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Les griffons vendéens

Si je ne craignais d’être accusé de plaider pro domo, je n’hésiterais pas à les classer en tête des chiens de petite vénerie. Je dis bien petite vénerie, car l’ancêtre, le grand Griffon, s’il n’a pas totalement disparu, n’existe guère désormais que par quelques unités, et encore, le plus souvent, à l’état de croisements pas toujours heureux, du reste, du point de vue type s’entend.

Seuls demeurent les Briquets et les Bassets griffons vendéens, et encore doit-on faire remarquer que, depuis la dernière guerre, les seconds ont pris un net avantage sur les premiers. Les raisons ? La modification profonde des conditions de chasse et les difficultés de nourriture qui, hélas, n’ont point disparu, tant s’en faut.

Il ne faut pas oublier, en effet, que le Briquet griffon vendéen est un chien de chasse à courre. Cela implique pour celui qui se livre à ce sport si attrayant la possession d’un certain nombre de sujets et une contrée de chasse suffisamment vaste et assez vive en gibier.

D’autre part, nourrir convenablement aujourd’hui huit ou dix Briquets est un problème pas toujours facile à résoudre.

Et pourtant, pour le lièvre, c’est le chien idéal. Bien construit, léger sans exagération, court, avec de bons aplombs, une poitrine qui, sans être très large, est assez profonde, quelles satisfactions ne donne-t-il pas à son utilisateur ! Doué, en général, d’un sens olfactif développé et d’une très jolie voix de hurleur, sa menée est rapide et correcte.

Si le capucin est rusé, son poursuivant ne l’est pas moins, et ce ne sont ni « crochets » ni routes qui l’embarrassent, car il a un esprit d’initiative et un perçant qui lui permettent de relever les plus graves « défauts ».

Vigoureux et tenace, les terrains durs ne lui font point peur et il se rit des fourrés.

Son camarade le Basset griffon vendéen est, lui, un chien de chasse à tir. Il existe deux sortes de Bassets :

    — le Basset de petite taille, de 0m,34 à 0m,38 ;
    — le Basset de grande taille, de 0m,38 à. 0m,42.

Le premier est le plus souvent destiné à la chasse au lapin, et ses membres antérieurs peuvent être demi-tors ou tors, sans exagération.

Le second, par contre, doit toujours être à jambes droites.

À l’inverse du Briquet, le Basset a un corps un peu plus « longuet », mais surtout jamais cylindrique. Il doit être construit en force, mais n’être ni « lourdaud », ni viandeux.

Si sa construction ne s’établit pas dans un carré, l’idéal, je crois, serait qu’elle y tende un peu, et je ne verrais personnellement aucune objection à ce qu’une modification du standard ait lieu dans ce sens. Par contre, je m’élève contre certaine théorie qui voudrait faire du Basset un chien miniature, à le ramener, par exemple, aux proportions du petit Beagle. Le Basset est un chien qui doit être « costaud ». Il est fait pour travailler en terrain difficile. Ce n’est pas un chien de poche.

Je connais le gros reproche fait à nos Vendéens. Ce sont, nous dit-on, des « cabochards ».

L’obéissance n’est peut-être pas leur qualité première, mais, s’ils se montrent parfois si peu empressés de venir à « la corne », n’est-ce pas justement que, chez eux, chasser prime tout ? Du reste, il est très possible de leur donner un peu de souplesse ; c’est affaire de patience, mais l’on n’obtient rien sans peine. Et puis ce défaut (si défaut il y a) n’est-il pas, après tout, compensé par d’exceptionnelles qualités de chasse que peuvent lui envier pas mal de ses congénères étrangers ?

Depuis quelques années, nombre d’amateurs qui les avaient délaissés reviennent à nos Griffons. Hélas ! notre élevage, très touché du fait des hostilités, ne peut satisfaire actuellement toutes les demandes.

J’espère que, ce cap difficile passé, nos Vendéens reprendront leur marche en avant pour se placer en tête de la petite vénerie.

A. DESAMY,

Président du Club du Griffon Vendéen, La Chaize-le-Vicomte (Vendée).

Le Chasseur Français N°617 Décembre 1947 Page 621