La 100ème édition de Cowes-Dinard à bord du Vert-Galant
L'équipage.
D'abord le barreur et skipper :

Yvon, 66 ans, ici complètement absorbé dans l'exercice de ses responsabilités :
-- Mettre au point la tactique.
-- Préparer la liste du matériel de sécurité et de son emplacement.
-- Etablir une liste de ce qui manque pour envoyer une estafette chez le shipchandler dans les 5 minutes qui restent.
-- Réfléchir à une procédure pour sortir le radeau de sous la table du carré.
-- Choisir une marque de bière .
-- Préparer des fiches d'accès aux ports de refuge en cas de mauvais temps.
-- Ecrire un post-it avec les caractéristiques du feu des Casquets.
-- etc......
nota bene : la photo n'a pas été prise pendant la course,
mais la position est habituelle.
Puis l'équipage :

Assis dans le cockpit Jacques, 63 ans, régleur, embraqueur, pianiste, bastaqueur et responsable de la cambuse.
Sur le ponton Serge, la petite cinquantaine,No1 car c'est lui le plus jeune, le dernier arrivé et le plus agile.
Il reste environ une heure avant de quitter le ponton mais l'équipage n'a pas vraiment l'air stressé. Le pavillon de
course est en place (ruban bleu dans le patara), les voiles sont prêtes à hisser et le cagnard avec le No de voile est fixé à tribord
avant, pour se présenter au contrôle du comité.
Il n'y a plus qu'à aller faire un tour aux toilettes ,
puis enlever les caches des instruments et du compas.
Le pavillon national sera rentré au signal d'avertissement.
La préparation.
Le bateau est conforme à la catégorie 3 + liferaft du RORC depuis le début du mois de juin, mais il manque toujours un feu à main blanc.
En effet il en faut 4 alors qu'en France ils sont vendus par paquet de 3, et on n'en trouve plus chez nous depuis plusieurs mois à cause
d'un défaut de fabrication.
Comme Serge, le No1, a peu d'expérience de la manoeuvre du spi, il rejoindra le bord au Havre après la Quadrasolo Normandie,
ce qui laissera plus d'une semaine pour traverser la Manche et s'entrainer dans le Solent.

La Rivière de Hamble au petit matin.
Ce sera l'occasion de faire un peu de tourisme, en particulier dans la Hamble River où les places libres sont rares.
Nous finirons par trouver un "berth" à Port Hamble, à peu près au milieu de la rivière
pour £ 28.35 la nuit !

A Port Hamble on ne trouve pas vraiment de canots "pêche-promenade", mais uniquement
des yachts sérieux qui s'accordent avec l'architecture du coin !
C'est un peu cher, mais l'environnement est en conséquence, le service est impeccable avec des sanitaire luxueux,
un Harbour Master aimable, un pub sur le quai, un chantier naval considérable et un charmant village à
200m en arrière.

Par Toutatis : Un véritable village Grand-Breton !
Dans le village on trouve plusieurs pubs avec jardin, fréquentés par des coureurs d'océan plutôt bobos
qui viennent en famille, rien que des gens à l'aise mais sans ostentation : si on roule en Rolls, elle est bien patinée.
Dans l'ensemble ça donne une ambiance agréable, bien que l'on hésite à faire la vaisselle sur le ponton
comme d'habitude.
Et puis il y a eu un petit entrainement par gros temps (force 7) au départ de Lymington (£ 31 la nuit chez Berthon Marina).
Le but de l'entrainement était de sortir avec un ris, puis de prendre le second pour tirer quelques bords
dans le Solent avant d'aller à Gosport attendre Jacques le 3ème équipier qui devait y arriver par le ferry de St Malo.
Et bien ce fut un entrainement utile car tout a foiré !
Le tissus des voiles moderne est tellement raide qu'il a fallu plusieurs minutes pour engager l'oeil du second ris dans son croc.
Pendant tout ce temps la voile a fasseyé comme une folle, les 2 lattes du haut se sont envolées et la manille rapide de la drisse
de GV s'est tordue (coincée sous un hauban ?) et ouverte.
Résultat : Direction Gosport au portant sous foc seul, sans problème même à la fin au bon plein dans
le chenal d'accès à Portsmouth.
Une nouvelle procédure pour la prise du second ris a alors été gravée dans le marbre :
1-- Venir au près serré.
2-- Poser sur le hale-bas "rigide" la goupille (voir image) qui empêchera la bôme de tomber pendant la manoeuvre.
3-- Donner un peu de mou au halebas ( la bôme monte quand la voile est arisée).
4-- Enlever la garcette qui maintient serrée la toile du premier ris au niveau du croc de ris.
5-- Mettre la GV en ralingue.
6-- Choquer 20cm de la bosse du premier ris. Le croc de ris double est solidaire de l'axe vertical du vit de mulet et la
tension sur la bordure plaque ce croc contre la bôme. Il est alors impossible de plier une voile raide pour engager l'anneau du
second ris dans le crochet.
7-- Larguer de la drisse de GV jusqu'à la marque.
8-- Engager l'anneau du second ris dans son croc et le coincer avec le sandow
9-- Etarquer la GV.
10- Étarquer la bosse de ris à la main , puis au wich.
11- Border la GV, relancer le bateau et poser les garcettes pour dégager la vue sous la bôme.

La goupille , une vis BTR, qui bloque le hale-bas rigide et sert de balancine de bôme.

Quand la bosse du ris No 1 est étarquée le croc de ris est tiré en arrière par la tension sur la bordure et il devient très difficile
d'engager l'anneau du second ris dans son croc qui touche presque le mât.
Cet incident a été très utile car pendant la course, au petit matin après les Hanois il a fallu
prendre le second ris, sans aucun problème cette fois.
La journée de repos prévue pour la visite du Victory s'est transformée en journée de travail.
Le No1 a été récupérer la drisse de GV en passant par le mât du voisin. Très facile
à couple d'un voilier un peu plus gros.
Puis il a fallu recoudre les goussets de latte de la GV, et enfin parcourir la ville pour trouver des lattes de rechange,
ce qui n'est pas évident sans moyen de transport.
À Cowes avant le départ.

Il est inutile d'aller trainer autour du Royal Yacht Squadron pour identifier les marques qui définissent la ligne de départ.
Le mât de pavillon est bien là, mais le losange qui donne l'alignement avec le mât n'est hissé
sur le toit du RYS que pendant les régates.
Il est par contre utile de passer au bureau du RORC (depuis la marina prendre la rue principale vers le nord, c'est à 300m) pour y prendre les instructions
et les dernières nouvelles. Le bureau est ouvert 1 ou 2 jours avant la course et les gens du RORC sont charmants.
Côté nourriture, les pubs sont innombrables et les restaurants sont très chers.
Le meilleur "traditionnal breakfast" se trouve chez EEGONS, un petit café sur la droite, juste après une place, en allant vers le nord
dans la rue principale, à environ 100m au delà du bureau du RORC.
Il y a aussi un restaurant Italien fréquentable à proximité de l'accès sud à la marina.
Dans le bassin on rencontre pas mal de connaissances :

Ici Jean François du Yacht Club de Dinard, sur Suzy, le second Aphrodite 101 de la course.
Il y aura une course dans la course, et les paris sont ouverts.

À l'extrème droite : Noel Racine du SNH, sur Foggy Dew, un JPK 9.60 qui terminera premier au général en
19h36:07 devant un autre JPK 9.60 Maison du Poisson en 19h 37:21 (temps compensé).

Fletcher Lynd le X95 skippé parJean François Demay du Yacht Club de Boulogne, un concurrent habituel du Vert-Galant
dans les eaux du Pas de Calais, et qui terminera 4ème en IRC3 en 20h 09:25.

Iromiguy, le Nicholson 33 skippé par Jean-Yves Chateau, lui aussi du Yach Club de Boulogne et
autre concurrent habituel et qui finira 39 secondes devant Fletcher Lynd en 20h 08:46.
Que ceux que je n'ai pas réussi à photographier me pardonnent !
La Course.
Pour Vert-Galant et Suzy le départ est à 12h20 (groupe semi-classiques).
C'est un départ facile, au portant par un petit vent de NE fluctuant, avec le courant au cul en direction des Needles.
Tout le monde longe la ligne au bon plein tribord amures pour abattre et envoyer le spi à tribord au son du canon.
Dès le départ Suzy prend quelques longueurs d'avance car Vert-Galant n'avait pas mis le tangon en place avant le
départ, afin de pouvoir virer facilement et se dégager de la ligne en cas de molle (avec le foc autovireur on ne
peut pas passer les écoutes de foc au dessus du tangon de spi).

Petit à petit Suzy augmente son avance, probablement car il loffe un peu plus que Vert-Galant au dessus de la route directe.
Pour vérifier l'hypothèse, Vert-Galant loffe franchement, à la hauteur de Newton creek, et remonte effectivement sur Suzy,
puis il décide de revenir sur sa route précédente pour passer bien au milieu du courant devant Hurst point.
Suzy passe alors trop près de Hurst point, se fait tirer au NW par le courant qui s'engouffre dans North Channel, et commence
à longer le banc des Shingles où le courant est moins fort et la mer désagréable.

Vert-Galant poussé par le courant revient alors rapidement et dépasse Suzy à la hauteur des Needles.
Vert-Galant photographié par Suzy devant les Needles.
Les remous au premier plan c'est la mer qui s'agace en bordure des Shingles.

Pour traverser la Manche, on avait décidé sur Vert-Galant de faire cap sur la route directe théorique (210), puis de
calculer périodiquement une route en fonction des courants dès qu'il serait possible d'estimer une heure d'arrivée
aux alentours des Casquets. C'est facile à faire avec une carte des courants indicée d'heure en heure et une calculette
qui sait ajouter les vecteurs en coordonnées polaires.
Le début de la course ayant une fois de plus montré qu'il ne faut pas faire de vent arrière dans le petit temps,
il a aussi été décidé de tirer des bords de largue si nécessaire, des bords "à la montre"
de moins d'une heure pour rester sur un cap moyen proche de 210. En cas de vent fluctuant on virera aussitôt pour prendre le bord
le plus proche du cap 210 et on réfléchira ensuite.
Le GPS est aussi mis en mode "position" pour que l'affichage de la "route fond" ne perturbe pas l'équipage.
Vert-Galant est arrivé à la bouée Fairway à 15h40 et a immédiatement
empanné au largue babord amures.
Une heure plus tard le reste de la flotte apparaissait derrière nous : Un véritable mur de spis !
Pendant un moment le vent a hésité, Vert-Galant a empanné, Suzy un peu plus loin derrière a suivi,
puis moins d'une heure plus tard le vent est revenu vers l'est, Vert-Galant à empanné de nouveau cap 210 au largue
babord amures. Suzy n'a pas suivi et a continué vers l'ouest où il a disparu dans la foule des bateaux rattrappants.
En début de soirée Vert-Galant était dépassé régulièrement par des gros
furieux, alors que derrière la flotte semblait divisée en deux écoles : Un gros paquet plutôt à
l'ouest, un petit paquet à l'est et des isolés au milieu.
Comme toujours quand on est un peu à l'écart de la flotte l'équipage du Vert-Galant commençait
à se poser des questions.
À 21h, le vent était bien établi et Vert-Galant filait tranquillement à 6 noeuds depuis 1 heure,
au largue babord amures, cap au 210, et pouvait déjà espérer arriver aux Casquets à la renverse ou
un peu après le début du jusant.
C'est autour de ce moment quand il faisait encore bien jour que Foggy Dew a doublé Vert-Galant 1/4 de mille à l'est.
Le moral de l'équipage du Vert-Galant est aussitôt remonté d'un cran : Si Noel Racine est sur la même
piste que nous, c'est une bonne piste !
Pour une fois c'est un plaisir de porter le spi la nuit. Le vent est régulier, la nuit est claire, il fait tiède et il y a tellement
de bateaux devant qui peuvent servir de point de repère que le barreur a l'embarras du choix.
À 23h20 comme on ne voit pas de cargo le skipper décide d'abattre un chouïa pour couper le coin SE du TSS.
Il y a déjà facilement une cinquantaine de voiliers qui y sont, alors un de plus, un de moins, quelle importance ?
À 1H30 le skipper remet le GPS en mode GOTO sur un waypoint situé à l'ouest des Casquets et sur la route directe
entre le Solent et les Hanois et on ajuste le cap pour faire route dessus. Comme c'est parti Vert-Galant va passer le Casquets
au meilleur moment pour profiter du courant : Un miracle !
Entre les Casquets et les Hanois c'est le train express, Vert-Galant dépasse les 10 noeuds sur le fond et se fait doubler au vent
par Men In Blue du YCMN, qui était parti 40 minutes derrière.
Mais le vent monte lentement et le spi devient de plus en plus dur à tenir. L'équipage avouera ensuite avoir eu des
inquiétudes pour le mât, ce qui est très compréhensible quand on connait l'âge et la souplesse de l'espar.
Un peu avant les Hanois, alors que le ciel commence à blanchir à l'est, il faut se rendre à l'évidence et rentrer le spi.
5H15 Vert-Galant passe les Hanois sous GV et Solent, sa voilure normale. Ça commence à pousser fort, le petit
matin est glauque, la mer commence à lever et le bateau vent de travers dépasse légèrement sa vitesse limite.
Au vent il y a un gros qui semble avoir des difficultés à rester sur la piste. C'est peu après que Jersey Radio annonce
un "strong wind warning imminent".
Dans les minutes qui suivent Vert-Galant commence à immerger ses winches sous le vent et il faut prendre un ris, puis un deuxième
pour ne pas laisser fasseyer la GV contre les haubans dans les surventes.
Avec ses 2 ris et le Solent le bateau reste raisonnablement léger à la barre et fonce comme un fou en arrosant copieusement son
équipage dont les gilets et harnais ont tendance à former un noeud Gordien chaque fois qu'un équipier doit bouger.
Devant on peut apercevoir des bateaux qui perdent le contrôle à répétition et finissent vent debout, mais derrière il y en a qui
reviennent de façon magistrale.
D'abord un grand yawl classique, probablement Lutine of Helford qui navigue tout dessus : foc (peut être pas le plus grand), trinquette,
GV et tape cul. Il marche au moins à 10 noeuds, en souplesse, sans presque gîter. Une véritable démonstration de force tranquille
au milieu de toute cette agitation. Ils ne sont que deux à bord et l'équipier quand il doit vaquer à quelque besogne
marche paisiblement sur le passavent (au vent quand même) comme si il était dans son jardin.
Et puis un Pogo 850, grand-voile haute avec un équipage de 2 personnes qui vu de travers donnait l'impression
de labourer la mer en suivant scrupuleusement sa surface, sans jamais que l'étrave ne déjauge ou enfourne,
mais avec 0,5 ou 1 noeud de mieux que Vert-Galant. Vu de derrière il gîtait de 15° avec sa grand-voile carbone
entièrement pleine, sans une trace de fasseyement. Ceci dit son équipage tassé au vent, le plus en arrière
possible n'avait pas l'air plus détendu que celui du Vert-Galant.
Vert-Galant a largué ses 2 ris d'un coup après les Minquiers, puis 20 minutes avant l'arrivée le vent a encore baissé et adonné,
et il est devenu possible de renvoyer le spi. Mais comme il aurait fallu 10 minutes pour remettre en état le spi et les bras rangés
en vrac dans la cabine, compte tenu de la fatigue , du manque de sommeil et de la sagesse qui vient avec l'âge,
l'équipage a décidé de n'en rien faire.
Arrivée après 21 heures 54 minutes et 13 secondes de course.
Et pour finir.

Le traditionnel passage dans l'écluse de Saint Malo.

Pour ceux qui ne veulent pas y croire : une image des mousquetons d'écoute de spi en service sur le Vert-Galant depuis 2 ans.
Ils ont fait les régates locales des étés 2005 et 2006, la Quadrasolo Normandie 2005 et 2006, Le triangle de Dinard 2005 et 2006,
Cowes-Dinard 2006 et 2 allers et retours Dunkerque Pornic.
C'est à se demander si le mât ne va pas casser avant !
Pour l'échelle : L'écoute c'est du 8mm.
Classement.

Temps réel = 21:54:13
Temps compensé = 20:03:49 Coef IRC TCC = 0.916
Classement Semi Classics = 2ème sur 20
Classement général = 18 sur 187
<<<<< C'est la médaille pour la place de 2ème
C'est un beau classement, mais l'équipage trainera longtemps quelques regrets d'avoir perdu 2 minutes dans le Solent en
ne tirant pas des bords de largue, et encore 2 minutes en n'envoyant pas le spi à la fin.
Ceci dit il aurait pu s'en perdre ailleurs des minutes.
Pour tout commentaire ou renseignement complémentaire.
email : yvon.nedonchelle chez orange.fr
Mise à jour 31/10/2006
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