1°) Quels sont les "grands" partis ?
Voici les cinq partis représentés au Bundestag depuis la réunification (ils ont donc eu des élus directs et/ou franchi la barre des 5%) :
(Cliquez sur les emblèmes pour accéder aux sites officiels)
| ANNEE/PARTIS |
 |
 |
 |
 |
 |
| 2009 |
23% / 146 Sitze |
33,8% / 239 Sitze |
14,6% / 93 Sitze |
10,7% / 68 Sitze |
11,9% / 76 Sitze |
| 2005 |
34,2% / 222 Sitze |
35,2% / 226 Sitze |
9,8% / 61 Sitze |
8,1% / 51 Sitze |
8,7% / 54 Sitze |
| 2002 |
38,5% / 251 Sitze |
38,5% / 248 Sitze |
7,4% / 47 Sitze |
8,6% / 55 Sitze |
4% / 2 Sitze |
| 1998 |
40,9% / 298 Sitze |
35,1% / 245 Sitze |
6,2% / 44 Sitze |
6,7% / 47 Sitze |
5,1% / 35 Sitze |
| 1994 |
36,5% / 252 Sitze |
41,5% / 294 Sitze |
6,9% / 47 Sitze |
7,3% / 49 Sitze |
4,4% / 30 Sitze |
| 1990 |
33,5% / 239 Sitze |
43,8% / 319 Sitze |
11% / 79 Sitze |
5,1% / 8 Sitze |
2,4% / 17 Sitze |
2°) Quelle est la place des partis en Allemagne ?
L'article 21 de la Loi Fondamentale leur accorde une place essentielle dans l'animation de la vie démocratique du pays :
(1) Die Parteien wirken bei der politischen Willensbildung des Volkes mit. Ihre Gründung ist frei. Ihre innere Ordnung muß demokratischen Grundsätzen entsprechen. Sie müssen über die Herkunft ihrer Mittel öffentlich Rechenschaft geben.
(2) Parteien, die nach ihren Zielen oder nach dem Verhalten ihrer Anhänger darauf ausgehen, die freiheitliche demokratische Grundordnung zu beeinträchtigen oder zu beseitigen oder den Bestand der Bundesrepublik Deutschland zu gefährden, sind verfassungswidrig*. Über die Frage der Verfassungswidrigkeit* entscheidet der Bundesverfassungsgericht.
|
(1) Les partis concourent à la formation de la volonté politique du peuple. Leur fondation est libre. Leur organisation interne doit correspondre aux principes démocratiques. Ils doivent rendre compte publiquement de la provenance de leurs ressources.
(2) Des partis qui, compte tenu de leurs buts ou du comportement de leurs partisans, visent à menacer ou supprimer les fondements de liberté et de démocratie voire l'existence de la République fédérale d'Allemagne sont anti-constitutionnels*. C'est la Cour Constitutionnelle Fédérale qui décide de l'anticonstitutionnalité*. |
* Depuis 1949, seuls deux partis ont été déclarés anticonstitutionnels et ont été interdits :
- le S.R.P. (Sozialistische Reichspartei), formation d'extrême droite dirigée par d'anciens nazis, dissous le 23 octobre 1952 ;
- et le K.P.D. (Kommunistische Partei Deutschlands), dont l'interdiction fut plus controversée, le 17 août 1956. Il renaîtra sous le nom de D.K.P. (Deutsche Kommunistische Partei) en 1968.
3°) Quelle est la ligne politique de chaque parti ?
Cliquez sur le parti de votre choix :
Le SPD est le plus ancien parti d'Allemagne. Fondé en 1871, il fut réprimé par Bismarck de 1878 à 1890 (voir ce chapitre), interdit sous le Troisième Reich puis privé de sa base électorale - essentiellement située en Prusse, donc en zone soviétique - en 1945. A l'Est, le SPD, contraint par l'occupant (U.R.S.S.) à fusionner avec le Parti Communiste, disparaîtra même de la scène politique.
Le SPD a longtemps oscillé entre deux tendances traditionnelles au socialisme : révolution et réformisme. Mais ce n'est qu'en 1959, au Congrès extraordinaire de Bad Godesberg, que le parti prend un tournant spectaculaire. Le SPD s'y rallie à l'économie sociale de marché (
die soziale Marktwirtschaft), renonce aux références marxistes-léninistes et renoue avec les origines humanistes du socialisme. Il se veut non plus un "
parti ouvrier" mais un "
parti populaire" (ouvert à toutes les couches de la population).
En 1966, le SPD participe à la "Grande Coalition", devenant un "
parti de gouvernement". Mais c'est dans les années 1970 que ce parti marque durablement la vie politique allemande avec l'
Ostpolitik de
Willy Brandt (voir
ce chapitre).
La chancellerie de
Helmut Schmidt sera plus traditionnellement tournée vers l'Ouest (la France et la C.E.E.) et empreinte de rigueur budgétaire.
Le retour du SPD aux affaires gouvernementales avec la victoire de
Gerhard Schröder en 1998 ne contredit pas cette
identité social-démocrate d'inspiration à la fois réformiste et réaliste quant aux idées, travailliste quant aux relations étroites
entretenues avec les syndicats ouvriers du D.G.B. (
der deutsche Gewerkschaftsbund) tels le fameux et puissant I.G. Metall
(I.G. pour
Industrie-Gewerkschaft, syndicat de la métallurgie). Mais le slogan de 1998, "die neue Mitte" (le nouveau centre),
n'en marque pas moins un glissement vers la droite libérale et un rapprochement avec le patronat. Franz Müntefering lui succèda brièvement
jusqu'à la défaite aux législatives anticipées de 2005.
C'est ensuite Kurt Beck, ministre-président de Rhénanie-Palatinat qui devint chef du parti en mai 2006. Mais la lourde défaite aux législatives de
Septembre 2009 (-11,2%) entraîna la démission en bloc de toute la direction du parti et l'élection de
Sigmar Gabriel.

La
CDU/CSU, créée après la guerre par des résistants antinazis est un parti interconfessionnel (à la différence du
Zentrum catholique d'avant guerre). Dès 1949, l'Union adopte les principes de l'
économie sociale de marché énoncés par
Ludwig Erhard, qui prône la libre concurrence et des mesures sociales de façon que la prospérité économique puisse profiter à la population en priorité.
La CDU/CSU a donné à la RFA deux figures emblématiques,
Konrad Adenauer (1949-1961) et
Helmut Kohl
(1982-1998), deux chanceliers dont la politique n'a finalement rien de commun !
La CDU de Adenauer fut anticommuniste par conviction et francophile par réalisme politique, celle de Kohl fut francophile par amitié et libéralo-opportuniste par goût du pouvoir.
Mais l'implantation très décentralisée de la CDU dans tout le pays ainsi que le dynamisme particulier de sa partenaire bavaroise,
la CSU, lui ont toujours assuré - sauf en 1998 et 2002 - la première place aux élections (plus de 35%).
Majoritaire dans le Sud-Ouest de l'Allemagne (Rhénanie, Bade-Wurtemberg jusqu'en 2011), la CDU incarne à travers Ludwig Erhard le "miracle
économique" des années 1955-1965 et soutient politiquement le "capitalisme rhénan", modèle économique mais aussi milieu culturel dont
sont issus de nombreux cadres du parti. La CSU au pouvoir en Bavière est catholique, plus conservatrice et plus sociale que sa grande
soeur.
Le récent scandale du financement occulte de la CDU dans les années 1980-90 et la défaite de Kohl ont donné lieu à de profonds
changements à la tête du parti, occupée aujourd'hui par
Angela Merkel, celle que Helmut Kohl appelait "das Mädchen"
(la gamine) parce qu'elle entra en politique à la CDU de l'ex-RDA en 1990.
L'Union est donc le premier parti dont le dirigeant
est originaire de l'ex-RDA. La CSU est conduite par
Horst Seehofer.

Le
FDP a longtemps fait et défait les coalitions gouvernementales, s'alliant avec la CDU de 1949 à 1969, avec le SPD de 1969 à 1982, puis à nouveau avec la CDU jsuqu'en 1998. C'est sa
ligne libérale - au sens politique et économique du terme - qui en a fait le garant indispensable d'un gouvernement qui souhaite inspirer la confiance à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.
A la fois anti-clérical et anti-communiste, le FDP a ainsi pu rester au sommet de l'état pendant 49 ans.
Si son score oscille entre 5,8% (en 1969) et 12,8% (en 1961) il n'en a pas moins compté des personnages majeurs de la scène politique tels que les ministres
Wofgang Mischnick,
Walter Scheel et
Hans-Dietrich Genscher, ou encore les présidents de la République
Theodor Heuss (1949-1959) et Walter Scheel (1974-1979).
L'année électorale 2002 marqua un tournant à l'occasion de la "querelle des chefs" qui opposa
Guido Westerwelle
(Président) et
Jürgen Möllemann (Porte-parole). Les déclarations anti-israéliennes de l'ex-député écologiste Jamal Karsli
(soutenu par Möllemann) provoquèrent un énorme scandale dans toute la société allemande. Westerwelle, lui, lorgnait vers les électeurs
"extrémistes" de la DVU (voir
plus bas) et cédait à la tentation pré-électorale du populisme. Bien que condamnée par les
anciens dirigeants (Genscher, Lambsdorff), cette tactique rappelait le virage imprimé au FPÖ autrichien par Jörg Haider au début des années 90
(pour plus de détails, voir le
dossier "libéral-populisme"). Le FDP (allié à la CDU) est revenu au pouvoir en 2009
grâce à son meilleur résultat depuis 1949 avec 14,6% des voix. En 2011,
Philipp Rösler a remplacé Guido Westerwelle
à la tête du parti.
Les
Verts et Alliance 90 sont originellement deux partis distincts issus respectivement de l'Ouest et de l'Est de l'Allemagne.
Leur rapprochement s'est fait 1°) sur la nécessité technique de combiner leurs pourcentages respectifs (Verts 3,9%, Bündnis 90 1,2%) aux élections
de 1990 pour pouvoir constituer un groupe parlementaire (+5%) au premier Bundestag de l'Allemagne réunifiée (voir plus haut
) ; et 2°) sur la base idéologique du pacifisme militant et de l'anti-libéralisme économique. C'est finalement la tendance "Realos" - pragmatique (celle
de Joschka Fischer) - des Verts ouest-allemands qui l'a emporté sur la tendance "Fundis" - purs et durs (celle de l'ex-ministre de
l'environnement Jürgen Trittin) - comme le confirmèrent les accords de gouvernement conclus avec le SPD et les positions du
"jeune" ministre des affaires étrangères Joschka Fischer sur l'intervention militaire allemande hors des frontières. En 2008, les Verts ont conclu leur première
alliance avec la CDU dans le Land de Hambourg et accédé à leur première présidence régionale en 2011 en Bade-Wurtemberg (qui était CDU depuis 1953!).
Dans l'opposition au niveau fédéral depuis septembre 2005, le parti est co-dirigé par Claudia Roth et Reinhard Bütikofer.

Le PDS était le parti néo-communiste issu du SED (sozialistische Einheitspartei) qui dirigea la RDA pendant quarante
ans. Refondé par l'avocat vedette des dissidents est-allemands Gregor Gysi, il se réclame de la défense des intérêts de la classe
ouvrière, des déshérités et des victimes du libéralisme économique (notamment les chômeurs de l'ex-RDA). Le PDS fut incontestablement un parti
démocratique et il se situa clairement à la gauche du SPD.
Son implantation durable depuis la réunification tendrait à prouver qu'il y a bel et bien une place en Allemagne pour un vrai
parti de gauche "à la française" (par opposition à la gauche réformiste travailliste anglaise). Notons que cet ancrage en ex-RDA ne tient pas seulement
au passé communiste de la région, mais à la base électorale historique de la gauche allemande (SPD, KPD ou PDS aujourd'hui) que fut la Prusse
industrielle.
En novembre 2001, le PDS a remporté un succès éclatant aux élections régionales de Berlin (plus de 20% à Berlin-Ouest et plus
de 50% à Berlin-Est). Devenu le deuxième parti au parlement régional, il s'est entendu avec le premier, le SPD, pour co-gouverner
le Land. Cette alliance "rouge-rouge" était jusque-là inédite en Allemagne. Mais en juin 2002, le scandale des billets d'avion gratuits obligea Gregor
Gysi, ministre régional des finances à Berlin, à démissionner. Le PDS tomba à 4% des voix aux élections législatives et n'obtint que 2 mandats directs
au nouveau parlement. En revanche la seconde coalition régionale "rouge-rouge" de Mecklembourg-Poméranie fut reconduite. Son successeur à la
tête du parti est Lothar Bisky.
A l'occasion des élections législatives anticipées de septembre 2005, le parti se rebaptisa Linkspartei (Parti de gauche) et fit
alliance avec la jeune WASG (Wahlalternative für Arbeit und soziale Gerechtigkeit) du transfuge Oskar Lafontaine (ex-SPD).

La WASG est née
en 2004 d'une initiative citoyenne ouest-allemande lors d'élections régionales partielles. Rejointe au printemps
2005 par Oskar Lafontaine (ex-président du SPD et ex-ministre des finances) elle a fait alliance avec le PDS d'Allemagne de l'Est rebaptisé Linkspartei
pour les élections législatives anticipées de septempbre 2005 et a obtenu son entrée au Bundestag moins d'un an après sa création !

PDS et WASG ont fusionné en juin 2007 pour fonder le
nouveau parti Die Linke
(La Gauche) fut d'abord co-dirigée par Lothar
Bisky et Oskar Lafontaine. Actuellement (2012) les deux dirigeants sont Katja Kipping et Bernd Riexinger.
Gregor Gysi dirige le groupe parlementaire.
Aux élections du Land de Brême le 13 mai 2007, die Linke a passé pour la première fois la barre des 5 % dans une élection régionale
avec 8,4 % (+6,7 %) et 5,6% pour sa première participation en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d'Allemagne.
Die Linke a obtenu 11,9% des suffrages aux élections législatives de 2009.
4°) Et l'extrême droite ?
 |
Hormis le S.R.P., interdit dès 1951 (voir plus haut), on peut citer le
N.P.D. (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) fondé le 28 novembre 1964. Il absorba les anciens
militants et cadres pro-nazis du SRP et du D.R.P. (Deutsche Rechtspartei, Parti de la Droite Allemande). Protectionnisme
et xénophobie furent le fonds de commerce du parti qui progressa jusqu'à atteindre 4,3% des voix aux élections législatives de
1969, période de récession économique. Il disparut ensuite très vite (entre 1970 et 1972) des Landtage (parlements
régionaux) où il siégeait.
Le N.P.D. refit parler de lui en 2000, car il faillit être l'objet d'une très officielle et
constitutionnelle interdiction (Parteiverbot). Ce parti, profitant du désarroi et du désœuvrement des jeunes est-allemands,
tente en effet depuis la réunification d'embrigader les groupes incontrôlés de skinheads afin de leur donner une "conscience"
politique. Depuis le 31 janvier 2001, il a fait l'objet d'une triple demande d'interdiction (Verbotsantrag) de la
part du gouvernement, du Bundestag et du Bundesrat (voir les documents "NPD-Verbot" et
"Chronologie : das Verbotsverfahren gegen die NPD"). La Cour Constitutionnelle
(Bundesverfassungsgericht) aurait dû trancher en 2002, mais la procédure fut abandonnée in extremis en raison de
trop nombreux témoignages douteux. En 2004, le N.P.D. obtint plus de 9% aux élections
régionales de Saxe et en 2006 7,3% aux élections régionales de Mecklenburg-Pomméranie occidentale.
En janvier 2005, les députés de Dresde (Saxe) ont refusé d'observer une minute de silence en hommage aux victimes des camps d'extermination. |
A l'Ouest, le retour - timide - de l'extrême droite dans les années 1980-90, nouvelle période d'incertitude et
de chômage, prend la figure de Franz Schönhuber, ancien militaire, président du parti Die Republikaner,
périphrase pitoyable qui n'assume même pas au grand jour son orientation nationaliste (car l'Allemagne étant une république,
les vrais allemands sont républicains !). Ce parti n'a jamais siégé au Bundestag, malgré quelques épisodiques percées régionales.
Son "cœur de cible" est le patriote nostalgique et militarophile bavarois de cinquante ans. |
 |
 |
Citons, pour clore ce triste chapitre, la D.V.U. (Deutsche Volksunion)
dont les résultats électoraux sont insignifiants sauf dans le Nord (Hamburg et Schleswig-Holstein) et l'Est de l'Allemagne,
parmi la population électorale des hommes de 18 à 30 ans, d'éducation moyenne. En 2004, la D.V.U. a franchi la
barre des 5% aux élections régionales de Brandebourg. |
Pour (beaucoup) plus de détails, lisez - en allemand ! - le travail de maîtrise de Marco Kahlund sur l'extrême-droite :
DVU und Republikaner -
zwei rechtsextreme Parteien im deutschen Parteiensystem
