Accueil  > Années 1948 et 1949  > N°608 Août 1948  > Page 161 Tous droits réservés


Le « CHASSEUR FRANÇAIS » sollicite la collaboration de ses abonnés
et se fait un plaisir de publier les articles intéressants qui lui sont adressés.

Pêche d'été

La méthode de "Sheffield"

Aucun pêcheur n’ignore les difficultés rencontrées, en été, par eaux basses et claires, pour capturer le poisson à l’aide des moyens habituels, et notamment par la pêche au coup.

Il existe une méthode, d’invention britannique, qui tourne ladite difficulté et procure souvent de nombreuses prises de poissons blancs ; elle a été dénommée « méthode de Sheffield », en raison de sa patrie d’origine. Exposons-la de notre mieux, car de nombreux confrères sont susceptibles de l’adopter, comme plus sportive que la classique pêche à la coulée.

Cette méthode est basée sur l’observation suivante : dans les eaux calmes ou très peu courantes, le poisson — le petit surtout — est autant attiré, sinon davantage, par les amorces descendant verticalement dans l’eau que par celles qui roulent horizontalement sur le fond d’amont en aval. Ce fait, qui comporte d’assez nombreuses exceptions, est applicable, en été, aux parties calmes des rivières, aux canaux, aux étangs, etc., et à des poissons aussi divers que l’ablette, le gardon, le rotengle, le petit chevesne, la petite brème, parfois le hotu et le petit barbillon, quand l’esche arrive à frôler le fond.

Pêcher fin et loin, tel est le secret du succès dans ces eaux-là et à ce moment de l’année.

Pour y arriver, il est préférable de se monter de façon spéciale, plus adéquate que l’équipement habituel de la pêche au coup. C’est dans ce but que je préconise une canne légère, d’environ 3m,20 de longueur, en trois brins de 1m,11 et du poids de 290 grammes.

Elle est un peu moins flexible que les cannes à mouches, composée qu’elle est de deux premiers brins en riz et d’un scion en bois de lance, mais elle peut aisément se manœuvrer d’une seule main placée vers le porte-moulinet, sur la poignée en frêne verni.

Le moulinet doit être très sensible ; un bi-multiplicateur, qui récupère rapidement la ligne, est à recommander.

Le corps de ligne est en soie vernie très fine, suivi d’un bas de ligne en queue de rat long de 1m,80, allant de 2 x à 4 ou 5 x. L’hameçon est, en général, petit, du no 12 à 14, selon l’esche employée.

On ajoute presque toujours un tout petit flotteur en plume de couleur sombre et, à 0m,30 au-dessus de l’hameçon, un unique petit plomb de chasse qui suffit à entraîner lentement l’esche entre deux eaux. Cette esche sera, suivant le cas, un bel asticot, un cherfaix, un grain de blé, d’orge, d’avoine, un petit fragment de croûte, ou de mie de pain, une petite boulette de pâte, etc. La longueur du bas de ligne excède un peu la hauteur du fond.

Examinons maintenant l’action de pêche. Tout étant réglé et les racines assez trempées pour ne pas casser dès la première touche, le pêcheur s’approche sans bruit du bord et s’apprête à lancer, en commençant à ne déployer qu’un fil égal à la longueur de la canne.

Préalablement à ce premier jet, qui a beaucoup d’analogie avec celui de la mouche artificielle, mais exécuté avec plus de douceur, il lance devant lui, un peu au large, une boulette d’amorce fluide qui doit se déliter immédiatement au contact de l’eau et y produire un nuage ; c’est pourquoi les amorces déjà indiquées seront mêlées avec du son et de la chapelure.

Il est essentiel que les amorces humidifiées donnent naissance à ce nuage qui descendra lentement dans l’eau.

Sans attendre plus longtemps, le pêcheur exécute son premier jet au milieu même dudit nuage, afin que son esche descende en même temps que les amorces et se confonde avec elles. Attirés ainsi, les poissons remontent du fond et gobent les amorces à qui mieux mieux, se gardant bien d’oublier l’esche qui garnit l’hameçon, car elle leur paraît de toutes la plus enviable. Ils se précipitent donc sur elle et le plus leste s’en empare, le petit flotteur s’enfonce ou glisse vivement en surface, et le pêcheur ferre, accrochant l’assaillant d’un léger coup de poignet.

Les premiers jets sont forcément assez courts, aussi les boulettes d’amorce ne seront pas, dès l’abord, lancées trop au large. Mais il est facile d’y remédier par la suite en tirant de la main gauche un mètre environ de soie du moulinet, qui sera laissée flottante entre celui-ci et le premier anneau. L’élan donné par le lancer suivant entraînera ce surplus de soie et, à chaque nouveau jet, l’esche ira de plus en plus loin, en même temps que la boulette d’amorce sera projetée plus au large. On arrivera ainsi à pêcher assez loin du bord pour ne pas éveiller la méfiance du poisson.

La difficulté — et elle n’est pas insurmontable — est celle du ferrage. L’opérateur devra donc s’appliquer à toujours tenir son fil modérément tendu. Pas assez, le ferrage arriverait en retard ; trop, il ferait remonter l’esche de façon anormale ; il faut savoir garder un juste milieu.

Cette méthode sportive se pratique en général de façon active en descendant le plus souvent la rivière ; certains pêcheurs, cependant, s’immobilisent sur une place poissonneuse et pêchent devant eux, assis sur un pliant ou un panier-siège.

Je n’ai pas besoin d’ajouter que le mode actif donnera presque toujours les meilleurs résultats, j’en ai eu maintes fois la preuve : experto crede Roberto, c’est, le cas de le dire.

R. PORTIER.

Le Chasseur Français N°608 Août 1948 Page 161