Accueil  > Années 1950  > N°641 Juillet 1950  > Page 444 Tous droits réservés

Les ultra-sons en thérapeutique

Les sons que nous percevons par l'intermédiaire de notre tympan proviennent généralement des vibrations mécaniques de l'air et, initialement, de la vibration mécanique d'un corps, tel que, par exemple, le diffuseur d'un haut-parleur. Nous ne percevons cependant des sons que si les vibrations correspondantes ne sont pas trop rapides et ne dépassent pas, par exemple, 12.000 à 16.000 par seconde.

Lorsque les vibrations sont plus rapides, notre oreille ne peut percevoir un son ; il se produit cependant un phénomène de transmission d'ondes, qui constitue ce qu'on appelle un ultra-son. Les vibrations ultrasonores, inaudibles pour l'homme, sont sans doute perçues, cependant, par de nombreux animaux, tels que les souris, les grillons, les chauves-souris et même les poissons.

L'homme se rend compte, cependant, de leur transmission, par une sensation d'ordre tactile. Lorsqu'on plonge la main dans un baquet rempli d'eau, soumis à des vibrations très rapides de ce genre, on ressent, par exemple, une impression de contraction tout à fait particulière, et d'ailleurs assez désagréable, due à la mise en vibration des os de la main par les molécules d'eau en mouvement.

Les vibrations ultrasonores sont assez répandues dans la nature, et on peut en constater de nombreux exemples dans la vie courante. Un axe mécanique tournant sur un coussinet mal graissé et plus ou moins grippé produit généralement des vibrations de ce genre, et chacun peut constater sur soi-même des phénomènes physiologiques très désagréables, produits simplement par des sons très aigus particuliers, tels que des grincements de surfaces métalliques l'une sur l'autre.

Les animaux produisent certainement des ultra-sons et peuvent aussi les entendre, ce qui leur permet de communiquer entre eux, sans que l'homme puisse percevoir ce langage mystérieux pour lui. Les chauves-souris pourraient ainsi se guider dans l'obscurité, grâce à l'émission d'ultra-sons et à l'audition des ondes réfléchies sur les obstacles environnants par l'intermédiaire de leurs oreilles, plus perfectionnées que celles des hommes.

Nous savons, maintenant, comment produire à volonté des ultra-sons, en utilisant, à cet effet, les merveilleuses lampes universelles de T. S. P., qui peuvent engendrer les oscillations électriques de toutes les fréquences désirées, depuis les fréquences mécaniques les plus basses jusqu'aux fréquences radioélectriques les plus élevées.

Nous pouvons donc produire à volonté les oscillations électriques de la fréquence ultrasonore désirée ; mais il s'agit de transformer ces vibrations électriques en vibrations mécaniques et de les transmettre à un milieu élastique environnant, tel que l'air, ou, plutôt, un liquide ou un solide, car les ultra-sons se propagent très difficilement dans l'air.

Il existe actuellement plusieurs procédés pour transmettre les ultra-sons ; le plus simple consiste à employer un cristal de quartz convenablement taillé. Ce cristal a la propriété de produire un courant électrique de signes contraires sur chacune de ces faces, lorsqu'on le soumet à une contraction ou à une dilatation. Inversement, si l'on applique une charge électrique sur chacune de ses faces, on obtient un effet mécanique de contraction ou de dilatation.

On applique donc sur les faces du cristal les oscillations électriques provenant d'un générateur à lampes de T. S. F. Le cristal se contracte et se rétracte, à une fréquence correspondant à celle de l'oscillation et qui peut être très élevée. Les vibrations des faces du cristal peuvent être transmises à tout corps élastique environnant.

Les applications des ultra-sons sont maintenant extrêmement nombreuses. Les premières ont été effectuées pendant la guerre 1914-1918, et dans un but militaire ; on s'en est servi pour détecter les sous-marins, puis pour sonder le fond des mers. Leurs emplois sont désormais extrêmement divers et nombreux ; on les utilise pour l'étude et la mesure des pièces mécaniques, la réalisation d'appareils de dépoussiérage, de purification des fumées, de lessivage, etc. On peut même s'en servir pour la soudure de l'aluminium.

L'étude de leurs effets biologiques et thérapeutiques est plus récente ; mais elle n'en est pas moins extrêmement intéressante. Sans doute, depuis longtemps, les médecins avaient-ils constaté une action évidente produite sur certains sujets par des sons intenses. Les ultra-sons déterminent des phénomènes beaucoup plus accentués, soit sur les microbes et les liquides organiques, soit même sur les sujets vivants.

Leur action sur les microbes en suspension est très curieuse, car ils déterminent des sortes d'agglomérations des germes ; leur projection sur un tissu vivant détermine la formation d'un œdème au bout d'un certain temps.

Désormais, les ultra-sons peuvent servir également à la détermination rapide d'un diagnostic médical. On utilise un appareil électrique producteur d'ultra-sons, et un cristal de quartz vibrant, que l'on applique sur la partie du corps du malade à étudier, en interposant sur la peau une goutte d'huile ou de vaseline. On effectue ainsi une sorte d'auscultation ultrasonore ; les vibrations traversent le corps du sujet et sont recueillies par un dispositif de cristal récepteur, relié à un tube cathodique, appareil possédant un écran lumineux, sur lequel on voit apparaître une courbe luminescente dont la forme renseigne immédiatement le praticien spécialisé sur l'état exact des organes étudiés.

Les applications thérapeutiques sont encore plus précieuses. On emploie toujours un générateur d'oscillations électriques relié à un cristal de quartz, que l'on applique sur la peau du sujet, avec interposition d'une goutte d'huile ou de vaseline. La surface du cristal est faible et de quelques centimètres carrés seulement, la durée du traitement est de quelques minutes, et les effets ne semblent aucunement dangereux.

La profondeur de l'action produite est de 5 à 8 centimètres et, jusqu'à présent, on a essayé d'obtenir trois effets différents. On peut diminuer les douleurs, agir sur le tissu fibreux, modifier le fonctionnement des organes de circulation superficiels et des réflexes. Le malade se rend compte, d'ailleurs, très bien de l'action des ultra-sons et peut indiquer au praticien la limite de la dose supportable.

D'excellents résultats ont ainsi déjà été obtenus dans les névralgies, les arthrites diverses, les ankyloses, les sinusites, les douleurs dentaires, les troubles végétatifs et circulatoires, les phénomènes sympathiques, l'asthme, les crises de migraine, les cellulites, etc. ... L'effet obtenu sur les tissus cancéreux est beaucoup plus douteux, et on pense pouvoir assurer une amélioration de certains ulcères et eczémas.

Il s'agit, en tout cas, d'un procédé purement physique facile à appliquer, absolument inoffensif, et ne laissant aucune trace sur les malades. À ce titre, il peut être essayé sur un grand nombre de malades difficilement curables par les procédés habituels, et son avenir semble plein de promesses.

P. HÉMARDINQUER.

Le Chasseur Français N°641 Juillet 1950 Page 444