Accueil  > Années 1948 et 1949  > N°630 Août 1949  > Page 620 Tous droits réservés


Le « CHASSEUR FRANÇAIS » sollicite la collaboration de ses abonnés
et se fait un plaisir de publier les articles intéressants qui lui sont adressés.

Aviation

Les stato-réacteurs

Le XVIIIe Salon de l’Aéronautique et le fantastique carrousel aérien d’Orly ont été une éblouissante démonstration des possibilités des moteurs à réaction. Progressant à pas de géants, la technique de la propulsion par réaction révolutionne et bouleverse le domaine de la vitesse pure.

À l’interrogation faite il y a un an aux techniciens du monde entier : le moteur à réaction détrônera-t-il le moteur à pistons ? il est possible aujourd’hui de répondre par l’affirmative.

Turbo-réacteurs et turbo-propulseurs.

— Dans une de nos dernières causeries, nous vous avons sommairement décrit la conception et le fonctionnement d’un turboréacteur.

Depuis, un nouveau moteur est entré en compétition, le turbo-propulseur. Ce dernier offre beaucoup de similitudes avec le turbo-réacteur classique, mais il a la particularité d’être équipé d’une hélice, celle-ci est actionnée par l’arbre de la turbine à gaz, et sa puissance propulsive vient s’ajouter à la poussée statique de la tuyère d’échappement.

Il en résulte une force propulsive accrue, mais, par contrepartie, une fatigue supplémentaire pour tous les organes en frottement, particulièrement pour les paliers de l’arbre de turbine et de ses butées.

Le problème du graissage et de la résistance de ces organes est le plus ardu que les constructeurs ait à résoudre, lorsque l’on sait qu’ils travaillent (spécialement la turbine) dans un feu continu développant 700 à 900° et qu’il faut tenir compte aussi de leur très grande mobilité leur permettant d’atteindre des vitesses de rotation de 8.000 à 10.000 tours-minute, d’où les risques nombreux de grippages et de déformation des pièces en mouvement.

Ces difficultés ont amené les ingénieurs à chercher en dehors des chemins battus depuis trois ou quatre ans, et à s’orienter vers un moteur à réaction ne comportant que le strict minimum d’organes mobiles.

Le stato-réacteur de Leduc.

— Le stato-réacteur de l’ingénieur Leduc, qui a fait des essais en vol sensationnels, est le type même du moteur à réaction faisant l’objet des recherches actuelles.

L’avion Leduc 0-10 et son réacteur est un appareil purement expérimental destiné à la mise au point du système de propulsion par tuyère thermo-propulsive ou stato-réacteur, la caractéristique essentielle de la propulsion thermique est la suppression presque totale de tous les éléments mobiles.

Donc, dans le stato-réacteur, plus de compression mécanique. Il assure lui-même cette compression par sa propre vitesse de déplacement ; largué à 4.000 mètres d’altitude du gros avion « Languedoc » dans un piqué à 400 kilomètres-heure, le Leduc accentue ce piqué jusqu’à 500 kilomètres-heure. À ce moment, grâce aux lignes et aux astuces aérodynamiques particulièrement étudiées du fuselage de l’avion, l’air vient s’engouffrer dans les chambres de combustion (brûleurs) alimentées en carburant par des pompes à injection, le dispositif d’allumage est mis en route et, grâce à cette auto-compression, le stato-réacteur entre en action créant une poussée statique par la tuyère analogue à celle crée par un turbo-réacteur.

La seule pièce mécanique mobile du stato-réacteur de Leduc est une petite turbine à gaz qui entraîne les pompes à injection et autres servitudes annexes.

Il est facile d’imaginer la simplicité de la construction et les possibilités inouïes du stato-réacteur par la suppression radicale des ennuis mécaniques propres au turboréacteur. Les essais de l’avion de Leduc marquent une date dans l’histoire de l’aviation et situent bien le génie de cet ingénieur français. C’est en 1936, en effet, qu’il conçut son appareil, que la guerre et l’occupation ne lui permirent pas de construire. Ce vol, magnifiquement réussi, constitue la plus éclatante consécration de ses remarquables études et recherches. Il démontre la justesse de ses vues qui furent d’ailleurs soutenues dès les premiers jours par le Service technique de l’Aéronautique. Il est regrettable que la guerre lui ait fait perdre l’avance considérable qu’il avait alors.

Ram-jets américains.

— Les Américains eux aussi, fort probablement inspirés par les travaux de Leduc, s’orientent vers le stato-réacteur. Dernièrement, un appareil à turboréacteur, le fameux « Shooting Star », a été muni de deux petits stato-réacteurs dénommés « ram-jets ». Ces derniers sont disposés chacun à l’extrémité des ailes. L’appareil décolle normalement sous la poussée de son turbo-réacteur et, lorsque sa vitesse est suffisante pour assurer la compression de l’air nécessaire au fonctionnement des stato-réacteurs, ceux-ci sont allumés, leur puissance se substitue alors à celle du turbo-réacteur qui est stoppé.

Demain.

— Il faut s’attendre avant peu à des progrès sensationnels, car l’avion expérimental de Leduc n’a volé qu’avec les deux tiers des brûleurs allumés et il a cependant dépassé le 700 à l’heure.

La difficulté la plus difficile à vaincre sera celle du décollage et de la mise en marche. Peut-être utilisera-t-on pour cela des rampes de lancement, des moteurs auxiliaires, ou mieux des fusées de décollage ...

Dans nos bureaux d’études nos ingénieurs travaillent ... Demain peut-être nous pourrons vous entretenir de leurs prochaines réalisations.

Maurice DESSAGNE.

Le Chasseur Français N°630 Août 1949 Page 620