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Courrier cynégétique

La bécasse à la repasse.

— M. Veillant, abonné varois, proteste vigoureusement contre la fermeture de la chasse à la repasse le 11 mars : « De tout temps, cette fermeture était fixée au 31 mars, ce qui était logique. Avant le 15 mars, en effet, peu d'oiseaux traversent nos contrées avant de gagner le Nord. La grande période de repasse se situe entre le 15 mars et le 15 avril. Fermer une chasse qui n'est pas commencée constitue une anomalie, conclut notre correspondant, et les protestations des chasseurs paysans haut-varois sont d'autant plus vives que la chasse, dans leur contrée, est pratiquement arrêtée à partir du 15 décembre par les chutes de neige. C'est donc leur principale distraction qu'on leur ôte avec cette nouvelle réglementation. »

Bécasses et vipères.

— Chassant la bécasse sous bois, le dimanche 18 mars 1951, par temps orageux — ondées coupées d'éclaircies avec soleil, — j'ai constaté, outre l'approche très difficile, que toute bécasse « levée » ne se retrouvait pas aux remises habituelles. Par contre, en procédant à l'inspection minutieuse de ces lieux, six vipères furent tuées.

Le hasard fit retrouver les bécasses, hors du bois, dans des prairies et des champs ensemencés en bordure de haie, parfois même assez loin du bois ; alors elles volèrent haut, sans direction définie, dans un vol désordonné, mais en évitant de retourner au bois.

Peut-il y avoir un rapprochement à faire entre la présence des vipères au bois et la tactique des bécasses.

R.-J. VIGIER, abonné limousin.

Sans le vouloir.

— J'exerçais alors dans un bourg sur le territoire duquel, au milieu d'une immense plaine, s'étendait un bois d'une cinquantaine d'hectares. Les détenteurs du droit de chasse, des Parisiens fortunés, n'appréciaient que les battues de perdreaux, dédaignant les lapins qui pullulaient dans les taillis. Aussi avaient-ils confié à quelques chasseurs de la localité, connus pour ne pas vendre leur gibier, la mission, combien agréable, de détruire la gent lapin afin d'éviter tous paiements éventuels de dégâts. J'étais au nombre de ces heureux nemrods.

Un dimanche matin, à la fin de décembre, nous arrivons au bois avec le garde. Et, aussitôt, les chiens de mener avec ardeur. A un endroit, les bois forment comme deux triangles se joignant à peine par leurs sommets. Ce point de jonction me semble donner bien des chances de voir passer du gibier. Je m'y poste. Les abois redoublent. Belle musique pour un chasseur. L'un des nôtres crie : « C'est un lièvre ! » et un gros bossu sort à toute vitesse de la lisière de gauche se dirigeant vers l'autre orée. Il est bien à quatre-vingts mètres. C'est trop loin, et un chasseur « blanchi sous le harnais » laisserait filer le bel animal avec d'autant plus de raison que jusqu'ici nous n'avons pas l'autorisation de tirer les lièvres. Mais j'ai vingt-cinq ans, le bossu se présente en plein travers, l'occasion et « quelque diable aussi me poussant », je risque un essai, je mets le traversard en joue les deux yeux ouverts, comme je sais que font les tireurs émérites, les grands fusils et je lâche mon coup gauche. Mon chien s'élance, le lièvre accélère sa vitesse, il atteint l'autre lisière, mais, ô surprise, au lieu de s'enfoncer sous le taillis, il revient vers moi. Je pense : « Pourvu que le chien ne l'attrape pas ! » Hélas ! parvenu à vingt pas de moi, le pauvre capucin s'affaisse, saisi aussitôt par Stop.

Les autres chasseurs arrivent avec le garde. Je n'aurais peut-être pas dû tirer ce lièvre. Cherchant à m'excuser, je crie étourdiment : « Ah ! c'est bien sans le faire exprès ! », et j'ajoute : « Est-i1 possible qu'un grain de plomb n° 5 puisse faire des dégâts à pareille distance ! »

Le garde et les chasseurs rient à gorge déployée. « Ah ! c'est sans le faire exprès ! » Vous pouvez croire qu'au long de la journée il me fut donné d'entendre répéter cette exclamation plus d'une fois, c'est-à-dire chaque fois que j'annonçais avoir augmenté d'un garenne notre tableau de chasse. Mais la plaisanterie était de bon aloi, comme il se doit entre amis, et je ne pouvais m'empêcher de bien rire moi-même. De cela, il y a, hélas ! plus de quarante ans ! Où sont les neiges d'antan !

J.-A. LEBEAU.

Le sens olfactif chez le corbeau.

— Ceci se passait vers la fin de l'hiver dernier en Savoie. Par un bel après-midi ensoleillé, j'observais à la jumelle un couple de grands corbeaux (corvus corax) qui évoluait à une grande hauteur. Les chasseurs de montagne savent jusqu'où va la méfiance de ces géants de l'espèce, à qui rien n'échappe durant leur long vol plané en cercle, comme celui des rapaces.

C'est donc avec beaucoup de surprise et d'attention que je vis un des deux oiseaux s'abaisser, puis, en un vol plané rectiligne et descendant toujours, venir se poser non loin de moi en plein bois. Je me rappelai alors avoir déposé à cet endroit les restes d'une martre, tuée pendant l'hiver et dédaignée par les renards. Ainsi donc, à plus de six cents mètres de distance, cet oiseau amateur de charognes avait pu, par son odorat seulement, la vue lui en étant absolument impossible, détecter et trouver une pâture qui n'était pas en décomposition, vu la température encore basse. Un homme eût pu passer cent fois tout près et ne rien voir, l'appât étant dissimulé dans un buisson. L'appétit de ce corbeau devait être particulièrement aiguisé ce jour-là, car, lorsque je le dérangeai, quelques instants plus tard, il avait déjà commencé son festin.

RACT Marcel, abonné.

L'intelligence du furet.

— Quelques bons amis, dont deux médecins en renom de la région, chassaient au bois du Pinacle, en janvier 1951.

Les lapins étant au terrier, on furetait quand l'un des chasseurs s'aperçut que le furet disparaissait sous des broussailles qui dissimulaient un puits perdu d'une dizaine de mètres.

Après avoir discuté, on alla chercher des échelles, une lampe électrique. On ne put atteindre le fond, manquant d'échelle, mais on put voir le furet se promener au fond.

Après réflexion, on alla chercher des cordages et on descendit au fond du puits la boîte en bois dans laquelle le furet était transporté. Sans la moindre hésitation, le furet entra dans sa boîte, et nos chasseurs n'eurent qu'à remonter boîte et furet.

SEMARQUE Alex, abonné.

Hasard.

— Fin d'un après-midi de septembre, rentrant de la chasse avec mon beau-père et me trouvant dans les derniers champs du plateau qui surplombe le bourg, j'aperçois se dirigeant vers nous un vol de canards sauvages. Nous sommes dans une prairie entourée de haies ; c'est l'une de celles-ci sans doute qui nous abrite et nous empêche d'être vus. Mon beau-père me dit : « Tirez donc ! » Je réponds : « C'est trop haut ! — Bah ! sait-on jamais ! » Pour ne pas contrarier mon fidèle porte carnier, je tire. O surprise ! un beau colvert tombe à pic, presque à nos pieds, et se met à courir dans le trèfle. Bien entendu, il est facilement rattrapé, achevé et mis en gibecière. Évidemment, mon beau-père triomphe : « Je vous l’avais bien dit ! Qui ne risque rien ... » J'aurais mauvaise grâce à protester et à vouloir l'assurer qu'il s'agit là d'une chance absolument extraordinaire.

Et pourtant quand, à la maison, j'examine le volatile pour me renseigner sur la cause de cette chute spectaculaire, je ne trouve qu'un plomb n° 4 coincé dans une articulation de l'aile, plomb qui n'a rien cassé, qui n'est même pas déformé. Ce beau coup de fusil, qui m'évite de rentrer bredouille, est donc bien le résultat d'un hasard plus grand qu'on ne saurait le dire.

J.-A. LEBEAU.

Chasseurs, soyez prudents !

— Dans une ferme, près de Boulogne-sur-Mer, un enfant de dix ans, jouant avec une carabine, a déchargé l'arme sur sa petite sœur âgée de deux ans. La pauvre enfant a été tuée net.

— Un cultivateur de Roche-Blanche (Loire-Inférieure) avait laissé son fusil chargé dans son auto, au retour d'une partie de chasse. Un de ses enfants s'en empara, voulant aider son père à décharger la voiture. Par suite de circonstances inexplicables, le coup partit, tuant le cultivateur.

Mon ami le rouge-gorge.

— En décembre 1947, allant, à la chute du jour, affûter les pigeons au brancher — ils étaient d'ailleurs nombreux cette année-là, — j'avais remarqué un rouge-gorge qui s'approchait près de moi, en poussant son petit cri plaintif.

J'avais emporté du pain, dont je jetai quelques miettes d'abord à proximité, puis que je plaçai sur les canons de mon fusil. Gardant autant d'immobilité qu'il m'était possible afin de lui inspirer confiance, je vis le petit oiseau, timidement d'abord, se décider enfin à se restaurer ; les jours suivants, mis en confiance, i1 ne manquait pas un seul rendez-vous.

Je pouvais me déplacer d'une centaine de mètres, il arrivait toujours à me découvrir.

L'année suivante, ayant repris mon affût, je ne fus pas peu surpris de voir arriver mon petit ami, qui de sa petite romance semblait me dire bonjour !

J'avais oublié sa provende, et je dois avouer que, malgré mon insuccès de chasse, je revins tout exprès le lendemain lui apporter ses miettes. Notre camaraderie se continua en 1949 avec autant d'exactitude. En 1950, j'ai repris mon affût, mais mon ami le rouge-gorge n'est pas revenu. Sans doute était-il parti pour le paradis des oiseaux ! Son absence m'a causé une certaine tristesse, et j'ai abandonné mon affût.

A. D ..., abonné du Calvados.

De beaux coups de fusil.

— M. E. Sattler, abonné algérien, a tué au barrage du Ghrib, en décembre dernier, une perdrix rouge mâle qui mesurait36 centimètres du bec au bout de la queue, et pesait 525 grammes.

M. A. Bélier, abonné de l'Hérault, tuait en octobre, aux gorges de Tchouss, une perdrix bartavelle mâle du poids de 980 grammes.

Ouverture de la chasse en 1951.

— La chasse sera ouverte pour la prochaine saison aux dates suivantes :

    — première zone : le 26 août à 7 heures ;
    — deuxième zone : le 2 septembre à 7 heures ;
    — Corse : le 12 août à 6 heures.

La chasse au faisan sera ouverte le 23 septembre ; la chasse à tir au cerf le 15 septembre, celle de la biche le 1er novembre, sauf un certain nombre de départements où la chasse au cerf et de la biche à tir est ouverte le 2 septembre.

Chasses de montagne. — Chamois, petit tétras, gelinotte, lagopède, bartavelle, marmotte, lièvre blanc : 9 septembre pour la deuxième zone, ouverture générale pour la première.

Ours, isard, grand tétras : 26 août 1951.

Chasse prohibée : poules de bruyère (grand et petit tétras), flamants, ibis, cygnes sauvages, mouettes, goélands, sternes, fous de bassan, marmottes (déterrage).

Gibier d'eau. — Ouverture 14 juillet, sauf pour le colvert (29 juillet).

Chasse à courre. — A partir du 23 septembre. Le courre du lièvre ne peut être pratiqué qu'avec des équipages de six chiens au moins de race homogène, créancés, reconnus par la société de vénerie et la fédération départementale des chasseurs.

Chasse au filet (palombes). — En Gironde, Landes, Basses-Pyrénées, Lot-et-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, du 23 septembre au 4 novembre inclus.

Les dates d'ouverture pourront être retardées dans tout ou partie d'un département par arrêtés ministériels spéciaux.

Le Chasseur Français N°653 Juillet 1951 Page 399