Le Triangle, organisé par le Yacht Club de Dinard, est une
classique de la régate en solitaire.
Elle se court en trois étapes : St Malo - St Quay , St Quay - St
Peter (Guernesey) , St Peter - St Malo , sur quatre jours dont un
jour de repos à St Peter.
Si le vent le permet on ne navigue que de jour (ou presque).
La région est parfaite pour naviguer, parsemée de cailloux avec de fortes marées, des courants bien compliqués et des vents variables qui laissent planer un doute sur le classement jusqu'à l'arrivée des derniers.
Tous les types de bateaux peuvent participer à cette régate, à condition d'être jaugés IRC, d'avoir un coefficient de stabilité (SSSN) au moins égal à 20 et de disposer de l'équipement de sécurité correspondant à la catégorie 3 de l'ISAF.
Celui ci c'est un bateau de régate moderne, le A35, qui a gagné
l'édition 2008 toutes classes confondues.
Notez le circuit d'écoute du spi assymétrique sur l'image d'origine
(cliquer dessus).
Celui là est un bateau de coisière, un Kelt 39, dériveur lesté
qui a déjà un certain âge et à fait le voyage des Amériques.
Il a terminé 12ème de la première étape, 18ème de la 3ème (très peu
de vent) et abandonné dans la seconde (vraiment pas assez de
vent).
Mon bateau, le "Vert-Galant", un Aphrodite 101, bateau de
régate de la fin des années 70, très étroit et très lesté,
complètement démodé selon les critères de l'architecture navale
actuelle.
Il termine 3ème au général et 1er de la classe IRC2.
Enfin si la compétition est sérieuse elle reste décontractée
amicale et festive juste, ce qu'il faut.
Un voileux un tout petit peu expérimenté sur un bateau
raisonnablement équipé a toutes les chances de se faire plaisir et
d'apprendre beaucoup pendant cette régate.

Le départ (en B) était à environ 11h00, au début du jusant.
La carte des courants montre qu'à ce moment de la marée, il faut venir profiter du courant le long de la
côte entre Fort la Latte et le Cap Fréhel, tout en restant assez
loin pour ne pas être déventé sous les falaises.
Vert-Galant a viré plus tard que sur le croquis, pour atterrir sur le cap Fréhel et être certain d'avoir du vent frais tout du long. D'autres comme Millésime ont viré plus tôt et ont repris du terrain.
Attention, cette configuration de courant n'est pas permanente : en fin de jusant le courant est plus fort au large.
Entre Fréhel et la bouée des Landas (à laisser à babord) il faut
rester près de la route directe.
Plus on s'éloigne vers le nord et plus le courant porte au nord-ouest plutot qu'à l'ouest.
C'était un louvoyage plutot agréable, dans un force 4 moyen et
régulier mais dans une mer parfois irritée par les remous de
courant.
Après les Landas c'est la traversée de la baie de Saint Brieuc qui va faire la différence.

Le parcours était : Landas à babord (L,porte), Rohein à babord(RH), Caffa à tribord (C,porte), la Roselière à tribord(RS), arrivée devant la jetée nord de St Quay.
Comme toujours dans cette zone à courants compliqués, rien n'est
jamais définitif.
Dans le dernier bord vers la Roselière le GPS disait qu'avec le courant poussant au nord on allait passer de
justesse.
J'espérait donc que le Pogo850 sous mon vent soit obligé de tirer un contre-bord.
Mais non, le courant s'est arrèté brutalement à l'étale de basse
mer et le Pogo est passé juste devant moi.
Une belle course pour le Vert-Galant qui termine l'étape 3ème derrière Agence Directe (A35) et Whalalla (JPK 960).
Beau temps. Le sorcier de la météo annonce du SW 2-3 : Cela devrait être du gateau sous spi et au soleil, mais en réalité ce sera une étape de grand calme !

Sur la fin, il faut loffer un peu pour se diriger sur St Peter et
je suis obligé d'affaler le spi car il y a trop de vent pour le
porter au travers, mais c'est sans importance car Vert-Galant
marche encore au moins à 6-7 noeuds.
Mais en arrivant à l'est de la pointe St Martin, dont je suis
pourtant à plus d'un 1/2 mille c'est soudain le grand calme
dans le dévent de l'île.
Enfin je ne suis plus seul ! il y a un feu de tribord à ma gauche, tout près de la pointe St
Martin, et un feu de poupe assez loin devant.
Je me rapproche lentement de la côte et d'un relèvement de
sécurité préparé depuis longtemps (feu rouge et blanc de la digue
sud au 357) et qui devrait me mener à l'arrivée entre la bouée
lumineuse tribord Havelet et le bateau comité non éclairé.
La vitesse sur le fond varie entre 0 et 0.5 noeuds, et le
relèvement est rejoint lentement à la hauteur de Ferman Bay.
Le bateau qui se trouvait à côté de la pointe St Martin y est
toujours ( le courant est redoutable là bas) et celui qui était
devant est maintenant sur le côté à tribord. C'est une affaire qui
marche lentement, mais elle marche !
À cette allure d'escargot et fort courant, la route
fond varie en permanence avec la vitesse et le bateau zigzague
pas mal autour du 357 vrai, mais on avance. La bouée Havelet
commence à être visible (elles sont deux) et je dépasse le
concurrent de tribord que j'essaie d'identifier sans succès. C'est
en me retournant pour regarder vers l'avant que je distingue juste
devant à 3 longueurs une perche tordue terminée par un A et posée
sur un petit tas de cailloux.
C'est la perche Anfré, facile à contourner à cette vitesse, mais je suis un peu ému !
OK, le trait sur la carte n'est pas au 357° mais au 352° ( inconvénient de la règle Cras ?), n'empêche que
quand on relève le feu de la jetée au 357 ça
fait passer 150m à l'est de la perche Anfré!.
Même avec le GPS il faut continuer à ouvrir l'oeil et ne pas passer trop près des dangers.
En approchant de l'arrivée on distinguait un truc carré légèrement lumineux et bleu clair : l'écran du lecteur de carte du bateau comité, puis il allumait un plafonnier pour qu'on le voie un peu mieux.
Arrivée vers 6h00 du matin, avant le lever du jour.
Vert-Galant est 5ème de l'étape, mais seulement 12 bateaux ont terminé.
Faute de vent au départ le comité organise un convoyage jusqu'à la NW Minquiers.
Mais le vent se lèvera rapidement et ce sera un convoyage sous voile, vent de travers.
Le départ est donné à NW Minquiers, avec une bouée de dégagement à 2 milles dans l'ouest.
À la bouée Vert-Galant a déjà pris 1/4 de mille à Millésime son concurrent le plus direct et le retour vers
St Malo sous spi s'annonce plutôt bien.
Mais alors que l'on devine Cézembre à l'horizon le vent tombe complètement et millésime revient lentement puis s'échappe.
Comment fait il ? Si les bateaux avancent un peu ce n'est pas à cause du vent mais par habitude.
Je me demande si le plus efficace ne serait pas de border la bôme dans l'axe et de laisser la grand'voile godiller dans le clapot.
Pourtant Vert-Galant avance aussi car nous avons rejoint un JPK 9.60 que Millésime a passé à droite et Vert-Galant à gauche.
Puis le vent revient de secteur Est, ce qui est une bonne nouvelle pour Vert-Galant et les bateaux qui sont au large mais une mauvaise
pour ceux qui sont à terre (comment ont ils fait pour y aller ?).
L'arrivée est donnée aux Buharats, et nous serons encore sérieusement en retard pour dîner.
Le Vert-Galant termine 3ème toutes classes, et 1er en IRC2.
C'est un excellent résultat. Il est du en partie aux très nombreux abandons de la seconde étape, mais il faut reconnaître
que l'Aphrodite 101est un bateau très convenable pour la régate en solitaire.

Merci encore au Yacht Club de Dinard pour cette belle organisation.
Les photos de la régate sont de Pierrick Contin.