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Les bruches

Plus connues sous le nom vulgaire de charançons, les bruches sont les ravageurs les plus dangereux des graines de légumineuses : pois, haricots, fèves, lentilles, etc., qu'elles rendent tout à fait impropres à la consommation et à la reproduction.

Les bruches comprennent de très nombreuses espèces. Malgré un certain nombre de caractères communs, en particulier un rostre très court, il est utile, pour mener une lutte efficace contre ces parasites, de distinguer :

1° La bruche du pois : de couleur noire, avec de petites taches blanches ; elle mesure 5 millimètres de longueur. Fin juin et début juillet, elle pond ses œufs par paquets de dix à vingt sur les cosses ou gousses, alors que celles-ci sont très jeunes. L'éclosion dure d'une dizaine à une quinzaine de jours, et les larves naissantes pénètrent assez facilement dans les grains et ont soin de refermer sur elles leur orifice d'entrée. La caractéristique de la bruche du pois, c'est que, dans chaque grain, il n'y a jamais qu'un seul insecte, qui évolue rapidement, environ trois semaines après, pour atteindre sa taille la plus forte et passer rapidement de l'état de ponte (nymphe) à l'état d'insecte parfait. Si la température a été favorable, il peut arriver qu'une quinzaine de jours après la récolte la bruche quitte sa prison en laissant dans le grain un trou d'une cavité de 1 à 2 millimètres de diamètre et d'une belle profondeur. Mais, en période normale, ce n'est qu'au printemps suivant que la larve, qui se nourrit dans la graine, se transforme en insecte adulte, lequel s'échappe du grain en laissant un trou fort caractéristique.

2° La bruche du haricot : d'apparition plus récente en France que celle du pois, elle est, de beaucoup, plus envahissante, à tel point que chaque année des récoltes sont totalement compromises. Elle est quelque peu différente d'aspect et d'évolution de celle du pois : elle est de couleur grise et mesure de 3 à 4 millimètres. A la différence de la bruche du pois, on trouve le plus souvent, dans une seule graine, plusieurs larves, qui, en raison de leur grande voracité, parviennent à vider complètement le haricot de sa réserve constitutive. Outre que la faculté germinative de la semence est pour toujours anéantie, l'insecte, devenu parfait, ne se contente plus de pondre sur les cosses ou gousses, mais également sur des graines parfaitement sèches, et il arrive à contaminer les stocks de réserve et de semence. Car, lorsque les haricots sont récoltés et suspendus au grenier, l'insecte poursuit clandestinement son travail : si la température est favorable (absence de froid), en moins de deux mois toute une génération peut ainsi évoluer, et parfois jusqu'à trois générations arrivent à se suivre au grenier.

Comment lutter contre l'ennemi.

1° Cas des grains de consommation : aussitôt la récolte faite, il faudra les traiter en les portant environ quinze minutes à une température voisine de 50°. On brûle les tiges, les feuilles et les racines, qui donnent d'ailleurs une cendre de composition très riche.

2° Cas des graines de semences : il paraît d'abord logique de tenter de combattre les parasites dès la ponte effectuée, c'est-à-dire aussitôt la floraison et l'apparition des premières gousses. Des expériences ont été tentées à cet effet : on a pulvérisé sur les cosses, à deux reprises différentes et espacées d'une dizaine de jours, une solution de la formule ci-après :

Huile (genre comestible) 2 litres
Oléine 0,750 litre
Ammoniaque commercial 0,500 litre
Eau ordinaire 100 litres
Nicotine (titrée à 500 gr.) 0,100 litre

Ces essais n'ont pas été des plus concluants et, pratiquement, il n'est guère avantageux d'opérer de cette manière en raison du travail nécessité par ce double traitement et parce qu'il vaut mieux pratiquer la désinfection des graines, procédé à la fois beaucoup plus efficace, plus rapide.

La désinfection des graines de semence.

— Elle se fait à l'aide du sulfure de carbone ou du paradichlorobenzène.

1° Pratique de l’opération à l’aide du sulfure de carbone.

— On disposera les grains dans un récipient étanche, pouvant être clos très hermétiquement (vieille futaille ou grand bocal selon les quantités). A la surface, on verse, sur une soucoupe ou une assiette creuse, le sulfure de carbone, on ferme hermétiquement et, au bout de quarante-huit heures, l'opération est terminée si la température était de 15°, sinon attendre de quatre à cinq jours : les vapeurs toxiques de sulfure ont tué toutes les larves. Il suffit de retirer les grains, et les vapeurs sulfureuses, de par leur densité supérieure à celle de l'air, descendent au fond du récipient, en détruisant tout ce qui peut vivre aussi bien à la surface qu'à l'intérieur des grains.

La dose à employer est de 30 à 40 grammes par hectolitre de récipient et non de grains traités.

Remarques pratiques importantes.

    a. On prendra toutes précautions utiles (éloignement de toute flamme, ne pas fumer) lors de la manipulation du sulfure, extrêmement inflammable et explosant à la moindre étincelle.

    b. L'opération terminée, on aérera rapidement et longuement en remuant les grains traités pour faire disparaître toute odeur pouvant être désagréable aux haricots.

2° A l’aide du paradichlorobenzène.

Ce produit est vendu le plus souvent sous le nom de Méphitol, sous la forme liquide ou solide, et ne présente pas de danger. On opère de même en récipient hermétiquement clos, à la dose de 30 à 50 grammes de liquide par hectolitre de grains traités et pendant 24 heures. Pour que l'opération soit parfaite, il faut opérer à une température légèrement supérieure à celle du sulfure, en raison d'une évaporation plus difficile (18 à 20°). Un grave inconvénient a lieu avec ce produit : l'odeur persiste longtemps après : on a ressenti l'odeur désagréable dans des œufs de poule nourris au maïs ainsi traité plusieurs mois après l'opération.

L'opération terminée, on placera les grains de haricots traités, pour éviter une contamination toujours possible, dans des récipients hermétiquement fermés (boîtes de fer ou bocaux de verre). Les pois ne risquent plus aucune contamination, à la différence des haricots.

Enfin, avant de confier à nouveau des semences à la terre, on en fera une vérification ; tri absolument parfait par plongée de graines dans l'eau ; celles bruchées montent à la surface, et les bonnes restent au fond.

3° Par action sur le sol.

—Si l’on a eu une forte invasion de bruches de pois ou de haricots et si on est limité en tant que surface de jardinage, il est conseillé de désinfecter le sol par injections de sulfure de carbone. Mais le plus simple sera d'éviter le retour de cultures avant deux ou trois ans et d'alterner les cultures en ne faisant pas revenir trop souvent les planches de pois ou de haricots.

En raison de l'importance des ravages causés, on n'utilisera que des semences saines et de choix. Les graines de deux ans n'ont jamais de bruches. On ne sèmera jamais de grains bruchés, sinon on compromettrait toute la culture.

N. B. — Dans notre article du mois de mars sur les fumiers artificiels, une omission a pu induire quelques lecteurs en erreur. Nous précisons que la proportion du mélange à utiliser, par tonne de paille, est de 18 kilogrammes pour la première formule et de 25 kilogrammes pour la deuxième.

BOILEAU.

Le Chasseur Français N°653 Juillet 1951 Page 417