Ce petit animal de la taille d’un beau furet passe souvent
inaperçu dans le canton qu’il occupe. Très discret dans ses déplacements qu’il
effectue de nuit surtout, il vit fréquemment au voisinage immédiat de l’homme
sans être soupçonné, et souvent sans que ses dégâts lui soient attribués d’une
façon certaine.
Son corps allongé de 45 à 50 centimètres de long lui
permet de passer dans toute ouverture de 7 à 8 centimètres de diamètre.
C’est ainsi qu’une ou deux mailles de grillage coupées lui offrent un passage
suffisant pour pénétrer dans les parquets d’élevage et les garennes closes.
Fort heureusement pour le gibier, le putois est loin de posséder les talents de
grimpeur de ses cousins : la fouine et la martre. Dans ce domaine, il lui
faut le plus souvent exploiter un plan incliné formé par le tronc d’un arbre,
des fagots ou rondins, par des rochers ou des pierres, pour arriver à prendre
de l’altitude.
En danger, il n’hésite cependant pas à monter, mais sans
souplesse et à contre-cœur. Attiré par une proie de choix, il n’hésitera pas
non plus à grimper pour franchir la clôture qui le sépare de la proie
convoitée, mais il ne s’y résoudra qu’après avoir tâté tout le bas de la
clôture pour y chercher un trou de passage.
Brun lustré à bourre jaune plus ou moins foncé,
l’ensemble est du meilleur effet en hiver. Ce ton foncé est agrémenté du ma6sque
blanc entourant les yeux et chevauchant le museau, ainsi que de la bordure
blanche des oreilles.
L’hiver, le putois vit souvent dans les maisons, mais,
tandis que la fouine cherche les hauteurs, lui, au contraire, se contente du
bas des remises. On le trouve alors dans les granges, fenils, remises peu
fréquentées et très encombrées de fagots, bois en piles, paille, foin, dans les
silos de betteraves, dans les écuries mal tenues, dans les tas de fagots près
des maisons, surtout si, près de sa remise, la table s’offre à lui pleine de
promesses. Cependant on peut également le trouver réfugié dans un terrier de
lapin au bois : terrier dont il aura expulsé ou digéré le propriétaire.
Nuisible spécialement pour le lapin dont il visite tous les
terriers, il l’est également, mais en moindre proportion, pour le gibier plume.
Il devient, par contre, intéressant au bord de l’eau, dans les vieux bâtiments
abandonnés où pullulent surmulots et campagnols d’eau, qu’il détruit sans
vergogne, n’oubliant pas cependant de croquer tout gibier d’eau qui se trouvera
sur sa route.
Dans les poulaillers et clapiers où il pénètre, il se livre
souvent à des hécatombes sanglantes, signant son méfait de la décapitation de
ses victimes. En hiver, il se contente de batraciens trouvés engourdis dans les
fossés ou donne aux charognes trouvées au hasard de ses randonnées.
Peu méfiant, à moins d’avoir été manqué, il se prend
relativement très facilement, aussi facilement que le chat, car il donne à tous
les pièges. Il est la victime classique des sentiers à fauves des chasses bien
organisées, qui le conduisent inévitablement aux boîtes meublant ces sentiers.
Ailleurs, le moindre jardinet bien placé aura raison de lui.
Je l’ai vu prendre avec un piège simplement couvert d’un morceau de peau de
lapin arrosée de sang frais : ce qui, du point de vue piégeage, n’est
nullement classique.
Les sentiers de bordures fourrées, les berges de fossés où
l’eau court, le bord de l’eau, les terriers à mi-pente dans les ravineaux sont
ses parcours favoris. Curieux, comme tous les mustélidés de sa famille, tout
terrier dont l’entrée est grattée de frais exerce sur lui une attraction
puissante. Le piégeur met cette attraction à contribution en lui tendant un
piège sous ces déblais fraîchement extraits. Au besoin il augmente cette
attraction en plaçant au fond de la gueule du terrier (bouché soigneusement à
profondeur de bras) une tripaille de lapin fraîche. C’est en quelques mots le
piégeage en faux terrier. Enfin on prend parfois le putois en coulée ou au
passage quand ceux-ci sont certains ; sinon, comme tout piégeage en
coulée, on risque fort de capturer plus de gibier que de putois.
A. CHAIGNEAU.
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