les ufologues, les soi-disant spécialistes des ovnis, les preuves font cruellement défaut. Mais restons prudents : un axiome scientifique nous rappelle que l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.

Bravo pour la prudence, mais si Haines avait vraiment prouvé la présence d'un objet solide d'au moins 500 mètres de diamètre au-dessus de Montréal, ça pourrait être quoi à part un vaisseau extraterrestre ? Disons que Christian Page ne s'exprime pas aussi librement dans une émission de télévision grand public que dans son livre (l'Enquêteur du paranormal tome 1) où il ne prend pas pour argent comptant tout le contenu du rapport Haines-Guénette :

Si le rapport Guénette-Haines apporte certaines réponses, il ne nous éclaire pas beaucoup sur la nature même de l'ovni. Était-ce un phénomène atmosphérique rarissime et encore inconnu de la science ? Un prototype militaire secret ? Un engin venu d'une autre planète ? La question reste ouverte.

Les leçons à tirer

L'ovni de la place Bonaventure est un parfait exemple des dégâts causés par l'argument d'autorité en ufologie... Ce prétendu ovni n'aurait pas existé sans l'incursion d'un « spécialiste de la Nasa » dans des domaines qu'il ne maîtrisait pas du tout !

En 1990, cet ovni n'a pas fait beaucoup de bruit, juste un article illustré par une photographie dans un journal de Montréal et quelques courtes informations sur les radios et télévisions locales... Et personne n'a crié au scandale lorsque le lendemain le même journal a rendu compte de l'opinion d'un spécialiste (un vrai, pour le coup !) pour qui les observations résultaient d'un phénomène de réflexion des des nuages ou des cristaux de glace... En clair, deux jours après l'observation, on avait l'explication correcte, même si elle n'était pas détaillée, et même si ledit spécialiste s'est ensuite égaré en défendant l'idée d'une aurore boréale !

Note : j'ai écrit cela en ayant constaté que personne n'a cité au sujet de cette observation un autre article que celui de la Presse du lendemain (qui était il est vrai le seul journal à avoir eu des journalistes sur place, dont celui qui a pris une photo) et celui beaucoup plus sceptique du surlendemain... Et on ne trouve pas un mot sur le phénomène dans le seul journal montréalais de l'époque archivé dans Google archives, le Devoir. Mais Christian Page, qui est bien mieux placé que moi pour cela, m'a précisé :

Contrairement aussi à ce que vous avez écrit, la couverture médiatique a été très importante. Les deux quotidiens (La Presse et Le Journal de Montréal) lui ont consacré plusieurs articles, l'affaire a été rapportée aux actualités télévisées, tant dans les réseaux anglophones que francophones et, au lendemain de l'observation, à peu près toutes les radios parlées de Montréal ont fait des émissions de « lignes ouvertes » pour en discuter (je travaille d'ailleurs à l'une de ces stations [le 98.5 fm] dont les locaux sont situés... à la Place Bonaventure). De mémoire (et je suis dans ce milieu depuis 1976), aucun incident ovni n'a suscité autant d'intérêt de la part des médias.

J'ai manifestement sous-estimé la couverture médiatique de cette affaire, mais il n'empêche qu'elle a été vite oubliée, et n'a pas eu tout de suite l'importance qu'on lui a prêtée par la suite... Pour la plupart des gens, elle expliquait par des reflets de lumières dans les nuages ou par une aurore boréale très particulière.

Mais c'est lorsque le fameux rapport est paru, avec notre prétendu spécialiste affirmant avoir prouvé la présence d'un objet matériel de plus de 500 mètres de diamètre au-dessus de la ville, que le cas est devenu pour à peu près tous les ufologues une des plus fantastiques observations collectives de l'histoire des ovnis ! Et il a fallu presque vingt ans pour que cette légende soit sérieusement remise en cause...

L'ironie de l'histoire, c'est qu'actuellement des membres du Narcap, l'association d'étude des ovnis dont Haines est Directeur scientifique, voudraient discréditer des chercheurs sérieux qui accomplissent un travail remarquable sous le prétexte qu'ils tiennent à rester anonymes pour des raisons professionnelles, arguant qu'eux n'ont rien à cacher et n'hésitent pas à mettre en jeu leur réputation scientifique... Quand on voit le résultat avec l'ovni de Montréal, on se demande s'il ne vaudrait pas mieux que tous ceux qui étudient les ovnis restent anonymes, ça inciterait leurs lecteurs à ne pas croire aveuglément ce qu'ils écrivent en étant éblouis par leurs titres scientifiques !

Ce qu'on peut retenir aussi, c'est qu'une telle méprise ne serait plus possible aujourd'hui, pas plus que celle de la vague du 5 novembre 1990 en France... Et cela, grâce à Internet, qui met à la portée de tous une immense documentation qui était beaucoup plus difficilement accessible autrefois. Il n'est plus possible que des ufologues ne reconnaissent pas immédiatement une rentrée atmosphérique, des piliers de lumière, ou tout autre phénomène connu même rare...

On a vu d'ailleurs que dans le cas de la « réplique » de 2010, l'explication certaine a rapidement été trouvée et peu contestée, même si les enquêteurs d'Ovni-Alerte ont eu quelques difficultés à l'accepter...

Et puis, maintenant, on n'accepterait pas de discuter d'un ovni photographié sans même disposer de la photo dans son format d'origine !

Internet nous a apporté le pire comme le meilleur : il incite à la multiplication des observations les plus faciles à expliquer et des canulars grossiers, mais en même temps il facilite l'identification d'un maximum d'observations. C'est d'ailleurs ce qu'a constaté le Geipan dans un article récent : on lui signale de plus en plus d'observations, mais le nombre de cas non identifiés (les PAN D dans sa terminologie) est en forte baisse ! L'influence des nouveaux canaux d'information n'est pas évoquée comme explication, mais pour ma part elle me semble évidente !

Certains s'attristent que la proportion de cas de « vrais ovnis » se réduise ainsi comme une peau de chagrin, mais il faut comprendre que ça signifie qu'on les confond moins facilement avec les faux... Et plus on arrivera à éliminer les faux ovnis, plus on aura des chances de savoir reconnaître un vrai !

Et puis, qu'il y ait ou non des vaisseaux extraterrestres dans nos cieux, il y a des phénomènes étonnants de la nature qui méritent bien d'être un peu mieux connus...

Mise à jour

Cette mise à jour très rapide est justifiée par les courriers que j'ai reçus de deux personnes particulièrement impliquées dans ce dossier : Christian Page, « l'Enquêteur du paranormal » qui a pu observer la fin du phénomène et a été à l'origine des deux principaux reportages consacrés à l'affaire, et Wim van Utrecht, le chercheur belge d'anomalies célestes qui a proposé après une véritable étude l'explication par des piliers de lumière.

Je les remercie tous les deux vivement pour ces courriers très productifs, les suppléments d'informations qu'ils m'ont apportés, et aussi leurs réserves.

Christian Page, d'abord, s'est justifié au sujet des critiques que j'avais émises sur ses deux documentaires, expliquant que même s'il était réalisateur du second (mais pas du premier) il ne contrôlait pas tout, et qu'il n'a pas toujours pu leur donner une orientation aussi neutre qu'il l'aurait voulu. Reconnaissons qu'il doit être difficile d'éviter de tomber dans la facilité du sensationnalisme qu'une grande partie du public attend, et qu'il y réussit tout de même plutôt bien. J'ai donc quelque peu modifié mes critiques de l'épisode de Dossiers mystère et de l'Enquêteur du paranormal. À noter qu'en marge de ces deux séries de documentaires, il a écrit des livres dans lesquels il peut s'exprimer plus librement, et qui contiennent des compléments intéressants. Ces livres sont disponibles en e-book, je les ai signalés dans mes commentaires.

Page m'a aussi signalé que j'avais sous-estimé dans ma conclusion le retentissement médiatique qu'a eu cette affaire, j'ai aussi tenu compte de ses remarques dans la section concernée.

Et puis, il m'a apporté des précisions intéressantes sur sa propre observation du phénomène, puisqu'il est arrivé sur le toit de l'hôtel Bonaventure alors que les dernières lueurs étaient encore visibles... Ce témoignage apporte à mon sens une confirmation de l'explication par des piliers de lumière, même si Christian Page lui-même n'y croit pas trop, je l'ai donc développé.

Enfin, Page regrette maintenant d'avoir négligé l'hypothèse des piliers de lumières, bien qu'elle ne l'ait pas convaincu :

Les conditions météorologiques qui régnaient ce soir-là n'avaient rien d'exceptionnelles. Sans être récurrent, ce phénomène des piliers zénithaux devrait se reproduire à l'occasion... Ce qui visiblement n'est pas le cas. Un tel phénomène n'avait jamais été observé auparavant et n'a jamais été observé depuis, pourtant la piscine est toujours là... et l'hiver, la présence de nuages chargés de glace et de neige est fréquente.

Je n'ai malheureusement aucune idée de la fréquence des phénomènes de piliers de lumière dans une ville comme Montréal, ça doit être en tout cas assez rare... La plupart des nuages chargés de glace ne sont pas formés de cristaux mais de gouttelettes d'eau qui ont gelé, et lorsqu'il y a des cristaux ils ne sont pas forcément horizontaux. Et lorsque ça se produit, il faut encore que les témoins le remarquent et que ça les intrigue suffisamment pour qu'ils le signalent au personnel de l'hôtel. Les piliers de lumière doivent être rares, surtout au zénith, mais il y en a eu au moins à une autre occasion dans la même ville, vingt ans plus tard ! Au sujet de cette seconde occurrence, Page remarque :

Vous associez — et avez raison — "l'ovni de la Place Bonaventure" (7 novembre 1990) et "l'ovni du Casino". Toutefois, même si les photographies de ces deux phénomènes présentent des similitudes frappantes, ceux-ci n'ont pas eu les mêmes comportements. Dans le cas de "l'ovni du casino", les témoins ont rapporté que le phénomène avait disparu progressivement. La plupart d'entre eux, malgré "l'esthétisme du phénomène", ont tout de suite reconnu qu'il s'agissait d'un reflet... un reflet "bizarre" certes, mais un reflet quand même. Dans le cas de "l'ovni de la Place Bonaventure", tous les témoins, au contraire, ont rejeté la possibilité d'un reflet (cela ne leur donne pas raison pour autant).

Je ne sais pas... Si tous les témoins du Casino avaient reconnu un reflet, ils n'auraient pas contacté le groupe Ovni-Alerte, et les enquêteurs de celui-ci n'auraient pas mis un mois pour le comprendre... Et inversement, si aucun des témoins de la place Bonaventure n'avait pensé qu'il pouvait s'agir de reflets dans les nuages, on n'aurait pas fait éteindre les lumières du chantier à côté pour s'assurer qu'elles n'étaient pas en cause ! Ce qui fait la différence, c'est peut-être que les témoins qui étaient à côté du Casino voyaient bien toutes les lumières de ce dernier, qui pouvaient être la cause de réflexions, alors que ceux qui étaient sur l'hôtel Bonaventure ne voyaient pas l'origine de la plupart des lumières, hormis celles du chantier qu'ils ont justement suspectées, et celles de la piscine qui paraissaient trop faibles pour être en cause. Mais dans les deux cas, il faut bien rappeler que les piliers de lumière n'ont rien à voir avec l'éclairement des nuages par des lumières au sol, et paraissent donc beaucoup plus mystérieux à quelqu'un qui ne connaît pas l'explication. Et le fait est que ce que montrent les photos dans les deux cas, ce sont des faisceaux lumineux qui convergent à proximité du zénith, et c'est bien la caractéristique principale des piliers de lumière zénithaux.

Pour en revenir à ma propre observation et à mes "réserves" sur l'explication de piliers zénithaux, je me rappelle que ce qui m'a frappé avec ce phénomène c'est que j'avais distinctement l'impression que ces "lumières" (lors de mon arrivée il s'agissait plutôt de halos) étaient DANS les nuages. Ce soir-là (selon Environnement Canada), la couche nuageuse faisait entre 1200 et 1500 m d'épaisseur, était "très opaque" et composée de neige et de glace. Ce plafond est passé de 1580 m (vers 20h) à 1100 m (vers 22h). Or, en début de soirée, les gens voyaient une "couronne lumineuse" et, au fur et à mesure que descendait ce plafond, la "couronne" devenait moins visible. Je ne suis pas un spécialiste de l'optique (ni des piliers zénithaux, j'en conviens), mais lorsqu'une surface de réflexion se rapproche de sa source lumineuse (comme une lampe de poche que l'on rapproche d'une feuille blanche), les reflets deviennent plus "brillants" et plus "concentrés", ce n'est pas ce qui s'est produit ici. C'est plutôt l'inverse. Plus les nuages descendaient sur Montréal, moins le phénomène était apparent. C'était vraiment déconcertant. Lorsque j'ai vu le phénomène, j'aurais juré qu'il y avait bel et bien "quelque chose" dans le nuage. Cela dit, je n'ai jamais cru à l'interprétation de Richard Haines concernant les dimensions "dantesques" de l'ovni. Je n'exclus pas (au contraire) la possibilité d'un phénomène atmosphérique rarissime (comme je l'ai écrit dans mon livre "L'Enquêteur du paranormal (tome 1)", mais je reste perplexe.

Là, une seule chose à rappeler : les nappes de cristaux de glace ne sont pas les nuages, et se développent ou disparaissent indépendamment de ceux-ci.

La lettre de Wim van Utrecht n'est pas moins intéressante, et commence par des félicitations (traduit de l'anglais) :

Je suis ravi de voir que mon travail a servi à un article plus long sur ce qui est sans doute l'un des cas d'OVNI les plus instructifs de l'histoire (non seulement en ce qui concerne les témoignages, les mauvais rapports et les errances des scientifiques et ufologues, à propos d'un phénomène négligé depuis trop longtemps par les météorologues et les astronomes). Je doute que beaucoup de gens liront un article aussi exhaustif que celui-ci, mais je suis heureux de voir tout le matériel pertinent (et parfois pas si pertinent) sur cet incident rassemblé dans un seul document.

Il est content que des outils comme Google Earth et d'autres données Internet dont il ne disposait pas lors de son étude en 2008 permettent d'apporter de nouvelles évidences à l'explication par des piliers de lumière zénithaux, et reconnaît son erreur concernant l'altitude de la nappe de cristaux et son assimilation à la base des nuages.

Et il a joint à son courrier bon nombre de documents : un article du journal de Montréal que j'ai ajouté à la partie réactions de la presse ; plusieurs témoignages que j'ai aussi ajoutés ; et aussi l'article de Marc Gélinas dans le Québec astronomique défendant l'hypothèse d'une aurore boréale... et puisque cette idée a donc été pas mal évoquée j'ai ajouté une section pour en parler, appuyée largement sur cet article.

Par contre, Wim doute de mon explication de la position anormale du point de convergence des rayons par de petites variations de l'orientation des cristaux :

Je ne suis pas sûr, cependant, que ce soit une bonne idée d'évoquer l'écoulement vertical du vent autour de grands bâtiments pour résoudre la question des piliers convergeant vers un point à l'intérieur de la piscine et non l'extérieur. Non seulement il y avait très peu de vent cette nuit-là, mais nous savons que les cristaux de glace oscillent en tombant. Comme l'orientation de leurs faces principales change constamment, il est peu logique d'écrire qu'ils pourraient s'écarter d'environ 0,5° de l'horizontale. Il y a de nombreuses années, le Dr BLOMME et moi-même avons discuté de la possibilité que les cristaux de glace soient inclinés pour essayer d'expliquer une paire de vieux rapports sur des piliers solaires inclinés, mais nous n'avons jamais trouvé de réponse satisfaisante. Les seules occurrences que je connais au cours desquelles les cristaux de glace peuvent rester dans une position inclinée, c'est lors d'une décharge électrique d'un nuage d'orage (je me réfère à cet autre phénomène optique étrange connu sous le nom de Crown Flash ou parhélie instable).

De plus, d'après ce que je peux lire sur le site de Les COWLEYS, l'angle d'inclinaison des cristaux de glace peut affecter l'aspect du pilier mais pas sa verticalité (c'est-à-dire que la somme de la lumière réfléchie vers l'observateur ou la caméra doit toujours apparaître comme un pilier vertical pointant directement au zénith). Le diagramme de Robert avec les lignes rouges est un peu douteux, je pense. Pour moi, il semble que les lumières les plus petites et plus lumineuses ont un point de convergence légèrement différent que les grande traces floues. Le pourquoi de cela, et pourquoi le point de convergence sur l'image de Google Earth se trouve à l'intérieur de la piscine, n'est pas clair pour moi. C'est une question intéressante, et si ce n'était pas le réveillon du Nouvel An, je suis sûr que ça m'aurait gardé éveillé ce soir.

Un commentaire intéressant de la part de quelqu'un qui s'intéresse depuis longtemps aux piliers de lumière !

Sur les parhélies instables mentionnées par Wim on peut lire un article sur le site Ciel des hommes, et voir aussi une impressionnante vidéo du phénomène, prise en Russie en juillet 2016.

Pour ce qui est de la dispersion de l'orientation des cristaux pendant leur chute, qui est discutée sur le site de Les Cowleys, elle n'empêche pas qu'il y ait une direction globale très précise, dont dépend la verticalité du pilier. La question est de savoir si les perturbations de l'écoulement de l'air peuvent modifier localement cette orientation générale, et dans quelle mesure...

Je me suis aussi demandé dans le même registre si le mouvement de convection de l'air chauffé par la piscine ne pouvait pas créer une « bosse » dans le miroir virtuel formé par les cristaux, ce qui pourrait former une véritable loupe agrandissant l'image des lumières de la piscine et peut-être même les inversant... Ça pourrait dispenser de la deuxième nappe de cristaux de glace que j'ai suggérée, et peut-être expliquer la similitude de positions entre les trois lumières centrales les plus visibles et les trois principaux faisceaux externes : il s'agirait en fait de reflets différents des mêmes trois lumières, inversés dans un cas. L'idée m'a paru finalement trop douteuse pour être exposée, presque autant que l'histoire des lens flares de Haines, et en outre difficilement conciliable avec le vent qui, même faible, aurait largement dévié le mouvement de convection.

Quoi qu'il en soit, il n'y a que pour des piliers de lumière zénithaux qu'une très petite variation de l'orientation des cristaux peut causer une déviation importante des faisceaux visibles sur la photo, par effet de perspective. La même variation sur un pilier de lumière vu près de l'horizon serait à peu près imperceptible.

Dans tous les cas, si les faisceaux des piliers zénithaux ne sont pas parfaitement convergents, ou ne convergent pas exactement au zénith (ce qui peut se vérifier lorsqu'on voit les étoiles en plus des réflexions lumineuses), ou si les piliers proches de l'horizon ne sont pas parfaitement parallèles, je ne vois pas d'autre explication à cela qu'une variation de l'orientation des cristaux. Il y a là matière à faire des recherches dans les nombreuses photographies de piliers de lumière (même si beaucoup moins nombreuses au zénith).

C'est en tout cas une question qui mérite d'être approfondie.

Robert Alessandri




Rubrique ufologie

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Ce texte a été lu fois depuis le 29/12/2016