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Les engrais en viticulture

Il est peut-être prétentieux de vouloir traiter un sujet qui a fait l’objet, depuis plus d’un siècle, de nombreux ouvrages, publications, conférences, etc., et à une époque où les engrais de toute nature sont plutôt rares et ... chers. Il nous a néanmoins paru utile de faire le point après les quelques années de désordre économique que nous venons de traverser.

Nous savons depuis fort longtemps que les cultures en général, et la vigne en particulier, enlèvent au sol (on écrit aujourd’hui : exportent) un certain nombre d’éléments fertilisants. Il est remarquable de constater que le vin, lui, n’en exporte que fort peu et que c’est le cep qui opère le principal prélèvement. Ainsi l’on a constaté que, dans les vignobles à grand rendement du Roussillon, le vin n’enlevait que :

10 p. 100 environ d’azote.
12 — — d’acide phosphorique.
28 — — de potasse.
5 — — de chaux seulement.

Dans un vignoble de la Gironde, on a trouvé :

3 p. 100 environ d’azote.
5 — — d’acide phosphorique.
11 — — de potasse.
3 — — de chaux.

Le reste est prélevé par les marcs, les feuilles, sarments et lies.

En examinant les chiffres ci-dessus, nous constatons que le vin prélève un assez fort tribut à la potasse, ce qui s’explique facilement, ce corps entrant dans la constitution de la crème de tartre ou bitartrate de potasse.

Les chiffres totaux exportés par le vignoble, arrondis pour l’une et l’autre province, sont, par hectare et pour une production de 200 hectolitres pour le Roussillon et de 27 hectolitres en Gironde :

(en kilos) Roussillon
——
Gironde
——
Azote 55 40
Acide phosphorique 16 10
Potasse 48 41
Chaux 71 83

Ces chiffres nous donnent une idée de ce que peut exporter en moyenne un hectolitre de vin.

Voyons maintenant l’effet de ces principaux éléments sur la vigne.

L’azote assure le développement des sarments et des feuilles, ces dernières véritables usines de transformation en miniature, où la sève brute reçue est rendue sous sa forme de sève élaborée assurant le développement du végétal et de ses fruits.

L’excès d’azote amène un développement excessif de l’appareil foliacé et provoque la coulure.

L’acide phosphorique augmente les rendements dans des terrains pauvres, corrige les défauts que peuvent provoquer l’excès d’azote ; l’aoûtement se fait mieux, la vigne devient plus robuste, résiste mieux aux gelées ; en outre, cet élément favorise la fructification et garantit de la coulure dans une certaine mesure.

La potasse est peut-être l’élément le plus indispensable à la vigne. On a constaté qu’il augmente la richesse en sucre ; les raisins sont mieux formés. Enfin, d’après de toutes récentes expériences, un apport assez grand de potasse serait une garantie contre la gelée printanière.

En résumé, tout le monde a observé qu’un arbuste sain, bien alimenté, est mieux armé pour résister aux accidents physiques et aux attaques microbiennes.

La chaux n’est pas un engrais, mais un amendement, qui joue en outre le rôle de catalyseur, indispensable à la décomposition des fumures organiques et au développement du bouquet de beaucoup de crus. Elle existe en quantité suffisante dans presque tous les vignobles.

Le fumier de ferme tel qu’il est préparé ne saurait seul assurer le remplacement intégral des matières fertilisantes enlevées au sol par les récoltes. Il contient en effet par tonne, et en chiffres approximatifs, variables selon sa préparation :

Azote (par tonne) 3kg,4
Acide phosphorique — — 1kg,3
Potasse — — 3kg,5

Il faut l’employer dans le vignoble avec modération si on ne veut pas provoquer la maladie des racines appelée pourridié.

Le fumier de mouton, par contre, est plus riche en azote et en potasse, ses teneurs sont :

Azote (par tonne) 8kg,2
Acide phosphorique — — 2kg,1
Potasse — — 8kg,4

Aussi a-t-on constaté depuis longtemps sa bonne action dans la fumure du vignoble.

La fumure organique, quel que soit le produit employé, peut être d’autant plus importante que sa richesse en calcaire du sol est plus élevée. Elle sera utilement complétée chaque année ou tous les deux ans par une fumure minérale enfouie de préférence à l’automne.

Nous nous abstenons à dessein de ne donner aucun chiffre qui dépendra de la vigueur de la vigne, de sa fumure antérieure et des disponibilités en engrais minéraux. Nous devons insister sur ce fait que les fumures organiques ou minérales doivent être répandues sur toute la surface du vignoble et non dans la « curée », sillon dans l’alignement des ceps, dans les vignes ouvertes.

En effet, les racines occupent tout le sol et une partie du sous-sol. En écrivant le mot racines, entendons-nous. Comme les branches, chacun sait que les racines se ramifient en éléments de plus en plus petits jusqu’aux radicelles, souvent pas plus grosses qu’un cheveu et qui se présentent en touffes.

Si l’on examine à la loupe l’extrémité d’une radicelle, on distingue un manchon de poils, dits poils absorbants, qui assurent la nutrition de la plante. Par le phénomène physique d’osmose, ces poils absorbent l’eau contenant en dissolution des traces de matières fertilisantes : c’est la sève brute, qui se rendra dans les feuilles en suivant les canaux des racines, puis du bois.

Nous pensons que ce rapide exposé éclairera cette question à la fois simple et complexe de la nutrition de la vigne.

Nous conseillons aux intéressés de n’acheter l’engrais qu’à l’unité fertilisante, d’employer les engrais composés dont plusieurs formules heureuses sont mises en vente par des maisons très sérieuses. Enfin nous pensons qu’à côté des engrais proprement dits les hormones végétales doivent prendre dans l’avenir une place dans la croissance des plants.

Cette question a été traitée plusieurs fois dans le Chasseur Français, et nous n’y serions pas revenu si ces nouveaux produits n’avaient, d’une part, fait l’objet de fabrications par plusieurs maisons spécialisées, et ce sous des appellations diverses, et si, d’autre part, les pouvoirs publics, en l’espèce le ministère de l’Agriculture, ne leur avaient pas porté un intérêt tout spécial.

Il nous paraît intéressant de fournir la définition des hormones végétales donnée par deux savants, Bayliss et Starling, vers 1904 : « Une hormone est une substance sécrétée par un organe et qui, charriée par le torrent circulatoire vers un autre organe, commande une action physiologique dans celui-ci. »

Il serait souhaitable qu’avec l’appui et les conseils des Services agricoles beaucoup de cultivateurs-viticulteurs fassent un essai des hormones végétales, dans un but précis et dans des conditions bien déterminées.

V. ARNOULD,

Ingénieur-agronome.

Le Chasseur Français N°622 Octobre 1948 Page 223